PASCAL 11 ET LE CLERGÉ FRANÇAIS (1J00-H
En présence de ce scandale, on ne pouvait même pas espérer que le métropolitain ag-irait avec énergie. L'attitude que Manassès de Reims avait prise jusque-là faisait prévoir la conduite qu'il allait suivre. Par une ruse habile, ayant appris que les électeurs de Galon se disposaient à aller chercher justice à Rome, il les retint à Beauvais, sous prétexte de réunir les électeurs des deux partis et de « rétablir la paix entre eux » ; au fond, il voulait temporiser « afin d'empêcher l'élection, suivant la volonté du roi » '. Enfin, il refusa de consacrer le nouvel élu ~.
Emu par les lettres d'Ive et de saint Anselme, archevêque de Canterburj, Pascal intervient de nouveau '^ ; il exprime son avis, fait connaître sa volonté. Ive, de son côté, supplie Manassès ^ de céder, de consacrer Galon, lui rappelant le respect dû au Saint- Père, la bonne famille d'où sort Galon, l'illégalité de la conduite de Philippe, les rois n'ayant pas le droit de s'immiscer dans les élections ni de les empêcher. Mais Manassès, sourd aux ordres de Rome comme aux prières de son confrère, restait résolument du côté du roi, contre le pape, contre les réformistes, contre la majorité du chapitre, contre les autres évêques, contre le droit canon.
L'affaire en était là, lorsque Philippe, ennuyé de ces recours à Rome et voulant se montrer maître chez lui, fit le serment que jamais, lui vivant. Galon ne serait évêque de Beauvais '. Pour donner plus de poids à cet acte, il y fit participer son fils Louis, roi désigné, le mettant ainsi de moitié dans sa politique antipontifîcale ^. Le résultat fut que Galon ne put entrer en possession du siège de Beauvais.
Somme toute, la victoire ne restait ni au roi ni au pape : Etienne de Garlande n'était pas plus évêque que Galon. Découragé, ce dernier s'en alla à Rome, sur le conseil d'Ive, discuter avec Pascal des intérêts de l'Eglise et d? la conduite à suivre ^. Le pape