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dans les désordres ([ui venaient de troubler Beauvais, Autun et Paris. Un Italien, étrani^er à nos ((uerelles, pourrait garder plus d'impartialité au milieu de tant de corruption et de vénalité.
Philippe V'' semblait, de son coté, désirer une nouvelle politi((ue. Sans parler des léj^endes répandues plus tard sur les déboires que lui aurait valus son excommunication, il était préoccupé par des embarras, des brouilles de famille auxquelles Bertrade n'était pas étrangère. C'est à ce moment en effet que na([uit l'hostilité terrible c[ui mit aux prises le jeune Louis et sa marâtre. Bertrade, qui le haïssait, chercha sa perte en fabricpumt une fausse lettre de Philippe destinée à faire arrêter le jeune prince en séjour chez le roi d'Angleterre. La mantx?uvre ayant échoué, Louis revint en France se j)laindre à son père de ces procédés, et tous deux essayèrent mutuellement de se perdre. Les maléfices des clercs de Bertrade restèrent sans effet. Alors, elle tenta d'empoisonner le jeune prince ; mais celui-ci parvint à échapper à la mort grâce aux artifices d'un médecin de Barbarie. Et quand il fut remis, son père l'envoya dans le Vexin (1103), afin de l'éloigner de sa dangereuse belle-mère '.
Ces affaires de famille avaient certainement éprouvé le roi et. bien que dans les troubles (jui avaient désolé l'église de Beauvais il se fût montré hostile aux lois canoniques et aux intérêts supérieurs de l'Église, il manifesta le désir d'un rapprochement avec le pape; il avait projeté un voyage à Rome -, et dès cette époque (llOl-l 102), il était ([uestion de son absolution =\
. {/fil ires diverses .
Le prélat sur lequel le choix du pape s'arrêta fut Richard, cardinal d'Albano, ancien doyen de Saint-Etienne de Metz. Dès 1102, Richard était délégué par Pa.scal « dans les parties transal-
. I.iuhairi", Loiiia VI le Gros, p. xxv et suiv.
2. Ivedo t:iiailios, fotlre lOt {llist. (h Fr., t. XV, |j. ii;>), écrit en llOl au pape: « De caolcro notuni facio sanclitali vestrae quod Fraïuoium rcx Romain i» pioximo so vcnlurum dicil ». Ivc d'ailii'urs n'y croil pas.
:\. Ive de Cliiulies y l'ail allusion commo à uuo chose possible dans dcii\ Icllrcs ccrilcs alors au pape ili-llres lOi el 105, loc. cit., p. Il''>-lli'>i. Eu lapproclier ce passade d'un l'iaj.;nieut liisloiicpie provenant de l-'leury-sur-
LA LÉGATION DE RICHARD d'aLRANO 37
pines » 1 avec des intentions de conciliation manifestes entre la cour de Rome et la cour de France. Pendant plus d'un an, avant d'aborder la grave question d'absolution, il s'occupa de différentes affaires qui surgirent dans l'administration du clergé français. Quand il sentira le terrain assez sûr, son autorité assez respectée pour tenter le grand revirement politique que désirait son maître, il sera temps d'agir.
D'abord, c'est l'archevêque de Tours Raoul qui se plaint à lui de l'attitude de GeoftVoi, abbé de la Trinité de Vendôme. Fort de ses privilèges d'exemption, Geoffroi prétendait ne recevoir d'ordres de personne, sauf du pape, et revendiquait vis-à-vis du clergé séculier une indépendance absolue. Déjouant les manœuvres de son adversaire, il s'empresse d'écrire à Richard une lettre dans laquelle, faisant l'ignorant, il se plaint de l'audace de son accusateur et linit par inviter le légat à venir passer quelque temps dans sa riche abbaye ^ Bien que nous ignorions les circonstances qui avaient provoqué ce conflit et la façon dont il fut — ou ne fut pas — résolu, on connaît assez l'attitude que garda pendant toute sa vie l'abbé de Vendôme vis-à-vis de l'épiscopat français, pour croire que les plaintes de Raoul n'étaient pas dénuées de fondement.
Les affaires de l'église de Chartres occupèrent ensuite le légat Richard pendant une partie des années 1102 et 1103. L'évèque Ive avait été accusé de simonie, et cette accusation, arrivant jus-
Loire : <( Non post multum temporis, idem rex, corde compunctus, direxit quosdam suoruni Romam spondens papae pariturum sibi in quibuscumque juberet, tantum ut al)solvi niereretur » [Hist. de Fr., t. XII, p. 5 C).
1. Hugue de Flavigny, Chronic, dans les Mon. Genn., Script., t. VIII, p. 502: « Annoab incarnatione Domini 1 101... legatus qiioquein Burg'undiam et Franciamdirectuscst Richaidus Allianciisis episcopus, primo S. Stephani Mettensis ecclesiae decanus. i>
2. Geoffroi de Vendôme, lettres, I, 17, dans les Hist. de Fr., t. XV. p. 278. Il est remarquable de voir avec quelle habileté Geoffroi de Vendôme, en lutte continuelle avec le clergé français, cherchait à se concilier les mandataires du Saint-Siège. On l'a vu (ci-dessus, p. 17) recevoir à Vendôme les légats Jean et Benoit; cette fois, il invite Richard; quand Pascal II lui-même traversera la France, en 1107, iU'hébergera pendant plusieurs jours. Ce côté de la politique de Geoffroi semble avoir échappé à M. Compain, dans son Etude sur Geo/froi de Vendôme. — Richard d'AIbano eut à intervenir encore entre Geoffroi de Vendôme et l'abbé de Saint-Jeand'Angélv a propos d'une terre qu'ils se disputaient (Cf. Compain, op. cit.,
p. in)."
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qu'aux oreilles du pape, devait avoir été particulièrement douloureuse à l'intègre prélat. De faux rapports avaient été faits au légat; sur ses instructions, Pascal avait cru devoir intervenir en personne. Par une bulle du 11 novembre 1102, il fit part à Ive des bruits défavorables qui couraient sur son compte et il lui renouvela ses ordres formels : interdiction de demander de l'argent pour la collation des prébendes et des bénéfices ecclésiastiques, interdiction aux clercs de mêler les autorités civiles aux choses d'Eglise '. Ive ne donna sans doute pas au pape une réponse suffisamment nette, ou ses adversaires s'acharnèrent à le calomnier ; car l'année suivante Richard d'Albano lui demanda des explications-. La vérité était qu'à Chartres, comme dans toute la France et même à Rome, le doyen de l'église percevait une rétribution des chanoines récipiendaires, et Ive avait en vain essayé de lutter contre cet abus, c[u"un usage constant avait rendu presque légal. Aussi l'affaire ne semble-t-elle pas avoir eu de suites.
A Blois, où il passa alors ', Richard eut à s'occuper dune autre cjuestion ([ui intéressait également l'église de Chartres. Entre le clergé de cette ville et la comtesse de Blois Adèle, un conflit assez violent s'était élevé, qui mena(,'ait de s'éterniser : la comtesse avait voulu faire entrer dans le chapitre de Chartres des gens de basse naissance, des fds d'affranchis, probablement les enfants de ses serviteurs; le chapitre s'y était opposé, s'appuyant sur les statuts jurés j)ar chacun des chanoines ; l'évèque, Ive, avait soutenu cds derniers, « pour les mettre à l'abri d'un parjure qui les aurait tous couvert de honte », et avait demandé au pape de confirmer leurs statuts ''. Au surplus, les chanoines n'étaient pas unanimes ; les discussions sur ce sujet avaient jeté ])armi eux le trouble et la dissension, et Pascal avait dû leur [)rècher la concorde '.
Adèle et ses gens étaient fort excités contre l'église de Chartres. Ive se plaint tpie les sergents de la comtesse ont, à