‹ Essai sur les rapports de Pascal II. avec Philippe Ier (1099-1108)Chapitre 45 sur 128 · JafTé-Walleul)ach, Reyeslu, ii · texte numérisé non relu

JafTé-Walleul)ach, Reyeslu, ii

',). Voir la lollre de convocation adressée par Philippe à révètpie d'Arras Lambert, qui était le j^rand inailrc de la cérémonie, dans li's llisl. df Fr., l. XV, p. 197.

LA LÉGATION DE RICHARD d'aLBANO 13

pour aller demander à Philippe s'il consentait à jurer ce que demandait le pape. Sur sa réponse affirmative, le roi fut introduit, pieds nus, dans une posture dévote et huniiliée, devant l'assemblée, et sur les évangiles, reprit le serment formulé par le pape « de ne plus avoir de commerce avec Bertrade, de ne plus lui adresser la parole si ce n'est devant témoins ». Bertrade prononça le même serment, et Lambert leur donna l'absolution '. Ainsi se terminait ce conflit qui, depuis Grégoire VII, avait séparé la cour de Rome et la cour de France. Le pape pourra désormais demander au roi absous son appui pour résister à l'empereur. Des relations presque amicales s'établiront même entre eux. Philippe mettra moins d'âpreté dans le négoce des bénéfices ecclésiastiques, entravera moins souvent le jeu libre des institutions canoniques. Ce sera un avantage au point de vue réformiste. Sans doute, il reprendra bientôt son « commerce » avec Bertrade, et Pascal ne l'ignorera probablement pas. Mais en sage politique, le pape préférera fermer les yeux sur ce qu'il ne pourra empêcher, satisfait par ailleurs d'un état de choses profitable à 1 Eglise de France et d'une alliance qui fortifiera sa propre situation.

I. Voir la lettre par laquelle Lambert i-end compte de la cérémonie dans les Hist. de Fr., t. XV, p. 197. Pour la date (2 décembre 1104), voir ihid., note a.

CHAPITIÎR CINQUIEME

PASCAL II I:T la FRANCK DK 11 OS A 1 I OC»

A/fairea cIiL^crses. Le roi /rès chrétien of le divorce de Constance à V assemblée de Soissons.

Après le départ de Richard d'Alhano. la paix semble bien allermie entre la France et le Saint-Siège : plus de conflits et même pas d'affaires graves nécessitant l'intervention du pape dans la politique religieuse de la France j^endant l'année 1 105 et jusqu'en, mars 1106, date à laquelle commence la légation de Bruno de Segni. Il semble même que, pendant cet intervalle, llugue de Ljon ait pu exercer à nouveau, avec l'assentiment du pape, ses fonctions de légat : on le voit du moins prendre le titre d' u apostolicae sedis legatus » dans une sentence qu'il prononça, le 31 mars 1100, au profit du monastère de Saint-Bénigne de Dijon '.

Le pape cependant restait personnellement en relations avec le clergé de France. Il favorisait la jeune abbaye de Fontevrault -, recommandait à l'évêque de Beauvais l'abbaye de chanoines de Saint-Quentin contre les violences des clercs de Beauvais '^ essayait dapaiser l'éternelle querelle c[ui divisait l'abbaye de Remiremont et les chanoines de Chaumoussey ^, pressait l'évêque d'Arras Lambert de prononcer un jugement entre Herbert et Lanfroi, qui se dis[)utaient la direction de labbave de Samer ', lui donnait ordre de lever les excomnui-

i. Ilisl. de Fr., t. XIV, p. 707 .1, note u. llii<;iu' ne l.inla |)as à mourir : il succomba le 7 octobre 1100, en se rendant au (-oiuilo de (îuasialla. (il". Liihe, Iluf/ot^on Dir iind I.j/un, p. 115-ilH.

2. .Ian"c'-Waltcnl)acli, Ih-jjrsl.i, u" ()t):^^ (2;i avril llo:i).

:{. Ibid., u"()0(')2(ll():i).

i. ILid., a" (>007 ((5 février llOîi).

:;. H,id., n" :i'.»76 (2:1 avril 1104).

l'ASCAL 11 KT LA FRA.NCIO ( l l ()5-l 1 0(j ) io

nications qui pesaient sur cei'taiiis clercs ' ; enfin celait aux. archevêques, évèques, abbés, princes et chevaliers de la Gaule qu'il s'adressait pour leur conter sa lutte contre le duc Garnier, que lui opposaient les impériaux, et sa victoire finale -.

D'autre part, le rétablissement des bonnes relations entre la cour de Rome et le roi de France permirent à ce dernier de régler au gré de ses intérêts la situation de sa fille Constance en faisant casser le mariage qui l'unissait à Hugue, comte de Troyes. Il invoqua, comme de juste, des liens de parenté qui rendaient cette union incestueuse aux veux de l'Eolise. Ive de Chartres, arbitre suprême en droit canon, négocia cette atïaire : la réunion d'une assemblée solennelle de nobles et de prélats, où le roi devait prendre la parole, fut décidée. Ive fut chargé d'y inviter Hugue de Lyon et le pria d'y convoquer les évèques, en leur donnant des instructions détaillées. L'assemblée s'ouvrit à Soissons le 25 décembre 1104 ; naturellement, elle conclut à la rupture du mariage, laissant ainsi le champ libre à une nouvelle union, plus glorieuse, avec Bohémond, prince d'Antioche, qui, dès le mois de septembre suivant, quittait l'Orient pour venir réaliser ces projets ■'.

Légation de Bruno de Segni.

Le concile de Poitiers et la croisade.

Le pape voulut profiter de la présence de Bohémond en France et des dispositions favorables du roi pour entreprendre une œuvre grandiose et susciter une nouvelle croisade.

Son premier soin, en arrivant au pouvoir, avait été de rappeler aux Français, au milieu desquels la première croisade avait été prêchée et d'où était sorti tout le grand mouvement provoqué par son prédécesseur, le devoir pressant qui les appelait en

1. Jaiïé-Watteubach, Reyrsla, n" 6000 (o décembre 1104). ■2. Ihid., n" 6054 (26 novembre 1105).

3. Ive de Chartres, lettre 158, dans les Hist. deFr., t. XV, p. 135, et cf. Lvichaire, Aof//s VI le (iroti, Annales, n° 30,

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Orient. Une lettre qu'il avait adressée presque au lendemain de son avènement aux évèquos et aux abbés de Gaule était non seulement une exhortation à aller en Terre Sainte, mais aussi un blâme à Tég-ard de ceux (]ui n'y étaient pas allés, après en avoir pris l'enj^agement, ou de ceux qui avaient honteusement abandonné le siège d'Antioche '. La situation était critique '. Il fallait réveiller les enthousiasmes déjà endormis. Les etTorts faits dans ce sens par Ilugue de Lyon au moment de son départ en Palestine, en llOl ', rempressement mis par les croisés à faire part de leurs succès aux prélats français ' étaient insuffisants. Bohémond venait demander du secours : Pascal comprit (jue le moment était venu d'intervenir encore une fois et il envoya en France un nouveau légat. Bruno évêque de Segni ■'.

Les ell'orts de Pascal ne furent malheureusement couronnés que d'un médiocre succès. Après avoir assisté à Chartres au mariage de Bohémond '■ et après avoir peut-être aussi tenté à Rouen, en compagnie de ce prince, de gagner les Normands à l'idée de croisade ', Bruno ouvrit à Poitiers un concile (26 mai llOlil, où il prêcha contre les infidèles, contre les perfidies de l'empereur Alexis. Mais l'enthousiasme sur lequel comptaient le pape, son légat et Bohémond ne souleva pas les foules comme dix ans auparavant et quand, après avoir réglé quelques menues affaires ^, le concile se sé[)ara -^ la cause de la croisade n'avait gagné qu'un

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