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l'ASCAL II EN FRANCE
rait obtenir la consécration pontificale et l'aire ainsi oublier le caractère scandaleux de sa nomination ^.
Ce n'était pas la première fois que Pascal avait k s'occuper de cette affaire. Après la mort de Tévêque Enguerrand, le roi Philippe avait jug-é bon et surtout profitable de laisser l'évêché de Laon vacant pendant deux ans. Il avait ainsi bénéficié des droits de régale tout en se préparant à toucher une forte commission sur la prochaine élection. A la première réunion du corps électoral, les voix s'étaient portées sur deux archidiacres de l'église de Laon : Gautier et Ebal. On s'était fort disputé et, faute de s'entendre, on avait nommé deux évêques au lieu d un. Or Gautier, s'il était brillant chevalier, n'avait pas reçu les ordres de la cléricature, et Ebal était « publiquement accusé d'incontinence dans l'amour des femmes )). Le pape les avait fait écarter tous deux comme indignes, et son autorité avait été respectée. On avait vu surgir alors un troisième candidat, qui, « courant au plus pressé », s'était rendu à la cour royale et avait acheté <( par de magnifiques cadeaux » l'appui du roi Philippe. Il s'attendait à être nommé le dimanche suivant, quand « Dieu, qui se plaît à tendre de tels pièges à de tels hommes et à les renverser au moment oîi ils sont le plus élevés, l'avait frappé d'une maladie mortelle ». Et ce dimanche même où il s'était flatté de recueillir la majorité des suffrages, c'avait été son cadavre qu'on avait apporté dans l'église.
C'est alors que, par l'influence du noble et puissant chevalier Enguerrand de Boves, « le référendaire du roi des Anglais, Gaudri, qu'on disait fort riche en or et en argent », avait été nommé évêque. Riche en effet et dénué de scrupules, Gaudri, chasseur et soldat plus que clerc, n'avait aucun titre aux fonctions épiscopales. Aussi, pour donner à ce choix l'apparence de la légalité, lui avait-on conféré à la hâte le titre de sousdiacre avec un canonicat dans l'église de Rouen. Anseau, doyen de l'église de Laon, avait seul osé protester contre cette élection scandaleuse. L'austère Guibert lui-même, abbé de Nogrent-sous-
1. Pour toute cette alTaire nous suivons le récit de Guibert de Nog-ent, De vita sua, IIl, 4, éd. Bourgin [Coll. de textes pour Vétiide et Venseign. de Vhistoire), p. 137 et suiv. (cf. Bernard Monod, Le moine Guibert et son temps, p. 110 et suiv.). Guibert de Nogent est ici un témoin admirablement informé puisqu'il fut même un des acteurs du drame.
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Goucy, avait, par faiblesse ou par lâcheté, donné son assentiment à ce choix qu'il désapprouvait au fond.
Gaudri, craignant 1 influence d'Anseau et un revirement chez Guibert, avait alors voulu, pour s'imposer sans contestation au peuple et au clergé laonnais, se faire recevoir et consacrer par le pape. La cour du roi d'Angleterre avait élé pour l'élu de Laon une école de politique et de diplomatie : pour l'accompagner dans ce voyage à Rome, il avait choisi le moine hésitant et timide qui n'avait pas eu le courage de s'opposer à l'action des autres, mais dont il devinait l'hostilité. L'honnête abbé de Nogent, laissé dans son monastère seul avec ses réflexions et ses remords, peutêtre encouragé par Anseau, eût pu préparer, sinon une campagne contre l'évêque simoniaque, du moins un mouvement défavorable ; il eût pu décider une partie du clergé et du peuple à résister à cet intrus : il fallait se l'attacher. Et quelle plus grande marque d'estime, quelle meilleure flatterie pour sa vanité, que d'être choisi pour accompagner un évêque auprès du souverain pontife? Le bonheur de voir la Ville Eternelle, l'intimité du voyage, les bons procédés dont il saurait le combler durant ces pérégrinations devaient le lui rendre dévoué et en faire presque un complice. Gaudri lui avait adjoint deux lettrés éminents, Adalberon, abbé de Saint- Vincent, et l'abbé de Remiremont ; et tous les qiiatre, avec une suite imposante de clercs de Laon, s'étaient dirigés vers l'Italie aux frais du riche Gaudri.
Arrivés à Langres, ils avaient appris que le pape n'était plus à Rome, mais qu'il* Amenait précisément en France faire visite au roi Philippe. Ils avaient alors décidé de l'attendre dans cette ville, qu'il devait traverser pour se rendre auprès du roi, et avaient délégué k Dijon au-devant de lui quel{[ues-uns des clercs de Laon tout dévoués à Gaudri. Ils avaient pour mission de préparer l'alfaire, de prévenir le pape et surtout de travailler les officiers de son palais, tous les camériers, secrétaires et domestiques de sa suite, ({ui sauraient mieux (pie personne influencer le jugement du Saint-Père. 11 n'était que temps ; les oreilles pontificales avaient déjà entendu une énergique protestation : Anseau s'était plaint qu'on eût admis à l'évêché de Laon un homme ([ui n'avait même pas reçu les ordres, un simoniatpie, un bâtard; l'argent avait tout fait, et les lois canoniques avaient été honteusement violées.
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Pour persuader les officiers du pape, les clercs de Laon firent miroiter à leurs yeux les abondantes richesses de Gaudri ; et ceux-là aussitôt de se féliciter et de se concerter pour l'appuyer de leurs éloges et de leur influence, « car c'est leur usage de s'apprivoiser dès qu'ils entendent résonner le nom de l'or ». Ainsi, c'est dans l'entourage même du pape réformateur, du pape ennemi de la simonie que l'on découvrait les âmes les plus cupides et les plus vénales. C'est la cour même de Rome qui ne demandait qu'à se laisser acheter et à perpétrer ce crime de simonie.
Le lendemain de son arrivée à Langres (25 février) ^, le pape réunit les évêques, les cardinaux, les dignitaires italiens de sa suite et les clercs français qui se trouvaient dans la ville. Devant cette respectable assemblée, il se fit lire le petit mémoire que Guibert de Nogent avait composé sur l'élection de Laon, mémoire « dans lequel il était parlé assez bien, et même mieux qu'il n'aurait fallu, avoue Guibert lui-même, de la vie et des mœurs du nouvel évêque ». Puis on procéda à l'interrogatoire. Les clercs de Laon, incapables de parler latin, s'abstinrent de prendre part à la discussion : ils évitaient ainsi des mensonges probables, satisfaits sans doute d'apporter leur tacite consentement à tout ce qui s'était passé. Pascal alors, se tournant vers les abbés, leur demanda pourquoi ils avaient choisi un homme qui leur était inconnu. (( Comme ceux-ci gardaient le silence, raconte Guibert, on commença de droite et de gauche à me presser de parler ; intimidé par ma jeunesse, et craignant d'être taxé de témérité pour oser prendre la parole dans une telle assemblée et sur un si grave sujet, je ne pus qu'à grand'peine et en rougissant me résoudre à ouvrir la bouche. Comme on discutait en latin, je m'attachai, avec une grande confusion d'esprit et de visage, à parler d'une manière qui convînt au goût de celui qui m'interrogeait : envelo]3pant de louanges, arrangées avec art, des expressions mitigées, mais qui ne s'éloignaient pas entièrement de la vérité, je dis que nous ne le connaissions pas, il est vrai, personnellement, mais que nous avions reçu des rapports très favorables sur son intégrité ». Comme le pape n'objectait rien au sujet de la pression exercée sur le clergé de Laon par la cour du roi et paraissait
1. Le premier acte du pape, délivré dans cette ville, est du 24 février (JafTé-Wattenbacb, Reyesla, u" 0!2o).
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accopter les ex[)licalii)iis (jui lui élaie'iiL (loniiéos, Guiberl se contenta d'accueillir docilement les paroles du pontife, « ce qui lui plut lV)rt, car il était moins lettré ([u'il n'eût convenu à sa haute dij^nité », ju|^-ement sévère par Kupiel (aiihert voudrait faire rejaillir sur l'éminent pontife un peu de la honte dont il se sent pénétré. Il \\i d'ailleurs le })eu de succès c[u'aui'aient toutes les b(dles phrases préparées dans son esprit : aussi s'étendit-il sur les nécessités pressantes où l'on était de choisir un évéque , puis il balbutia (|ue Gaudri était bien sous-diacre, attaché à l'église de Rouen et de naissance légitime. Le pape n'approfondit rien ; il opposa (juelques objections, parce qu'Anseau était là ; mais son siège était fait et toute discussion devenait inutile. Les prélats se mirent ensuite, « pour la forme et comme par badinage », à appuyer qui le pape, qui Guibert, si bien cpi'Anseau lui-même faiblit et, éclairé entin sur les largesses par lesquelles l'évêque s'était concilié l'entourage pontitical, abandonna l'accusation. On amena Gaudri : reconnu digne de l'épiscopat, il fut oint par le Saint-Père lui-même, dans l'église de Saint-Rufin, et par une singulière coïncidence, où Guibert vit un présage d'en haut, le texte de l'évangile du jour portait ce verset : « Votre âme sera percée par une épée » '.
L'cntrcruc de SHint-Dcnis.
Tout le monde satisfait, la cour pontificale rassasiée, Gaudri tranquillisé, le pa[)e put poursuivre son voyage et se diriger vers l'ouest. Le 8 mars, il arriva à la Charité-sur-Loire, où il séjourna plusieurs jours - et où Philippe I'' lui envoya son sénéchal pour l'assurer de son dévouement-'. De là, il gagna Déols '*, puis alla, le 2i mars, s'installer à Tours ''. Il quitta cette ville le 2 avril pour aller à Marmoutier " ; le ){, il arriva à l'abbaye de la Trinité de