CHAPITRE PREMIER
LE PAPE ET l'ÉPISCOPAT
Après avoir étudié les rapports du pape et des légats avec Philippe I"''', il nous reste à examiner plus spécialement l'attitude du Saint-Siège vis-à-vis du clergé français. Pour le clergé séculier d'abord, avant de nous occuper des grands conflits qui marquent le caractère propre des relations entre le pape, le roi et l'épiscopat, il faut essayer de tirer quelques conclusions de l'exposé même des faits que nous avons racontés dans les pages qui précèdent. Nous apprendrons ainsi à connaître l'état du clergé séculier, et en particulier de l'épiscopat, et le rôle qu'il a joué vis-à-vis du Saint-Siège, du clergé régulier et du pouvoir civil. Puis nous aborderons l'étude des principales élections épiscopales, qui nous permettront de voir, à l'occasion d'affaires purement ecclésiastiques, le pape en face du roi, l'action de ces deux pouvoirs sur l'épiscopat et l'organisation même de celui-ci.
64 ClIAl'l IllK I
.[(•/ion (lu ]),!/)(' sur le clvrcjé par lepiscopat.
C'est surtout pour confier à des évêques le soin de résoudre les conflits qui surgissaient dans le clergé que le pajje et ses légats eurent l'occasion d'intervenir en France. En vertu des prérogatives de l'ordinaire, l'évêque était le juge naturel de toutes les aiîaires ecclésiastiques qui éclataient dans son diocèse. Mais les monastères subissaient avec impatience cette domination de leurs juges naturels, et souvent le pape dut faire usage de son autorité pour imposer, dans tel conflit, le juge qui devait le résoudre. C'est ainsi que Lambert, évêque d'Arras, fut chargé par Pascal de rétablir la paix entre les deux abbés qui se disputaient le monastère de Samer ' ; que Gui, archevêque de Vienne, fut désigné, avec Ismion de Die, pour régler un dilFérend qui mettait aux prises Aniane et la Chaise- Dieu au sujet de l'église de Gordon ' ; c'est sur le conseil du pape que Galon, évêque de Paris, avec l'autorisation tlu roi, expulsa les nonnes débauchées de Saint-Eloi et transforma cette abbaye en un prieuré de Saint-Maur-des-Fossés '^.
Plus graves étaient parfois les conflits entre moines et chanoines, ces deux puissances rivales qui cherchaient chacune à accaparer à leur profit le ministère paroissial dans les campagnes '. Mais là encore les évêques furent souvent pris pour juges, et l'on vit, par exemple, Lambert, évêque d'Arras, désigné par Pascal pour prononcer entre les moines de Saint-Martin et les chanoines de Tournai '.
Souvent c'est au profit du monastère ((lie le papt' fait intervenir l'ordinaire: ainsi, pour châtier les chevaliers pillards qui avaient commis des violences contre le monastère de Saint- Gilles, le pape choisit l'archevêque de Xarbonne et ne ménage pas ses foudres '•. Ailleurs, ce sont les évêques de Poitiers,
i. Voie ci-dessus, p. 't-ï.