INTRODUCTION XXV
lement d'égal à égal, mais de supérieur à inférieur; comment la lutte contre la simonie, transformée en querelle des investitures, devint une arme qui devait déposséder le roi de ses pouvoirs sur son clergé pour en faire bénéficier le Saint-Siège. Les moyens employés — les dépositions d'évéques — blessaient directement le souverain dont ceux-ci étaient les vassaux; le résultat devait être un affaiblissement du pouvoir royal au profit de la théocratie pontificale. Et dès lors, le rôle du roi simoniaque, défendant en fait ses intérêts lésés par la réforme, son budget presque, puisque la vente des bénéfices ecclésiastiques constituait une bonne part de son revenu, prend une singulière grandeur. Car, ce n'est pas la simonie dont il semble prendre la défense en s'opposant à la réforme ; c'est son pouvoir même de souverain et de suzerain que le pape entame, c'est son autorité de roi sur le clergé de son royaume, c'est l'indépendance même de ce clergé.
Grégoire VII ne s'attaque pas encore directement à la personne royale ; le roi n'afBrme pas encore une opposition systématique à la réforme ; mais, vienne un pape qui n'aura pas le même tact que Grégoire, et la rupture sera définitivement consommée. Ce fut l'œuvre d'Urbain II.
Menacé dans Rome même, obligé de tenir tête à une redoutable opposition, Urbain II ne craignit pas de recourir aux moyens extrêmes. Non content de s'opposer aux envahissements du pouvoir royal sur le terrain religieux, il n'hésita plus à poursuivre Philippe P^ dans sa vie privée et à l'accabler d'excommunications. Et dans son œuvre même de réforme, ce fut au roi encore plus qu'aux évêques qu'il s'en prit : la question des investitures prima désormais la question morale. Les canons 15 et 16 du concile de Clermont sont formels : interdiction aux clercs de recevoir des bénéfices de la main d'un laïque ; interdiction aux rois et aux princes de donner l'investiture des honores ecclésias-
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liques. La lactique d'Urbain II, dans celte campagne de réforme, est celle d'un homme de guerre : il met les uns à son service pour lutter contre les autres. Ancien moine de Cluny, il avait trouvé dans le personnel du clergé régulier exempt l'aide la plus active pour son propre salut (Geotïroi de A'endôme) et pour le salut de la cause réformatrice (Ilugue de Cluny) : c'est aux moines qu'il s'adressera donc pour consolider l'œuvre de ses prédécesseurs. Il les avantage aux dépens de leurs rivaux, les chanoines ', aux dépens de l'autorité qu'exerçaient sur eux leurs supérieurs naturels, les évèques diocésains, et pour le plus grand profit de la papauté à laquelle il les rattache directement. Au lieu de réformer l'épiscopat, il l'alFaiblissait ; le monachisme réformateur se développait, au contraire, en même temps que le monachisme exempt ; chartreux, cisterciens, filiales de Cluny, partout les moines étendent leur influence et leur domination aux dépens du clergé séculier, plus rebelle à la réforme, parce que plus dépendant de la royauté et du pouvoir civil. Les tendances des deux clergés étaient exactement contraires : le clergé séculier gallican tirait sa force et sa grandeur de la monarchie, à laquelle il était attaché par son organisation même ; le clergé régulier (exception faite des abbayes royales) se sentait d'autant plus puissant qu'il ne relevait que de Rome.
Urbain II afïirma cette dualité de tendance avec plus de force que jamais par toute sa politique religieuse. Mais c'était ainsi la guerre plus que la paix qu'il provoquait, et ce n'était pas par la guerre que la réforme, œuvre de pacification et de purification, pouvait s'accomplir.
Le successeur de ce redoutable politique, de cet éloquent reinueur d'hommes, de ce ihéocrale inlransigeanl élait clunisien comme lui et ancien cardinal de Grégoire \ II. Mais