‹ Essai sur les repeuplements artificiels et la restauration des vides & clair�eres des for�etsChapitre 16 sur 150 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Élémentii de C^éoffraplile boianlqae.

1. Utilité de la géographie botanique. Sols et climats. — 2. Climat géuéral. La longitude. — 3. La latitudeet Taltitude. — 4. Aires d'habitation des végétaux. — 5. Limite inférieure des arbres. Exemple du mélèze. — 6. Climat local. —7. Situation. -—8. Exposition. — 9. Vents dominants. Montagnes environnantes. -> 10. Humidité. Pluies. — 11. Chaleur, froid et lumière. — 12. Le sol. — 13. La terre siliceuse. — 14. La terre calcaire. — 15, La terre argileuse. — 16. Le terreau et l'humus. — 17. Les terres naturelles. — 18. L'humidité du sol. — 19. Les sols préférés des essences forestières. — 20. Acclimatation et naturalisation. — 21. Rares exemples de naturalisation forestière.

1. Utilité de la géographie botanique. Sols et climats. — Le succès des repeuplements artificiels dans les vides et clairières des forêts dépend en premier ordre du choix des végétaux ligneux auxquels, dans le langage forestier, on donne le nom d'essences.

Ce choix est subordonné aux conditions de climat et do sol où se trouve le terrain à repeupler.

L'étude de ces conditions envisagées dans leurs rapports avec les essences forestières constitue la géographie botanique.

Nous étudierons d'abord le climat, qui peut être considéré à deux points de vue : général et looaL

2. Climat généraX. La i/JNGrruDE. — Le climat général est déterminé par trois éléments^ longitude^ latitudCf altitude. En France» ce dernier élément est le plus important.

La longitude^ dans notre pays, importe des modifliCations no- /tal)le8 dans le elinULt, à «cause du âévf Itjppetnont des oôt«s «itritimes au Nord-Ouest et \ l'Ouest. Toutes choses égales d'ailleurs^ les côtes occidentales jouissent d'une température moyenne plus élevée que les côtes oriemtalee. Le Temt chaud et humide apporté d'Amérique par le grand courant Gulfstream contribue aussi à la douceur du climat dans la zone longeant les côtes de l'Océan.

3. La latitude et l'altifude. — Abstraction faite de cette influence du voisinage de la mer, on constate deux choses : i<» la température diminue à mesure qu'en France on s'éloigne du Sud pour remonter vers le Nord; 2° la température diminue à mesure qu'on s'élève verticalement au-dessus du niveau de la mer.

M. Ch. Martins a calculé qu'en France le thermomètre baisse d'un degré quand on s'avance, en plaine, de 220 kilomètres (55 lieues), du Sud vers le Nord; de mêmequand on s'élève de 180 mètres d'altitude. Il en résulte que 82™. d'ascension verticale correspondent à l'avaricement d'un tegré de latitude vers le Nord -en prlaine ; dans les deux cas, le thermomètre baisse de 0.455 degrés centigrades.

La France étant comprise entre le 45«et le51« degré de latitude Nord, ne peut offrir, à altitude et longitude égales, et abstraction faite des influences locales, qu'une différence de 4°, 08 dans la température moyeime.

Dans réeheUe des altitudes, JaFraîioe présente toutes les cotes depiii&sle niveau de la mer Jusqu'il 4815 m. Cette altitude est donnée dans la Savoie, par le jnefnt filanc. Les «loiiiagaïes de notre pays defunent donc toiattes les échelles *de dkuat qu'on trouverait en remontant du 42« degré de iatitud« jusqu'au delà du «ercle x>o^î^e.

4. Aires d'habitation des végétaux. — L'observation montre que la végétation est influencée par cette diminution progressive de la chaleur. Des espèces disparaissent, d'autres les remplacent, àmesure ^e l'altitude augmente. La végétation forestière dispar^dt et fait place aux plantes herbacées; avant de disparaître, les arbres se montrent à l'état buissonnant etrabougri.

C'est ainsi que dans les Alpes les bois feuillus, sauï le hêtre, s'arrêtent généralement à 1.500 m. L'épicéa ne dépasse pas 2,400 m., le sapin 2.200 m., le hêtre 2.000 m., lepôn sylvestre 1.700 m.

Le mélèze peut s'élever exceptionnellement Jusqu'à 2.900 m., et le pin cembro jusqu'à 3.000 m. Cette dernière altitude est lalimite extrême de la végétation forestière dans les Alpes.

5. Limite inférieurb des arbres. Exemple du mélèze. — Si les végétaux forestiers ont une limite supérieure nettement tranclié» d'habitation qu'ils ne peuvent dépasser, il n'en est pas de même pour lalimite inférieure. Beaucoup d'essences se développent aisément sous un climat tempéré, et leur bonne végétation apparente peut induire en erreur sur les conditions normales de Taltitude qui leur convient. Une o^ervation attentive dissipe promptement ces erreurs. En effet, en dehors de la limite inférieure dTiabitation d'une espèce végétale donnée, les individus de cette espèce sont disséminés: ils accomplissent mal toutes les phases de leur végétation, leur longévité est diminuée. Leur bois offre des propriétés de densité, d'élasticité, de durée, inférieures à celles qu'il présente quand on les cultive à leur altitude normale.

C'est ainsi que le mélèze, Tarbre par excellence des hautes régions montagneuses, y acquiert les qualités les plus précieuses de dureté, d'inaltérabilité, de résistance. Sa croissance y est lente, sa fructification tardive; mais fl traverse des siècles sans arriver au dépérissement.

Transporté dans les plaines, le. mélèze croît vite, fructifie rapidement, mais aux dépens de sa longévité et des qualités de son bois. A50 ans, 51 dépérît, livrantun arbre au tissu mou, léger, sans résistance et sans durée.

6. Clmat local — L'aire d'habitation d'une essence donnée est notablement influeneée par le climat local, dont nous allons maintenant nous occuper.

Le climat local 4é9eiid de la situation, de l'exposition, de la configuration orographique environnante, de rhumldlté, de la répartition des pluies, de Tintensité de la lumière, de la transition plus ou moins brusque entre la chaleur et le fh>id, des vents dominaiits.

7. Situation — La situation est caractérisée par l'altitude et le relief. U y a des situations en plaines, en coteaux, en montagnes, en vallées, en versants, et en plateaux.

8. ExposrrioK* — Les versants ont une exposUiorif c'est-à-dire une inclinaison quelconque vers un point donné de l'horizon. A l'exposition Nord, le soleU frappe très obliquement, l'air et le sol sent firoids ou très frais. A Texposition Est, le soleil frappe seulement lo

matin, et la chaleur est modérée. A rexposition Sud, le soleil frappe presque tout le jour, Tatmosphère est sèche ainsi que le sol. A rexposition Ouest, la chaleur est plus grande qu'à Texposition Est, car le soleil frappe au moment où la température de Tair est la plus élevée.

L'influence de l'exposition, presque nulle près deréquateur, augmente en importance à mesure qu'on s'en éloigne, atteint son maximum au 45« degré de latitude, et va en décroissant à mesure qu'on remonte vers le pôle. Le 45« degré répondant à la région méridionale de la France, c'est dans cette région que l'influence de l'exposition se fait sentir avec le plus d'énergie.

Quand le sol est sec, calcaire, sujet au dessèchement, l'exposition méridionale lui est funeste, et la végétation s'en ressent. Aussi cette végétation présente-t-elle des contrastes frappants, comme espèces, comme vigueur, comme massifs clairières ou bien fournis, sur deux versants opposés de la même colline ou montagne.

Les essences présentent parfois sous ce rapport des préférences très nettes. Le hêtre, le sapin, l'épicéa, ne prospèrent qu'aux expositions du Nord ou de l'Est, où ils trouvent quelque fraîcheur. Le chêne et les pins recherchent au contraire les expositions méridionales.

9. Vents dominants. Montagnes environnantes. — Les vents dominants dans la contrée peuvent modifier les influences provenant delà situation et de l'exposition. Dans la majeure partie de la France, les vents d'Ouest amènent la pluie; dans la Provence, ce rôle est joué par les vents d'Est. Tel obstacle peut arrêter la direction générale du vent de la région. Telle montagne voisine peut fournirun abri contre les vents j^oids ou chauds et modifier le climat local, soit par la neige qui couronne ses sommets, soit par son état de dénudation etdeboisement. C'est pour ce motif que, dans certaines vallées, les orages suivent une direction constante, parfois complètement opposée à celle suivie dans les vallées voisines.

« Quand une montagne fait partie d'un massif ou d'une chaîne, certains .versants sont abrités par les contre-forts voisins, d'autres ne le sont pas ; elle est en outre souvent dominée par les sommets qui la dépassent; de là des influences très diverses. La montagne sera à l'abri de tel vent, exposée à tel autre; elle recevra la chaleur représentée vers l'un de ses flancs par un escarpement voisin, tandis que l'autre rayonnera librement vers le ciel. Les conditions de chaleur, d'humidité, d'aération, varieront suivant les différents azimuths; rien de pareil pour une montagne isolée. » (Ch. Martins, Du Spitsherg au Sahara.)

10. L'humidité. Pluies. —L'état d'humidité deratmosphère varie d'un point à un autre et exerce sur la végétation une notable influence. Dans leu régions où les pluies sont presque également réparties entre les diverses saisons, comme dansl'Ouest delà France, la fraîcheur de l'atmosphère est plus constante. Dans le Midi, les pluies viennent surtout en automne et au printemps ; la sécheresse se produit en hiver et en été. Il en résulte pour les deux premières saisons un excès d'humidité qui fait au contraire trop défaut dans les deux autres.

U y a à tenir compte, à ce point de vue, du climat local, quand on procède à des travaux de repeuplement dans les forêts, car l'humidité est indispensable pour assurer le succès de ces travaux.

11. Chaleur,froidet LUMIÈRE.— De même on doit se préoccuper des transitions plus ou moins brusques de chaleur et de froid. Dans les régions où le ciel est toujours serein, sauf pendant les courtes périodes bisannuelles de pluie, les alternatives de chaleur et de froid sont plus fréquentes et plus dangereuses que dans celles où le ciel est toujours couvert. De là des gels et des dégels fréquents qui exercent ime influence plus ou moins funeste sur les jeunes repeuplements artificiels, suivant les essences choisies.

L'intensité de la lumière est aussi à considérer, car cette influence se fait sentir diversement. Telle essence, comme le chêne et le pin, ne peut supporter l'absence de lumière ou une lumière incomplète. Telle autre, comme le hêtre et le sapin, supporte facilement un couvert prolongé.

12. Lb sol.— Après le climat, il faut étudier le sol pour fixer le choix des essences à employer dans les repeuplements artificiels.

Le sol est la partie superficielle do l'écorce terrestre. Il sert d* point d'appui aux végétaux et est en même temps le réservoir qui contribue à leur nutrition. Celle-ci est surtout assurée par l'atmosphère qui fournit aux arbres le carbone destiné à accroître leurs tissus. C'est pour ce motif que les végétaux forestiers sont généralement indifférents à la nature et aux propriétés physiques et chimiques du sol.

Tout sol comporte deux parties, la terre minérale et le terreau La terre minérale résulte de la décomposition et de la désagrégation des roches. Elle peut prendre trois formes différentes : la forme siliceuse, la forme calcaire, la forme argileuse.

13. La terre siuceuse. — La terre siliceuse est formée par un sable fin, grossier, très dur, mais sans ténacité. Elle retient fort peu

6 ÉLÉSfEMTS DE GEOGRAPHIE BOTANIQUE

l'eau, s'échauffe vite, se refroidit de même. D'une culture facfle, elle soutient mal les arbres auxquels elle offre une assiette peu solide. La végétation y est précoce, les gelées printanières y sont par suite à redouter. Très aride pendant la sécheresse, elle n'offre à Tétat pur aucun aliment assimilable pour Talimentation végétale.

Suivant la grosseur de ses éléments, la terre siliceuse prend le nom de sable, gravier, caillou ou galet.

14. La terre calcaire.— La terre calcaire a la chaux pour base et s'échauffe vite comme le sable. Comme lui elle a peu de ténacité, absorbe et perd rapidement Teau qui la pénètre. La terre calcaire renferme des éléments très nutritifs ; mais à Tétat pur, elle est menacée d'aridité comme le sable.

15. La terre argileuse. — La terre argileuse est tenace et compacte, retient l'eau en abondance, est froide, durcit et se crevasse sous l'influence d'une sécheresse prolongée. La culture y est pénible; les racines la pénètrent difficilement. La végétation, la maturité y sont tardives.

16. Le terreau et l'humus. — La terre douce, fine, et noire qui provient de la décomposition des feuilles mortes et autres détritus végétaux constitue le terreau.

Ce précieux élément du sol végétal a ime ténacité moyenne, retient ime forte proportion d'eau qu'il absorbe et abandonne lentement ; liant avec les terres trop légères ou trop meubles, il donne la fraîcheur à celles qui sont trop sèches et divise celles qui ©nt upe trop grande compacité. Enfin il fournit au sol de nombreux éléments nutritifs dont l'ensemble, mêlé à la terre minérale, s'appelle hurnus.

Le terreau est le seul engrais des forêts ; aussi sa conservation

est-elle d'une importance de premier ordre. C'est pour ce motif

; que l'enlèvement des feuilles mortes est si préjudiciable à l'avenir

l des bois, et qu'on doit s'efforcer de conserver les massifs complets

> afin de maintenir le sol bien couvert, afin d'empêcher le terreau

i de se dessécher, et de favoriser la décomposition des feuilles. Dans

\ ces conditions, la fraîcheur, l'air, la chaleur, dans de justes pro-

/ portions, concourent à la formation d'un terreau véritablement

nutritif.

17. Les terres naturelles. — La variété des sols est très grande. Elle résulte des combinaisons innombrables des terres siliceuses

calcaires et argileuses ; ces combinaisons sont dnes elles-mêmes aux bouleversements qu'ont subis les couches supérieures du gMm^ wa meâi&GftUQAS ftt*eU»& 9bX éprouvée» par Teffet cUs eaux.

Une terre naturelle siliceuso renferme au moins 50 p. lOO de sable siliceux. Elle se subdivise, comme types principaux, en sables purs, sables gras légèrement mêlés d'argile et de terreau, et en sables argileux.

Une terre naturelle argileuse renferme au moins 50 p. 100 d'argile. Elle se subdivise, comme types principaux, en argiles sableuses,argiles graveleuses, argiles pures.

Une terre naturelle calcaire renferme 10 p. 100 de calcaire au moins. Elle se subdivise, c«nm« types principaux, en eftlcalrefi^ purs, en calcaires argileux, marnes. La marne est une terre composée de calcaxre(iO à aap. 1^) et d'argile.

La terre végétale résultant de l'associatloa d'éléments différents jouissant de propriétés qui se oomplètent les unes par les autres, est plus ou moins riche, pins ou moôns nutritive, suivant qute les éléments fécondants y dominent avec plus ou moins d'abondance.

La riehesse se manifeste par les propriétés physiques de la terre, profondeur, aptitude à retenir l'eau^ aptitude à s échauffer, ténacité, inclinaison.

La faculté nutritive directe se manifeste par les propriétés chimiques de la terre, soit qu'elle fournisse directement la nourriture au végétal, soit qu'elle lui permette de profiter de celle contenue dans les engrais.

18. L'HUMiDrrÉ du sol. —Parmi les propriétés physiques des sols, une seule nous arrêtera, car elle joue un grand rôle dans la distribution des végétaux; c'est celle qui leur permet de recevoir et de conserver l'humidité.

Entre les sols marécageux et les sols complètement arides, on distingue les sols humides, frais, secs.

Pour qu'un sol soit propre à la culture des grands végétaux, il faut qu'il conserve toujours ime certaine quantité d'humidité. L'eau est en effet le grand dissolvant delà nature ; elle diôsout et charrie dans les tissus des plantes les matières destinées à les faire croître. C'est par l'eau que les sels renfermés dans le sol pénètrent jusque dans les organes internes de toutes les plantes, où on les retrouve plus tard sous formes de cendres.

n résulte d'expériences faites par M. Chevandier qu'il y aurait un profit considérable à retenir les eaux pluviales à l'aide de fossés.

Le résultat de ces expériences est consigné dans le tableau suivant:

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