AUTRES EXEMPLES D’EXIGENCES COLONIALES
Les revendications de la Pologne ont été exprimées dans les enceintes internationales à une date récente, au moment même où s’affirmait la prétention allemande.
Les manifestations de ces revendications remontent pourtant déjà à quelques années. En 1928, est fondée une « Association de pionniers coloniaux ». Dès 1930, la « Ligue Maritime et Fluviale» prenait le nom de « Ligue Maritime et Coloniale >» et commençait, sous l’impulsion énergique du Général Orliez-Dreszer, une vive propa-
(1) Les déclarations des autorités polonaïises citées dans ce chapitre sont extraites d’un Recueil de documents relatifs à la politique coloniale établi par le Ministère des Affaires Etrangères de Pologne (ronéotypé), dont ce Ministère a bien voulu nous donner communication à Varsovie. En ce qui concerne la Ligue Maritime et Coloniale, nous avons extrait les indications données à ce chapitre d’une note que le Président de la Ligue, M. Debski, a eu l’obligeance de faire préparer pour nous. Sur la Ligue, on consultera aussi, en langue allemande l’article de M. A. Hahn, Die polnische See-und Kolonialliga, Osteuropa, novembre 1936. Peu d’études ont paru en langue française sur ces revendications polonaises. M. Louwers dans son étude sur le Probléme colonial international, précitée, leur consacre quelques lignes. Voir aussi S. M. Teitelbaum, « La Pologne devant le problème colonial », Europe nouvelle, 12 décembre 1936. Sur le problème des matières premières, une importante étude de M. Stanislas Gryziewicz a paru à Varsovie en 1936 sous le titre « Problem zaopatrzenia surowcowego Polski ze stanowiska interesow obrony panstwa » (le problème de l’approvisionnement en matières premières du point de vue de la défense nationale), 110 p. Cette étude porte avant tout sur les aspects stratégiques du problème. (Compte-rendu dans le Monde Slave, avril 1937, p. 174).
gande en faveur de l’expansion polonaise outre-mer. En 1933 déjà, la thèse que nous exposerons plus loin d’après laquelle la prétention nouvelle serait liée en droit à la prétention de l'Etat allemand, par application de la théorie des successions d’Etats, était exprimée par le Prince Radziwill, président de la Commission des Affaires Etrangères à la Diète.
Mais c’est en 1936 et en 1937 que les manifestations de soucis nouveaux ont été les plus nombreuses et les plus vigoureuses. Les revendications de la Pologne à propos des matières premières et des colonies ont été exprimées par le Ministre des Affaires Etrangères, M. Beck, lors des débats au Sejm et au Sénat et à Genève en particulier par M. Adam Rose, vice-ministre du Commerce et de l’Industrie, et M. Komarnicki, au cours des discussions auxquelles donna lieu l’étude du problème de l’accès aux matières premières et du problème des migrations humaines. Elles ont été rappelées tout récemment encore à Varsovie, le 10 janvier 1938, par le Ministre des Affaires Etrangères, au cours de l’exposé fait par celui-ci devant la Commission des Affaires Etrangères de la Diète (2).
Bien qu’elle ait été, dans le temps, contemporaine de la revendication allemande, la revendication polonaise présente des caractères particuliers qui la différencient nettement de la précédente.
En premier lieu, la revendication polonaise ne peut parvenir à la précision — précision, on l’a vu d’ailleurs, très peu marquée déjà — de la revendication allemande, puisqu'elle ne porte sur aucun territoire déterminé a
(2) V. Le Temps, du 11 janvier 1938.
priori. Réserve faite de la thèse d’après laquelle l'Etat polonais, en qualité de successeur de l’Empire allemand pour les territoires de Posnanie et de Poméranie cédés au traité de Versailles, aurait, au cas d’une rétrocession au Reich de ses anciens territoires, à exercer des droits sur ceux-ci, la revendication polonaise ne s’oriente et ne peut s'orienter en aucune manière vers une direction fixe. Orientation d’autant plus difficile à préciser que les revendications « coloniales » polonaises comportent, sous un terme unique, l'énoncé d’exigences et d’ambitions de caractères très divers.
En second lieu, la revendication polonaise se trouve, beaucoup plus encore que la revendication allemande, liée, dans le pays d’origine même, à des préoccupations plus générales. L'expansion de la Pologne outre-mer est jugée non pas seulement comme une « exigence » imposée par l’économie, non seulement comme un acte politique — un acte de politique intérieure aussi bien que de politique extérieure — mais aussi comme un effort destiné à apporter à un peuple entier une sorte de formation morale. Le succès qui a accueilli les nouvelles propagandes coloniales donne à la revendication un aspect «populaire» que la revendication allemande ne présente aucunement au même degré.
Une même énergie — commandée avant tout par des soucis d'ordre psychologique — une même méthode, définissant une action intérieure et extérieure, se trouvent ainsi mises au service de revendications différant à la fois par leur naturé et par leurs fins.
a) Diversité des buts poursuivis.
I. — Le Gouvernement polonais paraît avoir attendu tout d’abord d’une « expansion polonaise dans les terri-
toires d'outre-mer » une solution partielle, mais directe du problème de l’émigration.
L’émigration polonaise se trouve aujourd’hui pratiquement arrêtée. On sait l'importance qu’elle a longtemps revêtue. En 1913, on estime qu’il existait en Pologne plus de 400.000 émigrants saisonniers qui quittaient régulièrement la Pologne pour d’autres pays et en particulier pour l’Allemagne. Le nombre des émigrants se rendant vers les pays d'outre-mer se serait élevé à 250.000 personnes environ pour chaque année. En 1920, 116.000 Polonais auraient quitté leur pays. Le nombre des émigrants croît dans les années suivantes, atteint 127.000 en 1922 — 200.000 en 1924. Il décroît en 1925 à la suite de
diverses circonstances, notamment la restriction imposée .
à l’immigration par les Etats-Unis ; mais pour un temps seulement : en 1929, le nombre des émigrants dépasse 240.000. Les restrictions imposées alors par le Canada, PAllemagne et la Pologne à l'immigration polonaise freinent assez brusquement les départs. En 1931, pour 80.000 émigrants, on aurait compté 90.000 réémigrants; en 1935, 53.000 émigrants en face de 55.400 réémigrants (3). Or, l'accroissement naturel de la population polonaise serait d'environ 400.000 âmes par an. Le souci général d’assurer à l'étranger, des possibilités d’emploi à la population excédentaire a conduit à rechercher dans quelle mesure les terres coloniales aujourd’hui inexploitées pourraient accueillir des travailleurs polonais.
Mais à ce souci général, se joint un souci particulier. Le Gouvernement paraît résolu à encourager l’émigration d’une partie au moins de la population israélite résidant en Pologne.
(3) Exposé de M. Adam Rose, vice-ministre du Commerce et de
l'Industrie, à la Commission d’Etudes du problème de l’accès aux matières premières de Genève.
L’émigration juive a été dirigée pendant plusieurs années après la guerre vers la Palestine. Aussi le Gouvernement polonais a-t-il suivi avec une particulière attention le cours des événements récents de Palestine ; M. Komarnicki représentant de la Pologne à la 6° Assemblée de la Société des Nations, a déclaré le 6 octobre 1936 que son Gouvernement espérait que «ces événements n’auront aucune influence sur le développement de ce pays et ne diminueront en rien le rôle qu’il est appelé à jouer pour le peuple juif» et qu’il était heureux « d'apprendre que le Gouvernement britannique n’avait pas arrêté, à la suite des derniers troubles, l’immigration en Palestine». En dépit de ces espérances, il a paru opportun aux autorités polonaises, sans se borner à orienter l’émigration juive vers la Palestine, de découvrir à cette émigration de nouveaux débouchés (4).
Rien ne permet d’attendre en effet que dans l'avenir, le problème juif puisse se poser avec une acuité moins grande. Bien au contraire : la situation matérielle et morale de la minorité juive ne peut manquer, il faut le prévoir, d’empirer dans les années prochaines.
Toute amélioration du niveau de vie des classes paysannes a pour effet d’inciter un nombre croissant de jeunes Polonais appartenant à des familles d’agriculteurs à se diriger vers des professions commerciales. Comme en Hongrie, par ailleurs, le discrédit qui entourait jadis ces mêmes professions commerciales dans les milieux de la noblesse et de la bourgeoisie, s’efface. Pour l'accès à ces professions, remplies presque en totalité aujourd’hui par les israélites, commence une rivalité dont l'issue ne peut être que défavorable aux élé-
(4) Voir l'important article de M. Lahaque, « Colonisation Juive et Colonies françaises », Afrique française, janvier 1938, p. 6,
ments juifs. Il faut ajouter — et c’est là semble-t-il l'essentiel — que l'effort entrepris par l'Etat avec le dessein de centraliser, de coordonner. et même de diriger l’activité économique du pays, la création en particulier de nouvelles institutions de crédit — crédit agricole, crédit artisanal — contrôlées par l'Etat ou les collectivités locales, de nouveaux régimes d’exploitation ou d’échanges — coopératives par exemple — la transformation ainsi de la fonction d’ «intermédiaires » dans le milieu social polonais — aboutissent, au moins indirectement, à priver les Juifs de leurs emplois traditionnels et mettent en question l’existence même des jeunes générations israélites (5).
Aussi, le Gouvernement polonais a-t-il témoigné un intérêt tout particulier aux négociations entreprises avec le Gouvernement français, en vue de l’accueil, à Madagascar, d’une immigration de Juifs polonais (6).
D'autre part, lors des débats de la première sous-commission du Comité pour l’étude du problème des matières premières, M. Wagner a soumis un projet de résolution favorable à l’octroi aux pays surpeuplés, de concessions d’exploitation dans les territoires coloniaux, concessions qui permettraient, le cas échéant, l’emploi des excédents de main-d'œuvre dans ces territoires.
(5) Cf. l’exposé de M. Beck à la Commission des Affaires Etrangères du Sénat, ie 18 décembre 1936 : « Une grande partie de la population juive qui assurait les moyens de subsistance à des familles en exerçant les fonctions de petits intermédiaires, se voit privée de ces moyens au fur et à mesure du développement économique des Etats particuliers. et se trouve dans l’impossibilité d’assurer des moyens d’existence aux jeunes générations. »
(6) Voir sur ce problème, infra, IIT° Partie, chap. II et Lahaque, article précité. Lors des débats aux Communes le 26 janvier 1937, allusion avait été faite à la création d’un foyer national juif en Australie. L'idée d’une colonisation par des Israélites, de territoires dépendant de l’Afrique Equatoriale Anglaise (Ouganda, etc.) a été soutenue dans des congrès sionistes,
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IT. — En outre, le Gouvernement polonais attend de l’adoption d’une politique coloniale une amélioration de la situation présente du marché des devises étrangères. C’est là ce qu’on nomme le plus souvent « l’argument relatif à l’accès aux matières premières ».
L’industrialisation du pays, exige, a-t-on dit à Varsovie et à Genève, la poursuite simultanée d’une politique de repliement : politique destinée à développer dans la plus grande mesure possible les ressources nationales, et d’une politique d'expansion économique.
L’effort d’industrialisation se justifie, au moins en partie, par la conscience des difficultés auxquelles se heurte aujourd’hui l’émigration. La solution des problèmes de surpopulation doit être cherchée aujourd’hui dans la création d'emplois nouveaux à l’intérieur même de la nation. L’exécution d’ailleurs extrêmement lente de la politique de réforme agraire (7), a pour effet d'améliorer les conditions d’existence dans les régions agricoles ; mais le Gouvernement ne paraît pas disposé à poursuivre très avant cette politique ; il ne paraît pas disposé non plus à entreprendre l’assèchement des marais de l'Est, de la région de Pinsk ; les milieux militaires, en effet, ne se résignent pas à voir disparaître ces zones de marais dont l’existence facilite la défense de la frontière orientale de la Pologne. L’adoption d’une politique d’industrialisation permettra d’attirer vers les villes l’excédent de la population rurale.
Mais cet effort d’industrialisation risque de rendre plus difficile la situation du marché des devises. Il exige, en effet, un accroissement d’importations. L’im-
(7) V. Jacques Ancel, professeur à l’Institut des Hautes Etudes Internationales : «Crise polonaise ?, la question agraire et le mouvement paysan», Politique Etrangère, décembre 1937, p. 563,
portation des matières premières textiles a passé de 33 millions de zlotys à 47 millions en 1936 ; l’importation du cuivre de 11,5 millions de zlotys à 16 millions en 1936. Il faut certes tenir compte du fait que cet accroissement des valeurs à l'importation reflète la hausse du prix des matières premières au cours des années 1935 et 1936; néanmoins, l’accroïissement en quantité demeure généralement assez sensible (8). Dans le cas de la Pologne, par ailleurs, qui, jusqu’à
ces derniers mois, devait importer une grande partie
des machines nécessaires à ses travaux d’équipement, le passif de la balance des comptes se trouvait grevé d'un «poids» nouveau : cette «charge» est épargnée à l’Allemagne.
Situation du marché des devises d’autant plus difficile, a-t-on dit, que l’arrêt de l’émigration prive la Pologne du secours essentiel qu’apportaient, au regard de l'équilibre de sa balance des comptes, les envois de fonds des émigrants. On a évalué en Pologne à 400 millions de francs-or par an le montant des sommes envoyées par les émigrants polonais à leurs pays respectifs pendant les années d’avant-guerre.
Quelle que soit la valeur à attribuer aux raisons que
l’on donne ainsi comme se trouvant à l’origine des difficultés d’approvisionnement de la nation en ressour-
ces naturelles, il semble que ces circonstances générales
aient eu moins d'influence sur l’apparition de ces difficultés que certaines circonstances spéciales. En particulier, on a fait observer en Pologne que le
es — (8) Exemples du Cuivre.......... 12.512 14.722 — Zinc een 922 1.343
— Caoutchouc .... 4.377 4.871
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solde disponible pour l’acquisition de matières premières coloniales s'était trouvé, au cours des dernières années, sensiblement réduit. La Pologne s’efforçait de rendre active la balance générale de ses échanges avec l’Europe de manière à disposer d’un excédent de devises suffisant pour payer les matières premières en provenance des pays tropicaux, — pays qui achetaient peu à la Pologne elle-même. L’excédent des ventes en Europe payait ainsi l'excédent des achats outre-mer.
Or, les accords d'Ottawa, en restreignant les possibilités d'exportation des pays agricoles polonais dans l'Empire britannique, la politique d'encouragement à l’agriculture méthodiquement poursuivie en Allemagne, le fonctionnement même d’accords de clearing liant la Pologne avec des nations industrielles, ont eu pour effet de diminuer l’excédent des ventes en Europe ou du moins de rendre dans divers cas plus difficilement disponible le montant du solde acquis. L’importation des produits coloniaux qui pourrait et devrait s’accroître se trouve ainsi aujourd’hui entravée. Il y a là pour ta Pologne une situation nouvelle qui n’est pas sans présenter, il faut le reconnaître, certaines difficultés (9).
Aussi, en même temps qu’elle préparait les grandes lignes d’un plan tendant à assurer, grâce à une méthode de coopération des principales Banques Centrales, la mobilisation au profit des créanciers des arriérés « gelés» de clearing (10), la Pologne a-t-elle recommandé l'octroi dans les territoires coloniaux, de concessions à des entreprises polonaises avec le dessein d’assurer dans
(9) Sur le problème des relations commerciales de la Pologne avec VPEmpire français, v. S. Rousselet, « Négociations commerciales francopolonaise », Europe Nouvelle, 4 décembre 1937.
(10) Plan préparé par M. le Prof. Mlynarski, ancien vice-gouverneur de la Banque de Pologne, présenté par la délégation polonaise au Comité des Matières Premières de Genève.
ces zones, un certain marché à des produits polonais et de permettre ainsi, grâce à un accroissement d’exportation vers les pays tropicaux, une amélioration des conditions générales d'importation des produits de ces pays. C’est là, semble-t-il, le principal profit à attendre d’une participation à l’exploitation de territoires coloniaux.
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Tels sont, présentés sans commentaires, les deux aspects actuels de la revendication polonaise, d’après les déclarations des membres du Gouvernement. La presse a exprimé parfois des exigences plus étendues : elle a parlé de lPacquisition par la Pologne de territoires coloniaux propres. Non qu’il s’agisse d’une revendication immédiate (11) : comment la Pologne si pauvre en capital exploiterait-elle aujourd’hui à elle seule une terre coloniale ? Mais la prétention ne sera sans doute pas abandonnée : on la verra reparaître, il faut s’y attendre, au cours des débats portant sur un éventuel règlement colonial nouveau. L’espérance d’une acquisition — même lointaine — de territoires, fournit à la propagande un aliment. La revendication proprement territoriale permet de lier ainsi la prétention polonaise à la prétention allemande ; elle apporte à l’action extérieure comme à l’action intérieure de la Pologne, en faveur d’une politique d'expansion, une énergie nouvelle.
b) Uniformité des méthodes employées.
Si divers que soient les buts poursuivis par la Polo-
(1) V. Kuryer Warszawski, 7 octobre 1936,
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gne, les méthodes employées pour les atteindre apparaissent semblables. Action intérieure d’une part, destinée à combattre l’opposition socialiste ou israélite aux doctrines nouvelles d'expansion, et à apporter au Gouvernement polonais pour sa politique nouvelle, appui d’une fraction importante de la population. Action extérieure d’autre part, liant d’une manière aussi étroite que possible, la revendication polonaise aux revendications présentées par d’autres pays.
I. — Le but de l’action intérieure est de diriger vers l'expansion coloniale les volontés d’affirmation et de sacrifice des jeunes générations polonaises, comme aussi leur espérance d’une meilleure prospérité.
L'outil pour cette tâche sera la Ligue Maritime et Coloniale (Liga Morska i Kolonialna) dont les origines remontent au lendemain de la guerre et dont le développement est récent.
La fondation de la Ligue remonte à 1918, à l’époque où la nation polonaise, prête à devenir un Etat, se préoccupait d'acquérir un accès à la mer et d’en organiser la défense. Une vingtaine de personnes fondèrent alors un groupement appelé « Bannière Polonaise » qui devint en 1919 la « Ligue de Navigation Polonaise » et en 1924 la « Ligue Maritime et Fluviale ». Il n’est pas douteux que la Ligue Maritime allemande, l’importante « Flottenverein » d’avant-guerre, servit de modèle à ces efforts nouveaux. Il s’agissait alors, pour les fondateurs du mouvement, en particulier le Vice-Amiral Porebski, d’attirer l’attention des premiers Gouvernements et surtout de la population divisée jusqu’alors en trois troncons, sur l’urgence d’une politique commune destinée, grâce à l’amélioration du régime fluvial de la Pologne
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et à la création d’un commerce maritime en particulier, à affirmer et à assurer le droit de la Pologne à devenir une nation maritime. La Ligue se préoccupa ainsi tout à la fois des problèmes que posaient l’aménagement de la Vistule et le développement des voies navigables, la construction d’un port polonais sur la Baltique à Gdynia, la défense — c’était là un point essentiel — de la situation de la Pologne à Dantzig.
C’est en 1930 que la Ligue prit le nom de la Ligue Maritime et Coloniale ; depuis lors, le nombre des adhédents s’est considérablement accru, passant de 40.000 en 1930 à 70.650 en 1933, 295.892 en 1935, 535.237 en 1936, en même temps que se perfectionnaient et l’organisation et les procédés de propagande de la Ligue transformée.
L'originalité de l’organisation actuelle de la Ligue réside dans l’étendue et la nature des appuis qui lui sont accordés.
Comme les Comités d’action créés au cours de la guerre en vue de la création de «légions polonaises », la Ligue s’efforce d’atteindre et d’intéresser à son activité les colonies polonaises établies à l’étranger. L’influence de la Ligue s’étend ainsi non seulement dans les grandes villes, non seulement dans les campagnes polonaises — où 4.000 groupements locaux ont été organisés — mais jusqu'aux Etats-Unis et en Amérique du Sud.
Par ailleurs, et bien que la Ligue n’ait pas été organisée, en principe, sous forme d’une organisation d'Etat — afin de permettre à son action la souplesse nécessaire — elle entretient des relations étroites avec le Gouvernement (12). C’est une décision du Conseil des
(12) La Ligue s’était longtemps plainte de l’indifférence des Gouvernements à son égard (v. Teitelbaum, «La Pologne devant le problème colonial », Europe Nouvelle, 12 décembre 1937).
Ministres qui, en janvier 1933, confia à la Ligue le soin d'organiser et de gérer un «Fonds de défense maritime» (13) chargé de recueillir des sommes affectées à la construction de navires de guerre. Un sous-marin, « L’Aigle », fut construit ainsi à la suite de la souscription nationale, qui rapporta environ 5 millions de zlotys. La Ligue gère en outre, dans des conditions semblables, un «Fonds d’Activité Coloniale ».
Il résulte de ces circonstances que ses moyens d’action sont déjà considérables. Le budget de la Ligue s’élevait en 1935 à 1.935.000 zlotys, dont près de 95 % étaient consacrés aux dépenses de propagande générale de la Ligue.
Les procédés de propagande ont été établis en tenant compte du tempérament polonais, avec le souci essentiel de donner à la politique d’expansion maritime et coloniale de la Pologne, une fonction sociale, une fonction psychologique et morale.
Aussi la Ligue ne se borne-t-elle pas à éditer des publications régulières et des tracts. Cet aspect de son activité est pourtant important : l’organe officiel de la Ligue est la publication intituée: « Morze » (la Mer) dont le tirage atteint 178.000 exemplaires ; en outre, la Ligue édite une revue d’aspect plus austère, « Sprawy Morskie i Koloniale >» qui tient les Polonais au courant des découvertes récentes des diverses sciences coloniales et, en outre, les renseignent sur l’état actuel des discussions internationales à propos des redistributions de territoires ; cette revue tirerait à 8.000 exemplaires. La Ligue publie un périodique mensuel destiné particulièrement aux ouvriers et paysans, largement distribué
(13) Désigné souvent, dans les articles de presse, sous les abréviations F.O.M. (Fundusz Obrony Morskiej).
(« Polska na Morzu ») dont le tirage atteindrait 250.000 eexmplaires. La Ligue offre au public en outre de très nombreuses études, illustrées, dont les titres suffisent à évoquer les tendances : «la Mer comme source de la puissance de la République», «de la Mer à l'Océan, de notre Côte aux Colonies », etc...
Mais l’effort de la Ligue est plus ample. La Ligue tend à jouer le rôle que remplissent dans d’autres pays, les organismes destinés à donner à la jeunesse, une formation morale.
La Ligue organise chaque année, à Gdynia, en présence de plusieurs hautes autorités de la République, une «fête de la Mer ». Un puissant concours de foules est assuré à cette cérémonie, à laquelle on entend donner, comme jadis à Venise, la valeur d’un symbole, le symbole de l’union de «la Pologne et de sa Mer».
La Ligue attire dans des formations diverses — groupes d’écoles, en particulier, créés avec l’autorisation du ministre des Cultes — un nombre important de jeu-nes gens, en qui elle s’efforce d’éveiller un intérêt nouveau pour les soucis d'expansion maritime ou coloniale du pays. Des camps sont établis chaque année, en principe au bord de la mer ; à défaut de mer — le rivage est trop étroit pour permettre à tous les camps d'y séjourner — on met à profit les lacs nombreux dans le Nord de la Pologne.
Ainsi s’accomplit le programme tracé par le Général Orliez Dreszer, mort récemment, ancien Président de la Ligue, et que le Général Sosnowski rappelait dernièrement en ces termes : «Le Général Orlicz Dreszer rêvait d’un nouveau type de pionnier…., le vainqueur des mers et d’océans, des insectes et de la malaria : il rêvait d'un Polonais qui bâtirait des ponts, construirait
des barrages, et partout tiendrait bien haut la bannière du nom polonais ».
IT. — L’action de la Pologne à l’extérieur paraît inspirée du souci de tenir prête, d’une manière permanente, une revendication formulée en termes généraux, destinée à devenir plus précise et plus ferme si les circonstances semblent favorables.
Pour être prête à demander une part dans un règlement colonial nouveau, la Pologne doit tout d’abord former à l’extérieur, dans les pays d’outre-mer, le futur «personnel colonial» de la nation. Le Gouvernement s’est efforcé d'encourager la création de « fermes modèles >» au Libéria et au Brésil, établies grâce à l’octroi de concessions. La Ligue Coloniale a apporté ici son concours et grâce au Fonds d'Action Coloniale, la colonisation polonaise au Parana, en particulier, a pu être l’objet d’une vive sollicitude (14).
Il faut, en outre, trouver à la volonté d’expansion outre-mer, des fondements assez précis pour que la revendication polonaise apparaisse dans les discussions futures, liée à des prétentions étrangères que les circonstances ont pu ou pourraient éventuellement favoriser. Ù
C’est à ce souci qu’il faut rattacher, semble-t-il, la thèse d’après laquelle la revendication polonaise se trouverait fondée, en droit, sur la considération des rapports juridiques qui unissent aujourd'hui l'Etat polonais et l'Etat allemand à la suite de la cession par le Reich, au traité de Versailles, d’une fraction de son territoire au nouvel Etat. Appliquant la théorie si discutée en droit international, des successions d’Etat, l'Etat po-
(14) Cf. sur ce point Hahn, article précité.