‹ Essai sur les revendications colonialesChapitre 34 sur 74 · NAT OI · texte numérisé non relu

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lieux « Black Shirts », partisans du mouvement de Sir Oswald Mosley. On doit citer ensuite et surtout les milieux dits d’ « extrême-droite » dont les opinions sont exprimées par la presse de Lord Rothermere le Daily Express, le Daily Mail, le Sunday Dispatch. De très nombreux articles ont été consacrés dans les colonnes de ces journaux aux revendications de l’Allemagne. Enfin, certaines personnalités favorables à l'Allemagne ont adopté fréquemment dans la presse anglaise les thèmes familiers à la propagande allemande (1).

On ne peut oublier que ces cercles sont en même temps les cercles les plus favorables à l’affermissement de la politique d’'Embpire.

Pour d’autres milieux, très différents des précédents, l'intérêt accordé aux revendications des nations insatisfaites ne saurait s'expliquer par la considération de la personne même des demandeurs : au contraire, ces milieux seraient a priori, hostiles à toute politique prohitlérienne ou pro-mussolinienne. Cet intérêt résulte de l’objet même de la discussion. Il s’agit ici des milieux libéraux et travaillistes. Matières premières, régimes coloniaux, politique économique internationale, autant de problèmes à l’égard desquels ces milieux « possèdent une opinion» une thèse, qu’il voudraient voir le plus rapidement possible, triompher. La revendication allemande leur fournit une occasion propice pour exposer leurs vues et pour souligner à propos d’une difficulté précise, les erreurs qu’ils reprochent à la politique de leurs adversaires. Pacifistes, ces milieux sont par ailleurs disposés à recommander l’adoption de mesures de

(4) Voir en particulier les articles de M. Dawson et ses lettres au Times : M. Dawson auteur de divers livres sur l’Allemagne, est docteur « honoris causa » de l’Université de Kœnigsberg.

concession qu’exige le souci de sauvegarder la paix internationale.

C’est de ces milieux que viennent les propositions relatives à la création d’un contrôle international des matières premières, à l’extension du régime des mandats, à l’internationalisation des régimes coloniaux, etc. (2).

Enfin, on doit mettre à part l'opinion professée par M. Lloyd George, d’après laquelle une redistribution de territoires au profit de l’Allemagne serait une mesure nécessaire, et d’après laquelle cette redistribution devrait porter sur les territoires coloniaux des petites nations européennes.

En face de ces milieux favorables non certes à l’adoption, mais à la discussion de la thèse allemande, des personnalités appartenant aux milieux conservateurs « modérés » refusent avec fermeté toute concession à l'Allemagne en particulier, en matière coloniale. Parfois, ils se bornent à invoquer, pour justifier leur attitude, la légitimité indiscutée de la souveraineté de l’Angleterre sur les territoires soumis à son autorité. Quelquefois, ils font appel à des considérations humanitaires et fondent leur opposition à la thèse allemande sur le seul souci du bien-être des indigènes dans les colonies. Plus généralement et d’accord en cela avec des libéraux modérés, ces conservateurs se montrent hostiles à toute politique de concession à l’Allemagne, au moment même où la sécurité de la Grande-Bretagne, pour la première fois de son histoire, cesse d’être à l'abri d’une agression européenne. Formés à l’école du libéralisme international — même si aujourd’hui ils

(2) Voir infra, les parties de notre étude consacrées à ces propositions (IIIe partie, chap. IT).

abandonnent certaines des conclusions de ces thèses — ils insistent les uns et les autres sur la faiblesse des arguments économiques apportés par l'Allemagne à l'appui de sa demande.

Peut-être craignent-ils avant tout d'encourager l’anormale politique économique du Reich — politique qu’ils jugent condamnable d’une manière générale et particulièrement préjudiciable aux intérêts de la place de Londres et de l’ensemble de l’Empire britannique — en facilitant sans poser de conditions, l’approvisionnement du Reich en matières premières.

b) Hésitation du Gouvernement. — A la suite du voyage de Sir John Simon, alors chargé du Foreign Office, à Berlin en mars 1935, des déclarations catégoriques avaient été faites aux termes desquelles l’éventualité d’un transfert de mandats ne pouvait faire l’objet d'aucune discussion.

Depuis que cette attitude extrêmement nette avait été adoptée, les déclarations de divers membres du gouvernement britannique avaient paru s'inspirer de considérations nouvelles.

1. En particulier, on sait qu’un des membres du gouvernement, Sir Samuel Hoare, alors ministre des Affaires Etrangères, avait pris l'initiative, dans son discours de Genève du 11 septembre 1935, d’une dissociation des problèmes posés par la revendication des nations insatisfaites.

On sait que, dans ce discours, Sir Samuel Hoare écartait l’idée d’une redistribution de «territoires », mais préconisait l'étude d’une redistribution des matières premières coloniales. On a souvent considéré que

cette initiative était due à Sir Samuel Hoare personnellement et à son entourage. Elle ne parait pas avoir été précédée d’études économiques géñérales des problèmes posés. Cependant, l'Empire pouvait être jugé comme devant se montrer a priori favorable aux mesures qui, en facilitant l’acquisition par l'Allemagne des matières premières coloniales, permettrait par là même aux pays producteurs de matières premières, tels que les Dominions, d’écouler à nouveau leurs produits vers l’Europe centrale.

2. Par ailleurs, en ce qui concerne le problème même du transfert des mandats, les déclarations du Gouvernement semblaient perdre de leur vigueur primitive. Fréquemment sollicité aux Communes par des conservateurs tels que M. Amery, Sir Austen Chamberlain, M. Winston Churchill, de préciser l'hostilité du Royaume- Uni à d'éventuelles redistributions territoriales, le Gouvernement s’est borné à rappeler que la «question n’était pas actuelle», et qu’il n’était pas disposé à la soulever lui-même si d’autres nations ne l’évoquaient pas (3).

En particulier, le 1* avril, en réponse à une question d'un député libéral, M. Eden répliquait : « Je rappelle que le Premier Ministre a donné le 13 décembre dernier, en réponse à une question de M. Wegdwood, l’assurance qu'aucun territoire sous mandat... ne saurait être transféré de la souveraineté britannique sans que la plus complète attention fût portée aux intérêts de toutes les

parties de la population se trouvant dans ces territoires ».

(3) Déclarations de M. Baldwin et des divers membres du gouvernement. V. Bulletin of international News, 9 mai 1936. Mandated Territories, Considerations regarding transfer,

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