‹ Essai sur les revendications colonialesChapitre 41 sur 74 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'opinion publique belge paraît être unanime à combattre toute éventualité de redistribution territoriale des colonies. En revanche, elle se montre très nettement favorable à la recherche d’une solution purement économique et commerciale des problèmes posés par l’Allemagne.

a) L'opposition à toute solution de partage des territoires s’est exprimée à plusieurs reprises de façon très nette dans la presse belge.

Le 30 janvier 1937, la « Dépêche Coloniale Belge » écrivait : « La Belgique n’est pas plus disposée à se laisser dessaisir du Ruanda-Urundi, qu’elle ne l’est à se laisser prendre le Congo. »

La même formule était reprise par la «Libre Bel-

gique» du 3 décembre 1937 : « L’intégrité du Congo

belge ne peut être mise en question et le seul fait de réclamer le Ruanda-Urundi est une attaque directe à l’intégrité des possessions du Royaume », et trois jours après par «le Soir» : «Il est nécessaire de prendre une attitude catégorique, de proclamer bien haut que la Belgique est décidée unanimement à défendre l’intérêt de son patrimoine, y compris celui investi dans le territoire sous mandat ».

La Tribune des Nations du 9 décembre 1937 mettait l'accent sur le côté moral de la question : « Ce serait une faute morale grave pour la Belgique d’abandonner, pour quelque raison que ée soit, voire pour un objectif de paix internationale réel, à des mains non qualifiées, à une puissance dont les principes colonisateurs sont en opposition formelle avec les siens, la tutelle acceptée par Léopold II et après lui par son pays sur les peuples du centre africain ».

On doit se rappeler la vive protestation élevée par M. Van Zeeland à la suite des déclarations de M. Lloyd Georges, en mai 1936, aux termes desquelles une redistribution des territoires coloniaux de diverses petites nations était nécessaire, et le démenti formel exprimé tout récemment par M. Spaak, ministre des Affaires Etrangères de Belgique, lorsqu’à la suite du voyage de Lord Halifax à Berlin, on apprit qu’une « personnalité allemande » avait suggéré la création d’une compagnie internationale à Charte destinée à faciliter l'exploitation par l’Allemagne des territoires de l’Afrique Centrale et en particulier du Congo belge.

b) Si la solution de redistribution territoriale est complètement écartée, des solutions d’ententes économiques et commerciales ont été proposées à maintes reprises.

C’est ainsi que M. Louwers, membre du Conseil Colonial, dans un ouvrage récent (1), après avoir envisagé toutes les solutions théoriques possibles, ne retient que celle-ci : « Ainsi la solution du problème colonial est bien plus de l’ordre économique que de l’ordre poli-

() Louwers O., « Le problème colonial du point de vue international », 1936, précité.

Page 1