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Il faut se refuser ici, en définitive, croyons-nous, en étudiant les exigences et les ambitions présentées à l’encontre des intérêts français, à exprimer un vain regret. Toute plainte est inutile.
C’est la destinée de la France de devoir demain comme hier, vivre « dangereusement». Notre position géographique, exceptionnelle, a toujours été difficile à défendre, dans la mesure même où elle s’est trouvée enviable. Position exceptionnelle qui a permis à la France, seule de toutes les nations actuelles de l’Europe, de tenir la scène depuis vingt siècles. L’Angleterre avait la place qu’occupaient les colonnes d’Hercule dans le monde antique quand la France prenait sa part de la civilisation méditerranéenne. Maïs la France sera plus tard présente sur l'Atlantique, alors que Venise ne peut échapper à sa ruine. La France est de nouveau présente en Méditerranée et en Afrique, quand les ambitions se dirigent vers le continent noir. Notre position est bien aujourd’hui ce qu’elle était toujours, magnifique, c’està-dire dangereuse.
Mais c’est aussi la destinée de ce pays de répondre aux volontés d’autrui, comme aussi aux désarrois, non pas par une simple défense, par une simple résistance, mais par l’exigence d’une création à forger. Vaincue en 1871, la France avait, moins de quarante ans plus tard, conquis, dominé, et commencé d'organiser cinq terri-
toires. Et si Richelieu au moment même où il luttait contre l’Europe, orienta la France vers une politique d'expansion au-delà des mers, son dessein n’était pas seulement d’aider à la défense du pays contre l'Espagne, mais de créer cette nouvelle France qui devait répondre à l’exigence d’une époque où le souci nouveau d’un accroissement d'influence au-delà de l’Océan devenait l'enjeu des conflits de forces. On a tort d’écrire que la France au cours de son histoire s’est souvent crue perdue. En réalité, elle a bien été souvent réellement perdue. La France méditerranéenne du Moyen-Age est perdue après la conquête turque, comme est perdue à Trafalgar une France maritime, comme est perdue à Sedan une certaine France continentale. Seulement, c'était toujours la France qui succédait à la France.
Les revendications coloniales n’auront pas été sans vertu, si elles nous forcent, non pas seulement à défendre un pays, un domaine, un bien, maïs à entreprendre la création de cette conception française de l'Empire qui doit répondre aux exigences d’un nouvel ordre, d’une nouvelle «physique» du monde. «La France, a écrit Balzac, est peut-être la seule qui ne soupconne pas la grandeur de son rôle, la magnificence de son époque, la variété de ses contrastes >» (17). Il est temps que la nation qui a eu jadis l’audace de faire une morale de la lucidité même, puise, dans la conscience de vivre menacée, la dernière richesse qui lui reste aujourd’hui à conquérir : l’orgueil.
(17) Balzac : Œuvres diverses (Œuvres complètes, Calmann-Lévv, tome 22, p. 521).
RE ee Date | $ PS Vu : le Président de Thèse, u 2 Gilbert GIDEL.
18 Vu : pour le Doyen, L'Assesseur : | - à
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) Vu et permis d'imprimer ; À Le Recteur de l’Académie de Paris : 4 GROUSS NES %
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