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Aussi les diverses propositions qui ont été présentées récemment en France, en vue d’assurer le règlement du problème colonial franco-anglo-allemand considéré comme un legs du passé ont-elles écarté unanimement l’idée d’une restitution pure et simple, à l’heure actuelle, du Cameroun. On a préconisé l’acquisition par l’Allemagne de territoires hors d'Afrique (14). D’autres propositions favorables à l’acquisition en Afrique même par l'Allemagne d’un domaine colonial écartent l’éventualité de la création d’une enclave allemande à proximité immédiate du Tchad (15).
Il serait hautement regrettable aujourd’hui en définitive qu’une politique de concessions hâtives vint se
(14) René Bouvier, Le Problème colonial allemand, Revue des Ambassades, février 1937.
(15) François Herbette, Les Revendications Coloniales et la sécurité de l’Afrique, Supplément au Bulletin Quotidien de la Société d’Etudes et d'Informations Economiques, Paris, février 1938,
borner à étendre le champ des rivalités européennes et à donner à ces rivalités de nouveaux moyens de force. Reconnaissons simplement que l’histoire condamne les théories étrangement « fatalistes» des « hostilités héréditaires ». Il est trop facile d’oublier que les civilisations de lOccident, Ia civilisation germanique comme la civilisation latine s’étaient fondées — jadis — sur une négation de la fatalité.
Si le problème des revendications coloniales est considéré non pas seulement comme un problème particulier posé par l’Allemagne, mais comme un problème plus général, intéressant d’autres nations, non pas seulement ainsi comme un legs du passé, mais comme l'expression d’un souci de l’avenir, il faut bien dire que les méthodes les plus propres à fixer et aussi à garantir les volontés d’expansion outre-mer sont les méthodes de collaboration des forces. Mais si l’on estime nécessaire de proposer l’accomplissement d’un effort d’expansion commune en Afrique, il reste à définir quelle conception générale de l’ordre cette politique exige, et partant, affermit.
On a souvent justifié les propositions émises avec le dessein de voir associer à la mise en valeur de l'Afrique, diverses nations <«prolétaires» et «dynamiques» en déclarant que cette politique serait peut-être à même de préparer un apaisement européen. Un éminent collaborateur de M. Albert Sarraut a écrit récemment «dans les cadres politiques tels qu’ils existent, une collaboration cordiale et sans arrière-pensée des Haves et des Havenots… est capable d'apporter un grand pro-
grès dans la pacification morale entre nations, capable de désarmer des haines injustifiées, et par là, d’amorcer la solution d’un problème d’ensémble qui se gonfle chaque jour de difficultés nouvelles.» (16). Faut-il croire, comme on nous y invite ainsi, que l’Europe se guérira par une catharsis ?
Le principal mérite de ces propositions est peut-être plus simplement de répondre à l’une des exigences — à vrai dire capitale — de ce qui peut être demain, une conception de l’ordre.
Il est inutile de souligner combien il apparaît étrangement vain de définir encore la paix comme une simultanéité de tolérances. Rien de plus dangereux pour l’ordre même que de le concevoir comme fait de l’abdication des volontés de puissance. Il serait difficile d’oublier que l «ordre > dans l’avenir devra tendre à contenir en lui-même les notions de mouvement, les notions d'effort national elles-mêmes.
Cessons en dépit qu’on en ait d’évoquer la paix par l’image familière de la colombe. Quel appui apporte à l’idée de paix le refus de croire à la guerre ? Quelle vigueur conserverait une civilisation hésitant à accepter, librement, de vivre vulnérable ?
Il est temps d’évoquer d’autres images. Nous songeons à l’admirable frise du temple de Zeus à Pergame au Pergamon Muséum de Berlin : Combat des dieux et des géants, des puissances lucides contre les forces de la Terre. Muscles saillants, les dieux et demi-dieux, à qui s’est joint Hercule, se saïsissent des Titans qui les enserrent et les écrasent. Toutes les divinités sont là,
(16) André Touzet, Le Problème Colonial et la Paix du Monde, t. I, Les Revendications Coloniales allemandes, Paris, 1937, 334 P. (Introd. p. XLIIT).
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dont Hésiode nous a décrit les discordes. Elles n’ont pas d’autre fraternité dans l’accomplissement de cette même lutte que celle de leur acharnement. Et l’ordre n’est pas l’issue du combat : il est ce combat même.