‹ Essai sur les revendications colonialesChapitre 71 sur 74 · Discussion · texte numérisé non relu

Discussion

Dans ce qui précède on s’est borné à exposer la thèse allemande sans aucun commentaire. On a simplement établi certains pourcentages dont l’indication ne figurait pas dans les études citées. -

On voudrait ici examiner rapidement les critiques que cette thèse appelle. ;

1° La méthode. — La méthode utilisée pour évaluer l’économie générale de devises que l’Allemagne est en droit d’attendre de la rétrocession des territoires qui lui appartenaient jadis ne saurait être admise.

a) Tout d’abord il n’est pas possible de tirer aucune déduction de la comparaison qui a été faite du montant des exportations totales en provenance des anciens territoires allemands avec le montant des importations globales du Reich.

ÆEn effet, l'Allemagne ne pourrait a priori recevoir ces territoires qu’à titre de mandat. Ces territoires devraient ainsi être soumis au régime de la Porte Ouverte (on rappelle que le Tanganyika par ailleurs, fait partie du Bassin conventionnel du Congo). Les possesseurs actuels d'établissements seraient ainsi en droit de garder leurs biens. Si la règle de l’égalité économique reçoit application, il est peu probable que l'Allemagne

puisse espérer orienter vers le Reich une partie considérable du commerce de ses anciennes colonies.

On doit se souvenir en effet qu’en 1913 l'Allemagne, dont les territoires pratiquaient une politique de Porte Ouverte, recevait à peine la moitié des exportations en provenance du Tanganyika et du Cameroun et moins de 12% des exportations du Sud-Ouest Africain (1).

On n’ignore pas d’ailleurs que des colonies liées à la métropole par un système préférentiel entretiennent avec de nombreuses nations étrangères des échanges d’une importance parfois extrêmement considérable.

b) Si l’Allemagne, pour étendre son emprise sur les territoires qui lui seraient concédés, décide de racheter certains établis- sements étrangers, il est peu probable que les propriétaires actuels et les entreprises financières qui les soutiennent acceptent un remboursement en marks. Dans ces conditions, l’opération de rachat peut exiger la conclusion d’un emprunt à l’étranger, garanti sur les bénéfices à venir des exploitations rachetées. Mais en admettant même que la conclusion de cet emprunt soit possible, la dette extérieure de l’Allemagne se trouverait accrue, et la nécessité pour le Reich d’assurer régulièrement le service de cet emprunt poserait un nouveau problème d’approvisionnement en devises.

c) Enfin le transfert des territoires aura pour effet un transfert de la dette extérieure de ces territoires. Il est difficile d'évaluer quelle serait l'importance de ce passif : divers arrangements pourraient en effet intervenir au moment du transfert dont on ne peut dès aujourd’hui apprécier les répercussions. Mais il est inadmissible que l’on refuse, a priori, de tenir compte de l’existence de ces obligations dans l’évaluation de l’économie totale de devises à attendre d’un transfert de souveraineté.

2° Les résultats. — Dans ces conditions on ne peut attacher qu’une assez faible valeur aux données fournies par les études citées plus haut.

Actuellement, on l’a vu, le pourcentage des importations du Reich, en provenance des anciennes colonies, dans l’importation générale de l’Allemagne est seulement de 0,45 %. Si demain la monnaie allemande était mise en circulation dans ces territoires, la quantité de devises étrangères dont l’acquisition de-

1. Part de l’Allemagne dans l’exportation en provenance de ses colonies en 1915 :

(En millions de Marks-or) : Exportations À destination de Proportion totales l'Allemagne Est Africain .......... 35.531 14.600 41 % TOBOR ST ASNS RNA EU 9.140 7.700 84 % Cameroun Lee 29.150 13.100 A4 D

S.-0. Africain .....1.0,. 70.300 7.800 11 %

viendrait immédiatement inutile serait donc a priori inférieure à 19 millions de marks.

Pour que la rétrocession de ses anciennes colonies présentât pour le Reich un intérêt effectif, dans ces conditions l’Allemagne devra multiplier par TRENTE environ le montant actuel de ses importations en provenance des territoires d’Afrique : lourde tâche (1).

On imagine les difficultés d’une pareille entreprise : il n’est besoin d’aucun commentaire.

Le rachat d’un très grand nombre d’entreprises étrangères serait ainsi nécessaire (notamment des entreprises anglaises qui se livrent à l’exploitation des gisements aurifères au Tanganyika, des diverses sociétés qui contrôlent actuellement dans la même colonie la production du sisal, des groupements qui se sont efforcés de développer au Cameroun français la production des oléagineux, etc.). |

Ces opérations de rachat qui seraient, en les supposant possibles, extrêmement onéreuses, ne donneraient elles-mêmes que des résultats insuffisants. Les exportations totales actuelles des anciens territoires allemands, en effet, ne s’élèvent qu’à 156 millions de marks et l’Allemagne, en tout état de cause, ne pourrait jamais espérer en recevoir qu’une partie. Un extraordinaire développement de la capacité de production des territoires serait indispensable. On en est réduit à cet égard à des hypothèses. C’est sur de pareilles hypothèses en définitive que se fonde la thèse allemande des avantages économiques à recueillir de la rétrocession de ses anciennes colonies. Rien ne permet d’affirmer qu’un tel développement soit possible dans un délai bref, il n’est en tout cas guère concevable sous un régime de Porte Ouverte. On est en droiït de se demander si les sacrifices qu’exigerait une pareille politique seraient à la mesur des bénéfices que l’on en peut attendre.

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