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LES CORRÉLATIONS SOCIALES

pent. Cependant, il n'en reste pas moins vrai que c'est dans ce sens que les mœurs sociales inclinent.

Des modifications non moins profondes se sont produites dans les mœurs féminines. La virginité n'est plus une exception due le plus souvent à des causes indépendantes de la volonté. Elle est choisie volontairement parce qu'elle constitue un état qui passe pour supérieur à celui de la femme mariée et de la mère de famille. En général, le christianisme relève la condition des femmes. Et, à leur tour, les femmes intéressées à la conservation d'un ordre social qui les favorise, se font les auxiliaires fidèles du clergé. Elles se plaisent à suivre sa direction et accordent, dans leur vie, une très grande place aux pratiques religieuses. D'ailleurs, une religion qui met au rang des plus hautes vertus la douceur, la charité, le pardon des injures, éveille, en elles, toutes leurs sympathies, puisque l'idéal qu'elle propose est le mieux approprié à leur nature.

La vie, dans l'intérieur des familles, ainsi que les rapports de société se trouvent également modifiés. Les actes les plus importants depuis la naissance jusqu'à la mort reçoivent l'empreinte religieuse. C'est l'Eglise qui fixe les jours de repos, qui préside aux fêtes, qui règle les réjouissances, qui intervient partout, dans les deuils comme dans les joies, dans les entreprises privées ou publiques, imprimant sur toutes les choses de la vie sociale la marque profonde de son influence.

Cependant — ne l'oublions pas — cette influence générale et même bientôt universelle, ne s'exerce point partout d'une façon uniforme. Elle se réfracte différemment suivant les milieux divers quelle traverse. Ces milieux variés sont les catégories d'êtres semblables que toute société renferme, catégories qui se diversifient suivant les conditions auxquelles chacune d'elles se trouve soumise. Ce point de vue des classes sociales nous est familier, et, après nous avoir constam-

aSo ESSAI SUR LES RÉVOLUTIONS

ment servi de guide dans nos recherches antérieures, il peut ici encore servir à expliquer l'existence de la variété dans l'unité.

L'idéal chrétien est surtout réalisé par les prêtres, parles moines, par tous ceux qui ont consacré leur vie à l'étude des questions théologiques, à la pratique régulière des cérémonies du culte, à l'observance exacte des règles qui paraissent les plus propres à favoriser le développement des sentiments chrétiens et des vertus correspondantes.

Chez les autres, les exigences professionnelles s'opposent à la poursuite exclusive d'un pareil idéal. Parfois même, l'éducation reçue, le milieu dans lequel les individus d'une classe sont appelés à se développer, les actions imposées journellement par la profession, sont en pleine contradiction avec les habitudes recommandées. L'influence religieuse ne pénètre alors qu'à la surface. Que la contrainte et le prestige religieux viennent à diminuer, et Ton verra les tendances fondamentales, propres à ces classes, percer sous le vernis superficiel qui les recouvrait. C'est ainsi que la royauté avec ses agents administratifs et particulièrement les légistes, cherche à s'affranchir de la tutelle papale et à conquérir l'indépendance du pouvoir temporel.

Cet exemple, emprunté au christianisme, suffit pour montrer comment une révolution, après avoir agi directement par la transformation de l'Etat, exerce encore, en vertu des corrélations sociales, une influence indirecte sur le mouvement des idées et des mœurs.

On découvrirait, sans doute, encore d'autres conséquences dérivées, mais des conséquences plus lointaines, plus faibles et plus douteuses. Par suite, la recherche en serait peu fructueuse. Elle présenterait même un sérieux inconvénient, celui d'encourager l'illusion déjà trop répandue de la toutepuissance d'une révolution.

Il est préférable de consacrer nos derniers efforts à

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