‹ Essai sur les sources de l'histoire des Antilles françaisesChapitre 1 sur 169 · DAMPIERRE · texte numérisé non relu

DAMPIERRE

INTRODUCTION

C'est un principe fondamental pour quiconque veut entreprendre une étude historique sur quelque sujet que ce puisse être, qu'il faut d'abord et avant toute chose remonter aux sources mêmes qui ont pu alimenter les historiens antérieurs. Mais ce principe, également absolu pour tous, et qui est comme la première base et la raison d'être de l'Ecole des Chartes, ce principe n'est pas applicable avec une égale facilité dans toutes les parties du domaine historique, même en se bornant à l'histoire de la France et des Français. Pour être sûr que l'on se sert bien des sources primitives, fondamentales de telle ou telle histoire, il faut en effet les soumettre à la critique ; pour les critiquer, il faut les connaître. Or, depuis trois siècles et demi, des érudits de toutes nations ont accumulé leur patient labeur pour nous faire connaître et apprécier avec justesse toutes les sources de l'histoire ancienne ; depuis deux siècles, des savants (dont nous sommes fiers de nous dire les descendants traditionnels et les élèves) ont eu l'honneur de révéler au monde les sources historiques du moyen âge français; mais les siècles derniers attendent encore leurs historiographes, offrant aux générations nouvelles un champ de

Mém, et doc. de VÉcole des Chartes. — VI a

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recherches méthodiques, la plupart du temps peu connu et souvent tout à fait inexploré.

Particulièrement confuse et redoutable aux historiens est Tépoque qui s'étend des guerres d'Italie à Golbert. Les institutions de cet âge n'ont laissé dans les dépôts publics que des fragments de fonds \ trop souvent dépourvus d'inventaires. La plupart des archives ou collections particulières, (certaines fort précieuses), sont inconnues aux chercheurs et parfois d'un accès difficile. Bref, le recensement des sources relatives à un groupe de faits, à une institution, à un homme même de cette époque présente, en l'état actuel de la science, des difficultés parfois insurmontables. Faut-il ajouter que bien des ouvrages composés sur cette partie de notre histoire ne font qu'augmenter la confusion générale, trop de textes ayant été publiés sans rigueur, sans critique, sans même qu'on sache si leur recueil est un choix plus ou moins judicieux, une collection née du hasard ou un ensemble complet des documents existants sur telle ou telle question.

Mais de ce que les plus petites monographies sur le xvi^ siècle ou le temps de Louis XIII représentent une somme de travail relativement plus considérable qu'une étude sur le moyen âge, il serait illogique de conclure que l'heure n'est pas venue d'entreprendre des dépouillements rationnels et critiques sur cette époque. Les premiers érudits qui se sont attaqués au moyen âge ne se sont pas trou-

1, On sait qu'avant la fin du règne de Louis XIV la plupart des fonctionnaires considéraient comme leur propriété les papiers relatifs à leur charge. De là vient la dispersion actuelle des documents publics antérieurs à l'époque de Colbert.

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vés en présence d'un labeur moins ingrat ni moins disproportionné à leurs seules forces. Quelques générations de savants ont suffi cependant sinon à élucider toutes les questions de détail de l'histoire de la France gallo-romaine et féodale, du moins à faire connaître cette histoire dans son ensemble, à la jalonner pour ainsi dire et à en rendre l'étude claire et attrayante aux chercheurs. Bien plus, en créant pour le moyen âge des instruments de travail connus de tous, ceux qui ont été nos maîtres nous ont donné plus que des guides : nous leur devons d'abord l'exemple de l'abnégation qui donne au vrai savant le courage de préférer l'œuvre utile, fût-elle ignorée, ou même méconnue, à la séduction des succès faciles et des vulgarisations lucratives. Nous leur devons surtout la méthode scientifique, perfectionnée par eux et universellement adoptée pour l'étude de l'antiquité ou du moyen âge, mais qui doit avec une égale rigueur être appliquée à l'histoire des temps modernes.

On ne saurait en effet trop combattre le préjugé qui veut que cette histoire puisse se passer d'une méthode rigoureuse et d'un appareil scientifique. L'histoire est une : quel que soit son objet, elle n'en demeure pas moins une science par ses procédés de recherche ; quelle que soit la forme artistique que Ton prétende devoir donner à l'exposé •des résultats acquis, l'investigation ne saurait souffrir de différences essentielles suivant les époques sur lesquelles elle porte. Dans tous les domaines, la méthode qui s'impose à l'historien sera constante : c'est celle du raisonnement humain, constant lui-même, et qui s'applique en l'espèce à des objets invariables : les monuments de la vie humaine.

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Quelles qu'aient été en effet les formes sociales d'un peuple, quelle qu'ait pu être la civilisation d'une époque ^ les monuments que lèguent à la postérité les sociétés dispa- I; rues se ramènent immuablement à deux groupes, également 1 distincts dans leur nature et dans leur mise en œuvre par l'historien. De ces monuments, les uns étaient dès le principe destinés à transmettre aux âges futurs la mémoire des temps et des peuples qui les ont suscités ; ce sont les sources narratives auxquelles il convient de joindre la plupart des sources épigraphiques ^ Les autres étaient destinés aux seuls contemporains ; ce sont les sources d'un caractère proprement diplomatique et aussi certains documents artistiques ou littéraires.

Il semble à première vue naturel à l'historien d'utiliser d'abord les premiers : inscriptions, annales, chroniques, histoires, mémoires. Mais il apprend bien vite à considérer tout récit comme suspect : tout homme qui raconte des événements étrangers à lui peut se tromper ; tout homme qui raconte des faits personnels peut nous tromper. — Au contraire, les documents du second groupe ont plus de chance» d'être exacts: les contrats entre individus ou communautés tirent une garantie de sincérité du conflit des intérêts en présence ; les œuvres d'imagination ne sont parvenuesjusqu'à nous qu'autant qu'elles ont correspondu un instant à un état mental du milieu où elles sont nées.

L'historien de toutes les époques aura donc la même tâche à remplir, ayant toujours à utiliser des documents de

1. Quelques inscriptions antiques sont des textes de lois ou des traités. Ce sont des exceptions. Presque toutes les autres, y compris même les inscriptions votives, ont un caractère narratif.

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ces deux ordres. Suivant l'objet de son étude, leur nombre pourra varier beaucoup, leur proportion quelque peu, leur nature jamais : les civilisations primitives se distinguent en effet par la prédominance des documents épigraphiques ; les civilisations transitoires ou médiévales ont en propre le type annales ; les civilisations avancées voient apparaître les mémoires et se développer la correspondance. Or les trois premiers de ces types de documents sont évidemment des sources narratives. Quant à la correspondance, elle présente un caractère mixte : une lettre est un document diplomatique pour les faits qui déterminent son envoi et pour les institutions ou les personnages dont elle émane ou auxquels elle s'adresse ; c'est une source narrative pour les faits que l'on y trouve rapportés, ainsi que pour les événements, les hommes ou les institutions sur lesquelles elle renferme des appréciations privées ou même officielles K La correspondance ne saurait donc constituer un genre à part, car la critique doit user d'elle avec la même méthode que des autres documents diplomatiques ou narratifs.

Or quel que soit le genre d'étude abordé par l'historien, cette méthode immuable l'obligera toujours : 1^ à faire une recherche aussi étendue que possible des documents de tout ordre qui peuvent être de près ou de loin relatifs à son sujet ; 2^ à établir pour chacun de ces documents, reconnus authentiques, un texte critique, c'est-à dire exact et complet; 3^ à déterminer la valeur relative des documents

1. La correspondance est loin d'avoir seule ce caractère mixte. Tout de même des documents du caractère le plus incontestablement diplomatique dans leur ensemble, les chartes du Moyen Age, ont souvent des parties narratives, telles que leur préambule^ dont les assertions et les jugements doivent être soumis à la critique la plus rigoureuse.

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ainsi mis à pied d'œuvre au point de vue de leur utilisation définitive dans Thistoire. Tout à la fois réelle^ c'est-à-dire portant sur le texte même et sur les faits qui ont pu le modifier, et personnelle^ c'est-à-dire portant sur l'auteur du texte reconnu bon ou suffisant et sur les circonstances morales où le texte a été composé, cette double critique aura plus ou moins l'un ou l'autre caractère suivant qu'elle portera sur des sources narratives ou diplomatiques : elle ne s'en exercera pas moins de la même façon quelle que soit la date des documents à mettre en œuvre.

Pour les sources diplomatiques de toutes les époques il suffira le plus souvent de déterminer l'authenticité des documents retrouvés, d'établir leur date et parfois d'interpréter leur portée. Les sources narratives, outre cette même critique d'authenticité, comportent une étude spéciale du texte et de l'auteur : du texte^ parce que les différentes rédactions qu'on en peut trouver peuvent révéler des variations importantes d'opinion, d'information ou de sincérité chez l'auteur ou les éditeurs ; de V auteur^ parce que son caractère et la vie qu'il a menée déterminent à la fois sa compétence et sa partialité. Quelle que soit donc la source narrative qu'ait à utiliser l'historien, il devra se poser au préalable, avec la même rigueur, les questions suivantes : 1^ dans quelle mesure Fauteur connaissait-il les faits qu'il rapporte? (sa vie le mettait-elle à même de savoir? sa personnalité le rendait-elle capable de comprendre?) ; 2° dans quelle mesure l'auteur altérait-il les faits connus? (dans quel sens était-il informé? dans quel sens déformait-il ses informations?). Il est en effet de toute évidence que, dans les sciences historiques, Vimpartialité d'un homme

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n'existe pas plus, en principe, que l'exactitude d'un instrument de précision dans les sciences physiques. Dans ces dernières, avant d'entreprendre aucune étude expérimentale, le savant s'applique tout d'abord à déterminer le signe et la valeur de l'erreur dont chacun de ses instruments entacherait ses conclusions. L'historien doit agir de même. La critique historique, c'est le calcul de l'erreur spécifique qui est propre à chaque document et dont il faut rigoureusement tenir compte dans toute recherche scientifique, c'est-à-dire sincère, de la vérité. — Cette critique est également nécessaire pour tous les documents relatifs à une même étude ; elle est également nécessaire pour toutes les études de science historique : je crois superflu d'y insister.

Tels sont les principes généraux que l'on a cru devoir appliquer ici en une étude purement critique consacrée à un point de l'histoire coloniale de la France. De tous les domaines de l'histoire moderne, l'histoire des colonies françaises a été assurément le plus longtemps délaissée par l'érudition. Des publicistes, des polygraphes, véritables flibustiers de l'histoire, s'y sont fait une réputation facile, en glanant, sans aucune critique, de quoi jeter au public des romans d'aventures passionnants ou des généralisations brillantes. Les vrais historiens n'ont guère osé s'y aventurer, ne pouvant rien entreprendre de sérieux dans ces domaines inconnus avant qu'ils n'eussent été défrichés par l'armée modeste et laborieuse des archivistes et des bibliographes. C'est à ces pionniers qu ^incombe la première tâche ; elle est rude, elle est désintéressée, elle est sans

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gloire et elle pourrait sembler sans récompense, si la seule récompense du travailleur n'était la conscience du travail accompli. — Ici du moins les encouragements, les exemples même ne devraient pas leur manquer. Ceux de nos anciens établissements américains qui ont donné naissance à des nations nouvelles ont en effet d'eux-mêmes témoigné le souci de leur propre histoire. Le Canada suscite ses historiens et ses bibliographes ; les Etats-Unis ont pour la Louisiane une filiale sollicitude ; il faut avouer cependant que Haïti marque plus d'empressement que de critique pour un passé qu'il borne d'ailleurs volontiers à la proclamation de son indépendance. Mais, pour l'histoire de leurs possessions, les Anglais sont ici encore nos modèles et nos guides ^ et l'Espagne a publié elle-même sur les siennes des collections de textes ^ auprès desquelles nous ne pouvons rien mettre en ligne.

Il est profondément regrettable d'avoir à constater ici cette lacune, et j'ajoute que l'indifférence des corps savants et des pouvoirs publics français pour l'histoire de notre ancienne colonisation paraît au moins illogique chez un peuple qui prétend renouer d'anciennes traditions nationales en se créant dans le monde un empire colonial nouveau. Il n'est que juste de reconnaître qu'ici encore l'initiative privée peut faire œuvre féconde. Déjà pour l'Inde française d'importants travaux dus à des Français ont préparé les voies à l'historien ^. Madagascar, soucieux de son avenir,

1. Il suffit de citer ici la Colonial Séries des Calendars of State Papers.

2. Coleccion de docurnenlos inédilos relativos al descubrimienlo, conquista organisacion de las anliguas posesiones de ultramar (v. infra, cliap. III].

3. Sans parler des travaux d'inventaire bien connus de E.-H. Vinson, et de thèses de doctorat es lettres ou autres monographies de valeur

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s'est souvenu de son passé et a suscité cette chose admirable : un groupe de gens d'affaires et d'hommes pohtiques s'alHant à un gouvernement colonial pour soutenir une œuvre d'érudition ^ ! La Guyane était naguère encore un domaine officiellement interdit aux études privées, de crainte de porter ombrage à la commission internationale qui devait nous faire perdre le Contesté franco-brésilien ^. Mais plus déshérité que toutes nos autres colonies demeurait le groupe aujourd'hui bien restreint de nos possessions dans la mer des Antilles, dernier fragment de la plus florissante colonisation que la France ait jamais produite. On chercherait vainement sur elles une bibliographie spéciale un peu sérieuse ou une étude critique quelconque, même sommaire, indiquant à quelles sources, voire dans quels dépôts, chercher les éléments de leur histoire. Et pourtant un homme s'est trouvé, qui avait, au cours d'une vie de chercheur, réuni les matériaux nécessaires à une pareille étude. La mort a surpris M. Margry avant qu'il ait pu, voulu ou su faire profiter le public de ses recherches et les innombrables notes que la Bibliothèque Nationale a recueillies de sa succession sont le plus souvent, dans leur laconisme obscur, leur imprécision désespérante et leur confusion

diverse, relatifs aux établissements français dans Flnde, je tiens à rappeler ici que la première thèse soutenue à l'Ecole des Chartes sur un sujet d'histoire coloniale a été celle de M. Besnier sur La perle de Vlnde, le général Lally {i7 33-1761) (promotion de 1900).

4. Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar. Paris, 1903, in-8.

2. Je n'ai pas à présenter ici un état môme raccourci de l'étude de l'histoire coloniale en France à l'heure actuelle. Je ne saurais cependant passer sous silence l'enseignement méthodique et fécond donné à l'ombre de la vieille Sorbonne aux rares étudiants qu'attirent ces recherches ardues, par un ancien élève du regretté maître Giry, M. Henri Froidevaux, dont les conseils m'ont plus d'une fois guidé dans le présent travail.

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même, moins des guides pour le travailleur que les inutiles témoins d'un immense labeur en grande partie perdu ^.

Mais si l'histoire coloniale a déjà suscité des érudits courageux, aucun ouvrage purement critique n'a encore été publié sur ce domaine. Or, pour appliquer à l'historiographie d'une quelconque des colonies françaises les principes de la méthode historique, il est évidemment nécessaire de rechercher d'abord toutes les sources de l'histoire de cette colonie, de les coordonner et de les critiquer. Un semblable travail aura donc pour division naturelle celle des sources elles-mêmes, narratives et diplomatiques. Mais il y a lieu d'annexer ici au premier de ces deux groupes quelques éléments d'information d'un ordre particulier : je les nommerai les sources descriptives . — Je n'ai pas à revenir ici sur l'importance du rôle de la géographie dans l'histoire. Le premier devoir de l'historien est assurément de bien connaître le pays même où se déroulent les événenements qu'il rapporte, d'en étudier le sol et le climat, les ressources de son terroir et le tempérament de ses habitants. J'ajouterai même que, si pour l'histoire de l'antiquité classique ou pour l'histoire médiévale et moderne de l'Europe le théâtre des événements est suffisamment connu de tout homme cultivé, il n'en est pas toujours de même pour les pays lointains où évolue l'histoire des colonies européennes : le plus souvent en effet les conditions matérielles de la vie s'y trouvent si profondément modifiées pour l'Européen que l'historien ne saurait trop se mettre en garde contre une tendance très naturelle à juger les faits, les

\. J'aurai à revenir plusieurs fois sur cette collection.

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institutions et les hommes de ces contrées du même point de vue que s'il étudiait encore les choses de FEurope ; plus que pour toute autre Œmvre historique s'impose donc ici une étude approfondie des pays eux-mêmes où s'implantèrent les immigrants venus de nos climats. Mais de ces vérités il serait excessif de conclure à la nécessité de faire de l'histoire des pays exotiques une annexe des sciences géographiques, improprement dénommée géographie historique. La confusion des études géographiques et historiques a fait trop de mal aux unes et aux autres pour qu'il ne soit pas superflu de rappeler ici qu'elles doivent rester nettement distinctes par leur objet, comme elles le sont parleurs procédés, leur personnel et leur outillage.

Il est un point cependant oli des documents géographiques peuvent devenir utilisables par l'historien au même titre que des sources narratives, c'est quand la période étudiée dans l'histoire d'un pays confine à celle même de sa découverte. De même que l'étude de la toponomastie est d'un précieux secours à l'historien de l'antiquité ou du moyen âge, de même celle des descriptions et des cartes anciennes des colonies permet de jalonner les origines de leur histoire. En effet, la chronologie des descriptions suffît à mettre en lumière la chronologie des découvertes, et l'évolution de la connaissance des pays colonisés par le peuple colonisateur n'est en somme que la période préparatoire dans l'histoire de leur colonisation. — Mais il y a plus et les documents purement géographiques ne sont pas dans l'histoire coloniale les seules sources descriptives où l'on doive puiser : les traités composés à différentes dates sur le climat, les productions, les indigènes des colonies ont une

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importance historique de premier ordre en ce qu'elles permettent de retracer à leur tour révolution économique et sociale du pays. Le plus ou moins d'importance donné par tel ou tel auteur bien informé à la description de tel ou tel produit exotique permet de déterminer avec quelque certitude l'importance relative qu'à telle ou telle date ces produits pouvaient avoir dans la vie économique des colonies. De même le degré de connaissance du climat et des maladies qu'il engendre peut atténuer la responsabilité de bien des fautes et, à lui seul, expliquer bien des phénomènes sociaux. De même enfin ne saurait-on négliger les divergences des appréciations portées à différentes dates sur les (( races inférieures », divergences qui dénotent souvent des variations dans la politique suivie à leur égard. — Il semblera donc normal et nécessaire pour toute étude critique relative à l'histoire coloniale de s'ouvrir par une bibliographie choisie, méthodique et chronologique, des sources descriptives se rapportant au pays étudié, à son climat et à ses maladies, à ses productions et à ses habitants. — C'est ce que j'ai cru devoir faire pour les Antilles, avant d'aborder successivement le recensement et la critique de leurs sources narratives et diplomatiques.

Mais pour n'être pas entraîné trop loin dans ces recherches, j'ai'dû les limiter à la fois dans l'espace, en me bornant aux îles de la mer des Antilles qui ont été occupées d'une façon durable par les Français, et dans le temps, en restreignant à la période des origines de cette colonisation l'époque historique dont les sources font l'objet de ce travail. Or si la première restriction ne souffre guère de discussion, la seconde du moins demande à être justifiée. On

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s'accorde en effet à dater généralement de 1626 notre premier établissement officiel en Tîle de Saint-Christophe ; mais nous croyons pouvoir admettre qu'à cette date les navires français, corsaires ou interlopes, avaient dès longtemps coutume de fréquenter ces îles pour s'y ravitailler et s'y radouber ^ Les origines françaises des Antilles pourraient donc à la rigueur remonter au xvi^ siècle aussi haut que Ton trouve la première mention d'un corsaire français croisant dans ces mers. — Il est par contre une date à laquelle on peut sans conteste arrêter la période de fondation de nos colonies antiliennes, c'est l'année i664, où la création de la Compagnie des Indes Occidentales eut pour première conséquence le rachat des x\ntilles françaises à leurs différents seigneurs-propriétaires. Jusqu'à cette date, ces (( Isles », domaines féodaux créés et subsistant en plein xvii^ siècle, avaient joui d'une liberté, d'une quasi indépendance singulièrement favorables à leur prospérité. Mais, sous Colbert, elles étaient des anachronismes, et, en les concédant derechef à la nouvelle Compagnie privilégiée, ni Louis XIV, ni son ministre n'avaient l'intention de laisser durer un état social et économique si contraire à leurs idées. Bien différente de la faible et débonnaire Compagnie des Isles de l'Amérique, la Compagnie des Indes Occidentales masquait à peine par quelques formules l'autorité royale effectivement imposée aux colonies. Les folles dépenses qu'entraînait pour elle la politique générale du « Grand Roi » devaient bientôt ruiner l'entreprise commerciale et privée qui semblait sa raison d'être. En réalité, sa dispari-

1. La discussion de cette hypothèse trouvera place dans une étude ultérieure.

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tien passa presque inaperçue aux « Isles », car son œuvre politique avait porté ses fruits : depuis 1664, les colonies étaient rentrées sous Fétroile domination de la métropole ^ C'est donc de J626 à 1664 — de la promotion de Richelieu à la surintendance de la navigation et du commerce jusqu'à l'application généralisée du système colonial de Golbert — que s'étend la période des origines de la colonisation française aux Antilles, celle dont les sources sont ici étudiées. Elle rentre donc dans cette époque éminemment délicate pour l'historien, où la multiplicité des sources, grande difficulté de l'historiographie moderne, n'est pas encore compensée par l'ordre relatif introduit à partir de Golbert dans les archives des principales administrations. J'ai déjà dit que les documents diplomatiques de ce temps se trouvaient le plus souvent dispersés ; j'exposerai plus loin ^ comment pour les colonies françaises et les Antilles en particulier cette dispersion est à son comble. Mais ce qui, à l'heure actuelle, est plus difficile encore peut-être à recenser, ce sont les sources narratives ou descriptives originales sur ce pays. Quiconque a jamais tenté quelque essai de bibliographie rationnelle sur un sujet peu connu sait en effet que ni les instruments bibliographiques existant sur des sujets connexes, ni (quand il y en a) les inventaires

1. On ne trouvera donc point ici les sources de l'histoire de la Compagnie des Indes Occidentales. Ceux qui voudraient les étudier auront toutefois dans le présent travail la base du leur. Un grand nombre d'ouvrages narratifs étudiés ici ne s'arrêtent pas en effet à cette date de 16G4, et les documents diplomatiques postérieurs se trouvent la plupart du temps dans les mêmes fonds et à la suite de ceux mentionnés ici. Quant à la période antérieure à 1626, l'étude sommaire de sa documentation se trouvera dans le chapitre des Sources descriptives.

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