Ibid., P
10. « Fréquentes socios tanto consilio non impares », ibid., f° 35 r^.
11. « Missionariis nostris neque viarum neqiie linguseperitisdux utcumque fiiturus », ibid., ibid.
12. Le privilège est du mois de juillet 1655,1a permission du Provincial est du 18 mai.
134 SOURCES DE l'histoire DES ANTILLES FRANÇAISES
par conséquent au plus tôt vers le mois d avril 1655 *. La date de la rédaction originale me semble donc suffisamment précisée. Nous avons vu d'autre part qu'en supposant même que le premier départ du P. Pelleprat pour les Isles ait eu lieu en 1651 (et non en 1639, comme le dit le P. Sommervogel), il aurait passé dans les Antilles au moins deux ans et demi ou trois ans; savoir: de 1651 au 20 juin 1653 et du 22 janvier 1654 au 16 février 1655. Il pouvait donc avoir des Isles une connaissance plus que suffisante pour pouvoir à son tour être un informateur des plus sérieux. Le P. Pelleprat était loin d'ailleurs d'être un simple voyageur et un esprit médiocre, s'arrêtant aux détails les plus petits quand ils étaient nouveaux pour lui. C'était un esprit supérieur et une intelligence abstraite. Dans la galerie de missionnaires qu'est forcément un peu la présente étude, il représente un type à part. Ce n'est pas l'aimable conteur, ami des Seigneurs de la Compagnie des Isles, qu'est le P. Bouton; moins encore un homme universel, curieux de sciences naturelles, de politique et d'histoire, comme le P. Du Tertre ; il n'a surtout pas l'esprit ouvert au monde extérieur, naïvement admira tif et non moins naïvement pédantesque, qui fait la saveur du Fr. Maurile de Saint-Michel ou du Fr. Mathias du Puis. On sent chez le P. Pelleprat le théologien, le moine ascétique et penseur, mais aussi et surtout l'apôtre. Ce qui l'occupe uniquement aux Isles et sur la Terre ferme, c'est son ministère. C'est à peine s'il consacre cinq ou six pages à faire à grands traits l'histoire et la description du « Pays en général » . Mais il le fait avec une précision, une sobriété que l'on chercherait vainement chez les autres chroniqueurs de cette époque et qui fait songer au style de Tacite. Comme écrivain, le P. Pelleprat ne fait en effet qu'appliquer les précieuses qualités de son esprit. C'est un excellent latiniste, et la traduction ne pouvait qu'atténuer la saveur de son style. Tout au plus pourrait-on lui reprocher
1. Parti le 16 février, il lui fallait au moins six semaines pour gagner la France. C'est la durée moyenne du voyage, dit-il : De Insulis Américain f° 35.
quelque recherche d'élégance dans les périphrases qu'il lui faut employer pour traduire des choses ou des idées toutes modernes. C'est ainsi que « muralium machinarum librator » ^ ne fait guère penser à un canonnier. Mais ceci est exceptionnel et l'expression est en général chez lui aussi claire que la pensée.
Malheureusement l'esprit d'apostolat qui inspire l'œuvre d'un bout à l'autre restreint quelque peu l'intérêt historique qu'elle pourrait avoir. Elle correspond du reste pleinement à son titre français : « Relation des Missions des Pères de la Compagnie de Jésus dans les Isles... » Mais par là même aussi elle peut nous fournir des renseignements précis sur des points intéressants. C'est ainsi que le ministère du P. Pelleprat s'étant exercé indifféremment sur toutes les conditions de personnes habitant les Isles, on pourra le consulter avec fruit sur les esclaves, les engagés, les colons libres, religionnaires surtout, et notamment sur la situation curieuse où se trouvaient les Irlandais transportés à Saint-Christophe et sévèrement retenus par les Anglais leurs maîtres, alors que leurs sympathies naturelles et surtout la communauté de religion les portaient à fréquenter les Français catholiques, malgré les prohibitions les plus sévères et les plus rigoureuses punitions. 11 est bon d'ajouter que nous devons au P. Pelleprat quelques détails qui complètent ce qu'on sait par ailleurs des Caraïbes. Enfin la lettre qui est publiée à la suite de sa Relation et datée du 14 juin 1655, de Saint- Christophe, donne quelques indications utiles sur les circonstances qui accompagnèrent dans cette île le passage de la flotte de l'amiral Penn allant attaquer Saint-Domingue.
Quinze ans s'étaient déjà écoulés depuis la mort du cardinal de Richelieu qu'un dominicain plaçait encore une chronique des Antilles françaises sous son nom, j'allais dire sous son invocation, dans le titre suivant :
Les I Desseins | de Son Eminence | de Richelieu | pour l'Amérique : I CE QUI s'y EST PASSÉ DE PLUS | remarquable depuis