‹ Essai sur les sources de l'histoire des Antilles françaisesChapitre 129 sur 169 · V. infra, p · texte numérisé non relu

V. infra, p

3. On ne saurait trop recommander, comme échantillon de ce style invraisemblable, la lecture des 56 premières pages d'Introduction, où Dessalles refait à sa manière le « Discours sur Thistoire universelle ». En voici un spécimen (il s'agit de la découverte de l'Amérique) :

« Jadis de hardis conquérants osèrent fi anchir les mers de sable qui protégeaient l'abord des lieux saints, des temples consacrés aux dieux ; traînant après eux le cortège d'armées innombrables et victorieuses, ces héros si vantés voulant s'assimiler aux maîtres de l'Olympe, engloutis au souffle du Simoun, laissèrent leurs cadavres aux vautours et leurs ossements aux pèlerins. Mais dans ce nouveau désert que cherchait à franchir l'homme régénéré par la science, chaque borne pouvant marquer le passage d'un prédécesseur devenait un écueil, un tombeau dont on n'approchait qu'en tremblant et duquel on s'éloignait avec une crainte d'autant plus grande que ces profondeurs insondables pouvaient en recouvrir

volumes seraient réduits d'un bon tiers, si l'on en retranchait les développements inutiles. Voilà pour la forme. Quant au fond, c'est un homme pressé, qui écrit vite et qui, satisfait d'avoir trouvé quelques documents inédits, ne s'attarde pas à étudier les sources narratives de son sujet. Dans V « Avant propos » de son Histoire \ Dessalles avoue s'être servi exclusivement de Du Tertre pour la période antérieure à 1667, et nous n'avons pas de peine à le croire. En effet, aux Archives Coloniales, il n'a pu trouver que très peu de documents diplomatiques antérieurs à cette date, et quant aux chroniqueurs il les ignore totalement. Voici en effet tout ce qu'il en dit:

(( Avant lui, Biet, Ghaulmer, Jean de Léry, Thomas Gage, Pelaprat [sic) et beaucoup d'autres avaient donné au public, avide de merveilles, des in-folios dans lesquels se perd en conjectures celui qui les parcourt aujourd'hui.

Avant Du Tertre encore, de Rochefort... a raconté, avec cet aplomb qui lui venait d'une connaissance locale peu approfondie, toutes les fables de ses prédécesseurs -. »

Or, on sait que Biet ^ n'a jamais parlé que très incidemment des Antilles, Chaulmer ^ n'écrivait que l'histoire des missions en général, et très en abrégé, Jean de Léry ^ n'a conté que l'aventure de Villegaignon au Brésil, Thomas Gage ^ n'a vu les Antilles qu'au retour d'un voyage dans l'Amérique Centrale,

d'autres dont les cimes à fleur d'eau cachaient la mort : mort horrible dont l'oubli est la pire de toutes les conditions ; mort inutile, car le gouffre refermé, le piège existe sans qu'au prix de sa vie on ait pu y planter son squelette comme bouée de sauvetage ! » [Histoire générale des Antilles, t. I, pp. 51-52.)

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