HISTOIRE DES AKCHIVES DES ANTILLES
des âges pour y former des fonds bien complets. Pour se rendre compte de cet état de choses, en ce qui concerne les Antilles par exemple, il importe donc tout d'abord de jeter un coup d'œil rapide sur les ditVérentes institutions qui, depuis le ministère du cardinal de Richelieu jusqu'à nos jours, ont assumé leur g^ouvernement, leur défense ou leur administration et, comme telles, ont pu leur constituer des fonds d'archives.
En Tannée 1626, le cardinal de Richelieu, grand maître, chef et surintendant général de la marine et du commerce de France, voulant provoquer, régulariser et protéger une expansion coloniale qui ne pouvait qu'accroître la richesse publique, détermina la formation d'une petite compagnie privilégiée pour le commerce et la colonisation des « Isles de l'Amérique ». Reconstituée sur des bases plus larges en 1635, confirmée dans ses privilèges en 1642, la Compagnie des Isles de V Amérique provoqua le peuplement français de Saint-Christophe, de la Guadeloupe, de la Martinique, et de quelques autres îles qu'elle posséda en toute seigneurie, à charge de foi et d'hommage au roi de France, qui se réservait seulement la nomination de ses lieutenants généraux dans les Antilles. Mais, mal secondée par ses agents qu'elle n'avait pas la force de contraindre à l'obéissance, ne trouvant plus aucun appui dans le pouvoir royal affaibli, la malheureuse Compagnie succomba dans le désarroi général de la Fronde et liquida péniblement en vendant ses domaines à divers particuliers, le plus souvent à leurs propres gouverneurs.
De 1626 jusqu'aux environs de 1650, les Antilles ont donc été la propriété d'une Compagnie souveraine. Depuis cette époque, chaque île fut le fief d'un seigneur qui n'en devait lui-même au roi que la foi et l'hommage. En 1663-1664, Colbert ayant constitué la Compagnie des Indes Occidentales, les « Isles » furent rachetées à ces seigneurs pour être concédées à cette nouvelle Compagnie, que contrôlait cette fois de fort près le gouvernement royal. Il en résulte que, des origines jusqu'à 1664, on ne peut chercher l'histoire des Antilles que dans des archives privées. De 166i à 1676, leur histoire est celle de la Com-
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pagnie des Indes Occidentales et se trouve dans les archives de cette dernière. Mais, étroitement surveillées par les fonctionnaires royaux, les Isles sont l'objet de la part du gouvernement d'une sollicitude qui laisse des traces dans les archives publiques. Enfin, après la liquidation de la Compagnie des Indes Occidentales, les Antilles françaises deviennent domaines de la couronne et seront désormais administrées directement par des officiers rovaux subordonnés aux secrétaires d'état.
Dès lors, ce fut naturellement du département de la marine que relevèrent les Antilles, les colonies ayant dès le principe été gérées par le ministre auquel appartenait la conduite des choses de la mer. Mais on le sait, la marine ne constitua un ministère à part qu'après 1669 1. Tout d'abord elle avait eu pour grand maître, Richelieu; mais ce ministre, si soucieux de porter l'ordre et la discipline dans l'état, n'avait pris aucun soin des papiers de toute espèce accumulés par son administration complexe. Rapports diplomatiques de ses agents à l'étranger, ordres relatifs à l'armée ou à la marine, lettres et mémoires de toute sorte ayant trait à la politique intérieure du royaume, tous ces documents disparates s'étaient dispersés ou entassés au hasard au long de son impérieuse dictature, et il faut nous féliciter que la plus grande partie s'en retrouve un peu pêle-mêle dans les archives du ministère des Affaires Etrangères^. Après la mort du Cardinal, la marine périclita, confiée par tradition au même ministre que les affaires étrangères ou relevant de la maison du roi ^. Mais après la mort de Mazarin, Colbert prit presque tout
1. Pour tout ceci, v. Harrisse, Notes pour servir à V Histoire^ à la Bibliographie et à la Cartographie de la Nouvelle France, Paris, 1872, pet. in-4. Introduction. Cf. Didier-Neuville, Etat sommaire des Archives de la Marine, Paris, 1898, in-8, etc.
2. On sait qu'ils ont été acquis par ce département en 1705 à la succession de la duchesse d'Aiguillon, nièce et héritière du Cardinal (Baschet, Histoire du dépôt des Archives des Affaires Etrangères. Paris, 1875, in-8, pp. 144 et ss.).
3. C'est ce qui fait que certaines nominations d'officiers aux colonies n'ont laissé de trace que dans les registres de ce secrétariat d'état (Bibl. Nat. Mss. Clair. 951 et Arch. Nat. O» 7).