CHRONIQUEURS FRANÇAIS: LE MS. RIBL. NAT. N. A. FR
que cette marque a été faite postérieurement à la mutilation qui a fait disparaître le titre.
Ces mutilations sont en elfet plus importantes encore pour l'histoire de ce manuscrit : tout d'abord au début l'on ne trouve ni feuillet de garde, ni faux titre, ni titre ; un cahier entier (2 if. doubles) a dû être arraché.
A la fin, deux chapitres ont disparu : le premier avait trait à « la Colonie française » (c'était le second de la cinquième partie) ; Taiître traitait « des Esclaves tant Nègres que Sauvages » (c'était le troisième de la cinquième partie et le dernier du livre).
Le mot fin a été rajouté après coup au bas de la page 758 et les feuillets précédents ont été consolidés tant bien que mal avec de la cire à cacheter. Le feuillet de garde (blanc) a subsisté portant quatre cachets, à l'un desquels (en haut à droite) subsiste encore un fragment de papier portant un reste de chiffre de pagination.
Si nous sommes entrés dans tous ces détails, c'est qu'ils concourent à faire connaître la véritable origine de ce document, origine que le texte lui-même permet d'établir. Et tout d'abord quel en est Y auteur ? et quel était son but en écrivant ce livre ? La préface qui se trouve au début de l'ouvrage nous apprend que, « à son retour des Indes )), l'auteur, qui n'a « jamais fait profession de bien dire », ne s'est déterminé à écrire qu'avec répugnance^ mais pour céder aux « très instantes et quasi importunes prières de plusieurs personnes de condition et de ses amis », et surtout par « obéissance de ses supérieurs ». Ces derniers mots nous prouvent que c'était un religieux, évidemment un missionnaire, et nous apprenons bientôt que c'était un missionnaire de la Guadeloupe et un dominicain par conséquent. L'ouvrage ne traite en effet que de cette colonie à l'exclusion des autres : la première partie en est consacrée à l'histoire de la Guadeloupe de 1635 à 1643 ; la deuxième à la Météorologie, la Géographie, la Minéralogie de cette île; la troisième à sa Flore ; la quatrième à sa Faune ; enfin la cinquième et dernière à ses
102 SOURCES DE l'histoire des amilles françaises
habitants K Or l'on sait que la Guadeloupe n'avait à cette époque d'autres religieux que les Jacobins 2.
L'auteur. — Mais l'auteur même par son récit nous permet de préciser qui il est : Au chapitre I '^, racontant son départ pour les lades qui eut lieu à Dieppe le 7 janvier 1640, il nous fait comprendre qu'il était un des six religieux dominicains que la Compagnie des Isles envoyait alors à la Guadeloupe, savoir: trois frères convers avec le R. P. Du Tertre, le R. P. Jean de Saint- Paul et, pour supérieur, le R. P. Nicolas de la Mare (ou de la Marre), <( docteur de Sorbonne, très célèbre et fameux prédicateur » 'k Or celui-ci mourut à la Guadeloupe le 1"' mars 1642, et c'est le manuscrit lui-même qui le raconte 5. J'ai vainement cherché mention du P. Jean de Saint-Paul dans les Scriptores oîxliiiis Prœdicatorum. H était peu probable que le manuscrit 9319 fût l'œuvre d'un frère convers; ces religieux étant généralement moins lettrés que les pères. Restait le P. Du Tertre comme auteur possible de cette chronique.
Il y avait donc lieu de comparer ce texte à la première rédaction connue de l'histoire du P. Du Tertre : Histoire générale des isles de Saint-Christophe .. . et autres dans V Amérique .. . Paris, 1654, in-4 ^ » . Or si l'on rapproche les deux textes on ne peut ne pas être frappé des analogies singulières qu'ils présentent . Sans doute ils sont loin d'être identiques, mais ils trahissent des similitudes de pensée et de style qui vont même jusqu'à se traduire par des phrases exactement semblables. Il paraîtrait à première vue que le P. Du Tertre ait dû avoir pour source principale dans sa rédaction de 1654 précisément ce manuscrit 9319 et s'en soit servi au point de le copier en certains passages. Mais, en serrant davantage la comparaison, l'on arrive à se convaincre que les deux rédactions