‹ Essai sur les sources de l'histoire des Antilles françaisesChapitre 81 sur 169 · CHRONIQUEURS FRANÇAIS! LE MS. RIBL. NAT. N. A. FR · texte numérisé non relu

CHRONIQUEURS FRANÇAIS! LE MS. RIBL. NAT. N. A. FR

sont du même auteur et cela: 1" parce qu'il y a identité de plan; 2"^ parce que les rares passages où l'auteur de l'une et de l'autre parle de lui-même sont identiques.

Pour le fond je ne saurais mieux faire que de juxtaposer le plan du ms. 9319, tel qu'il est énoncé dans sa préface, et celui de l'édition de 1654, tel qu'il résulte de sa table. On a ainsi :

Ms. fr. nouv. acq. 9319.

V" Partie. « Voiages et retour des Indes... » histoire de la Guadeloupe de 1635 à 16't3.

II* partie.

Chap. I — de la température.

Chap. II — des saisons.

Chap. III — du flux et reflux de la mer.

Chap. IV — description de la Guadeloupe.

Chap. V — des minéraux.

Chap. VI — des pierreries.

Chap. VII — des rivières.

IIP partie — des Plantes.

IV* partie — des Animaux.^ V* partie — des Habitants.

Du Tertre., édition de 1654.

I™ partie. Ch. I. — Histoire de Saint- Christophe. Chap. II — histoire de la Guadeloupe.

Chap. III — histoire de la Martinique, etc.

Chap. IV — voyages aux Iles, etc.

IP partie 1'^ traité.

Chap. I — de lair.

Chap. II — des saisons.

Chap. III — des ouraj^ans, etc.

Chap. IV — du flux de la mer.

2« traité.

Chap. I — description de la Guadeloupe.

Chap. II — des minéraux.

Chap. III — des pierreiùes.

Chap. IV — des ri^•ières..., etc.

IIP partie — des Plantes.

IV^ partie — des Animaux.

V* partie — des Habitants.

Il résulte de cette comparaison (que j'abrèg-e, surtout dans les dernières parties) que l'édition de 1654 n'est que le ms. 9319, développé pour les parties descriptives, et augmenté pour les parties historiques.

Si maintenant on compare les deux préfaces, on trouvera dans celle de 1654 non seulement les mêmes idées, mais encore des expressions identiques souvent à celles du ms. 9319. Voici le début de cette dernière :

(( Enfin mon cher Lecteur V obéissance de mes supérieurs iointe avec les très instantes et quasi importunes prières de plusieurs personnes de condition et de mes amis, m'a contraint de mettre la main à la plume avec autant de répugnance que iavois de justes suhiects

lOi SOURCES DE l'histoire DES ANTILLES FRANÇAISES

de in en diverlir, car a mon retour des Indes iay trouvé la langue françoise dans un si haut degré de politesse que lay raison de craindre que la rudesse de mon stile ne choque et ne rebute, ie ne dis pas des plus délicats, mais mesme les plus grossiers, et ne leur face estimer mon discours aussi sauvage que le Sauvage

mesme que ie leur présente [et plus bas:] Que si ce discours

te semble rude et peu orné de belles parolles scache qu'il est autant sincère et véritable qu'il est naïf et succint »

Or si l'on compare à ce texte la préface de l'édition de 1654 de Du Tertre, on retrouvera, fort peu altérées, toutes ces phrases, et notamment toutes les expressions qui sont en italique. 11 faudrait donc supposer en Du Tertre un plag-iaire bien peu scrupuleux pour admettre qu'il ait pu ainsi emprunter des idées et des expressions à un autre qu'à lui-même.

Il est encore plus inadmissible qu'il ait pu se mettre en scène dans les mêmes termes qu'un autre aurait employés déjà pour conter ses propres aventures. Or ces récits, les récits de voyage notamment, concordent exactement dans les deux textes ; on les retrouve même presque sans altération dans l'édition revue et augmentée que Du Tertre publia de son Histoire en 1667 ^ C'est ainsi qu'il convient de rapprocher le récit du voyage de l'auteur du ms. 9319 aux Isles (pp. 11 à 24) de celui qu'on peut lire au tome II de ÏHistoire ^e/ieVa/e... (1667), p. 44 et suivantes. L'un et l'autre sont interrompus à la même phrase : « pendant que nous étions occupés à cette pèche il se leva un petit vent qui en six heures termina nostre voyage et nous mist a la Guadeloupe. » Dans le manuscrit Fauteur commence alors l'histoire de cette île. Dans l'édition de 1667 le plan de l'ouvrage ayant été changé, on peut néanmoins retrouver la suite primitive en se reportant au t. P^', p. 75 et ss.

Il me semble donc inutile d'insister et je crois pouvoir considérer comme définitivement acquise cette, première conclusion :

1. Comparer notamment les pp. 82 à 95 du ms. 9319 et les pp. 44 et ss. du t. II de l'édition de 1667.

CIlllOMOljEURS FHANÇAIS : LK MS. \UVL. "SAT. N. A. FR. 1)^119 lOD

Le manuscrit nouv. acq. fr. 9319 est une première édition de l'histoire du P. Du Tertre antérieure à l'édition de 1654.

La date ? — Ceci admis, quelle est la date de cette rédaction ?

Cette question est plus difficile à trancher exactement, car elle soulève une objection. En eiret,si l'on compare certaines évaluations de durée, dans le texte manuscrit et dans celui de 1654, on peut obtenir pour le premier une date assez précise. C'est ainsi que, parlant des travaux et des souffrances supportés par les missionnaires depuis leur installation aux Isles, le texte manuscrit exprime ce long- labeur par les mots « depuis quatorze ans M). Le même passage se retrouve dans l'édition de 1654, p. 59, mais on y lit : « depuis dix neuf ans ». Il y aurait donc entre les deux rédactions un espace de cinq années, et l'on pourrait donner comme date approximative du ms. 9319 l'année 1648 ou 1649. Mais, si cette rédaction a été vraiment faite en 1648, comment se fait-il qu'elle ne contienne pas le récit des événements survenus à la Guadeloupe jusqu'en 1647 et pourquoi ce récit s'arrête-t-il à 1642 ? — pourquoi notamment l'auteur ne parle-t-il pas, dans le manuscrit, de son second voyag-e de France aux Isles et de cette visite à Madère qu'il raconte tout au long dans l'édition de 1667 ~ ? L'objection est spécieuse, mais on y peut répondre que la peur de se compromettre a seule empêché Du Tertre de pousser son récit au delà de 1642. (( Les mesmes raisons qui m'ont obligé à retrancher icy plus de la moitié de l'histoire m'impose[ntJ icy le silence et me fait contenter de vous dire que tant s'en faut que nous aions peu travailler comme nous l'eussions souhaitté a la conversion des Sauvages, a grand peine avons-nous peu exécuter nos fonctions parmy les Chrestiens^... » Telle est la phrase qui arrête son récit lorsqu'il a raconté son voyage de retour jusqu'à son arrivée à La Rochelle. Il y a donc là chez lui réticence voulue sur des événements

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