‹ Essai sur les sources de l'histoire des Antilles françaisesChapitre 87 sur 169 · Ibid., II · texte numérisé non relu

Ibid., II

i). Ihid., II, 426.

revenu à Paris, en 1 G48, date du manuscrit 9319, puisqu'il y confesse écrire loin des Isles et presque de mémoire. Le peu que je viens de dire de ses dernières aventures aux Antilles explique la retenue avec laquelle il s'exprime dans cette première rédaction sur les hommes et les événements qu'il y avait connus, et même le silence absolu qu'il garde sur tout ce qui s'y est passé depuis 1643, date de l'arrivée de M. Houel k la Guadeloupe: « Si j'avois suivy les motifs qui me dissuadoient de Tescrire, dit-il dans la préface de cette chronique, j'en aurois estouffé le dessein dans sa naissance, car je scais très bien que quoy que j'aie tasché d'adoucir les choses les plus rudes et dissimulé les actions les plus criminelles, il se trouvera encore des hiboux qui crieront au feu pour ce peu de lumière de vérité. » De fait, Du Tertre avait lieu d'appréhender en France même la colère et la brigue du vindicatif Houel : N'avait-il pas présents à la mémoire les malheurs du pauvre Aubert ^ ? Sil'ami des directeurs de la Compagnie des Isles n'avait trouvé de salut que dans la fuite, le fils de l'humble médecin de Calais avait de justes raisons de craindre un ennemi tout puissant alors, qui avait pu éconduire un protégé de la Reine régente et allait bientôt être en mesure de transformer son gouvernement en propriété. Les silences et les réticences du ms. 9319 sont donc une confirmation des allégations de Du Tertre, lorsque, rassuré par la chute des seigneurs des Isles et la politique sévère de Colbert, il accumula en 161)7 sur Houel des charges écrasantes. J'ajoute que le vol même de son manuscrit et les mutilations dont il a été l'objet sont une preuve de plus du bien fondé de ses craintes.

De 1648 à 165o, Du Tertre resta sans doute occupé à la maison des Jacobins à Paris. Il eut d'abord k rédiger la chronique

1. (( M. BeiTuyer qui aymoit M. Aubert luy conseilla de retourner aux Isles parce qu'étant de basse condition il ne pourroit jamais résister à la forte brigue des parents et amis de M. Houel; ce qu'ayant fait M. Houel se prévalut de son absence et le fist condamner par contumace d'avoir la teste transchée. )>

(Edition de 1667, t. I, p. 239.)

que le procureur général Achille de Harlay lui avait demandée et dont nous avons vu le sort. Puis, ayant su que la copie qu'on lui avait volée allait paraître sous un autre nom, il fît imprimer en 16o4 une rédaction plus étendue L Peu de temps après, en 1655^ le comte de Gérillac vint lui demander de négocier pour lui l'achat de l'île de la Grenade à du Parquet ~. 11 accepta, non sans hésiter, et partit de Nantes le 11 juillet 1655; mais, pris dès le lendemain par une frégate anglaise, il fut mené à Plymouth où il eut à endurer mille misères, fut dépouillé de tout, et ne fut rendu à la liberté que six semaines plus tard, grâce à de hautes interventions. Il repartit l'année suivante du Texel et arriva le 28 septembre à la Martinique, api es douze semaines d'un voyage agité. Après avoir visité la Grenade et les Grenadins, et conclu pour le comte de Gérillac le marché projeté avec le sieur du Parquet, il reprit la mer et eut à essuyer, en allant à Saint-Christophe, un rude combat avec les sauvages.

Dans la préface de son édition de 1667 (t. I), Du Tertre dit que son « voyage aux Isles en l'année 1656 » lui « donna lieu de voir toutes les Isles » qu'il « n'avoit pas encore veùe ». Outre celles que j'ai nommées, il dit en effet avoir visité l'île de Sainte- Alousie ou Sainte-Lucie ''^. Mais il n'alla jamais jusqu'à Sainte- Groix et la décrit d'après des relations étrangères ; il ne semble pas non plus qu'il ait visité Saint-Martin et Saint-Barthélémy. Quant aux dépendances naturelles delà Guadeloupe : Marie-Galante et la Désirade, il est probable qu'il dut les connaître étant à la Guadeloupe et fut amplement informé de ce qui put y advenir. Après quelques jours passés à Saint-Ghristophe, le P. Du Tertre quitta donc les Isles et arriva les premiers jours de janvier 1657 à Flessingue. Il ne devait jamais revoir les Antilles. En effet, il allait repartir avec le comte de Gérillac pour exercer son ministère dans la nouvelle colonie, où il comptait fonder

\. V. Infra, p. 122.

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