‹ Essai sur les sources de l'histoire des Antilles françaisesChapitre 95 sur 169 · Ibid.y t. III. Avis au Lecteur · texte numérisé non relu

Ibid.y t. III. Avis au Lecteur

120 SOURCES dp: l'histoire des ANTILLES FRANÇAISES

nymes de gens que l'auteur considérait comme bien informés était très commune au xvii^ siècle. Rochefort n'avait guère d'autres sources pour son ouvrage. La seule remarque que nous puissions faire ici sur les correspondants de Du Tertre, c'est qu'ayant lui-même longtemps vécu aux Antilles, il avait dû y discerner les gens les plus capables de le bien renseigner, presque tous des missionnaires, sans doute, mais aussi parfois des officiers ^ Bien que les uns et les autres nous soient en général inconnus, probablement suivant leur propre désir, nous pouvons donc dans l'ensemble nous en rapporter à leurs dires, quand rien ne vient les infirmer sérieusement par ailleurs. Il y a du reste des relations que nous connaissons et dont Du Tertre s'est certainement servi : c'est tout d'abord cette mystérieuse chronique latine du P. Raimond Breton qui semble avoir été le fonds commun à tous les historiens des Antilles '^. Ce sont aussi, bien probablement, au moins pour les dernières rédactions, les opuscules des PP. Bouton, Du Puis, Pacifique, Maurile de Saint- Michel et Chevillard. Seule, la chronique du P. Bouton était parue lors de la rédaction du ms. de la Bibl. Nat. Nouv. Acq. fr. 9319, et en dehors d'elle. Du Tertre ne semble guère avoir pu se servir pour le faire que de traditions orales ^. Mais si cette première ébauche a bien le caractère d'une chronique originale et même un peu hâtive, les deux éditions imj)rimées de V Histoire des Antilles ont été faites avec un soin qui doit nous faire supposer, de la part de l'auteur, une connaissance générale de toutes les chroniques alors parues, et peut-être même de maintes pièces aujourd'hui perdues pour nous ^.

1. Par exemple ïlolman pour la Tortue, Édition de 1667, t. II, p. 31.

2. Il est en effet bien probable que Du Tertre a connu cette source, bien qu'en somme Breton n'avoue dans son dictionnaire lui avoir prêté que des textes caraïbes. V. Dictionnaire Caraïbe-François. Auxerre, 1665, in- 12, 3« fnc, v».

3. Tout au plus aurait-il pu connaître la relation de Guillaume Coppier.

4. C'est ainsi qu'il parle (II, p. 37) d'une relation imprimée de l'établissement des Français dans l'Ile de Sainte-Croix, dont je n'ai pu retrouver trace.

c) Sources diplomatiques. — Il semble pourtant que Du Tertre n'ait recouru aux sources narratives que faute de sources diplomatiques. Il cite rarement les premières, et au contraire donne le plus souvent les secondes z/z extenso, en ajoutant même parfois une indication sur Torig-ine du document qu'il reproduit ou qu'il emploie. C'est ainsi que nous lui devons nombre de lettres-patentes ou autres pièces de premier ordre que la plupart des historiens postérieurs se sont contentés de reproduire d'après son texte et dont souvent nous ne possédons plus les originaux. Où a-t-il pris ces documents? il nous est souvent difficile de le déterminer avec précision. Nous savons seulement qu'il était fort bien vu de beaucoup de personnages très bien informés et put avoir ainsi communication de bien des dossiers importants. On sait sa fidélité au sieur de Thoisy Patrocles dont il partagea l'infortune et qui lui laissa copier et publier tous les documents relatifs à ses malheurs. Du Tertre eut en outre entre les mains les « papiers de feu M. le président Fouquet ^ », où il trouva des copies ou extraits de tous les actes importants relatifs à la Compagnie des Isles. Toutefois, il ne semble pas avoir eu communication de tous les registres de cette Compagnie, car pour l'expédition de L'Olive et du Plessis, par exemple, il n'a (( pu trouver ny le contract ny la commission mais seulement un original de l'Extraict de ce contract signé de Beauvais - ». Or ces deux pièces se trouvent in extenso dans le registre F^ 19 des Archives Coloniales. Du Tertre n'avait donc vu ni ce registre, ni ceux dont il est la copie. Mais, hormis ceux-là, il avait su se procurer les documents les plus cachés, témoins ces accords du commandeur de Poincy avec Levasseur et Fontenay, publiés en appendice à la fin du tomel. C'était sans doute un chevalier de Malte qui les lui avait fait tenir, peut-être Fontenay lui-même, ou son père, qu'il connaissait ^. Il est à remarquer que plusieurs documents importants relatifs aux possessions

Page 1