‹ Essai sur les sources de l'histoire des Antilles françaisesChapitre 94 sur 169 · Édition de 1667, I, préface · texte numérisé non relu

Édition de 1667, I, préface

2. Thoisy lui communiqua tous les documents qui pouvaient lui être utiles. Il semble même, d'après ses réticences, que Du Tertre ait été obligée de quitter les Isles peu après lui pour rentrer en France.

H8 SOURCES DE l'histoire DES ANTILLES FRANÇAISES

notes de bonne heure sur ce qu'il avait vu^, et, du reste, il appuie son récit de pièces justificatives. Il ne faut pas oublier pourtant que Du Tertre, ayant été mêlé à des troubles semblables et y ayant pris partie peut être resté enclin à mal jug-er ses ennemis, notamment le sieur Houel 2. De plus, il était Jacobin et il est bon, par conséquent, de contrôler en général ses appréciations par celles des Jésuites ou des Carmes sur les mêmes personnes

et les mêmes faits.

Sources de Du Tertre. — Mais, en dehors de cette courte période, dont Du Tertre a été, à proprement parler, l'annaliste, et de quelques incidents dont il a pu être témoin en 1 656 (notamment de l'achat de la Grenade par le comte de Cérillac), c'est sur des sources orales ou écrites qu'il a dû élaborer son histoire, et ces sources sont de différente valeur :

a) Sources orales. — Pour la période antérieure à 1633, c'est par des témoignages de vieux habitants qu'il a pu se renseigner sur les débuts de la colonie de Saint- Christophe. Il a bien eu connaissance de quelques pièces importantes (commission de d'Enambuc, acte d'association de la Compagnie primitive, accord entre d'Enambuc et Warner), mais il y a des lacunes, des inexactitudes même dans son récit. (3utre une erreur grave dans le nom même qu'il donne à d'Enambuc ^, il est évident qu'il a été renseigné très incomplètement et avec parti pris sur l'attaque des Espagnols en 1629 ^. La même observation s'applique

1. Sa première rédaction est de 1648, il devait prévoir dès lors qu'il rétendrait un jour et en conséquence s'y préparer.

2. Houel, le bouc émissaire de Du Tertre, est jugé par Tracy comme un homme de valeur. Colbert ratifie ce jugement et le considère comme « un homme qui ne manque point de bon sens et qui entend bien la navigation » (Arch. Col. C8, 2« série, d).Mais cela ne l'empêchait pas d'être universellement haï aux Isles (Arch. Col. V'^iS, passim).

3. Du Tertre le prend pour un Diel : c'était un Belain. V. Margry, Belain d'Esnamhuc. Paris, 1803, in-8.

4. Il ignorait la relation Aff. Etr., Mém. et Doc. Amérique, IV, fT. 93-105. Son récit fait retomber toute la faute sur le seul capitaine Giron.

aux origines de la colonie de la Tortue. Ses informateurs n'assistaient pas aux premiers débuts de cet établissement et n'ont pu, par conséquent, lui donner que des probabilités. Les seules sources orales vraiment sûres qu'ait pu avoir Du Tertre, ce sont ses confrères les missionnaires, qui pouvaient le renseigner peu de temps après les événements dont ils avaient été les témoins et avaient en outre mille moyens d'information et de contrôle, tant par les correspondances qu'ils entretenaient entre eux que par les récits que pouvaient leur faire les habitants de toutes classes. C'est ainsi que les premières années de la colonie de la Guadeloupe ont dû être parfaitement connues et fidèlement racontées par Du Tertre. Enfin il a pu, en France même, interroger maintes personnes bien informées et il n'y a pas manqué. Ses relations avec les Harlay, lesBignon^, les Thoisy le mettaient à même de fréquenter la haute société : il put ainsi recueillir du duc de Buckingham des renseignements sur les colonies anglaises et notamment sur l'expédition malheureuse de l'amiral Penn -. 11 connaissait les principaux « seigneurs » de la Compagnie désistes et il ne négligeait pas sa peine pour aller s'informer aux bonnes sources, faisant « mesme plusieurs voyages au Havre-de-Grâce, à Honfleur, à Dieppe et à d'autres ports de mer, pour [s'Jéclaircir de [ses] doutes avec des capitaines de navires et des habitants des Isles [qu'il croyait] les plus dignes de foy et témoins oculaires des choses dont [ses] mémoires ne pouvaient [r]instruire parfaitement ^ ».

b) Sources écj^ites narratives. — Ces <( mémoires » étaient en effet une autre source importante pour lui et souvent la seule. Il nous est malheureusement presque impossible de la critiquer, car Du Tertre ne nous apprend que très rarement quels sont ses informateurs. Cette manière d'écrire d'après des relations ano-

1. C'est à un Bignon que sont dédiés les tt. III et IV àe Y Histoire générale des Antilles.

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