‹ Essai sur les traités philosophiques de Ciceron et leur sources grequesChapitre 3 sur 23 · INTRODUCTION. III · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. III

tains ? La plupart des ouvrages grecs dont s'est servi Cicéron sont aujourd'liui perdus. Quelquefois même nous ne possédons plus du livre latin que de rares fragments, comme pour la Consolation et Vffortensms, ou il ne nous est parvenu que très mutilé, comme le de repuUica. Ainsi nous manquons le plus souvent d'un des deux éléments nécessaires à la solution du problème, et, dans certains cas même, des deux éléments à la fois. Alors que peut-on espérer atteindre, sinon des proba bilités et des vraisemblances ?

Il ne faut pas oublier non plus que Cicéron se conforme à l'esprit de sa nation et de son époque, qui étaient surtout éclectiques. Le propre de l'éclectisme est de rapprocher les doctrines contraires, en négligeant les différences qui les séparent. Mais ce sont justement ces différences qui les foat connaître. En histoire naturelle, ce qui permet de définir un être, ce sont les caractères qu'il possède en commun avec tout un groupe, mais surtout ceux qui n'appartiennent qu'à lui seul. Or ces caractères propres, Cicéron les a souvent omis ; il n'a guère conservé que les idées qui conviennent à la fois à plusieurs philosophes, ou même à des philosophes d'écoles diverses.

On ne saurait demander une exactitude rigoureuse dans l'exposition des différentes doctrines philosophiques qu'à un homme qui a fait de ces doctrines une étude attentive. Mais Cicéron ne fut philosophe, pour ainsi dire, que par accident. C'est à la dictature de César et à la mort de Tullie qu'on doit ses traités philosophiques autres que le de repuUica et le de legibus. Pour les composer, il s'était servi d'ouvrages de

Cicéron sur la rliétorique et la philosophie, dit M. Thurot, sont souvent difficiles à entendre, parce que Cicéron a rendu des termes pliilosophiqucs qui avaient un sens rigoureusement défini chez les rhéteurs et les philosophes grecs par des équivalents qu'il a tirés du langage ordinaire des Latins, et qui paraissent fort vagues, si l'on ne se reporte pas aux mots grecs qu'il a voulu traduire ». [Revue de jAilol., 1877, p. 86.) C'est ce que M. Thurot a essayé pour quelques passages du de o/ftcù's. On pourrait étendre cette recherche à tous les écrits philosophiques de Cicéron, en se servant surtout des Eglogues morales de Stobée et de Diogène de Lacrte. Mais c'est un long travail, que nous ne pouvons entreprendre ici.

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