‹ Essai sur les traités philosophiques de Cicéron et leurs sources grecquesChapitre 50 sur 70 · LA CRITIQUE DE COTTA · texte numérisé non relu

LA CRITIQUE DE COTTA

Le livre III du de natura deorvrn. où Cotta réfute l'exposition de la théologie stoïcienne faite par Balbus au livre précédent est inspiré des objections que Carnéade adressait aux Stoïciens. Le nom de Carnéade revient à plusieurs reprises (7). Nous savons de plus|que c'était la nouvelle Académie qui faisait du Portique la critique la plus vive, et que la dialectique de Carnéade força les Stoïciens à modifier sur plus d'un point leur doctrine.

Mais nous pouvons montrer par des preuves plus certaines que le livre III du de nalnra deorum est inspiré de Carnéade, par l'intermédiaire de son disciple Clitomaque. On trouve une grande analogie entre plusieurs passages de la discussion de Cotta et le livre IX de l'ouvrage de Sextus Enipiricus adversus Mathematicos. Sextus, dans cet ouvrage, imitait Clitomaque. Celui-ci avait recueilli l'enseignement de son maître Carnéade, qui n'avait rien écrit, et il avait composé plus de quatre cents

(1) Ibid., III, ■2:i'J. Suivant Villoisori (^Cornutus, lid. Osann, Prolétjom., p. 39), le traité de Cornutus serait un abrégé du -ip\ Octov de Clirysippe. — (i\ II,, 1-30,76.— (:!) 61, ir,3, s((.— (i) 30, '76-33, 132. - (3) 33', 13-2— C-.;, 153. — iG) 11 ne faut pas oublier que ce ne sont Là qu ■ de simples probabilités. Le tort de la critique allemande est de vouloir, dans les questions de sources, arriver à des résultats trop déterminés. — (7) 111, 1-2, -29 et 17, -M.

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livres. Cicéron s'est inspiré d'un des ouvrages de Clitomaque dont s'est également servi Sextus (1).

Après les passages inspirés de Clitomaque, nous trouvons un long fragment où Cotta énumère les dillérents dieux qui portent le même nom et fait leur généalogie (2). Ce passage ne peut avoir été emprunté qu'à des partisans d'Évémère. Nous ne trouvons rien de semblable chez Sextus, qui mentionne seulement en quelques mots la doctrine d'Évémère (3). Il est possible que Cicéron suive ici un modèle autre que Caniéade. Il est vrai qu'il n'est pas nécessaire qu'un argument se retrouve

(I) Voici les passages analogues entre le livre île Cicéron et celui de Sextus Empii-icus. Cotta combat le raisonnement par lequel Zenon s'effoi\-ait de démontrer que le monde était dieu (111, 9, '21). Alors, dit-il, le monde serait mathématicien, musicien, brelinstruit en toute sorte de sciences ; car celui qui est mathématicien vaut mieux que celui qui ne l'est pas. On trouve le mémo raisonnement chez Sextus (IX, 107).— Colta rapporte l'objection (|ucGarnéade faisait aux Stoïciens : « Tout animal est passif, par suite mortel • (lU, li, 29). Cf. Sextus, IX, 139. — Cotta dit : t Aucun corps n'est immuable ; mais, si un corps était immortel, il serait imnuiable; donc tout corps est mortel ■ (III, 12, 30). Sextus fait le même raisonnement, IX, l-i8; seulement au lieu de l'immutabilité il parle de l'immobilité. La nature de l'être vivant, dit Cotta, est sim[)le ou composée; si elle est simple, on ne saurait dire quel est cet être; si elle est composée, l'être est périssable (III, 14, 34). Ce raisonnement est tout à fait semblable à celui que nous lisons dans Sextus (IX, 180). Il y a entre les deux passages un rapport frappant qui ne permet guère de douter que Cicéron et Sextus se soient inspirés du même modèle. Cotta dit qu'on est obligé de placer toutes les vertus en Dieu; mais qu'il n'a pas besoin de les jiratiijuer (III, 13, 38). Toutes les parties de ce raisonnement se retrouvent beaucoup plus développées chez Sextus (IX, 132). — Nous lisons chez Sextus un argument de Carnéade transmis par Clitomaque (IX, 182) ; Cicéron fait la même mention de Carnéade, seulement à la fin du raisonnement qu'il lui attribue (III, 17, 43), et qui ressemble à celui de Sextus. Sextus montre que, si l'on admet les dieux principaux, on est également obligé d'admettre les dieux secondaires, et qu'alors tout est divinisé dans la nature. Voici une partie du raisoimement de Sextus : < Si Cérès est une déesse, la terre aussi est une déesse; car Cérès est oTitir)tr,p, ou -,-7] [it;tT|P, c'est-ii-dirc la terre notre mère; mais, si la terre est une déesse, les montagnes, les promontoires et les pierres de toute sorte ont également une nature divine, ce qui n'est pas ; donc la terre n'est pas non plus une déesse » IX, 189. Cotta tient tout à fait le même langage (III, 20, 31-32). — (2) III, 21, 33 — 24. 61. — (3) IX, 7.

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