LE LIVRE III DU « DE NATURA DEORUM
chez Sextuspour conclure que Cicéronl'a emprunté à Caméade. Ainsi nous lisons que « souvent il n'est pas utile de connaître l'avenir.... De plus, que sert de conuaitre l'avenir, s'U doit nécessairement arriver? Mais d'où vient la divination? Qui a trouvé les fissures du foie? Qui a noté le chant de la corneille (1) ? » Ces arguments et ceux qui suivent destinés à combattre la croyance à la divination se retrouvent dans le livre II du de divinaiione (2), et nous montrerons plus loin que ce passage, comme la plus grande partie du livre, est emprunté à un écrit de Clitomaque.
Cotta se moque des fables mythologiques admises par les Stoïciens et des étymologies qu'ils donnaient du nom des dieux (3). Nous ne trouvons pas non plus ces critiques dans Sextus : mais Carnéade n'a pu manquer de les faire aux Stoïciens, qui se distinguaient entre toutes les autres écoles philosophiques par leurs efforts pour donner des mythes une interprétation rationnelle, et dont les étymologies du nom des dieux rappellent le Crat\ile.
Nous trouvons ensuite une lacune considérable (4). Ici devaient être exposées les objections des Sceptiques à la théorie stoïcienne de la Providence. Il manque aussi le commencement de la quatrième partie, qui contenait la critique de la quatrième partie de l'exposition de Balbus. où il prétend que les hommes sont de la part des dieux l'objet d'une sollicitude particulière. Cette partie s'est perdue, ou bien a été détruite volontairement, parce qu'on voyait là un danger pour la foi et la piété envers les dieux. L'ouvrage de Cicéron scandalisait ici beaucoitp de païens et ils disaient qu'on devait le détruire (5).
« Le traité de la divination., dit M. Boissier, est net, ferme, précis, sans hésitation ni sous-entendu. Cicéron y dit sincèrement sa pensée. Il détruit les arguments de ceux qui prétendent qu'il y a une science pour connaître l'avenir, et ne veut pas permettre qu'on mette la superstition sous la protection de la philosophie.... L'autre ouvrage (le dénatura deorurn) est
(1) 111, 6, U. — (-2) 8, -JO. - (:J)III, 2-i, 61. — (4) 111, 23, C.H. — (5) Arnobe, 111, 7; Laclancf, (Uv. iml., 11,3,2.
plus difficile à comprendre : les conclusions en sont moins nettes, ou plutôt il n'j^ a pas de conclusions (1). Cicéron y réfute les opinions émises par les philosophes grecs sur la nature des dieux ; il ne songe pas à nous dire quelle est la sienne ni s'il en aune. Nous sortons de ce grand débat, où s'agitent les questions les plus graves, incertains, hésitants, sans pouvoir démêler les sentiments et le dessein de son livre (2). » Si nous avions conservé complet le livre III du de natura deormn, nous saurions peut-être davantage à quoi nous en tenir sur la véritable pensée de Cicéron. Dans tous les cas, il eût été intéressant de voir quelles objections les Sceptiques faisaient k la Providence (3).
(U D'autres critiques sont ici d'une opinion contraire i\ AI. Boissier. ■ La critique de Cotta atteint jusqu'à la religion de Platon ; elle s'attaque à la Provideiiceet même à l'existence des dieux. Les ménagements avec lesquels il la présente ne doivent pas en faire méconnaître la portée. Elle ne conduisait pa< seulement ;\ la chute du paganisme ; elle pouvait mener les hommes jusfiu'où tant de penseurs sont arrivés aujourd'hui : à la ruine de toute illusion théologique et de toute toi au surnaturel. « K. Havet, le christ, et ses orig., U, 73. — (2) La reliQ. romaine, I, p. oo. — (3) On peut cependant arriver d'une manière^indirecle à déterminer, dans une certaine mesure, de quel genre étaient ces objections. On sait, dit M. Neurnann {Rkein. Mus., 1881, p. 156), que, dans le dialogue de .Minutius Félix intitulé Octavius, Caecilius Natalis défend la conception païenne du monde. Il attaque (5, 7-13) la doctrine de la Providence, et il essaye de prouver que ce n'est là qu'une hypothèse indémontrée, et]^qui est en contradiction avec la réalité. Mais Minutius s'est, en plusieurs endroits, servi du de natura deorum C'est ce qu'a démontré M. Behr (l'Octavias de MiiitUiits dans ses rapports avec le de natura deorum de Cicrron, Géra, 1870) pour plusieurs chapitres autres que ceux qui nous occupent maintenant ; il en est de mémo pour ceux-ci. La dernière partie du discours de Cotta est imitée dans le dernier morceau de Minutius. Il est donc très vraisemblable que Minutius, qui, comme Lactance, avait encore] sous' les yeux un exemplaire complet du de natura deorum, s'est servi de la partie aujourd'hui perdue du discours de Cotta. Cette conjecture devient presque une certitude, lorsqu'on rapproche de ÏOctacius les paroles de Balbus sur la Providence. Csecilius la nie ; Balbus dit (H, 30, 73) que tout dans lemondc prouve la Providence. C'est par des rencoiitres fortuites, furtuitis (■oncurshnihus, dit C;ecilius (3, 7), que toutes les parties du monde ont été formées et ordoiMiées. — Balbus prétend que la finalité éclate partout dans le monde végétal et animal (II, 3-2, 8-2). Cœcilius répond que l'homme et les animaux