‹ Essai sur les vaisseaux lymphatiquesChapitre 3 sur 7 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

Structure et propriétés des vaisseaux lymphatiques.

Ces vaisseaux, quoique très-transparens et très-ténus , sont composés de deux tuniques, apparentes surtout dans le canal thoracique. -

On peut facilement séparer ces deux tuniques, soit à l’aide du scalpel, comme cela est pratiqué à notre amphithéâtre, ou en répétant l’expérience de Cruikshanil 1 , qui, après avoir retourné un canal thoracique, y força un cylindre de verre dont le diamètre surpassoitcelui du canal: la tunique interne, qui dans cette expérience se trouve en dehors, moins extensible que l’externe, se rompt, et laisse celle-ci à découvert. Cette tunique externe, inégale là où elle est unie au tissu cellulaire environnant, est distinctement fibreuse vers l’intérieur. Dans l’homme on n’y a pas encore trouvé de fibres musculaires; mais Sheldon2 dit en avoir

■ L. c. , ch. 1 2 , p. 5g.

3 L. c., ch. 2 , p. 26.

vu sur le canal thoracique du cheval, ce qui les lui fait admettre pour tous ces vaisseaux, vu leur haut degré d irritabilité : ces fibres avoient une direction circulaire. Mais l’existence ou la non-existence de ces fibres musculaires sur. les vaisseaux lymphatiques n’est pas d’une grande importance} xparce que la contractilité ne réside pas exclusivement dans la fibre musculaire.

On trouve une grande quantité de vésicules adipeuses sur la tunique externe; on les voit facilement, surtout quand les lymphatiques sont distendus par du mercure: elles se présentent alors sous l’apparence d’une multitude de petits points.

L’état inflammatoire et les injections artificielles nous démontrent que cette tunique externe est pourvue d’un nombre assez considérable de vaisseaux sanguins. L’analogie y a fait supposer à Mascagni1 des vaisseaux lymphatiques que quelques auteurs disent même y avoir vus.

Le canal thoracique est entouré d’un plexus nerveux fourni par l’intercostal, en sorte qu’il ne répugne pas, ce me semble, d’y admettre des filets nerveux, qui ont nécessairement dû échapper aux yeux des anatomistes, à raison de leur extrême ténuité.

La tunique interne, unie à la précédente par un tissu cellulaire très- fin , est lisse à son intérieur, comme l’est la tunique interne de tous les vaisseaux; par ses duplicatures elle y forme une multitude de valvules paraboliques , presque toujours disposées par paires, semblables en tout à celles qu’on voit dans les veines sanguines. Ruysch2 est le premier auteur qui en ait donné une bonne description enrichie de figures, quoique leur découverte date de Rudbeck.3 et de Bartholin4, qui ne paroissent

’ L. c., sect. 4 , p. 28.

2 Dilucidatio valvularum in vasis lymphalicis et lacteis.

3 Insid. struct., p. 91, 128.

* Vas a lymph. brutorum . p. 46. — Hominis , p. 18.

pas en avoir entièrement ignoré l’usage. Ces valvules sont en général placées à des distances inégales entre elles, et plus ou moins rapprochées suivant les parties: c’est ainsi, par exemple, qu’elles sont très-près les unes des autres sur les tuniques intestinales, qu’elles le sont moins sur le mésentère, et qu’aux extrémités inférieures on voit souvent des vaisseaux qui font un trajet de plusieurs pouces sans valvules. On trouve encore des lymphatiques dépourvus de valvules dans plusieurs animaux , dans les intestins grêles du lion 1 et dans le gros intestin des carnivores. Dans la tortue2 et dans les poissons3 4 ces valvules manquent totalement, ou sont très-foibles. W. Hunter4 rencontra une fois un cadavre où il souffla tous les lactés des intestins par le canal thoracique; mais il négligea de les remplir de mercure. Haller5 injecta tous les lymphatiques du poumon, depuis la partie supérieure du canal thoracique, et il rapporte que Marchettis souffla tous les lymphatiques d’un animal par le réceptacle du chyle.

Quelquefois l’insertion du canal thoracique dans la veine sousclavière gauche, et celle d’un rameau lymphatique dans un tronc, ne sont garnies que d’une seule valvule. On trouve souvent aussi dans les troncs lymphatiques des valvules annulaires formées par la réunion de deux valvules qui, ayant bien moins de hauteur que les valvules ordinaires, ne ferment pas totalement la lumière du canal. On retrouve la même disposition dans les lymphatiques de différens viscères, dans ceux du foie surtout.

La seule inspection de la direction des valvules prouve qu’elles

1 Anatomische Untersuchungen Hier die Verbindung der Saugadern mit den Venen, von D.r V. Fohmann; Heidelberg , p. 5 1 , 35, 49*

a An account of the lymphatic System in amphilious animais, by W • Hewson. Philosoph. Transact., 176g, p. 198.

3 An account of the lymph. syst. infish, by W. Hewson; ibid., p. 204.

4 Cruikshank, l. c. , ch. 1 3 , p. 67.

* Cruikshank , ibid.

servent à empêcher la rétrogradation vers les tranches des fluides contenus dans les lymphatiques.

Nous ne savons rien de positif sur les vaisseaux et nerfs de la tunique interne. Mascagni* 1 dit qu’elle n’a pas de vaisseaux sanguins, et qu’elle est très - semblable aux membranes composées uniquement de lymphatiques ; mais, comme il me paroît démontré par des injections faites à notre amphithéâtre que ces membranes (les séreuses) possèdent des vaisseaux sanguins, je crois qu’on peut les admettre dans la tunique interne des lymphatiques, parla même analogie qui les a fait rejeter à Mascagni.

Malgré la ténuité et la diaphanéité des vaisseaux lymphatiques, leurs parois sont bien plus denses et plus résistantes que celles des vaisseaux sanguins d’un même calibre. Les injections mercurielles prouvent ce que nous avançons2 3 : les lymphatiques des membres inférieurs supportent impunément la pression d’une colonne de mercure haute de quatre pieds, tandis qu’une colonne haute de douze travers de doigts est plus que suffisante pour rompre des vaisseaux sanguins du même calibre. Cette résistance est moindre dans les lymphatiques des membres supérieurs, et moindre encore dans ceux des viscères , quoiqu’elle y surpasse toujours celle des vaisseaux sanguins.

Ces vaisseaux lymphatiques sont très-élastiques : un lymphatique qui, à l’état de vacuité, présentera un diamètre presque imperceptible, pourra en acquérir un d’une demi-ligne, s’il est distendu par l’injection ; videz ce vaisseau, et il reprendra ses premières dimensions. Mascagni 5 rapporte que cette élasticité subsista pendant deux ans dans des lymphatiques distendus par le mercure et conservés dans l’alcool ; il ajoute que ce n’est même

1 L. c. , sect. 4 , pag. 26.

2 "VVerner et Feller, Vasor. lacteor . atq. lympYiat. anatomico~physiologica descrip*lio , fasciculus 1 , p. 1 5 , dans la note.

3 L. c., sect. 4, pag. 27 et suiv.

qu’en vertu de cette propriété' que s’y fait la progression des fluides, et il y nie positivement toute contractilité vitale. Cet anatomiste a conservé cette opinion dans ses Œuvres posthumes 1 , où il explique l’élasticité par l’arrangement des fibres qui s’entrelacent diversement et forment un tissu comme celui d’une natte de paille. Ces fibres, selon lui, consistent dans un amas de vaisseaux plus fins.

Ces vaisseaux sont très -irritables , et M. Alard2 non - seulement y admet cette propriété , mais il fait même dépendre toute irritabilité de la présence des vaisseaux lymphatiques. L’irritabilité ou contractilité vitale y est démontrée par leur prompt resserrement ,. si on les expose à l’air sur le vivant , ou meme quelque temps après la mort ; car ce sont les organes qui agissent le plus long- temps après la cessation de la vie, même quand toute chaleur vitale est éteinte. Il est facile de démontrer par l’expérience ce que nous venons d’avancer. Qu’on tue un chien vei’s la fin de sa digestion et qu’on lui ouvre de suite le bas -ventre, on y verra les intestins marbrés de vaisseaux lactés remplis de chyle; ccs vaisseaux, irrités par le contact de l’air atmosphérique, se contracteront de suite, et au bout d’une ou de deux minutes on n’en verra plus de traces. Le résultat sera le même jusque vingt -quatre heures et plus après la mort; mais, passé ce temps, l’irritabilité de ces vaisseaux est éteinte, et ils resteront distendus par le chyle, malgré le contact de l’air. Si on lie le canal thoracique ou un autre vaisseau lymphatique sur un animal vivant, et qu’on y fasse une piqûre au-dessous de l’endroit où il est lié, le chyle en sort par jets ,

1 Prodromo délia grande anatomia , opéra postuma del cclelre Paox.o Mascagni, 2.a edizione , rivedula et illustrata da Tommaso FAiys’KSE; 1821, ch. 1.

2 Du siège et de la nature des maladies; Paris, J821, tom. I, ch. 7, p. 1 3 8 et suiv.

tandis que, cette opération étant répétée après la mort, le chyle en découle lentement. On admettroit à tort aujourd’hui , avec les anciens physiologistes , le racornissement des vaisseaux lymphatiques par les caustiques, comme preuve de leur irritabilité.

Toutes les expériences tentées sur des animaux vivans pour s’assurer de la sensibilité des vaisseaux lymphatiques n’ont dû mener à aucun résultat, puisque la "douleur , inséparable de toutes les opérations nécessaires pour mettre un lymphatique à découvert, sera toujours plus intense que celle qui est causée par les piqûres ou autres manœuvres exercées sur ces vaisseaux. Tout ce que l’on sait à ce sujet, c’est qu’ils paroissent être trèssensibles , s’ils viennent à s’enflammer à la suite de l’absorption de matières puûides , à moins que la douleur qu’on ressent alors ne provienne, comme l’ont prétendu quelques auteurs, uniquement de l’inflammation du tissu cellulaire ambiant.

Ces vaisseaux, comme les artères et les veines, peuvent s’alonger et se raccourcir, entrer et se ramifier dans des organes voisins : preuve , les parties accidentellement adhérentes , où les vaisseaux lymphatiques de l’une peuvent être injectés par ceux de l’autre ; preuve , encore , le sang coagulé qui devient vasculeux par l’alongement des vaisseaux voisins, et les tumeurs solides qui disparoissent dans le corps vivant avec les vaisseaux qui les nourrissoient. 1

Les vaisseaux lymphatiques contiennent soit de la lymphe, soit du chyle , ce qui les a fait distinguer en lymphatiques proprement dits et en chylifères ou lactés; distinction superflue, puisque leur structure et leurs fonctions sont les mêmes. Ces liquides les parcourent uniformément, sans pulsation; cependant la vitesse de leur cours est relative à leur quantité. La direction est celle des branches vers les troncs ; cependant il n’est pas

! Cruikshank, l. c., ch. 12, p. 63.

impossible que cetle direction varie quelquefois dans les plus petits vaisseaux lymphatiques.

On s’est donné bien du mal, surtout dans les derniers temps, pour faire l’analyse exacte de la lymphe et du chyle , et la diversité des résultats qu’en ont obtenus les chimistes sert à prouver que ces fluides varient suivant les individus et les parties d’où ils sont tirés ; et en considérant les fonctions dont ces vaisseaux sont chargés, nous voyons que ces résultats ont dû différer nécessairement. Quant à l’analyse du chyle, on peut encore ajouter qu’elle ne se rapporte pas à ce fluide seul , mais bien à celui mêlé à la lymphe chariée par les lymphatiques superficiels des intestins, qui sont presque aussi nombreux que les véritables lactés.

J’emprunterai de l’ouvrage de M. Magendie les caractères de ces fluides.

La lymphe* 1 obtenue du canal thoracique des chiens qu’on a fait jeûner, a d’abord une couleur rosée, légèrement opaline; elle a une odeur de sperme très- prononcée ; sa saveur est salée; quelquefois elle présente une teinte jaunâtre décidée et, dans d’autres cas , une couleur rouge garance. M. Magendie croit avoir observé que la couleur devient plus rouge quand depuis long- temps l’animal est privé d’alimens.2

Abandonnée à elle-même, la couleur rose de la lymphe devient plus foncée, et elle se prend en une niasse composée de deux parties; l’une, solide, forme des cellules contenant l’autre , qui est liquide. Si l’on sépare la partie solide, le liquide restant se prend de nouveau en masse.

' Précis élémentaire de physiologie, par M. Magendie , t. II, p. 171 et suiv.

1 La lymphe m’a le plus souvent paru incolore ou légèrement bleuâtre, rarement rosée; mais jamais je n’ai trouvé un liquide d’un rouge intense contenu

dans les lymphatiques, à moins qu’il n’y eût eu un épanchement sanguin dans le voisinage.

Le caillot de la lymphe est analogue à celui du sang. Il devient rouge écarlate par le contact du gaz oxigène , et rouge pourpre par celui de l’acide carbonique. La pesanteur spécifique de la lymphe est de 1022.28.

Analysée par M. Chevreul, la lymphe du chien a fourni :

Eau 926.4

Fibrine 004.2

Albumine 061.0

Muriate de soude 006.1

Carbonate de soude 001.8

Phosphate de chaux .... 1

Phosphate de magnésie. . > 000. 5

Carbonate de chaux .... J

Total 1000.0

D’après M. Magendie1, le chyle provenant des substances grasses est blanc-laiteux, plus pesant que l’eau, d’une odeur spermatique, d’une saveur salée, happant un peu à la langue et sensiblement alcalin.

Si on le laisse reposer, il se sépare en trois parties : l’une solide, qui reste au fond du vase; l’autre liquide, placée au-dessus, et une troisième, qui forme une couche très-mince à la surface du liquide. En même temps le chyle prend une teinte rosée assez vive.

De ces trois substances dans lesquelles le chyle se partage , celle de la surface, de couleur blanche, opaque, est un corps gras : le caillot est formé de fibrine et d’un peu de matière colorante rouge : le liquide est analogue au sérum du sang.

Le chyle provenant d’alimens qui ne contiennent point de

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