‹ Essai sur les vaisseaux lymphatiquesChapitre 4 sur 7 · SECTION II · texte numérisé non relu

SECTION II

Origine des lymphatiques.

Asellius1, ayant vu les lymphatiques sur les intestins, conclut qu’ils en naissoient et y pompoient le chyle à la manière des sangsues. Bartholin2, Rudbeck3 et d’autres anatomistes qui suivirent Asellius, étendirent cette idée à chaque partie du corps. Malpigiii4 croyoit que les lymphatiques ne provenoient que des follicules ; mais il y a des lymphatiques dans des parties où ces derniers n’existent pas. Schelhammer5 établit que ces vaisseaux rapportoient au cœur le sérum du sang qui sort des extrémités artérielles, tandis que les veines y rapportoient le sang lui-même; et Hamberger6 dit qu’ils naissent de toutes les cavités qui contiennent une liqueur, et de tout vaisseau, soit artère , soit vaisseau sécréteur , excréteur ou autre. Enfin , les anatomistes 7 les ayant vus se remplir de matière à injection poussée dans les artères , et y ayant découvert souvent de la lymphe

' De lactihus, sive de venis lacteis , Diss. Mediolan., 1627, in~l\.°

2 Vasor. lymph. historia nova, cap. 6.

3 Nova exercitatio exhibens ductus hepaticos aquosos, et vasa glandularum serosa , cap. 8.

4 De glandulis conglobatis , p. 4*

5 De Ijmpiiæ ortu et vasor. lymphat. causis.

6 Physiol. med. , §. 469.

7 Cowper , Anatomia , introd. Vater , Diss. de novo bilis diverticulo. Sénac , Anat. de Heister, pag. 1 5 5. Cheselden, Anatomy , ch. 10. Ferrein , Mém. de l’Acad. des sc. , 1741. Tarin, Problem. anat.

sanguinolente, s’appuyant en outre de l’autorité de Nuck et imbus de la théorie de Boerhaave, pi’esque tous les firent naître de ces derniers vaisseaux. Hunter1 et Monro 2 s’élevèrent contre cette doctrine, disant, i.°, que, comme il étoit prouvé que les chylifères naissent de la surface interne des intestins et qu’ils se réunissent aux autres lymphatiques , l’analogie devoil faire présumer que les autres naissent aussi de diverses cavités; 2.0 que., les glandes lymphatiques s’enflammant à la suite d’un ulcère produit par le contact du virus vénérien ou variolique , les lymphatiques dévoient naître de ces parties ulcérées. 3.° Répétant les expériences de l’injection des lymphatiques par les artères, ils virent qu’ils ne se remplissoient pas sans infiltration de la matière à injection dans le tissu cellulaire : ils conclurent donc qu’ils naissoient de ce tissu cellulaire.

Voici ce que nous croyons pouvoir établir sur l’origine des lymphatiques. Tous les auteurs qui ont fait naître ces vaisseaux d’un seul tissu, eurent tort de les exclure des autres tissus: en effet, à l’exception de la substance du cerveau et de la moelle épinière, de l’intérieur de l’œil et du placenta, on a trouvé des lymphatiques par tout le corps. Il est assez naturel qu’on n’ait pas pu les voir dans la substance cérébrale, puisque meme les vaisseaux sanguins n’y entrent que très-divisés ; mais on les trouve dans les enveloppes du cerveau, et, en passant par le canal carotidien, ils y forment de petites glandes lymphatiques3 4. La même chose peut se dire du globe de l’œil, et il est très-probable que le petit canal 4 qui, de l’humeur vitrée, traverse la rétine en passant au milieu de la tache jaune de Soemmering, n’est qu’un vaisseau lymphatique. Quant au placenta, c’est un organe tempo-

1 Medical commentâmes , by ~\V. Hunter ; Lond. 1762.

2 De venis lymph. valvulosis et earum potissimum origine.

3 Mascagni , Vas. lymph. c. h. hist. , p. 63, seq.

4 Home , Philosophical transactions , 1798, p. 332.

raire qui, ne devant plus servir après la naissance, est organisé comme les animaux des classes inférieures : il a sans doute ses vaisseaux lymphatiques; mais toutes ces radicules s’unissent de suite aux veines sanguines.

Les lymphatiques naissent des surfaces externes et internes des vaisseaux sanguins, et comptent sans doute parmi leurs vasa vasorum. Cela est prouvé par les inflammations où il n’y a pas de sang épanché, et où les lymphatiques s’en trouvent gorgés. Dans ce cas ils ont absorbé l’excès de ce fluide qui distendoit les vaisseaux sanguins1, et c’est aussi ce qui explique l’utilité des médicamens qui activent l’absorption dans les inflammations. Mais rien ne prouve que les lymphatiques soient continus aux artères, comme le sont les veines : si cela éloit, il arriveroit bien plus souvent qu’ils se remplissent par les artères ; mais presque toujours, dans ce cas, il y a épanchement de matière à injection dans le tissu cellulaire de la partie dont les lymphatiques ont été injectés ; et comme ces vaisseaux naissent du tissu cellulaire par des orifices ouverts, la matière à injection s’y est introduite comme dans l’expérience où l’on enfonce le tube à injecter dans le tissu cellulaire sous-cutané, et où les lymphatiques qui en naissent se remplissent de mercure. Si les lymphatiques se sont remplis, et qu’il n’y ait pas d’épanchement, l’injection a passé des artères dans les veines sanguines. Or, nous verrons dans la suite que des radicules lymphatiques s’abouchent dans les veines sanguines dès leur origine , et c’est alors, sans doute, par cette voie que s’est faite leur réplétion.

Les lymphatiques naissent des membranes séreuses, muqueuses, des conduits excréteurs, des vaisseaux sanguins; car, en injectant ces diverses cavités d’eau colorée, les lymphatiques de ces parties s’en remplissent2. Sur le cadavre d’un enfant de quatorze ans Mas-

1 Cruxkshank, l. c., ch. îo, p. 49 et suiv.

* Màscagni, l. c., sect. 3, p. 22.

cagni 1 vît du lait épanché dans le bas-ventre entrer dans les rameaux les plus subtils des lymphatiques , et arriver jusqu’au canal thoracique. Les lymphatiques e'toient remplis de sang- sur des cadavres où il y avoit du sang épanché dans les grandes cavités ou dans le tissu cellulaire. J’ai eu occasion d’observer plusieurs fois la même chose. Les lymphatiques prennent aussi naissance dans les os, ce que Cruikshank1 * 3 et Scemmering 3 ont prouvé par l’injection.

Une foule innombrable de lymphatiques prend naissance entre l’épiderme et le derme. En injectant ceux de l’extre'mité inférieure droite d’un homme mort d’anasarque, j’ai rempli les glandes de l’aine de ce côté; de ces glandes il partit un vaisseau lymphatique se divisant en plusieurs rameaux, dont les uns communiquèrent avec les lymphatiques du pénis, que j’avois également injectés, et les autres, en formant plusieurs anastomoses et divisions, se dirigèrent en travers, immédiatement au-dessous de la peau, vers l’aine gauche, où , avant de se réunir aux lymphatiques de cette région, ils donnèrent quatre à cinq rameaux, qui se remplirent par voie rétrograde dans la peau de l’aine et de la partie supérieure interne de la cuisse gauche. La peau qui recouvroit tout ce trajet de vaisseaux lymphatiques, étoit si mince, qu’on les voyoit à travers, et qu’il me fut impossible de l’enlever de dessus les lymphatiques. Sur l’aine et à la partie interne de la cuisse, où les lymphatiques s’étoient ramifiés jusque dans le tissu même de la peau, on voyoit au premier abord des taches grises qui, examinées avec soin, n’étoient qu’un réseau de vaisseaux lymphatiques de la plus grande ténuité. Je fis macérer cette portion de peau, pour en enlever l’épi-

1 Mascagni, l. c., pag. 20.

* L. c., ch. 10, pag. 48.

3 Vom Baue des menschlicheti Korpers , t\ter Theil, p. l\bi.

derme, par où les lymphatiques furent mis à nu , et se présentèrent en tel nombre, qu’on n’auroit pas pu y placer la pointe d’une aiguille sans en intéresser quelques-uns. Cette pièce a été séchée et conservée.

Haase 1 avoit fait une observation semblable, et en faisant encore avancer le mercure avec le manche du scalpel, il en fit sortir des globules par la surface extérieure de la peau meme. Plus loin1 2 il dit que ces orifices se trouvent dans les pores où se font en meme temps les exhalations, et que l’insertion de ces orifices est oblique, ce qui fait qu’on les voit difficilement.

L’endroit, enfin, où l’origine des lymphatiques est le plus visible, est sans contredit la veloutée des intestins.

Le premier anatomiste qui ait démontré l’origine des lactés dans les villosités intestinales, est Lieberkühn.3 Il dit que dans chaque villosité il entre un rameau lacté garni de valvules, plusieurs artérioles, une ou plusieurs veinules, et probablement un nerf, vu la sensibilité exquise de ces villosités. Le rameau lacté se dilate en une petite ampoule de forme ovale, au sommet de laquelle on voit, au microscope, une petite ouverture et très-rarement plusieurs. Les artérioles serpentent et se divisent jusqu’au sommet de cette ampoule. Quelques-unes de ces artères et veines perforent la vésicule lactée, et y ont les orifices ouverts. Cette ampoule est intérieurement remplie d’une substance spongieuse. Pour se procurer des cadavres qui eussent les villosités remplies de chyle , il donna du lait à des mourans.

II aller4? qui lui-même avoit vu des villosités blanchâtres et

1 De vasis cutis et intestinorum alsorbentilus , picxibusque Ijmph. pelvis Inuman. annotât. anatom.; Lips., 1786, ch. 2 , p. 4 et suiv.

2 L. c. , ch. 6 , p. 14.

3 J. N. Lieberkühn, j Diss. anat. physiol. de fabrica et actione villorinn intestinorum tenuium hominis; Lugd. Bat.,

‘‘ Elem. piijsiol. , tom. Vil, pag. 27.

remplies de chyle , paroît cependant avoir eu quelques doutes sur la description de Lieberkühn ; car il dit : Ea ampullula , quod nolatu dignum est, celluloso textu videtur repleri , nisi forte circumposita fuit tela.

Hewson 1 rejette l’ampoule, non-seulement pour ne l’avoir pas vue dans l’homme, mais de plus ayant été conduit à ce résultat par voie d’analogie, d’après ses injections d’oiseaux, de tortues et de poissons, où les lymphatiques ne forment pas d’ampoule dans les villosités , mais un réseau, comme les vaisseaux sanguins. Il ne dit cependant rien de satisfaisant sur les orifices des lymphatiques. Dans un iléon, dont les artères et veines étoient parfaitement bien injectées, quelques villosités lui ont paru en érection, et, au lieu d’ètre larges et minces, elles étoient rondes et cylindriques, et paroissoient spongieuses et poreuses à l’extrémité; et il croit que ces pores sont les orifices des lymphatiques : on voit quelquefois un seul de ces pores, d’autres fois plusieurs. Il pense que, les orifices ne paroissant dans ces préparations que quand les villosités étoient complètement en érection, cette circonstance indique l’usage des villosités. Plus loin il dit, qu’en les examinant à plusieurs reprises il observa les orifices très -distincts et vides. Mais, comme il n’y avoit que les artères et les veines qui fussent injectées, et que les lymphatiques n’étoient pas remplis de chyle, ce n’est que d’après des conjectures que Hewson peut dire que ce sont les orifices des lactés. A un autre endroit1 2 il rapporte qu’il a fait entrer le mercure dans les petits vaisseaux lactés des villosités intestinales des poissons, et qu’il l’a même fait passer dans la cavité des intestins , mais qu’il ne put reconnoître au juste si ces orifices étoient garnis de valvulves ou non.

1 Experimental inquiries , part. 2 , containing a description of the lymph. syst. in the hum. subj. and in other animais, p. 181 et suiv.

2 Philos, transact. , 1769, p. 210.

Cruikshanic1 est sans contredit l’auteur qui a décrit le plus clairement l’origine et les orifices des lactés , et l’esprit de véracité qui règne dans tous les écrits de cet excellent anatomiste, garantit ce qu’il dit à ce sujet. Sur une femme qui , se portant bien le soir, soupa copieusement et mourut le lendemain de convulsions , il trouva les lactés gorgés de chyle coagulé, et beaucoup de villosités qui en e'toient distendues. Il y observa que i.°, beaucoup de ces villosités étoient si pleines de chyle, qu’il n'y distingua qu’une vésicule blanchâtre, sans ramification d’artères ou de veines, et sans apparence de pores ou d’orifices. 2.0 D’autres contenoient du chyle en moindre quantité, et on y voyoit de nombreuses ramifications vasculaires sanguines, dont la rougeur surpassoit la blancheur de la vésicule. 3.° Dans quelques centaines de villosités il vit un tronc lacté, commençant par des branches rayonnées. Les orifices de ces rayons étoient très -distincts, aussi bien que les rayons eux- mêmes, vus à travers la surface externe de la villosité, et passant dans le tronc lacté ; ils étoient remplis d’un fluide blanc : il n’y avoit qu’un seul de ces troncs dans chaque villosité. 4.0 La cavité spongieuse aperçue par Lieberkühn se montra clairement être la membrane cellulaire commune qui réunit toutes les artères, veines, nerfs et lactés. 5.° Les orifices qu’il aperçut sur les villosités du jéjunum, étoient au nombre de quinze à vingt dans chacune d’elles, ce qui a été constaté par W. Hunter, à qui Cruikshank les fit compter sous le microscope. Ils étoient en plus grand nombre dans quelques-unes. Tous les efforts de Cruikshank pour découvrir les orifices des lymphatiques dans d’autres parties, ont été infructueux, sans doute parce que, ces vaisseaux n’étant pas, comme les lactés, remplis par un fluide blanc, leurs extrémités échappoient à la vue; cependant, la structure de ces vaisseaux étant la même , il présume que leurs orifices le sont aussi.

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