‹ Essai sur les variations de l'urée et de l'acide urique dans les maladies de foieChapitre 5 sur 24 · DOSAGE DE DUREE · texte numérisé non relu

DOSAGE DE DUREE

Dans les réactions qui servent de base au dosage de l’urée, on applique tantôt la méthode des pesées, longue et difficile; tantôt la méthode volumétrique, plus commode et plus précise que la première.

Méthodes des pesées. — Les principaux procédés basés sur cette méthode sont ceux de Lecanu, Berzélius, etc...

1° M. Lecanu a proposé de peser l’urée à l’état d’azotate. On évapore l’urine à 1/10, et pendant quelle est encore chaude, on l’étend de 3 lois son volume d alcool. Après refroidissement on filtre : l’urée passe en dissolution ; on évapore au bain-marie pour chasser 1 alcool, et quand il ne reste plus que quelques centimètres cubes de liquide', on y ajoute un volume égal d acide azotique, il se forme du nitrate d’urée qu’on égoutte, et qu’on pèse

après dessiccation. Ce nitrate renferme 53,07 pour 100 d’urée.

La solubilité partielle de l’azotate d’urée, et, d’autre part, le peu de fixité de sa composition, sont les principales causes de l’inexactitude de ce procédé.

2° Berzélius indique la pesée de l’urée à l’état d’oxalate. On épuise par l’alcool absolu le résidu de l’évaporation de l’urine, puis on distille pour retirer l’alcool. On reprend par l’eau en présence du noir; on filtre, on concentre; puis on sature d’acide oxalique à la température de 60 degrés. L’oxalate d’urée, qui se dépose, contient 57,18 p. 100 d’urée.

3° Le principe de la méthode de Heintz etRagsky est le suivant: en présence de l’acide sulfurique concentré, l’urée se dédouble enacide carbonique et enammoniaque, en absorbant deux équivalents d’eau ; l’acide carbonique se dégage, et l’ammoniaque se combine avec l’acide sulfurique, en donnant naissance à du sulfate d’ammoniaque, duquel on sépare l’ammoniaque sous forme de chlorure double de platine et d’ammonium : en déterminant le poids de ce dernier, on peut trouver la quantité d’ammoniaque, et, par suite, celle de l’urée décomposée.

Ce procédé est sujet à de nombreuses causes d’erreur. En effet les composés azotés qui accompagnent l’urée fournissent également de l’azote : en outre, ainsi que M. Boymond s’en est assuré, la décomposition de l’urée n’est pas complète.

4° La dissolution d urée chauffée dans des tubes scellés se décompose en carbonate d’ammoniaque. Sur cette réaclion déjà indiquée, M. Bunsen, a fondé un mode de

dosage de l’urée assez exact. Pour connaître la quantité de carbonate produit, on commence par mélanger à un volume donné d’urine une solution de chlorure de baryum additionné d’ammoniaque. On chauffe en tube scellé et l’on déduit la quantité d’urée du poids du carbonate de baryte produit.

On a remplacé le chlorure de baryum par une solution de potasse titrée ; on trouve la quantité de carbonate produit, en déterminant l'augmentation du titre.

5° L’acide azoteux décompose l’urée en acide carbonique et en azote:

C2H4Az202 | 2Az03 = 4HO -f 4Az + 2C02

Cette réaction a servi de point de départ au procédé de Millon dont le réactif formé d’azotate et d’azotite de mercure mélangés avec un excès d’acide azotique, se prépare en dissolvant 125 grammes de mercure dans 168 grammes d’acide azotique d’une densité = 1.4 et en étendant de deux fois son volume d’eau.

L’acide carbonique produit est reçu dans un tube à boule pesé d’avance et contenant une solution dépotasse caustique. L’augmentation de poids du tube fait connaître la quantité de gaz produit et par suite la proportion d’urée.

La pesée du tube nécessite l’emploi d’une balance de précision : on peut s’en passer en dosant l’acide carbonique à l’aide d’une solution titrée de baryte, suivant le conseil de M, Berthelot.

6° Le procédé de M. Boymond (1) est celui de Millon

(1) Boymond. Thèse de l’Ecole de pharmacie, 1872.

modifié. Après s’être assuré que dans la décomposition de l’urée par l’acide azoteux, l’acide carbonique et 1 a~ zote se forment par volumes égaux, M. Boymond les laisse se dégager et dose 1 urée, en déterminant la perte de poids subie par l’appareil qui sert à la réaction.

C2H<Az202 = 2Az + 2C02 60 = 28 + 44 = 72

Autrement dit, 60 grammes d’urée produisent par leur décomposition 72 grammes de gaz.

Le réactif dont se sert M. Boymond est plus concentré que celui de Millon. Il le prépare en dissolvant 125 gr. de mercure dans 170 grammes d’acide azotique et en étendant la dissolution de son volume d’eau distillée.

7° Dans son procédé de dosage, M. G. Bouchardat met à profit faction de l’hydrogène naissant sur le nitrate d’urée. Nous avons exposé cette action plus haut. On obtient le poids de l’urée en multipliant celui de l’acide carbonique dégagé par le rapport: .■££ = 1.3636.

Outre la promptitude de son action, le réactif de Millon est encore précieux. Car, d’après les recherches de Millon et de M. Boymond, l’acide azoteux n’agit en aucune manière sur la créatine, la leucine, la tyrosine, etc,. L’acide urique ne donne de gaz qu’après plusieurs heures de réaction, et en quantité minime.

Méthode volumétrique.

Le réactif de Millon est employé dans quelques-uns des procédés basés sur cette méthode ; les solutions d’hypochlorites ou d’hypobromites alcalins sont utilisées par la plupart des autres.

1„ Le procédé de M. Bouchard doit sa supériorité d’exactitude à l’emploi du réactif de Millon, dont les avantages ont été signalés plus haut.

L appareil se compose d’un tube gradué fermé par un bout, et long de 60 centimètres environ. On y verse 10 cent, cubes du réactif de Millon, par-dessus du chloroforme : on y ajoute 2 cent, cubes d’urine eton achève de remplir avec de l’eau. Le tube, bouché avec le doigt, est renversé pour mélanger les liquides, puis agité pour achever la réaction. On enlève le doigt après avoir plongé le tube dans l’eau. Un morceau de potasse introduit au moyen d’un bouchon percé d’un trou absorbe l’acide carbonique : on lit ensuite le nombre de divisions occupées par l’azote, en plongeant le tube dans l’eau, et en faisant coïncider les niveaux des liquides.

2e Dans le procédé de M. Gréhant, l’opération se fait dans un long tube, mis en communication avec la machine pneumatique à mercure de M. Àlvergniat. Il faut d’abord priver l’urine des gaz qu’elle tient en dissolution, et de ceux qui proviendraient de l’action du réactif de Millon sur les carbonates. A cet effet, on traite l’urine dans le tube à réaction par quelques gouttes d’acide acétique, en chauffant légèrement; puis, après avoir fait plusieurs fois le vide, on mesure le volume d’acide carbonique ou d’azote obtenu. Un cent, cube de CO* représente 2mm 683 d’urée à 0o et à la pression 760. Ce procédé, impossible en dehors deslaboratoires, est trèsexact et permet de contrôler l’analyse, puisque l’on recueille les deux gaz, acide carbonique et azote. (Yvon.)

L’hypochlorite ou l’hypobromite de soude employé dans les procédés de M. Leconte, de M. Esbaeh,

deM. Yvon, etc, ne décomposent pas seulement l’urée, mais aussi les autres matières azotées de l’urine. Il en résulte un excès d’azote évalué par M. Leconte à 1/20, par M. Yvon à 4 1/2 pour 100, et par M. Esbach à 1 j70. D’après ce dernier l’acide urique donne lj'10 de son azote, laci’éatine les 2j3, la créatinine ljlO. Pour éviter l’erreur on peut précipiter la créatinine par le chlorure de zinc et les urates par l’acétate de plomb.

Le premier, le Dr H. Davy a indiqué la réaction qui sert de base au procédé de M. Leconte, savoir la décomposition de l’urée en azote et acide carbonique sous T’influence des hypochlorites.

C2H4Az202 + 6M0C10 = 6MC1 + 4HO + 2C02 + 2Az

L’acide carbonique est retenu par la liqueur alcaline, et on reçoit l’azote sous une éprouvette graduée. 0 gr. 10 d’urée doivent donner 37 centimètres cubes d’azote. L’opération dure beaucoup plus longtemps que dans les procédés suivants.

Le réactif employé par MM. Yvon, Regnard et Esbach est une solution d’hypobromite de soude dont la formule est variable. Voici celle dont se sert M. Yvon :

Procédé dé Esbach. — L’appareil se compose d’un tube gradué fermé par un bout. On y introduit de Thypobromite de la lessive de soude étendue, et 1 centimètre cube d urine. On bouche le tube, on agite, puis on le plonge dans un vase rempli d’eau.

Brome

Lessive de soude Eau distillée . . . .

5 grammes.

Le gaz qui s’est formé chasse de l’eau en se dilatant; on égalise les niveaux et, après avoir de nouveau bouché le tube, dans l’eau, avec le doigt, on le retire. Le volume restant est moindre que le volume primitif, une partie ayant été chassée par le gaz. Ce qui manque représente le volume de gaz dégagé. Comme terme de comparaison, on se sert d’une solution normale d’urée.

Procédé de Regnard. — Pour mesurer le gaz, M. Regnard se sert d’un tuhe gradué plongeant dans une éprouvette pleine d’eau, et relié par un tube en caoutchouc, placé sur une petite tubulure supérieure, à la partie de l’appareil où s’opère la réaction. C’est un iube à 3 boules. Celle de gauche reçoit l’urine, celle de droite l’hypobromite; on ne met rien dans celle du milieu. D’un côté, ce tube communique avec l’appareil mesureur. De l’autre, il est fermé par un bouchon de caoutchouc que traverse une tige de verre. En enfonçant plus ou moins cette lige, on comprime ou on dilate l'air pour déterminer l’affleurement de l’eau, au niveau d’une division de la cloche graduée. En agitant l’appareil, on mélange les liquides dans la boule centrale, le dégagement d’azote s’opère et refoule l’eau : on fait la lecture après avoir égalisé les niveaux.

Procédé d'Yvon. — L’uréomètre d’Yvon se compose d’un tube de verre long de 40 centimètres et d’un diamètre intérieur de 6 à 8 millimètres. Vers son quart supérieur il est muni d’un robinet de verre, à partir duquel il est divisé de chaque côté en centimètres cubes et dixièmes de centimètres cubes ; on plonge la longue

partie de cet instrument dans une éprouvette évasée à sa partie supérieure et contenant du mercure, de manière à remplir le tube jusqu’au robinet, sans laisser d’air. Ensuite on verse dans la petite branche, 10 centimètres cubes d’une solution composée de 1 centimètre cube d’urine et d’eau, que l’on mesure dans la partie supérieure du tube; puis, ouvrant le robinet, on fait pénétrer le liquide dans la longue partie du tube. On lave le tube mesureur avec de la lessive de soude étendue, et on réunit ce liquide au premier. On fait enfin pénétrer 5 à 10 centigrammes d’une solution d’hypobromite de soude. L’urée se décompose et après la cessation de dégagement du gaz on introduit dans la longue partie du tube une petite quantité de la solution d’hypobromite pour s’assurer si l’urée a été complètement décomposée. On retire le tube de l’éprouvette en le bouchant avec le doigt et on le porte sur une cuve à eau. Le mercure tombe au fond et est remplacé par de l’eau. On égalise les deux niveaux de la cuve et du tube et on note le volume du gaz, qui est de l’azote pur, l’acide carbonique ayant été absorbé par l’excès de soude caustique de la liqueur.

Pour connaître la quantité d’urée correspondant à l’azote trouvé, on répète, dans les mômes conditions, une analyse semblable avec une solution titrée d’urée pure desséchée à 100°, et en opérant sur 1 ou 2 centigrammes d urée au plus. On évite ainsi les calculs exigés parles corrections relatives à la température de zéro et à la pression normale.

D’après le calcul, 1 centigramme d’urée produit à0° et a ”60n"n de pression 3cn7 d’azote. Si, dans les conditions

Genevuix.

de 1 expérience, on trouve que 1 centigramme d’urée fournit 4CC 1 d’azote, et que l’urine analysée en dégage 4Cb6, le poids de 1 urée sera donné par la proportion. (Gorup-Besanez) (1).

Procédé de Liebig. — 11 offre les avantages des méthodes volumétriques, exactitude et rapidité d’exécution. Les manipulations qu’on est obligé de faire subir à l’urine rendent les analyses plus longues et font que l’emploi de ce procédé n’est guère possible en dehors du laboratoire.

Lorsqu’on mélange l’azotate de bioxide de mercure avec l’urée, on obtient, sous forme de précipité blanc, floconneux, une combinaison qui se fait entre un équivalent d’urée et 4 équivalents de bioxyde. 7.7 d’oxyde de mercure ou bien 7.148 de mercure précipitent une partie d’urée.

Chaque centimètre de la solution dont on se sert précipite 0.010 d’urée. L’appareil se compose d’une burette de Mohr.

On se débarrasse des sulfates contenus dans l’urine au moyen d’une solution de baryte; du chlorure de sodium avec l’azotate d’argent; de l’albumine en la précipitant et en la filtrant; de certaines matières azotées au moyen de l’acétate neutre de plomb (2). Ces substances, en effet, pourraient donner un précipité avec la solution mercurielle.

(1) Gorup-Besanez. Analyse zoochimique, traduction de M. le Dr Gautier.

(2) Kletrinsky Heller’s. Archiv., 1853, p. 252.

§ 3. — PROPRIÉTÉS CHIMIQUES DE l’aCIDE URIQUE.

L’acide urique a pour formule : C,0H*Az4O8.

Lorsqu’il est pur, c’est une poudre blanche, composée de petits cristaux, offrant au microscope tantôt la forme de tables rhombiques, tantôt celle de plaques hexagonales, tantôt enfin celle de prismes à quatre côtés et à angles droits.

Il est très-peu soluble dans l’eau (1 partie exige pour se dissoudre 11,000 parties d’eau froide et 1,900 parties d’eau bouillante), complètement insoluble dans l'éther et dans l’alcool.

Il se dissout sans décomposition dans l’acide sulfurique concentré, mais l’eau le précipite de cette dissolution (1).

Il est assez facilement soluble dans les phosphates, les lactates et les acétates alcalins.

Chauffé dans un tube, l’acide urique se dédouble en urée et en acide cyanurique qui subliment : en même temps il se forme de l’acide cyanhydrique, du carbonate d’ammoniaque , des produits huileux et un charbon azoté.

Lorsqu’on fait bouillir l’acide urique avec de l’acide plombique, il se forme de l’acide carbonique qui se dégage avec effervescence, de l’acide oxalique qui se combine avec l’oxyde de plomb, de l’urée et de l’allantoïne qui se dissolvent, et qu’on peut séparer par cristallisation.

Traité par l’ozone, l’acide urique, en suspension dans

Cl) Gorup-Besanoz, loc. cit.

l’eau, donne de Fallantoïne, de l’urée et de l’aeide carbonique.

En présence de l’hydrogène naissant, l’acide urique se transforme en xanthine et en sarkine.

L iode oxyde l’acide urique , en présence de beau. Pour cette raison, sans doute, l’urine décolore l’iodure d’amidon (Gorup-Besanez) (1).

Sous 1 influence de quatre parties d’acide azotique concentré, une partie d’acide urique se dédouble en alloxane et en urée :

•Ct0HîAz4OC + 20 + H202 = C8H2Az208 + C^Az-’O*

Acide urique. Alloxauc. Urée.

L’acide urique se dissout dans l’acide azotique avec effervescence. Gela tient à ce que l’urée décomposée au fur et à mesure de sa formation par l’acide azoteux , donne de l’azote et de l’acide carbonique.

L’autre produit de la réaction, l’alloxane, subit des transformations remarquables, dont le terme ultime est la murexide, obtenue au moyen des vapeurs ammoniacales, et qui sert à caractériser l’acide urique.

La potasse caustique fait virer au bleu pourpre la couleur rouge de la murexide.

L’acide urique est bibasique et forme, avec les bases, des sels neutres et des sels acides, les premiers plus solubles.

Lorsque les urates se trouvent en trop grande proportion dans l’urine, ils forment un dépôt apparent, surtout quand l’urine est refroidie. Une élévation de température

(IJ (Jorup-Bes'încz. Joe. cii.

peut les redissoudre : l’addition d'un acide minéral en précipite l’acide urique.

Les urates suivants sont les plus connus : l’urate acide de soude se présente au microscope sous forme de globules. dont 1a, surface est hérissée de piquants qui, surtout dans les solutions étendues , ne tardent pas à se transformer en prismes hexagonaux ou en tables épaisses.

L’urate acide d’ammoniaque , souvent mélangé avec d’autres urates ou de l’acide urique libre, se présente au microscope, tantôt comme le précédent, tantôt sous forme d’une poudre foncée, grenue, complètement amorphe. Il brûle sans résidu, comme l’acide urique : aussi, pour le distinguer, faut-il constater le dégagement d’ammoniaque.

L’urate acide de chaux est une poudre blanche amorphe qui, chauffée au rouge, laisse du carbonate de chaux.

Page 1