‹ Essai sur les variations de l'urée et de l'acide urique dans les maladies de foieChapitre 6 sur 24 · RECHERCHE ET DOSAGE DE L,’ ACIDE URIQUE · texte numérisé non relu

RECHERCHE ET DOSAGE DE L,’ ACIDE URIQUE

L’acide urique étant, pour ainsi dire, insoluble dans l’eau, se rencontre presque toujours uni à des hases et à l’état d’urate. Pour le rechercher dans l’urine, on en évapore une certaine quantité après avoir séparé l’albumine, s il y en a; on traite par l’alcool l’urine concentrée pour enlever l’urée et les substances solubles , le résidu est ensuite traité par l’acide chlorhydrique étendu, qui décompose les urates et laisse l’acide urique libre.

Dans une capsule, on place un peu d’acide urique qu’on arrose avec une goutte d’acide azotique. On chauffe, et le dépôt présente une coloration rougeâtre, qui devient

pourpre par l’addition d’une goutte d’ammoniaque, étendue au dixième.

Une température de 240° est nécessaire pour que la transformation par l’acide azotique se produise : d’un autre côté, lorsqu’on a trop chauffé, la réaction devient impossible. Pour toutes ces raisons, M. Magnier de la Source (1), oxyde l’acide urique au moyen d’une liqueur contenant 5 ou 6 gouttes de brome pour 100 cc. cubes d’eau. Le résidu, où l’on recherche l’acide urique, est arrosé d’un peu d’eau bromée ; on évapore au bain-marie, et, finalement, il reste un enduit rouge brique que la potasse colore en bleu et l’ammoniaque en pourpre.

Solon Scherer, la tyrosine, l’hypoxanthine et la xanthoglobuline donnent avec l’ammoniaque une coloration semblable à celle de l’acide urique. Cependant il ajoute que la teinte tire plutôt sur le jaune que sur le rouge.

Pour éviter toute confusion, Schiff recommande l’emploi du carbonate d'argent récemment préparé. On précipite le nitrate par le carbonate de soude : 1 cc. du pré-

cipité donné une coloration grise avec

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de gramme

d’acide urique. Pour éviter que les chlorures et les phosphates ne troublent la réaction, on ajoute quelques gouttes de nitrate d’argent au liquide à essayer, on filtre vivement et on verse le carbonate de soude.

Lorsqu’on fait tomber sur du papier à filtre quelques gouttes d'une solution d’acide urique dans le carbonate de soude, et qu’on ajoute du nitrate d’argent, on voit apparaître une tache grise, révélant la présence de l’acide

(1) Bull. Soc. chim.

urique. L’acide tannique donne également une tache grise avec le carbonate d’argent : on le distinguera de l’acide urique au moyen du perchlorure de fer qui le colore en noir (1).

La tache est due à la réduction de l’oxyde d’argent.

En mélangeant une solution d’acide urique dans lu potasse ou la soude, avec unedissolution de sulfate de cuivre, on obtient un précipité blanc d’urate de protoxyde de cuivre : si l’on chauffe, il se sépare du protoxyde de cuivre rouge. Gorup-Besanez (2).

Dosage de l'acide urique. — On dose l’acide urique en e précipitant au moyen de l’acide chlorhydrique. Au bout de vingt-quatre ou trente-six heures, il ne se sépare plus rien. Des traces, seulement, restent en dissolution. On prend 200 cc. d’urine et on y ajoute 20 cc. d'acide chlorhydrique. On agite le mélange, et on le laisse au froid pendant vingt-quatre ou trente-six heures. A ce moment, l’acide urique cristallise au fond du vase, sur les parois et à la surface du liquide, dont la teinte foncée est due à l’urohématine mise en liberté par l’acide. Les cristaux sont recueillis sur un petit filtre et lavés avec de l’alcool. Ensuite, on acidulé avec quelques gouttes d'acide chlorhydrique, on sèche et on pèse. On aura ainsi le poids d'acide urique contenu dans 200 cc. d'urine.

Pour savoir la quantité d’acide urique rendue dans les vingt-quatre heures, il faut résoudre le problème suivant : Si 200 cc. d’urine renferment x grammes d’acide

(1) Harley. De l’urine et de ses altérations pathologiques,

(2) hoc. cit,

urique, 1000 ce. ou la quantité d’urine excrétée en vingt-quatre heures renfermeront —

Au moyen de ce simple calcul, on arrive à connaître assez exactement la quantité d’acide urique rendu en vingt-quatre heures (1).

Pour tenir compte de la perte, due à la solubilité de l’acide urique dans l’eau, perte en partie compensée d’ailleurs par la matière colorante que l’acide entraîne, on augmente le poids de l’acide urique de 0gr,0045 par chaque 100 cc. d’urine.

Lorsqu’on dose l’urée au moyen de l’hypobromite de soude, on peut doser l’acide urique par la même occasion. Un premier essai avec l’urine pure, donne l’azote provenant de tous les matériaux que le réactif peut décomposer. Un deuxième essai est fait avec l’urine privée d’acide urique au moyen d’acétate de plomb qui le précipite. La différence indique la quantité d'azote fournie par l’acide urique. (Yvon)(l).

Si, par exemple, 1 cc. d’urine pure a donné par sa décomposition 21 divisions et que la même quantité ait donné après précipitation par l’acétate de plomb 19,5 divisions, on en conclura que les urates sont représentés par 21 — 19,5 = 1,5.

Il est bon d’éliminer l’excès de plomb par le phosphate de soude : cependant, dans un essai clinique, on peut s’en dispenser, l’hypobromite dissolvant, grâce à son alcalinité, l’oxyde de plomb précipité (Yvon). D’après M. Magnier de la Source, la solution d’hypobromite ne

(1) Harley, loc. cit.

(2) Thèse de Paris, 1875.

dégageant que la moitié de l'azote de 1 acide urique, il faut, dans un dosage d’acide urique, doubler le poids obtenu par le calcul. Mais les essais de M. Magnier n’ayant porté que sur l’acide urique, M. Yvon fait remarquer, avec raison, que l'influence de l'urée, dont la décomposition s’opère en même temps, n’a pas été déterminée, ce qui pourrait bien être la cause de la diffélance des résultats (1).

§ 5. — LEUCINE ET TYROSINE.

Outre l’urée et l’acide urique, parmi les substances qu’on rencontre assez souvent dans les urines des maerdes atteints d’affections du foie, il y en a deux : la leucine et la tyrosine, dont l’importance est trop grande pour que nous les passions absolument sous silence.

Ce ne sera pas, croyons-nous, sortir de notre sujet que d’étudier, en quelques lignes, le moyen de les reconnaître et de les caractériser.

Leucine. — La leucine se présente sous forme de lamelles ou d’écailles incolores et nacrées, grasses au toucher, insipides et inodores. Au microscope, elle apparaît sous forme de masses composées de fines aiguilles groupées concentriquement et ressemblant parfois à des gouttelettes graisseuses, arrondies. Elle diffère cependant, par ses réactions chimiques, des matières grasses dont elle présente un peu l’aspect. Elle est, en effet, très-soluble dans l’eau (27 parties d’eau froide), peu soluble dans 1 alcool (625 parties d’alcool), insoluble

(1) Yvon. Thèse de Paris, 1875.

dans l’éther. Par le refroidissement, elle se précipite en partie de ses solutions bouillantes dans l’esprit de vin.

A 170 degrés, les écailles de leucine se subliment, sans décomposition. Chauffée plus fortement, elle se décompose avec formation d’amylamine et d’acide carbonique.

Les sels de fer, de cuivre, de mercure, et, en général, les sels métalliques ne précipitent par les solutions aqueuses de leucine (1).

Une solution de leucine et d’acétate neutre de plomb chauffée à l’ébullition et additionnée d’ammoniaque dépose une combinaison de leucine et d’oxyde de plomb sous forme de lamelles miroitantes.

Les acides azotique, chlorhydrique, sulfurique dissolvent la leucine en formant avec elle des combinaisons cristallisables, dont l’une, le chlorhydrate de leucine, mélangé avec une solution de chlorure de platine, donne un chlorhydrate double de leucine et de platine sous forme de grains jaunes assez facilement solubles dans l’eau, insolubles dans l'alcool.

Recherche de la leucine. — Pour reconnaître la leucine, Scherer a proposé le procédé suivant : on met un peu de la substance à analyser sur une spatule en platine, on y ajoute de l’acide nitrique, on évapore à siccité et on traite le résidu par la soude caustique qui le dissout. Quand la solution ainsi obtenue est concentrée, elle se présente sous forme d’une goutte huileuse, qu’on fait facilement rouler en tous sens sur la spatule.

Il est rare que l’urine renferme assez de leucine pour

(1) Gorup-Besanez, loc. cit.

permettre l’application de cet essai, aussi faut-il, dans la plupart des cas, se contenter de l’examen microscopique.

On évapore 30 grammes d’urine en consistance sirupeuse et, après refroidissement, on voit au microscope des globules d’aspect huileux réfractant fortement la lumière et présentant, dans le cas d’urine ictérique, une teinte jaune foncée.

La légèreté spécifique des globules de leucine, qui surnagent dans l’eau, leur apparence, pourraient au premier abord les faire prendre pour de l’huile. On les distinguera des matières grasses par leur insolubilité dans l’éther.

Dans certains cas, d’après Harley, les globules de leucine offrent une structure lamelleuse qu’on rencontre dans les cristaux microscopiques de carbonate de chaux: mais les cristaux calcaires vont au fond de l'eau, tandis que les globules de leucine surnagent.

Toutes ces recherches sont purement qualitatives, car jusqu’à présent on n’a pas trouvé de procédé d’analyse quantitative, susceptible d’être appliqué aux recherches cliniques.

Tyrosine. — La tyrosine diffère de la leucine par son aspect cristallin. A l’état pur elle constitue une masse blanche comme la neige, formée de longues aiguilles superposées qui, à leur tour, sont constituées par de petites aiguilles groupées en étoiles. Elle est insipide et inodore, insoluble dans l’eau, assez soluble dans les acides minéraux et les alcalis, plus soluble dans l’alcool et dans l’éther. Chauffée sur une lame de platine, la tyrosine brûle sans résidu en répandant une odeur de corne brûlée.

L'acide azotique bouillant, forme avec la tyrosine de l'azotate de nitrotyrosine qui, par évaporation, reste sous forme d'un résidu jaune que la potasse et l’ammoniaque colorent en brun rouge foncé (1).

D’après L. Meyer, l’azotate de bioxyde de mercure précipite à l’ébullion, une solution de tyrosine en flocons blanc jaunâtre qui prennent une couleur rouge foncée lorsqu’on les traite par quelques gouttes d’acide azotique fumant mélangé avec beaucoup d’eau et chauffé à l’ébullition.

La réaction de Piria très-sensible surtout en l’absence de leucine s’obtient de la manière suivante. On humecte un peu de tyrosine placée sur un verre de montre avec quelques gouttes d'acide sulfurique concentré : on obtient une coloration rouge passagère. On couvre ensuite le verre de montre et on l’abandonne à lui-même pendant une demi-heure : au bout de ce temps on étend d’eau, on sature avec du carbonate de baryte et on filtre.

L’addition au liquide filtré d’une solution de perchlorure de fer neutre fait apparaître immédiatement une magnifique coloration violette. Il se forme de 1 acide sulfotyrosique dont les sels neutres donnent, avec le perchlorure de fer, une coloration violet foncé (2).

Dans l’urine, la tyrosine est si intimement mélangée avec la leucine, qu’il faut la purifier avant d’en faire l’essai. Pour cela on commence par précipiter la matière colorante de l’urine au moyen d une solution d acétate de plomb basique; on filtre et on débarrasse le liquide de l’excès de plomb au moyen d’un courant d’hy-

(1) Gorup-Besanez, foc. cit.

(2) Gorup-Besanez, loc. cit.

drogène sulfuré : on filtre de nouveau et on évapore le liquide presque àsiccité. La tyrosine cristallise en groupes étoilés.

On peut distinguer la leucine de la tyrosine au moyen des propriétés suivantes :

1° La leucine est sublimable, la tyrosine ne l’est pas.

2° La tyrosine brûle en dégageant une odeur de poils grillés.

3° La tyrosine est très-difficilement soluble dans l’eau tandis que la leucine s’y dissout assez facilement.

4° La tyrosine se présente sous forme de masses soyeuses composées de fines aiguilles et la leucine sous forme de globules d’aspect huileux (1).

(1) Gorup-Besanez. Loc ci t.

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