INTRODUCTION
La médecine est une science d'observation avant d'être une science d'expérimentation. L'autorité en médecine est cette force imposante que donne à l'observateur l'étude froidement poursuivie et sagement mûrie des faits. Avec de l'adresse et de l'habileté doublées d'un certain degré de savoir et de patience on arrive à faire de bonnes expériences intéressantes et même fructueuses ; mais il faut avoir vieilli dans la science et la pratique, avoir vu et cent fois revu pour acquérir cette sûreté de coup d'œil, cotte assurance et cette fermeté de parole qui s'imposent et
font les véritables maîtres. L'autorité n'est pas le despotisme et loin de nous la pensée de prétendre qu'il faille, comme l'on dit, jurer par la parole du maître* Le doute en la parole d'aulrui comme la confiance en soi-même ^ont inhérents u resprit humain; aussi le contrôle personnel esl-il une nécessité absolue pour quiconque est avide de savoir. Et ceux dont les attestations triomphent le mieux du contrôle incessant des hommes d'étude acquièrent légitimement Tautorité scientifique.
Nous jugeant au début de fiotre carrière trop dépourvu de cette autorité qui donne le droit d'introduire dans la seienee des faits nouveaux et des affirmations, nous avons cru devoir nous renfermer dans l'étude et dans Texamen des instruments et des procédés d'exploration actuellement employés parla clinique médicale. La direction de nos éludes et les tentatives plus uu moins heureuses que nous avons faites pour perfectionner quelques-uns de ces instruments ont mis particulièrement à notre portée Texamen de Farsonal de la Clinique.
Les sens ne suffisent pas toujours h Texploration clinique. Incomparables, précieux et parfaits dans certains cas, défectueux, infidèles et trompeurs dans d'autres, ils sont même parfois iîomplètemenl incapables de donner les renseignements qu'exige Finvestigation scientifique. Le toucher, le goût, ni Todo* rat ne sauraient trouver aucun instrument qui les remplace ou les perfectionne. La physique, la chimie, ni la mécanique ne sauront jamais rendre la vue ù un aveugle, Touïe a un sourd ; mais elles peuvent augmenter la pénétration, la portée de la vue et faciliter la perception des sons. L'œil apprécie dffi-
cilement les détails d'un mouvement délicat ; le palper n'analyse que fort incomplètement les variations minimes de pression; mais que par un artifice de mécanique, ce mouvement soit agrandi et figuré, que ces variations de pression soient amplifiées et inscrites, alors à une sensation fugace, imperceptible est substitué un fait durable que T esprit peut complètement et posément étudier et juger. C'est ici que s'applique admirablement le Yerba volant^ scripta manent. L Arsenal du diagnostic médical comprend la description des principaux moyens physiques employés pour aider les sens et préciser les données du diagnostic.
Pour bien traiter une maladie, il faut avant tout la connaître. Un médecin qui saurait tirer parti de toutes les ressources qui lui sont offertes pour arriver à la connaissance des malades et des maladies serait sans contredit puissamment armé. Mais la plupart les négligent ou les ignorent. Les négliger est une faute à laquelle nous ne saurions remédier; les ignorer est un desideratum contre lequel voudrait lutter notre travail. Cette ignorance n'a en effet d'autre excuse que la multitude et la dissémination de ces ressources : contre leur multitude nous ne pouvons assurément rien; contre leur dissémination nous proposons la collection des documents, V Arsenal du diagnostic médical.
Le lecteur pourra voir que nous nous sommes surtout appesanti sur la description des instruments, passant rapidement sur les procédés qui, tels que rinspectiou et la palpation n'emploient que l'œil ou la main. Nous n'avons pas pensé non plus avoir à parler des appareils électriques ni des microscopes :
los premiers sont plutôt i\u domaine do la lliérapeutiqnf^, ils sont docrils dans une foule d'ouvrages diff^Menls; les seconds ne sont pas exclusivement médieaux, rhistologie constituant à elle seule une des branches de la science médicale*
Il ne nous a pas semblé qu'il rentrât dans notro cadre de décrire ici les instruments d'exploration : du tube digestif {abaisse-langue, sondes œsophagiennes, spéculums ani); des yeux(Gphthalmoscopes]; des oreilles (spéculums aurh); des organes génitourinaires (sondes, métroseopes, cystoscopes), qui sont maniés surtout par des chirurgiens. Aussi renvfïynnsnous à rArsenalde chirurgie de Gaujot et Spillmann, aux livres de Bonnafont, Civiale; Valleix, Voillemier, cl au livre de Perrin sur rophthalmoscopie.
Nous avons décrit sommairement les spéculums ?//m et les laryngosnopes. Ces instruments d'un usage journalier ont Inur place marquée dans Tarsenal médical.
Peut-être aecusera-t-on notre travail réduit h ces limites d'être incomplet comme arsenal. Sur ce point voici nos justifications : d'abord un arsenal vraiment complot est une utopie; un arsenal est par essence incomplet comme la science est incomplète. Mais les restrictions que nous avons faites ne rendent-elles pas notre titre menteur? Non, si Ton considère que' les instruments dont nous n'avons pas parlé sont à la fois chirurgicaux et médicaux. La limite entre la médecine et la chirurgie est souvent indécise, s'em suit-il que le nom donné à Fune ou Tautre des branches de notre science soit menteur?
Nous avons pensé qu'il serait instructif de suivre les progrès successifs des divers instruments d'explo-
ration que nous avons décrits, aussi nous sommes nous attaché autant qu'il nous a été possible à Tordre chronologique.
Notre étude est divisée en cinq chapitres : Le premier est consacré aux procédés d'exploration de l'état général : à la thermométrie et aux pesées;
Le second comprend la description des procédés d'exploration de l'appareil respiratoire : l'inspection, la palpation, l'auscultation, la percussion, la mensuration, le spirométrie, la pneumographie, la ponction exploratrice. C'est le chapitre le plus considérable ; quelques-uns des procédés qui y sont décrits sont applicables à d'autres appareils organiques; aussi en avons-nous parlé d'une façon générale, en appuyant sur les particularités qu^entraîne leur application à la poitrine;
Dans le troisième chapitre, nous étudions les moyens de diagnostic des maladies de l'appareil cardio-vasculaire; ce sont pour le cœur : l'inspection, la palpation , l'auscultation, la percussion cardiométrique, la cardiographie; pour le pouls: le palper et la sphygmographie;
Le quatrième chapitre est consacré aux moyens de diagnostic des lésions du système nerveux; nous avons cru devoir y joindre l'exploration du système musculaire dont les lésions sont le plus souvent d'origine nerveuse : ce chapitre comprend : la cérébroscopie, les divers moyens d'explorer la moelle et la sensibilité et les sens, la dynamométrie;
Dans le cinquième chapitre, nous parlons des spéculums uterù puis de la laryngoscopie.
Laënnec, répondant à Broussais qui le jugeait dif-
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ficiie à lire, disait (1) : «Je n*ai pas prétendu faire un livre récréatif, mais j'espère qu'on en pourra tirer quelques fruits en vériQant les signes auprès du lit des maladeset les faits anatomiques sur les cadavres. » Nous avons pour nous la prétention do présenter un travail plus ardu pout-être que le livre de Laënnec, aussi réclamons-nous Tindulgence et la patience du lecteur tout en, osant espérer qu'il ne nous les aura pas accordées en vain.
(i( Laenncc. Traité de rauscultation médicale, 4< édîtloii. Paria^ 184T, préface de Tauteur, p,XX,