PROPRIÉTÉS CHIMIQUES ET DOSAGE DE L URÉE
§ 1. — Dies nombreuses propriétés chimiques de l'urée, je rappellerai seulement celles qui servent de base aux procédés de dosage.
Ce corps important a été découvert par Rouelle le jeune (1771), et obtenu à l'état de pureté par Fourcroy et Vauquelin (1779) , qui lui donnèrent son nom et en constatèrent les principales propriétés.
En 1828, Wœhler traitant le cyanate d'argent par le chlorhydrate d'ammoniaque, obtint, par double décomposition, du chlorure -d'argent et du cyanate d'ammoniaque que la concentration convertit en urée. Cette remarquable réaction fut la première synthèse d'un corps organique.
Parmi les nombreuses réactions qui donnent naissance à l'urée artificielle, la plus suivie dans la pratique est celle Liebig : 28 parties de ferro-cyanure de potassium et 14 parties de peroxyde de manganèse
sont chauffées au rouge sur une plaque de tôle» On lessive avec Teau froide le cyanate de potasse ainsi formé, et on obtient ensuite du cyaoate d'ammoniaque en ajoutant à cette solution filtrée 20 1/2 parties de sulfate d'ammoniaque.
Inversement, on obtient du cyanate d*ûrgent et du nitrate d'ammoniaque par i'évaporation d'un mélange d'urée et de cyanate d'argent en solution,
La synthèse de l'urée se fait donc, d'une manière générale, dans toutes les réactions qui donnent de Tacide cyanique et de rammoniaque*
On la retire de Turine , en traitant ce liquide, préalablement concentré, par Tacide azotique froid ; les cristaux d'azotate d'urée ainsi obtenus passent par une suite de manipulations qui ont pour but de les purifier. On isole ensuite Turée en traitant la solution de ces cristaux pai' le carbonate de potasse.
L'urée représente Tamide de l'acide carbonique. Sa formule est :
Elle cristallise de sa solution aqueuse, par simple évaporation, en prismes à base carrée, allongés et aplatis, et de sa solution alcoolique concentrée, en longues aiguilles soyeuses.
L'urée est incolore, inodore, de saveur fraîche, soluble dans une partie d'eau à 15**, ou d'alcool bouillant, et dans 5 parties d*alcool froid à 0,82.
Sa densité ^ 1,35. Sa dissolution est neutre.
L'urée est hygrométrique, et il est indispensable de la dessécher avant d'en faire une solution titrée. Elle fond à 120^ et se décompose vers 140*' en ammoniaque et en carbonate d'ammoniaque, en laissant
un résidu d'amméline et de biuret ou bicyanate d'ammonium.
La solution aqueuse d'urée, chauffée à 140® dans un tube scellé à la lampe, fixe les éléments de l'eau et se décompose complètement en acide carbonique et ammoniaque (procédé de dosage de Bunsen.)
C2H*Az20H-H*02=C204-[-Az2H6.
Cette même décomposition s'opère lentement à l'air, sous l'influence de divers ferments, dont l'un a été appelé Nephrozymase par M. Béchamps. La présence du sucre dans les urines semble favoriser cette fermentation.
La transformation de l'urée en acide carbonique èl ammoniaque, s'obtient encore .par l'action des acides minéraux énergiques et des alcalis. Avec les acides, l'acide carbonique se dégage et il reste un sel d'ammoniaque (sulfate dans le procédé de dosage de Heintz).
C2H^Az202-f.2HSO^=2(AzH3S03)-[-2C02.
Les alcalis retiennent au contraire l'acide carbonique et laissent dégager Tammoniaque.
On connaît un grand nombre de sels d'urée, obtenus par la simple action des acides sur la base en solution concentrée : nitrate, oxalate, chlorhydrate, tartrate, succinate d'urée, etc. Il existe aussi des nitrates doubles d'urée et d'argent, de mercure, de soude, etc. L'urée forme enfin des combinaisons multiples avec certains chlorures et oxydes métalliques (mercure, argent, sodium.) Le plus important de ces composés, à cause de son application au dosage de l'urine, est celui de l'urée et de l'oxyde Fouilhoux. 2
mercurique, que Ton obtient sous forme de précipité blanc gélatineux , lorsqu'on mélange une solution d'urée et une solution de nitrate de mercure étendue (procédé de Liebig).
L*urée se décompose en eau et en volumes égaux d'acide carbonique et d'azote, sous Finfluence du chlore , des hypochlorites et des hypobromites alcalins.
C>H'AzîO»+6MOCL0^2COa+2Az+4lIO+6MCL.
L*acide azoteux en solution dans l*acide nitrique et Fazotite acide de mercure produisent la même décomposition ;
C3HUz20î+2Az03==4HO+4Az+2COa,
Telle est la formule admise par quelques chimistes » mais Prévost et Dumas ont constaté la formation de volumes égaux d'acide carbonique et d*azote :
C2H<Az2O24^0=4HO+2A2+2CO2(BerUielot),
M. Gréhant a démontré qu'il y a bien réellement égalité entre les volumes de ces deux gaz. D'autres chimistes (Liebig, Wœhler, Ludwig, etc.), ont enfin signalé la présence de lammoniaque. M. Boussingault et M. Boymond Tont démontrée par un dosage pi'écis. Ce dernier auteur exprime ainsi la vraie réaction de Tacide azoteux sur Furée -
C2H*Az2024-Az03 = AZH3+HO+2 AZ+2C02,
OU bien,
C2H4 Az202+A205, HO-|-Az03=^AzH3, Az05,^-HO+2A:e+2CÔ».
M, G. Boucharriat a produit la même décompo-
sition de l'urée (eau, ammoniaque et volumes égaux d'acide carbonique et d'azote), en faisant agir l'hydrogène naissant sur le nitrate d'urée.
C«H^Az202, +Az05, HO+2H=4HO+A3H3-[-2C02+2Az.
Il explique cette réduction par l'action de l'hydrogène sur l'acide nitrique, qui lui cède une partie de son oxygène pour former de Teau et se convertit en acide nitreux dont l'action vient d'être exposée.
J§ 2. — Transformation artificielle des matières albu^ m.inoïdes en urée.
La solution de ce problème longtemps cherchée par les chimistes , a été obtenue , en 1856 , par M. Béchamp, qui, le premier, produisit de l'urée en oxydant ces substances au moyen du permanganate de potasse. Les résultats de cette réaction ont été contestés par plusieurs chimistes étrangers (Stadeler, Neubauër, Neukom, etc.). Au lieu d'urée, ils ont obtenu de l'acide benzoïque combiné avec les bases employées pendant l'opération. Mais M. Ritter, •répétant les expériences de M. Béchamp dans des conditions absolument identiques, est arrivé aux mêmes conclusions que lui.
30 gr. d*albumine ont produit 0,09 d*urée. 30 gr. de fibrine ^ 0,07 —
30 gr. de gluten — 0,30 —
Il a démontré en môme temps que l'insuccès de ses prédécesseurs tenait à la conduite de l'opération.
Quoique les réactions du laboratoire ne soient pas comparables à ce qui se passe dans l'organisme, ces
résultats n'en sont pas moins intéressants pour la* physiologie; ils montrent que les principes excrémentitiels de Turine proviennent de la transformation plus ou moins avaocée des matières albuminoïdes. MM, Béchamp et Ritter ont encore obtenu, à côté de Fiirée, d'autres produits cristaiJisabïes, dont la présence prouve que l'oxydation a déterminé plutôt uo dédoublement qu'une simple n»étamorphose de ces matières. L'étude de ces composés peu connus jettera peut-*^tre encore plus de lumière sur la physiologie de la désassimilation.
L'urée s'obtient aussi par Toxydation complète de quelques produits excrémentitiels qui raccompagnent dans Turine et qui ont subi une oxydation moins avancée. L'acide urique, dans certaines conditions de température et en présence du brome, de Tiode et du chlore en suspension dans Teau, se dédouble en alloxane et en urée. Ce même dédoublement se produit en mélangeant une partie d'acide urique et 4 parties d'acide azotique concentré. L'oxydation de la créatine, de la créatinine, de la guanine, de la théine et de la taurine donne encore naissance à l'urée.
§ 3 . — Do s a g e de l ' u rée ,
On a utilisé pour le dosage de l'urée Jes diverses combinaisonset décompositions que nous venons de résumer» et cette division chimique peut être conservée dans la description des procédés : les uns ont pour base la précipitation de Turée à Tétatdesel (nitrate principalement), ou en une combinaison insoluble avec Toxj^de de mercure (procédé de Liebig) ; dans les autres, ou la dose à
l'état de sel ammoniacal provenant de sa décomposition (Heintz, Bunsen), ou bien on mesure, d'après leur poids ou leur volume, les éléments de l'urée décomposée, azote et acide carbonique. Ces derniers procédés sont les plus nombreux et les plus exacts. Dans toutes ces réactions, on a appliqué tantôt la méthode des pesées, longue et difficile, tantôt la méthode volumétrique, rapide, commode et souvent plus précise, surtout depuis les nouveaux perfectionnements.
Je passerai sommairement en revue les principaux de ces procédés très-nombreux et en partie abandonnés, j'insisterai seulement sur leurs avantages, leurs inconvénients et leur degré de précision. La description détaillée des divers appareils se trouve dans plusieurs ouvrages spéciaux : (G. Bouchardat, 1869; Boymond, 1872 ; Coste, 1873, — Thèses de Paris; Mémoires de la Société de biologie, 1872-73 ; comptes-rendus de l'Académie' des sciences). Je décrirai seulement le pi'océdé encore inédit de M. Quinquaud.
La plupart des auteurs conseillent de prendre certaines précautions générales, avant de procéder à un dosage quelconque. Je ne pense pas qu'il y ait de règle applicable à tous les cas; chaque procédé demande, suivant la nature des urines, des précautions particulières. Du reste, les nouveaux appareils, non moins précis que les anciens, visent à la rapidité et tendent à dispenser l'opérateur de toute manipulation préalable. Rappelons toutefois que la décoloration de l'urine n'est pas sans influence sur le dosage de l'urée. Voici le résultat des recherches de M. Esbach à ce sujet :
1* Une urine décolorée par le noir animal subit une perte en éléments azotés décomposables; cette perte
est en moyenne d'un dixième de Tazote que fournirait rhypobromite.
2** Cette perte, très-sensible sur furëeet lacréatinine^ étudiées séparément, porte dans Turine, principalement sur Turée.
3** On s'exposerait ainsi à une erreur en moins, variant de 2 gr. 5 a 3 gï\ sur la quantité d'urée rendue en vingt -quatre heures, (Mémoires de la Soc. de biologie, 1873.)
11 va sans dire que les urines ne doivent avoir subi aucune altération. Pour éviter ce grave inconvénient^ on doit faire usage de bocaux en .verre bien nettoj^és chaque jour et recouverts, pour empocher l'air d'y introduire des matières auxquelles on attribue une influence sur la transformation ammoniacale de Torée. L'urine qu'on veut analyser doit être prise dans la quantité sécrétée en vingt-quatre heures. C'est une condition indispensable et plus importante, selon la remarque de M< Quinquaud, que le dosage tout à fait exact; car le volume recueilli en vingt-quatre heures est très-variable, ainsi que la composition du liquide aux divers moments de la journée. Les procédés de dosage les plus précis exposent déjà à tant de causes d'erreur, qu/il ne faut pas négliger des précautions aussi faciles à prendre. Dans un service d'hôpital, où Ton a beaucoup de malades en obser%"ation, il suffît d'un bocal gradué par 50«c, pour mesurer le contenu des autres à 'lO^^c près. On doit aussi prendre la densité. C'est une indication qui peut quelquefois, avec celle du volume et les chiffres des jours précédents, faire soupçonner la fraude ou la négligence des malades; elle fournit enfin une notion approximative du total des
matières solides et môme de la proportion d'urée ; no* tion utile, quand il faut, dans certains procédés, varier le volume d'urine à analyser suivant sa richesse en urée.
Procédés de dosage. — L'insolubilité dans Veau et dans Talcool du nitrate d'urée, obtenu en versant l'acide sur l'urine concentrée, a servi de principe aux premiers dosages (Vauquelin) ; et certains chimistes ont encore conservé cette méthode (Lecanu, Chalvet). La température assez élevée à laquelle on expose l'urée, la présence des chlorures et une légère solubilité du nitrate, sont autant de causes d'erreur. Néanmoins, M. Quinquauda utilisé cette réaction pour rechercher de petites quantités d'urée chez les nouveau-nés ; mais il a évaporé le liquide sous la machine pneumatique en présence de l'acide sulfurique, et a produit la réaction dans un petit tube refroidi par la glace.
Heintz transforme l'urée en sel ammoniacal sous l'influence de .l'acide sulfurique; l'ammoniaque est précipitée à l'état de chloroplatinate, et dosée d'après la quantité de platine métallique.
Bunsen chauffe, dans un tube scellé, l'urine mélangée à une solution ammoniacale de chlorure de baryum. L'urée décomposée est évaluée d'après le cai^ bonate de baryte obtenu. Ces deux procédés sont longs, compliqués et inexacts. La créatine et la créatinine donnent, en effet, de l'ammoniaque.
Procédé de Liebig. — L'azotate de bioxyde de mercure forme avec l'urée, un composé blanc floconneux insoluble dans les liqueurs neutres. Cette combinai-
son se fait entre un équivalent d'urée et 4 équii^alents de bioxyde. Pour précipiter une partie d*urée, il en faut 7,7 d'oxyde mercurîque, c'est-à-dire 7,148 de mercure. On se sert d'une solution dont chaque centimètre cube précipite (^010 d'urée. L'appareil se compose d'une burette de Moor*
11 faut débarrasser Turine des sulfates et des phosphates avec une solution barytique; du chlorure de sodium, avec Pazotate d'argent; de Tâlbumine, en la précipitant et en filtrant; de certaines matières azotées, par l'acétate de plomb. Toutes ces substances donneraient un précipité avec la solution mercurielle.
Enfin, cette solution ayant été titrée pour précipiter 2 p, 100 d'urée, il faut concentrer ou étendre Turine, ou bien, faire des corrections, selon que Furëe est audessus ou au-dessous de cette proportion.
Le procédé de Liebig ofifre les avantages d'une assez grande exactitude et de la rapidité d'exécution commune aux méthodes volumétriques. Mais, avant d'en arriver à l'opération principale, il est souvent nécessaire de faire subir à Turine des manipulations multiples qui rendent les analyses beaucoup plus longues. Néanmoins, cest un excellent procédé et des plus répandus jusqu'à ce jour; seulement, son exécution exige assez d*habitude et le rend d'un emploi difficile ea dehors du laboratoire-
Les procédés suivants ont pour principe la décomposition de l'urée par les hypochlorites, les hypobromites alcalins et l'acide azoteux. 0 gr. 10 d*urée donnent 37 ce, d'azote; avec les deux premiers réactifs, l'acide carbonique, qui s'est dégagé, est absorbé par Texcès d'alcali.
- S'il s'agit d'une méthode volumétrique et que Ton veuille faire un dosage précis, on ne doit pas négliger les -corrections relatives à la température et à la pression barométrique. Mais, dans les recherches cliniques, il est inutile, pour une erreur de quelques centigrammes, de compliquer des procédés suffisamment approximatifs. Cette correction se fait 4 l'aide de la formule suivante :
"760X(i-fO,003665t)' V* =sle volume cherché.
V = le volume trouvé.
H = la pression barométrique observée, b = la tension de la vapeur à la température t. t. ss la température.
760 = la pression normale.
0,003665 =• le coefficient de dilatation des gaz. On pourrait connaître dirct«ment le poids de l'urée par la formule :
dans laquelle 370 est le nombre de centimètres cubes d'azote que dégage 1 gramme d'urée.
L'hypochlorite et Thypobromite de soude décompo • sent aussi les autres matières azotées de l'urine, assez rapidement pour altérer les résultats et non assez complètement pour permettre un dosage en masse de tous ces principes. L'excès d'azote, qui en résulte, est évalué à d/20 par M. Leconte, à 4 1/2 p. 100 par M. Yvon, et a d/70 par M. Esbach. D'après ce dernier, l'acîde urique donne 1/10 de son azote, la créatine les 2/3, la créatinine 1/10; l'acide hippurique n'est pas attaqué. On peut éviter Terreur en précipitant la créatine par le chlorure de zinc, et les urates par l'acétate de plomb. — Si l'urine contient de l'albumine on s'en
débarrasse par l'acide acétique, la'chaleur et la filtration.
Le D^ Davy a dosé Turée, au mayen de l'hypochlo* rite de soude, en se servant d'un long tube gradué. Mais ce procédé approximatif est très-inférieur à ceux de M.Esbach et de M. Bouchard dont les manipulations sont analogues.
Dans le procédé de M. Leconte (h^^pochlorite de soude), on reçoit Tazote sous une éprouvette graduée. L'opération dure vingt minutes, c'est-à-dire 4 à 6 fois pkis que dans les procédés de MM. Yvon, Regnard et Esbach.
Le réactif emplo^^é par ces auteurs est une solution d'hypobromite de soude, dont la formule estvariable. Voici celle dont se sert M. Esbach :
Eau filtrée •.,..* Lessive de soude . . Brome. , ,
120 ce 50 ce 6 c € (6 gr.)
Les trois procédés sont simples, d'une exécution facile et rapide, peu coûteux et assez précis. Tous ces avantages me semblent réalisés à un plus haut degré dans celui de M, Esbach. On évite ici Terreur causée par la température et la pression barométrique, en même temps que Ton calcule le poids de l'urée. Pour cela, on fait une analyse comparative avec 1 c. c. d'une solution titrée au 100*, et Tondivise le nombre de divisions trouvé avec Turine par celui de la solution; ou mieux, on se sert des tables baroscopiques de Fauteur, qui dispensent des calculs et de l'analyse comparative. C'est le procédé dont je me suis serv^i pour un grand nombre d'analyses.
Dans le procédé de M. G. Bouchardat, dont le principe a été déjà exposé, le poids de Turée est obtenu en multipliant celui de Tacide carbonique dégagé par le rapport 60/40 = 1,3636. Il a l'inconvénient d'exiger une forte balance de précision et d'être trop long pour des recherches cliniques.
Il en est de même de celui de Millon, modifié par MM. Berthelot et Bergeron, Naquet et Papillon, de ceux de M. Bojmond et de M. Hétet, dans lesquels l'urée est décomposée par le réactif de Millon.
Réactif de Millon. — Ce liquide vert bleuâtre, dont la formule serait difficile è poser, est de l'azotite de mercure dissous dans un mélange d'azotate et d'acide azotique. On le prépare en faisant dissoudre 125 gr. de mercure dans 170 gr. d'acide azotique pur et concentré. La dissolution se fait à froid. On mesure le volume de solution mercurielle obtenue, et on lui ajoute un volume* égal d'eau distillée (Boymond). Ainsi préparé, ce liquide agit assez rapidenient à froid et encore plus à une chaleur modérée. Quoi qu'en disent certains auteurs, il ne se conserve pas très-bien; mieux vaut le renouveler souvent.
Il n'est pas indispensable, dans cette préparation,. de suivre rigoureusement les proportions d'acide et de mercure indiquées par les auteurs. En mettant dans une capsule un globule de mercure, et, en y versant quelques centimètres cubes d'acide nitrique, on obtient rapidement un réactif énergique, que l'on renouvelle au moment de s'en servir. S'il est trop actif, il est toujours facile de l'affaiblir; on n'a qu'à l'étendre ou le laisser un instant à Tair libre.
— 2rt —
C'est à Tacide azoteux, resté en dissolution dans ce liquide, qu'il faut attribuer la décomposition de l'urée. Toutes les réactions» dans lesquelles il se développe des produits nitreux, peuvent donc servira faire un réactif dont l'action sera la même sur cette substance. C'est ainsi que M. Hîrne a eu Tîdée d'utiliser la combinaison de Tacide nitrique avec le cuivre ou le fer pour obtenir un réactif de Turée, analogue à Fazotite de mercure. Si Ton jette un peu de tournure de cuivre ou de fer dans Tacide nitrique, et si la couche de li* quide est assez épaisse pour retenir les vapeurs nitreuses, provenant de la réaction qui se produit au fond du vase, la solution d'azotate et d'acide azoteux ainsi obtenue, décompose l'urée aussi rapidement que le réactif de Millon. Les trois liqueurs ont donné les mêmes résultats avec Fappareil de M. Quinquaud ; il a suffi de quatre à cinq minutes pour décomposer complètement l'urée* Ces roactifis se conservent longtemps dans un flacon bien bouché. Mais il est préférable de les renouveler ou de leur rendre leur énergie, en ajoutant quelques morceaux de cuivre ou de fer à la solution d'azotate préparée une première fois; l'acide, qui est en excès, attaque encore le métal et se charge de nouveau d'acide azoteux.
On se sert, pour cela, d'une longue épouvette remplie d'acide, au fond de laquelle on jette quelques parcelles de métal. Les vapeurs nitreuses ne peuvent traverser la couche épaisse du liquide sans se dissoudre en grande partie.
Ce réactif n*est pas, sans doute, supérieur à celui de Millon, mais il peut le remplacer sans inconvénient et même avec l'avantage d'une légère économie.
— 2i — Procédé de M. Gréhant. — L'opération se fait dans un long tube, mis en communication avec la pompe pneumatique à mercure. Le réactif est préparé en faisant dissoudre un globule de mercure, dans l'acide nitrique. On mesure le volume d* acide carbonique ou d'azote obtenu. Un centimètre cube de C°2 représente 2"™,683 d urée, à 0^ et à la pression 760. C'est le plus exact des procédés de dosage, mais il ne peut être employé en dehors des laboratoires.
Nous avons vu que, avec tous les réactifs précédents on ne peut obtenir les produits de l'urée seule, si Ton n'a pas préalablement précipité les principes simi- • laires plus ou moins attaqués par l'azotate de mercure, les hypochlorites et les hypobromites alcalins.
L'action spéciale et prompte du réactif de Mîllon sur l'urée pouvait seule servir de base à un procédé clinique débarrassé de toutes les manipulations accessoires, qui exigent souvent un grand nombre d'objets de laboratoire. Millon et M. Boymond ont démontré, en effet, par de nombreuses analyses que l'acide azoteux n'a aucune action sur la créatine, la créatinine, la xanthine, Thypoxanthine, la leucine, la tyrosine, les acides hyppurique, acétique, oxalique, lactique, l'albumine et le sucre de diabète. L'acide urique ne donne des quantités appréciables de gaz qu'après plusieurs heures de réaction.
La décomposition de l'urée est au contraire, assez prompte, quand le liquide est préparé extemporanément, pour permettre un dosage des plus rapides. Les produits étant gazeux, on peut leur appliquer la méthode volumétrique, qui est la plus commode.
Procédé de 3f, Bouchard, — L'auteur a cherché utiliser ces avantages par un nouveau procédé dont la description se trouve dans les mémoires de la société de Biologie, (1873), et dans la thèse de M. Juventin, (1874). L'appareil se compose d'un tube gradué, fermé par un bout, long de 50 à Vyiï centimètres et de 1 centimètre et demi de diamètre. On y verse environ 10 cent* cubes du réactif de Millon, et, par dessus, du chloroforme, jusqu'à 6 ou 8 centimètres de l'ouverture; on y ajoute 2 cent* c. d'urine et on achève de remplir avec de l'eau. Le tube, bouché avec le doigt, est alors renversé pour mélanger les liquides, puis agité pour achever la réaction. On enlève le pouce, après avoir plongé dans l'eau Textrémité sur laquelle il était appliqué. L'acide carbonique est absorbé par un mor-ceau d.e potasse introduite -lU moyen d'un bouchon percé d*un trou. On Ht ensuite le nombre de divisions occupées par Fazote, en piungeant le tube dans l'eau et faisant coïncider les niveaux des liquides.
Ce procédé, comme on le voit, est aussi simple que ceux qui ont pour principe la décomposition de l'urée par Fhypobromite de soude. Le réactif de Millon lui donne même une grande supériorité au point de vue de Texactitude. Mais, lorsque les analyses sont nombreuses, il a rinconvénient d'exiger une assez grande dépense de chloroforme. En outre, les manipulations n'ont peut-être pas encore la simplicité qu'on est en droit de demander à un procède clinique. Le temps de l'opération, où Ton absorbe Facide carbonique par la potasse, exige des précautions et une certaine habilude; il est quelquefois nécessaire d'introduire à plusieurs reprises un morceau de potasse, quand ce pro-
— 23 ^ duit s'est carbonate au contact de l'air, et qu'au lieu d'absorber l'acide carbonique, il en dégage en présence de l'acide nitrique. Aussi faut-il, autant que possible, laisser diluer le liquide du tube à réaction pour en diminuer l'acidité.
Procédé proposé par M. Quinquaud. — Le réactif est celui de Millon, préparé en faisant dissoudre un peu de mercure dans l'acide nitrique, et légèrement affaibli pour que la réaction ne soit pas trop vive. Nous avons vu que le cuivre et le fer pouvaient servir à la préparation d'un réactif analogue (Hirne).
Au lieu d'évaluer l'urée, conrnie dans toutes les méthodes précédentes, d'après le volume de l'acide carbonique ou de l'azote, provenant de sa décomposition, on conserve les deux gaz. Il fallait, pour cela, les mettre en contact avec un liquide qui n'absorbât pas l'acide carbonique; M. Quinquaud s'est servi de la glycérine.
L'appareil (1), dont la figure ci-dessous fera mieux comprendre la formequ'unesimple description, se compose de deux cylindres en verre, communiquant par un tube beaucoup plus mince, qui monte de l'extrémité inférieure du premier à l'extrémité supérieure du second. Un tube de même calibre, partant de l'extrémité inférieure de ce dernier, s'élève parallèment et présente en haut un renflement, en forme de petit ballon, dont la capacité est égale à celle de tout l'appareil, et qui s'ouvre supérieurement par une petite tubulure. Le bout supérieur du premier cylindre est effilé et légèrement incliné, en dehors ; il présente, près de son ouverture, un léger renflement destiné à retenir le tube
(1) Cet appareil se trouve chez M. Alvergnat, rue de la Sorbonne,10.
— 2'* — de caoutchouc qu'on y adapte, et qu'on serre avec un tîl inétallique. L'appareil est rempli de glycérine; les deux niveaux du liquide s'arrt^tent, Tun à la circonférence du tube de caoutchouc, Tautre à la base du ballon. Les cylindres, ont 15 centimètres environ de longueur, 2 centim. de diamètre, et présentent neuf divisions subdivisées en dixièmes; ils sont verticalement fixés dans un support en bois. La hauteur de tout Tappareil ne dépasse pas 20 centimètres.
On voit, au bas de la figure, un tube de verre en forme de petit flacon, c'est-à-dire fermé d^un bout et présentant à Tautre une ouverture rétrécie, dans laquelle pénètre un bouchon de caoutchouc. Il est long
- ÎÎJ —
de 8 cent, environ et large de 2 cent. Vers le milieu de sa longueur, existe une tubulure coudée à laquelle on adapte le tube de caoutchouc, long de 30 cent* environ, qui le fait communiquer avec Tappareil. C'est là |ue se passela réaction* La ligure représente dans son itérieur un petit tube de verre, sur lequel sont marquées deux divisions de centimètres cubes, et qui a été introduit par Touverture du flacon.
Voici la manière de se servir de cet appareil et son mode de graduation. On verse dans le flacon le réactif de Millon, jusqu'à une hauteur indiquée par un trait, c'est-à-dire environ 6 cent, cubes. On y introduit alors, en le tenant légèrement incliné, le petit tube gradué renfermant un centimètre cube d'une solution d'urée au 100*, (soit 1 centig. d*urée); on achève de le pousser avec le bouchon de caoutchouc, pour que les liquides ne se mélangentpasavant que le flacon ne soit bien bouche. En mettant alors Fappaieil dans une position horizontale, le mélange se fait et la réaction commence. On peut la modérer en variant l'inclinaison, ou Taccélérer par l'agitation. L'acide carbonique et l'azote dégagés font aussitôt baisser la gl ycérine dans le premier cylindre, tandis qu^elle s'élève dans le ballon. Vers la fin de Topération, on agite les liquides pour terminer la réaction, et, quand elle est finie, ce qu'on reconnaît facilement à Tabsence de dégagement gazeux, et à ce que le niveau de la glycérine ne s'abaisse plus, on marque sur le verre un trait correspondant au bord inférieur de ce niveau. Toutes les fois qu'un centimètre cube de liquide analysé contiendra la même proportion d'urée que la solution au 100% le dégagement gazeux fera baisser la glycé- Fouilhoux. 3
rine jusqu'à ce premier trait* En variant le titre de la solution, on a établi de même les autres divisions et les subdivisions; chacune de celles-ci correspond à 1 millig. d'urée décomposée. Il y a neuf grandes divisions : pour les remplir de gaz, il faudrait 9 centig- d*urée par centimètre cube, c'est-à-dire 90 gr. pour 100€, Comme Turée atteint très-rarement cette proportion dans l'urine, il vaut mieux employer deux centimètres cubes de liquide, pour diminuer les causes d*errear. On divise le résultat par deux, avant de le multiplier parle volume des urines.
Les divisions de Tappareil sont inégales; elles diminuent à partir de la première, parce que le volume des gaz se réduit à mesure que la hauteur du liquide fe'élève dans le ballon. L'intervalle des subdivisions étant au moins de deux millimètres, on peut, en mettant Tappareil dans une position tout à fait verticale, apprécier à 20 centig. près, la proportion d'urée pour 1000, quand le niveau s'arrt^te entre deux subdivisions.
Si rurine renferme des carbonates alcalins, il faut la traiter par quelques gouttes d'acide nitrique^ ce qu'on peut faire dans le petit tube gradué.
Ce procédé n'étant peut-ôtre pas toujours assez sensible pour la faible quantité d'urée contenue dans deux centimètres cubes (polyurie)^ on n'a qu'à mettre d'abord 5 ou 6 cent, cubes de cette urine dans le flacon, et on introduit ensuite le réactif avec le petit tube.
L'inégalité des divisions ne permet pas de faire les corrections relatives à la température et à la pression; mais nous avons vu qu'on pouvait les négliger en clinique. Le procédé reste encore suffisamment exact.
Il a, sur tous les autres^ Tavantage d*étre sim le dans ses manipulations et de laisser l'opérateur presque inactif.