CHAPITRE II
DE l'urée au point DE VUE PHYSIOLOGIQUE.
§ 1. — Origine et élimination.
L'urée s'élimine principalement par les reins, organes de filtration et non de sécrétion, dont le rôle actif et spécial consiste à faire élection de certains matériaux devenus impropres à la vie. Avant d'arriver à cette formule, la physiologie des fonctions rénales a traversé de grandes difficultés expérimentales. Il est inutile de retracer ici les discussions auxquelles a donné lieu la question de savoir si le rein filtre, ou secrète Turée. En 1823, Prévost et Dumas démontrèrent que ce produit s'accumule dans le sang après la néphrotromie. Cl. Bernard et Bareswill ont confirmé ces résultats. En outre, Cl. Bernard a constaté l'élimination de sels ammoniacaux parla surface digestive, quelques heures après l'ablation des reins. L'animal néphrotomisé n'éprouve des accidents que lorsque cette voie de sortiedevient insuffisante. Picard (thèse de Strasbourg, 1856), apporta de nouvelles preuves'. Il résulte de ses recherches que Turée existe dans le sang normal; que celui de la veine rénale, en contient moins que celui de l'artère (: : 0,18 : 0,36); que la plupart des liquides sécrétés en renferment; enfin que^ les altérations r*énales forcent l'urée à s'accumuler dans le sang. Certains physiologistes (Oppler, Zalesky, etc.), arrivèrent plus tard à des conclusions opposées ; mais la vérité fut bientôt rétablie par les
travaux de Meissner, et surtout par les belles recherches de M. Gréhant, qui résolut les difficultés les plus délicates de rexpérimentatioQ, au moyen d'un procédé de dosage aussi rigoureux que possible. Ses expériences démontrent que la néphrotomie et la ligature des uretères ont le même effet sur la fonction rénale; que l'accumulation de Turée dans le sang commence aussitôt après Tablation des reins et continue régulièrement et proportionnellement au temps. «c Le poids de Turée qui s'accumule dans le sang après la néphrotomie est égale à celui que les reins auraient excrété pendant le temps qui suit Topération. »
Le professeur G. Primavera a essayé de prouver que les reins ne sont pas de simples filtres et qu'ils ont au moins une influence sur les qualités de l'urée. Lorsqu'on ajoute de Tacide nitrique à une petite quantité d'urine concentrée, on obtient un giVteau plus ou moins régulier, formé de cristaux de nitrate d'urée, si Turine est d'un individu sain; mais si elle provient d*un rein altéré, on n*obtient plus de tablettes, comme cela se voit constamment dans les urines saines : on a, au contraire, à la place des cristaux (période atrophique de la néphrite), ou avec ces cristaux (dans des cas plus légers), des ilocons petits ou grands en pinceaux ou en balais* Et de cette altérabilité qualitative de Turée dans toutes les maladies avec altératioa plus ou moins prononcée des reins, l'auteur conclut à une activité élaboratrice de ces organes (1). La preuve me semble insuffisante, ne serait-il pas aussi logique de dire que l'altération
(l) Morgagni, de Napks, 1872, tiré de la Rûmie des sdence» midicaîes^ 1873.
rénale fait subir à Turée, au moment de son passage, une modification qu'elle n'éprouve pas dans un organe sain? Pour élucider complètement cette question, il suffirait de comparer, à ce point de vue, l'urée du sang et celle des urines. Jusqu'ici la chimie n*a indi-* que entre elles aucune différence.
L'urée existe donc dans le sang, et ce liquide en contient des quantités variables suivant les organes qu'il a traversés (Gobley et Poiseuille). La moyenne, à l'état normal, est de Ogr. 016 pour 1,000 (Picard), ou 0 gr. 018 pour 1,000 (Marchand).
Cette proportion, chez les animaux, varie avec l'espèce et les individus.
En sortant d'un organe, le sang contient moins d'urée qu'en y entrant, d'après Gobley et Poiseuille, ce qui les amène à penser que ce produit n'est pas seulement excrémentitiel, mais qu'il subit en partie des dédoublements.
Le chyle et la lymphe en contiennent une plus forte proportion que le sang. (Wurtz, Comptes-rendus de V Académie des sciences^ 1859.)
La présence de l'urée a été constatée dans tous
les liquides de l'organisme (Nysten, Simon, Bou-
chardat, Q.uevenne, Favre, Millon, Woehler, etc.);
1,000 parties des humeurs suivantes ont donné à
M. Picard.
Lait 0,013
Humeurs de Toeil 0,500
Sueurs 0,088
Salive 0,035
Bile 0,030
Liquide amniotique 0,035
Sérosité de Tascite 0,015
Sérosité du vésicatoire 0,060
On Ta trouvée aussi dans le liquide céphalo^rachî* dien.
D*après ces recherches, l'urée paraît se former dans rintimité de tous les tissus, au sein desquels le sang se décompose et se recompose sans cesse dans le double mouvement de la nutrition ; et ce qui le prouve» c*est sa dissémination normale ou accidentelle dans tout l'organisme (Cl, Bernard). La détermination du lieu de son origine ne repose pas encore sur des faits bien précis; et pourtant il serait presque indispensable de la connaître pour découvrir son mode de formation.
L'urée est le dernier terme des transformations que traversent les matières azotées en passant *de Fétat organique à Tétat cristalHsable. Sa résistance aux oxydants les plus énergiques prouve qu'elle est Tex* pression la plus complète des combustions organiques Aucune réaction chimique ne peut la transformer sans la décomposer, c*est-à-dire sans la réduire en ses premiers éléments^ azote et acide carbonique. C'est de toutes les matières animales, celle qui renferme le plus d*azote (46,7 pour 100). Elle est inconnue dans le règne végétal.
Pour M, Robin, Turée est le résultat des phénomènes de désassimilation qui se passent dans Fintimité des tissus, et notamment de la désassimilation de la musculine et de la géline. < La confusion entre les propriétés des éléments et des tissus et les fonctions, l'absence de méthode dans la manière d'envisager les actes de l'organisme, ont conduit à une hypothèse erronée sur le mode de production de l'urée,.. Les chimistes ont pris à tort ce principe pour un pro-
— aidait de la combustion des substances azotées qui serait opérée par la fonction de respiration... L'urée, ainsi que d'autres principes de la même classe, nait par catalyse dédoublante durant la désassimilation, l'un des côtés du double acte continu de nutrition. >
M. Bouchardat pense aussi que Turée ne provient pas de la simple oxydation, mais du dédoublement des principes immédiats azotés; et, d'après quelques faits pathologiques, il est porté à croire que certains organes (foie et pancréas) jouent un rôle important dans cette transformation.
Neubaûer et autres physiologistes allemands admettent que l'urée se produit dans le sang par un procédé d'oxydation, aux dépens des substances azotées devenues inutiles et incomplètement brûlées (créatine, créatinine, xanthine, acide urique, etc.), qui seraient une forme transitoire entre ce principe et les éléments protéiques des tissus épuisés. On produit, en effet, de l'urée, par l'oxydation artificielle de ces subtances; et leur ingestion détermine son augmentation rapide dans les urines.
Il est bien possible qu'une partie de ces produits intermédiaires s'oxyde complètement dans le sang, en présence de l'oxygène et des alcalis libres. Mais l'origine de l'urée ne se rattache pas exclusivnment à cette oxydation. Si l'acide urique, par exemple, n'avait que cette destination, la quantité d'acide oxalique produite en même temps serait telle, qu'il se formerait des masses calculeuses d'oxalate de chaux. Les oiseaux qui ne manquent ni d'oxygène, ni d'exercice, produisent néanmoins des quantités considérables d'acide urique (Bouchardat).
— 3Î -- Plusieurs cas pathologiques démontrent aussi que' Turée et les produits similaires ne proviennent pas d*une simple oxydation : s'il en était ainsi, toutes les fois que leur hypersécrétion atteint un chiffre trèsélevé, la température serait au-dessus de la normale. Or, le fait est loin d'être fréquent dans certaines maladies, où l'azoturie est un symptôme important ; Vexcès d'urée provient donc alors d*une désassirailation exagérée des divers tissus et de leur dédouble^ ment en plusieurs produits.
§ 2. — Quantités moyennes denrée à Vétat normaL
Les chiffres indiqués par différents auteurs varient' de 20 à 4Dgr, On trouve la raison de ces différences dans la variété des populations chez lesquelles on a pris les moyennes. D'après Neubauer» un homme sain élimine, en 24 heures, de 22 à 35 gr* d'urée; d'après Vogel, 25 à 40 gr. Hepp indique, comme moyenne journalière, à Strasbourg, 28 à 33 gr. En Angleterre, on admet généralement le chiffre de 32 gr, (Garrod), Beale dit avoir souvent constaté des chiffres plus élevés,
A Paris, les auteurs admettent généralement des moyennes inférieures aux précédentes. M. Lecanu a fixé à 28 gr*, l'excrétion journalière de Turée. M. Bouchardat adopte une moyenne de 25 à 30 gr* M. Boymond en a trouvé de 20 à 28 gr.^ M. Rabuteau, de 20 à 25 gr.
Dans Furine d'un homme en santé, du poids de 65 kilog., j*ai toujours trouvé de 20 à 23 gr* d'urée par jour.
En 1 heure, rélimination moyenne est de 1 gr. à 1 gr. 66. 1 kilog; du corps produit en 24 heures de 0 gr. 37 à 0 gr. 60 d'urée ; en 1 heure, de 0,015 à 0,035 (Neubaùer et Vogel). Beigel a trouvé 0 gr. 35 par kilog.
§ 3. — Variations physiologiques de Vurée.
De toutes les influences normales qui peuvent modifier l'excrétion urinaire, Y alimentation est la plus importante. C'est à elle qu'il faut attribuer les diflférences que présentent la plupart des analyses. Durant l'abstinence, les urines de tous les animaux offrent des caractères semblables, parce qu'ils ne vivent alors que de leur propre substance ; dans ces conditions, la composition du liquide urinaire peut servir de type et de mesure pour apprécier toutes les influences auxquelles elle est soumise (Cl. Bernard).
De ce que l'albumine des aliments augmente l'urée, il ne faut pas conclure avec certains physiologistes qu'elle se brûle dans le sang; elle détermine une rénovation plus rapide des tissus et en fait temporairement partie avant d'être brûlée et de s'éliminer. Le pouvoir oxydant n'appartient qu'aux tissus vivants; les combustions ont leur siège dans tous les organes, dans les cellules elles-mêmes et non dans les liquides de la circulation capillaire (Cl. Bernard).
La quantité d'urée excrétée correspond à peu près à la totalité des matières azotées désassimilées. L'azote des aliments se retrouve dans les urines (17,8 sur 24 gr.); une minime partie s'élimine directement par
les garde-robes (2 gr. 80), ou indirectement par les poils, les ongles et Tépiderme (4 gn 10} (Barrai),
Lehniann etFranqueontdémontré que Turée variait suivant le genre et la richesse de ralimentation :
Régime non azoté 15 gr. 40 d/urée.
— végétal,. .♦. 22 gr. 48 —
— mixte 32 gr. 49 —
— animal 53 gr. 19 — (Lchmann.)
La quantité d*urêe, éliminée par un animal nourri de viande, est à celle de ce même animal nourri de végétaux, comme 6 est à 1. Avec une alimentation mixte, la proportion est de 4 à 1. (Woehler, Frerichs).
En Angleterre où la nourriture est très-azotée, on cite des chiffres d'urée au-dessus de 100 gr. M. Bouchardat en a trouvé 53 gr» chez un vieillard qui consommait chaque jour 2 ou 3 litres de bouillon préparé avec plusieurs kilog. de viande de bœuf.
On observe une démonstration naturelle de ces faits chez les herbivores et les carnivores. Les premiers excrètent peu d'urée et beaucoup d'acide hippurique. Les proportions deviennent inverses, si Ton soumet ces animaux à un régime azoté. Chez les grands carnivores (lion, tigre, etc.), Hieronymi a trouve l*urée dans la proportion énorme de 130 pour 1,000 d'urine.
En dehors de Talimentation, l'urée peut augmenter considérablement, aux dépens de la substance propre des tissus, sous l'influence du travail. D'après Hammond,
un limnme au repos excrète 33 gr. d*arée
— en travaiUant. ..*♦... 47 gr. —
— Qvec un travail exagéré . . 59 gr. —
Le travail intellectuei' donne lieu à une augmentation d'urée, La relation qui existe entre Tactivité céré-
- 35 • brale et la composition des urines a été mise hors de doute par les recherches de Hugo Schiflf, Noyés et Byasson.
La production de l'urée n'est pas la même à tous les moments de la journée ; celle du jour est à celle de la nuit comme 3 est à 2. Vogel a trouvé que l'excrétion, dans une heure, était de 1 gr. 58, après-midi, de 1,7, le matin, et de i,2 la nuit. La différence entre les maxima et les minima, chez le même individu, a pu être de 3 gr. 4Î à 1 gr. 05 dans une heure.
Les moyennes d'urée observées sous des climats différents augmentent avec la latitude, c'est-à-dire avec la richesse de l'alimentation, l'activité physique, l'énergie plus grande des fonctions respiratoires et digestives, que l'on observe dans les pays froids. Chez des hommes arrivant de régions très-chaudes (Brésil, Java), M. Bouchardat a constaté que la proportion d'urée, rendue en 24 heures, n'excédait pas 15 gr. et descendait quelquefois à 12 gr.; mais elle s'élevait après quatre ou six mois de séjour à Paris.
L'urée augmente encore avec le poids du corps. Cette influence ne doit pas être oubliée dans les observations pathologiques. Toutes les autres conditions étant égales, celle-ci peut déterminer une différence de 10 grammes d*urée et plus, entre les moyennes de deux individus. Nous avons vu, en effet, qu'à un kilog. de corps correspond une quantité d'urée égale à 0 gr. 35.
La composition des urines de 24 heures, varie chaque jour chez le même individu. Mais ces oscillations ne sont pas aussi étendues qu'on le pense: si l'individu
suit un régime uniforme, elles ne dépassent pas quelques centigrammes.
L'urée est sécrétée en quantités A^ariables, pendant des temps égaux, par des individus différents*
La quantité d*urée qu*uu individu élimine par kilo» gramme et par vingt-quatre heures n'est pas la môme eux différents âges de la vie. M. Lecanu donne les moyennes suivantes :
Homme adulte , , . 28 ^r. 052
Femme adulte l9 >> 116
Vieillards (84 à 86 ans) 8 » 110
Enfants de 8 aos environ. .... * 13 i> 471
Enfants de 4 ans environ ..... 4 jo 505
Quoique" cet observateur n*ait peut-être pas tenu compte de Tinégalité de poids des individus, il est incontestable que les produits de la désassirailation doivent varier comme Tactivité organique, qui est exubérante chez Tenfant^ surtout au moment de la croissance» et ralentie chez le vieillard. La quantité absolue d^urée sécrétée par les enfants est plus faible que dans Tâge adulte; mais elle est plus forte relatlvement au poids du corps. Un kilogramme d'enfant élimine en 24 heures :
De 3 à 6 ans 1 gr. d*urée
De 8 à li ans ..,,... 0»8 —
De i:^ à 18 ans ...,,. . 0,4 à 0,8.
Chez un enfant de 14 ans, de faible constitution, j*ai trouvé une moyenne de 17 grammes.
Le D' Quinquaud a observé l'augmentation graduelle de Turée à partir de la naissance.
Le premier jour de la naissance , , 0,03 à 0,04 cent.
Le cinquième jour — 0,12 h 0,15 — -
Le hnitiÈmejour — 0,20 à 0,28 —
Le quinzième jour — 0,30 à 0,40 —
La femme produit une quantité moyenne d'urée inférieure à celle de Thomme, mais, si Ton tient compte du genre de vie et du poids, on remarque que cette différence a été exagérée. M. Rabuteau, ayant suivi, en même temps qu une femme de même poids que lui, un régime identique pendant plusieurs jours, a obtenu des proportions d'urée sensiblement égales.
Le pouls, la température et Turée diminuent sous rinfluence des règles. Ce fait déjà connu a été constaté de nouveau par ce même observataur. Il a trouvé que ces variations commencent à se manifester un ou deux jours seulement avant l'apparition des règles et disparaissent quelques jours après. On peut voir dans les observations de M, Rabuteau, que les chiffres les plus faibles pour le pouls, la température et l'urée se présentent le jour ou le lendemain du jour où les règles ont cessé, et qu'ils se relèvent lentement; les moyennes normales ne reviennent qu'une dizaine de jours après. C'est que le molimen hémorrhagique s'établit rapidement, tandis que la reconstitution des globules, dont la perte a diminué les combustions organiques, demande plus de temps (Société de biologie, 1870).
Une femme en lactation excrète moins d'urée et plus d'acide urique qu'en temps ordinaire (Leconte).
M. Quinquaud a exposé, dans une thèse remarquable, les variations de l'urée chez la femme avant et après l'accouchement et chez les nouveau-nés.
Voici les résultats que lui ont donnés plus de 250 analyses d'urine : dans l'état de grossesse, la quantité d'urée sécrétée en vingt-quatre heures dépasse de beaucoup la moyenne physiologique; elle
varie de 30 à 38 grammes. Dans les vingt-quatre heures qui suivent raccouchement, Turée descend à 20 et 22 grammes. Chez les femmes qui ont eu un mouvement fébrile durant le travail elle est augmentée au point de dépasser 38 gr. — Le deuxième jour après la parturition, Turée augmente mais ne devient guère supérieure à la normale à moins d'un mouvement fébrile. — Le troisième jour, Furée peut dépasser 30 grammes. — Dès le quatrième jour, s*il n'existe ]^as de fièvre, si la femme a beaucoup de lait, la quantité d'urée peut descendre à 19 grammes en 24 heures. Chez les nourrices, la quantité d*urée est faible (20 à 22 grammes).
Influence de lix pression atmosphérique. — Les recherches expérimentales de M. P. Bert sur Taction des changements de pression barométrique dans les phénomènes de la vie, Font conduit â penser que Toxygène sous forte pression agit sur la nutrition en modifiant dans un sens particulier les actes physicochimiques de la vie cellulaire. Entre autres phénomènes, la diminution des actes nutritifs consécutifs à la fixation de Toxygène se traduit par une diminution d'acide carbonique et d'urée.
Un chien, sondé régulièrement de façon à avoir Turée de vingt-quatre heures, et soumis à de fortes dépressions (25 centim.), durant quatre ou cinq heures, n'a rendu qu'une quantité d'urée de moitié moindre que la normale. 11 faut, dit M. Bert, des changements brusques pour diminuer à ce point la dénutrition. L'habitude efface les effets de la dépression atmosphérique; à Quito, les étrangers seuls éprouvent les accidents d'une désassimilation insuf-
fisante (Société de biologie, et C.-R. de l'Ac. des se,
§ 4. — Action de Vurée introduite dans V organisme.
Une faible partie de Turée, introduite dans l'estomac de Thomme et des animaux, se transforme en ammoniaque (Cl. Bernard). La plus grande partie est rapidement absorbée et éliminée ; elle traverse Téconomie sans se décomposer et sans déterminer des accidents, du moins à faible dose. Gallois, ayant fait prendre de l'urée à un lapin, n'en a retrouvé que 12 grammes sur 15, et 20 grammes sur 30. La différence augmente donc plus que les doses. Il a observé, en outre, qu'elle apparaissait dans l'urine au bout d'une demi-heure, et en quantité croissante durant les 12 ou 15 premières heures. Puis, elle décroît régulièrement et disparaît au bout de 3 jours, quelle que soit la proportion ingérée.
L'urée tue un lapin à la dose de 20 grammes, après des phénomènes d'excitation qui aboutissent aux convulsions et au tétanos (Gallois). On n'a pas trouvé de carbonate d'ammoniaque dans l'air expiré par ces animaux ni dans leur sang (Société de biologie, 1857).
La mort, qui suit la néphrotomie ou la ligature des uretères, arrive plus rapidement si l'on fait une injection préalable d'urée.
Les expériences très précises de MM. Béhier et Liouville ont fait ressortir l'importance d'un nouveau mode d'expérimentation, négligé jusqu'à ce jour, et des cir-» constances pathologiques qui s'en rapprochent : si l'on injecte, durant plusieurs jours, de faibles quantités d'urée, qui, prises isolément, seraient inofîensives,
on finit parproduire des accidents nerveux et la mort.
Cette substar
^elte suDstance a ete considérée a tort comme un diurétique. D*après une expérience faite sur luimême, M, Rabuteau conclut que Turée» prise à la dose de 5 grammes, ne produit pas d'effets diurétiques évideûts, si ce n'est pendant les premières heures A cette période de Texpénence, la sécrétion salivaire est augmentée, et Tanalyse y découvre une notable quantité d'urée,
La pathologie nous montre, d'ailleurs', par de nombreux exemples, que les quantités d'urine et d'urée suivent des variations indépendantes. Si Turée était un diurétique, Turioe des carnivores devrait être plus abondante que celle des herbivores : or, c'est le contraire qui semble plus réel.
L*urine acide, normale, infiltrée ou injectée dans les tissus vivants, a des propriétés nocives, variables suivant sa richesse en matières extractives; et, comme de toutes ces matières la plus importante est Turée, M. Muron a cherché quel était le degré de dilution nécessaire pour produire ou non la suppuration, 20 cent, cubes d'une solution à 25 ou 50 pour 100 ont été résorbés dans le tissu cellulaire d'un chien; à 100 pour 100, ils ont produit la purulence et la gangrène. Les mêmes accidents arrivent avec une plus petite quantité de solution concentrée; il en faut davantage si elle est faible. L'auteur pense donc que Turée joue un rôle essentiel dans la production de ces phéno^ mènes suppuratifs, et il en conclut qu'il faut diminuer la proportion des matériaux solides de l'urine par des boissons abondantes, chez un malade menacé d'infiltration urinaire (Soc, de biol., i873).