PATHOGÉNIE
DE
L'INFILTRATION DE LTRINE
Panser les plaies avec de Turine est un usage journellement employé à la campagne. Qu'il s'agisse d'une simple coupure ou d'une plaie contuse, les paysans répandent avec abondance ce vulnéraire, espérant ainsi se mettre à Tabri de tout accident ultérieur. Et de fait leurs plaies sont rosées, granuleuses, à cicatrisation rapide.
Je ne voudrais pas en induire que l'urine est innocente pour les tissiis, car Talcool lui aussi, si favorable aux plaies, détermine la suppuration des tissus lorsqu'il vient à être injecté dans leur épaisseur. Néanmoins la crainte des chirurgiens pour l'urine m'a paru exagérée. N'est-ce pas elle qui amène la suppuration et frappe de gangrène tous les tissus qu'elle touche? N'est-ce pas elle qui entretient les trajets fistuleux au voisinage de l'urèthre après avoir présidé à leur formation? N'est-ce pas elle qui empêche la réunion immédiate des parties, dans l'uréthrotomie externe, dans l'opération de la taille, dans l'opération des fistules vésico-va^inales? C'est elle encore, toujours elle, qui va faire développer ces accès de fièvre si intenses et si rapides dans leur évolution. En un mot tout accident qui apparaît est mis immédiatement sur le compte de l'urine.
Qu'y a-t-il de vrai, qu y a-t-il de faux dans tout cela? De l'exagération à coup sûr. Considérez d'abord les ré- i sultats locaux de ruréthrotomie interne : la cicatrisation s opère malgré Turine ; cette plaie intérieure qui est souillée à chaque instant par ce liquide se fernie spontané-^ ment. De même pour Turéthrotomie externe, de môme pour la plaie périnéale dans l'opération de la taille» Une ouverture artificielle est pratiquée, ouverture devenant plus large par le fait de la rétraction des tissus, et par cette ouverture il s'écoule de l'urine, rien d^étonnant qu'elle reste béante un certain temps; ce n'est pas Furine qui Fempôche de se cicatriser, mais bien son dé- i faut de coaptation. S*il était possible au chirurgien de ^| faire une suture parfaite comprenant toute l'épaisseur ^ des tissus, depuis ta muqueuse uréthralejusqu'à !a peau du périnée, nul doute que la réunion ne soit immédiate. .
Au reste, c*est ce qui a lieu pour les fistules vésico-va- fl ginales. Lorsque l'avivemcTit est large, et que les sutures ^j sont bien appliquées, la réunion est complète du premier i coup. Nous devons faire une remarque à ce sujet. Sou- H vent il arrive que les urines se trouvent modifiées à la ' suite de cette affection; leur décomposition est plus rapide, et sur les parois du vagin, à la face interne des cuisses, elles laissent un dépôt salin^ de phosphate et de carbonate calcaires, ou môme de phosphate ammoniacomagnésien. Ces qualités pathologiques de l'urine ne doivent point être négligées; et chaque fois qu'on aura! à faire une opération de ce genre, sera-t-il indispensable de se conformer au précepte de M. Verneuil, qui est de ramener les urines à leur état naturel, en donnant soit de l'eau de Vichy, soit de l'eau de Contrexeville, etc. Quoique cela n*aît pas encore été fait avant de pratiquer des opérations sur l'urèthre, nous croyons ce précepte également applicable à beaucoup de cas.
En est-il de même pour rinfiltration d'urine au sein
des tissus, c'est ce qu'il nous reste à examiner dans tous ses détails,
CONSIDÉRATIONS GENERALES SUR LA PATHOGLNJE DK L INFILTRATION d' URINE.
Les auteurs classiques qui ont traité de la question du passage de Furiné au dehors des voies urinaires, de son épanchement au sein de nos tissus, se sont avant tout préoccupés des résultats produits. Considérant d'une part, que dans certains cas elle pouvait creuser une sorte de loge au milieu du tissu cellulaire, et y séjourner pour ainsi dire indéfiniment sans amener d'autre conséquence fâcheuse immédiate, ils ont créé le mot de poche itrineuse, afin de bien désigner que l'urine s y trouve en nature. Dans d'autres circonstances, cette urine va déterminer de la suppuration. Si cette suppuration est limitée, localisée en un point, il s'agit d'un abcès urineux. Si au contraire cette suppuration tend à se diffuser, à gagner de proche en proche les aréoles du tissu cellulaire, c'est alors Vinflîtration urineuse.
Ces trois termes, poche urineuse, abcès urincux, ni/iltration urincusCy expriment donc des états complètement différents, qui ont chacun une physionomie propre, une marche spéciale, des terminaisons diverses, et qui réclament aussi un traitement particulier. Tout cela, du reste, se trouve parfaitement établi dans les auteurs, et l'on peut dire que Tart a presque atteint son summum de perfection pour ces diverses affections, un# fois constituées, une fois arrivées à leur période d'état.
Les grandes indications thérapeutiques y sont nettement formulées et consistent en ces deux faits : lo ouvrir les foyers de suppuration pour opérer le dégorgement des tissus; 2"* rétablir le cours normal de l'urine pour l'empêcher de s'infiltrer de nouveau.
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On !e voit, ces indications sont précises et ne laissent rien à désirer. Peut-être y a-t-il quelques légères modi* fications à apporter au manuel opératoire touchant le lieu d'ouverture de la partie suppurée; peut-être aussi trouvera-t-on des moyens plus simples, des instruments plus commodes pour obtenir le rétablissement du couï*s normal de Turine. Mais les indications capitales restent les mêmes, et tout l'honneur en revient à nos devanciers* A coup sûr , ils méritent nos hommages pour ces grandes règles thérapeutiques qu'ils nous ont léguées.
Si donc la partie clinique a été pleinement étudiée, il n'en est plus de même de ce qu'on appelle vulgairement la partie théorique, nous voulons parler de la pathogénie, c'est-à-dire des conditions diverses qui font que Furine va former ici une poche urineuse, là un abcès urineux, ailleurs de la suppuration diffuse.
Qu'on lise dans les auteurs français la question de l'urine épanchée dans les tissus, on trouvera des articles tout à fait distincts, répondant à des types cliniques différents. Veut-on savoir maintenant la raison de cette distinction"? On y voit, par exemple, que si l'urine vient à s'infiltrer largement dans les mailles du tissu cellulaire souS'Cutané, sous-aponévrotique ou iotermusculaire, c'est de V infiltration urineuse : tandis que si elle s épanche goutte à goutte dans les tissus, diit*elle même les décoller dans une grande étendue, dût elle même constituer une tumeur volumineuse, c*est alors un abcès urineux\ Et maintenant la suppuration reste-t-elle loca* Usée au point même où Turine s'est creusé une cavité, l'abcès urîneux est dans toute sa pureté* Que Tinûammation vienne à se propager peu à peu aux tissus d'alentour, qu'une inflammation diffuse se développe, ce n'est plus alors un abcès urioeux, mais bien une infiltration d'urine. On suppose dès lors que l'urine d*abord collectée
a filtré progressivement dans l'épaisseur des tissus, et y a déterminé un phlegmon diffus.
Dans Tesprit des auteurs, abcès urineux signifie affection légère, infiltration urineuse représente quelque chose de tout à fait grave ; le premier produisant un simple abcès, la seconde produisant un phlegmon diffus, c'est-à-dire développement rapide de la suppuration, fusées purulentes et mortification du tissu cellulaire, se faisant soit au-dessous des téguments, soit dans les espaces intermusculaires, fusées purulentes ayant une tendance extrême à la diff'usion, et s'accompagnant souvent de gangrène.
Tel est le tableau de Tun et de l'autre. Si je Tai accentué aussi fortement, c'est afin de mieux montrer l'esprit des auteurs à ce sujet, c'est aussi afin de caractériser toute la diff*érence qui suivant eux existe pour ces deux affections, lesquelles reconnaissent cependant une cause unique, Tépanchement de l'urine dans les tissus, mais avec cette différence, que dans un cas l'urine a filtré goutte à goutte, tandis que dans l'autre elle a été violemment chassée hors des voies naturelles pour passer dans le tissu cellulaire. En un mot, tout se résume dans ce fait, la force plus ou moins grande d'expulsion, abcès urineux, si cette force d'expulsion est insignifiante, infiltration urineuse atteignant son maximum d'intensité, si cette force d'expulsion est puissante. C'est toujours de l'urine épanchée dans les tissus, et elle est toujours nuisible à un degré quelconque.
Dans la description de ces deux affections on a reconnu un premier fait, et on l'a affirmé hautement, la nocuité de l'urine au contact des tissus. Envisageant ensuite la force avec laquelle cette urine pénétrait dans nos tissus, on a distingué et décrit deux affections tout à fait distinctes l'une de l'autre, pouvant se traduire l'une et l'autre par ces deux termes, phlegmon simple et
phlegmon diffus. Considérant enfin la quantité d'urine, on a supposé que le phleguion diffus urineux ou l'abcès urineux simple prenait une extension, sinon proportionnelle, du moins en rapport avec la quantité plus ou moins grande d*urine contenue dans les tissus.
Et pour résumer les conditions sous lesquelles on a envisagé la nocuité de Turine, on peut dire qu'elles se réduisent a deux : 1*^ force d*expulsioo ; 2*^ quantité d'urine.
Réduite à des termes aussi simples, la question de répanchement de l'urine dans les tissus nous paraît trèsincomplète. On suppose d'abord gratuitement un premier fait, c'est la nocuité constante de Turine, aboutissant pour le moins à la formation d'un abcès. Mais, même en l'acceptant comme démontré, il y a bien d'autres conditions à étudier. Sans doute Turine poussée avec grande force dans les tissus va déterminer une grande irritation, va produire des ruptures partielles du tissu cellulaire et des petits vaisseaux; sans doute aussi une grande quantité d'urine dans ces conditions pourra être nuisible aux tissus orgaiiiques, mais ce n*est pas tout.
L^urine qui s'infiltre est-elle toujours la même? Estelle acide ou est-elle alcaline? Acide, a-t-elle de la tendance à se décomposer, à passera Tétat de putréfaction? Alcaline, quelle en est la cause? Est-ce du carbonate de chaux qui ramène au bleu le papier de tournesol rougi par les acides ; est-ce du phosphate aramoniaco-magnésien ou du sulfhydrate d'ammoniaque? etc. Cette condition vient d*étre étudiée avec soin par M. Arthur Menzel, et nous aurons à y revenir.
Est-ce là tout? nous ne le croyons point. Les tissus eux-mêmes, leur force de vitalité, l'organisme, en un mot, doit être pris en haute considération, et même est-ce peut-être le point le plus important.
Comment va se comporter l'urine au sein des tissus? Telle doit tïtre posée la question, telle du moins nous la posons. Eln considérant simplement les résultats cliniques, sur lesquels nous reviendrons longuement, on est frappé de voir une si grande variété, A tel point qu'on peut dire que pas un cas n*est absolument semblable à son voisin. Malgré cela, il est des rapprochements à faire, il y a des types parfaitement connus, parfaitement définis. Ce sont ceux-là seuls que nous examinerons.
Prenons d'abord les contusions de Furèthre, qui se produisent d'habitude chez des personnes jeones, saines et vigoureuses. A la suite d'une chute sur te périnée, la muqueuse uréthrale se trouve divisée, les tissus sous-jacents se trouvent eux-mêmes déchirés et contus. Un épanchement de sang et d'urine se fait dans le point même de la rupture. Que voyons-nous le plus souvent? Rien, ou presque rien. Cette urine qui, dans d'autres cas, va ûtre si désastreuse pour les tissus» va produire tout au plus un abcès limité, qui restera localisé aux parties coutuses. Cette urine qui va se trouver mélangée à du sang et à des tissus plus ou moins frappés de mortification, résultatde leur contusion, cette urine va être presque innocente, L* ensemble des faits pour les contusions de Furèthre atteste sa bénignité relative, et nous l'acceptons comme telle-
Voilà maintenant un autre individu, alcoolique de longue date, porteur d'un rétrécissement ancien, et d'au* très lésions vésicales et rénales par derrière son rétrécissement; une infiltration d'urine vient à se produire^ et tout aussitôt se manifestent des symptômes graves. Non-seulement les signes généraux indiquent une mort imminente, mais les signes locaux sont véritablement effrayants. Au fur et à mesure que Furine s'infiltre dans ses tissus, il semble que les phénomènes inflammatoires s'ensuivent du môme coup. Non-seulement le gonfle-
ment des parties a lieu» mais bientôt l'œdème, puis la rougeur, puis la crépitation gazeuse. Et tout cela ne se limite point* La diffusion se fait à droite, à gauche, un peu partout, et l'on voit apparaître de ces immenses phlegmons diffus qui envahissent tous les tissus, cutanés, sous-cutanés, musculaires et aponévrotiques, et qui, gagnant les parois abdominales, peuvent arriver jusqu'à l'aisselle*
Tableau symptomatique effrayant, mais réel, authentique, comme plusieurs observations en font foi. De sorte que, si Ton envisage seulement la cause immédiate, sous rinfluence de laquelle ont apparu tous ces symptômes, on peut dire et on doit dire à priori qu^l y a deux urines. Tune douée de propriétés septiques au suprême degré, l'autre au contraire presque inoffensive, de sorte que, si l'on voulait s'en tenir à ces deux catégories de faits, qui sont les antipodes l'un par rapport à l'autre, il y aurait lieu de se demander les raisons d*une réaction si légère dans le premier cas, pour en faire la comparaison avec celles qui donnent au second cas une gravité tout exceptionnelle»
Ce n'est pas tout encore, car la question est loin d'être aussi limitée. Entre ces deux termes extrêmes, il existe une série d'autres états, d'abord plus ou moins rapprochés du premier extrême, qui vont peu à peu s'en éloignant pour arriver en fin de compte à un degré plus ou moins voisin du second extrôme.
Sans doute l'urine doit être étudiée dans ses propriétés diverses, mais ce n*est là qu'un coté du problème à notre sens. Q.U on veuille bien le remarquer, les cas si graves que l'on observe, se présentent tous chez des individus en quelque sorte décomposés par avance, et Tautopsie vient révéler des altérations organiques qui en sont le témoignage le plus authentique. Ces cas si graves attestent donc Tétat des tissus de Tindividu, plutôt qu'ils ne
démontrent la septicité de Turine ; tandis que les poches urineuses dénotent à Tinverse une intégrité parfaite des tissus organiques.
Les qualités diverses de l'urine, la quantité qui a passé dans les tissus, la force avec laquelle elle les a pénétrés, doivent influer sur le développement ultérieur des accidents.
Nous avons donc à étudier toutes ces conditions diverses isolément d*abord, puis, faisant la synthèse, à montrer comment la clinique réunit deux à deux, trois à trois de ces conditions, et arrive à produire ces résultats divers, tout en paraissant provenir d'une même cause, en apparence identique.
Dans un premier paragraphe, nous exposerons les conditions physiques de la pénétration de l'urine au sein des tissus.
Dans un deuxième nous chercherons à savoir comment se comporte l'urine d'après ses qualités.
Dans un troisième, nous rechercherons les modifications apportées par la quantité d'urine et sa force d'expulsion.
Dans un quatrième, nous étudierons l'influence des tissus eux-mêmes, et prenant dans les observations celles qui peuvent réunir une ou plusieurs de ces conditions, nous tâcherons de les mettre en relief.
Dans un cinquième, nous dirons un mot des indications thérapeutiques.
§ I — Conditions physiques de la pénétration de Vurine au sein des tissus.
Un mot d'abord sur le mode de pénétration de l'urine au sein des tissus, et sur son mode de propagation.
Pour que l'urine s'épanche au dehors de ses voies naturelles, il faut assurément un obstacle, et cet obstacle
se rencontre dans deux circonstances, à la suite d'un traumatisme portant sur l'nrèthre, ou à la suite d*un rétrécissement.
Le premier de ces mécanismes est très-simple à comprendre. Une porte est ouverte, et par cette porte s'échappe l'urine, en quantité d'autant plus considérable que la voie est plus large, que les obstacles à rémission urinaire se trouvent eux-mêmes plus difficiles, Je n'insiste pas. Pour ce qui est du rétrécissement, un autre élément intervient, c'est la rupture de la muqueuse uï*éthrale par l'urine elle-même poussée avec force. Ce mécanisme, parfaitement indiqué par Hunter, se trouve très-clairement développé dans le livre de M. Voillennier, et la citation du texte nous paraît être le meilleur moj^en de Texposer.
€ Dès qu'un rétrécissement est arrivé à un certain degré, les urines ne pouvant sortir librement, tendent à dilater l*urèthre en arrière de l'obstacle qu'elles rencontrent. Plus le rétrécissement devient étroit, plus cette dilatation du canal augmente. Après chaque miction, une petite quantité d'urine s'arrête dans cette sorte de poche; elle y séjourne et s'y altère; sa présence ne tarde pas à en enflammer les parois, qui deviennent plus friables et moins résistantes. Si, dtms cet état de choses, le malade, dont la dysurie est chaque jour plus grande, se livre à des contractions violentes pour débarrasser sa vessie, le flot des urines, faisant effort contre les parois de Turèthre, finit par se déchirer en arrière du rétrécissement. On comprend alors que l'urine s'épanche en grande quantité et qu'elle s'infiltre plus ou moins loin dans Tépaisseur des tissus, car elle n'est retenue par aucun obstacle, »
Saisissant par sa clarté, ce passage ne peut laisser aucun doute dans l'esprit du lecteur. Deux faits en ressortent : c'est en premier lieu l'altération des parois du
canal, et en deuxième lieu les efforts du malade à expulser son urine.
i* En quoi consiste maintenant cette altération de
l'urèthre? Gn\ce à Fendoscope, cette question aujourd'hui peut être résolue, M. Desormeaux a démontré la grande fréquence des granulations de Turèthre, granu* lations qui sont au début le fait de la blennorrhagie, et qui plus tard sont entretenues par le rétrécissement. Cet état granuleux de la muqueuse, qui ressehible à une mûre, ne se voit bien que du vivant du malade, absolument du reste comme pour les gi'anulations conjonctivales. Après la mort ces granulations, venant à se vider de leur sang, ne sont plus appréciables. Telle est la raison pour laquelle on les a si longtemps méconnues.
Leur existence suffit à expliquer le ramollissement de ^la muqueuse, partant sa facilité à se laisser déchirer. 11 peut également arriver qu'une très-minime quantité d'urine pénètre le tissu ramolli de la muqueuse, et y détermine un abcès ; dès lors se trouve une large ouverture qui facilite le passage de l*urine et son infiltration dans les tissus avoisioant le canal.
On a beaucoup discuté autrefois pour savoir si, par derrière le rétrécissement, il 3^ avait une ulcération, un ramollissement simple ou un abcès. Question certainement importante, qui reçoit aujourd'hui une solution définitive par le simple fait de l'examen anatomique.
Comme je le disais il y a un instant, l'examen endoscepique a démontré les granulations uréthrales par derrière le rétrécissement, une fois ce dernier incisé. Que signifient ces granulations, sinon un ramollissement de la muqueuse? Maintenant, du ramollissement simple à Tabcès de la muqueuse il n y a pas loin. Ces granulations, constituées par un tissu embryonnaire riche en vaisseaux capillaires, à la moindre irritation, pourront s'abcéder dans toute leur épaisseur, et si Tinfiltration
d*urine se fait à cette période, nous aurons alors Tinfil tration résultant de la formation d'un ahccs.
Que Tabcès une fois formé vienne à se vider, et que | rinfiltration ne se produise pas à ce moment, il en résultera une ulcération, laquelle persistera par le séjour ^Ê constant de Turine, et si un beau jour Finfiltration se ^1 fait, ce sera à travers une ulcération qu'elle se produira.
Tous ces états pathologiques divers existent donc» mais en réalité le mécanisme est le même, il est unique. En arrière du rétrécissement, la muqueuse uréthrale se trouve altérée, et cette altération peut consister en un simple ramollissement, c*est-à-dire^ en un état granuleux, ou bien ce sera un abcès, ou bien encore une ulcération, états pathologiques dérivant tous d'une même cause, l'obstacle à l'émission de Turine,
Ainsi voilà une altération portant sur la muqueuse de l'urèthre, qui est le fait du rétrécissement, qui augmente avec lui et lui est en quelque sorte proportionnelle. Ce n*est pas en arrière seulement de l'obstacle que se trouvent ces lésions, ce peut être dans toute Tétendue de Turèthre. Un rétrécissement du méat pourra déterminer cet état granuleux de la muqueuse dans la portion pénienne, et aussi dans les portions musculeuse et prostatique. Il en sera de môme pour les abcès ou les ulcérations. De sorte que, si à un moment Tobstacle vient à être trop fort, et que l'infiltration d'urine ait lieu, ce sera dans le point le plus faible qu'elle se produira. 11 n'y a donc pas lieu de s'étonner, qu'un rétrécissement unique siégeant au méat, on voie l'infiltration avoir son point de départ dansla portion musculeuse, et l'urine pénétrer dans la loge moyenne du périnée. Nous reviendrons du reste sur ce point clinique dans un instant. Continuons pour le moment la série des altérations qui existent dans le système des voies urinaire5,et qui sont dues au rétrécissement. La plus importante d'entre elles, c'est l'hyper-
trophie de la vessie, véritable hypertrophie compensatrice y qui augmente avec l'obstacle. Elle est tout à fait l'analogue de Thypertrophie du cœur, qui a lieu toutes les fois que surgit un obstacle dans les voies circulatoires. De môme pour la vessie. Chargé d'expulser l'urine qu'il a reçue dans sacayité, cet organe sera soumis à des efforts réitérés et énergiques pour arriver à l'évacuation complète. La partie contractile s'accroîtra; de nouvelles fibres musculaires se formeront, et ces fibres se réunissant à d'autres constitueront des faisceaux de fibres musculaires. Il y aura une véritable hypertrophie vésicale, portant principalement sur l'élément contractile; hypertrophie quelquefois considérable , pouvant aller jusqu'à donnera l'organe une épaisseur de 1 centimètre.
Cela se voit surtout dans les cas de rétrécissements traumatiques, lesquels, arrivant très-vite à leur summum d'intensité, ne laissent plus qu'un passage excessivement étroit pour l'urine, d'où efforts considérables de la part du malade pour évacuer son urine. Souvent môme il n'y arrivera pas complètement, et une rétention d'urine accompagnée ou non d'incontinence se manifestera.
Ce qui est vrai pour les rétrécissements traumatiques l'est aussi pour les autres. Seulement l'hypertrophie compensatrice de l'organe vésical sera moins intense, moins immédiatement appréciable, et cela se comprend. Le rétrécissement lié à la blennorrhagie, qui va mettre dix ans, quinze ans et plus, à se constituer, à détermi-^ ner des troubles dans l'émission de l'urine, produira de môme une hypertrophie vésicale proportionnelle à la difficulté.
Je m'arrôte là dans la description sommaire des lésions consécutives au rétrécissement de l'urèthre. Ce sont les seules qu'il nous importe de connaître dans ce chapitre, les seules nécessaires pour l'interprétation du
fait : passage de Turine â travers les tissus. EHes nous expliquent comment l'urîne peut arriver facilement à rupturer les tissus déjà ramollis et à s'infiltrer au loin dans leur épaisseur.
Le muscle vésical, ayant acquis une puissance double ou triple, pousse avec violence les urines au dehors. Si maintenant le rétrécissement fait un obstacle sérieux, les urines, animées d'un mouvement de propulsion considérable, déchii'ent la muqueuse ramollie et s infiltrent plus ou moins loin dans Tépaisseur des tissus suivant leur force de propulsion. Nous ne connaissons pas au juste la force de contraction du muscle vésical ; elle n'a pas encore été évaluée scientifiquement. Mais, en se fondant sur les expériences qu'on peut facilement répéter sur soi-même, on peut dire que cette force de contraction est considérable- Pressez en effet le méat ur inaire, et tâchez de retenir Turine, vous verrez le canal se dilater brusquement, largement, et vous aurez une idée de cette puissance conti'actile de la vessie. Quelle sera-t-elle lorsque les fibres musculaires de cet organe auront pris une extension de nombre et d'étendue? Il faut avoir assisté au passage de T urine à travers les tissus pour bien comprendre cette puissance. J'ai eu cette bonne fortune, ainsi que je le relate dans l'observation IV, et j'avoue maintenaut que ce qu'il m'est le plus difficile de comprendre, c'est non pas Tinfiltration, mais le peu de désordres commis.
Ces deux séries d*altératîonssont essentiellement connexes Tune de l'autre. Considérées dans leur plus faible degré, on conçoit que Turine ne puisse pas pénétrer au loin dans les tissus ; prises au contraire à leur degré le plus élevé, tout devient compréhensible et Ton s'explique aisément ces infiltrations qui se produisent au loin.
2** Quel va être le point de la muqueuse uréthrale qui va se rupturer sous l'influence du seul effort des urines ?
On peut établir d'abord en principe que ce sera en arrière du rétrécissement. Ce point ne pouvant être contesté, je passe.
Mais il en est un autre qui peut-être ser^ sujet à contestation, et sur lequel je désire appeler T attention. Toute la priorité en revient à notre maître M. Guyon ; car lui, le premier, il Ta démontré dans un cas fort remarquable que j'extrais de la thèse de M. Leroy, 1870 :