VALEUR DE L'HÉMIANESTHÉSIE AU POINT DE VUE SÉMÉIOTIQUE
L^hémianesthésie se rencontre dans l'hystérie et Thystéro-épilepsie, et nous savons maintenant qu'elle peut accompagner la destruction de certaines parties des centres nerveux, que cette destruction soit le fait d'une hémorrhagie, d'un ramollissement, de la compression causée par une tumeur ou môme d'un traumatisme. Dans les deux premières affections elle est essentiellement mobile et souvent incomplète. Dans l'hystéro-épilepsie elle s'accompagne fréquemment de contractures partielles du côté anesthésié. Ces contractures présentent elles-mêmes, comme le montre notre deuxième observation, les mômes caractères d'inconstance et de mobilité que les autres symptômes de cette névrose.
Quand l'hémianesthésie est liée à une altération des centres encéphaliques, elle est au contraire fixée, persistante, localisée toujours du côté paralysé, et ne se modifie que très-lentement dans un sens ou dans l'autre, s'il n'arrive pas de nouvel insultus cérébral.
L'hémianesthésie cutanée complète, portant sur le côté du corps, tète, membre et tronc, opposé à la lésion, s'observe quelquefois, dit M. Gharcot, ainsi que cela résulte de plusieurs observations et en particulier d'un fait publié par M. Hermann Weber (a contribution to the pathology of the crura
cerebri) in Medico-chir. Tramactimis, t XL VI, en conséquence des altérations d'un pédoncule cérébral. En pareil cas les sens spéciaux ; vue, ouïe, odorat, etc., ne se montrent pas affectéâ.
C'est là un caractère qui, s'il était établi par de nombreuses observations, servirait à distinguer cliniquement Thémianesthésie liée k une lésion des pédoncules cérébraux de celle qui résulte d'une altération de certaines régions centrales des hémisphères.
Voici quelques observations d'hysléro-épilep tiques atteintes d'hémianesthésie. C'est à robligeance de ÎL le professeur Charcot que nous devons d'avoir pu les recueillir; qu'il nous soit permis de lui en exprimer ici notre reconnaissance.
Nous nous attacherons à faire ressortir les traits principaux et en quelque sorte cliniques de rhémianesthésie, qu'on peut jusqu'à présent appeler essentielle.
OflSBBVATiON L— Hystém-épilepsie. — Aneathésîa à gauche.^ Anesthéaie fugace adroite.— Disparitioa complète du goût.
Gélina M..,, blanchisseuse, âgée de 18 ans, née à Paris, entrée le 9 juin 1867 à la Salpètrièra dans le ser\âce de M. Charcot.
Père épilep tique, frère mort à 3 ans dans une attaque. La mahidie a débuté à Tàge de 18 ans, à la suite de l'extraction d'une dent. Attaques hystéro-épilep tiques très-violentes et très-fréquentes. Céphalalgie.
Voîcî la foraie trun de ces accès r
Tout d'abord quatre ou cinq contractions trèsbrusques de la niasse sacro-lombaire et de tous les extenseurs. La partie supérieure du corps ge relève et frappe isolément le lit* Léger mouvement de repos, après lequel la malade pousse trois ou quatre cris très- élevés^ tous trois du même timbre et séparés par des intervalles égaux; mouvement brusque de rotation de la tête à droite surtout; nouveau repos, nouveau mouvement de la tète, les yeux se tournent en haut et à droite*
Dans quelques accès on constate des convulsions cloniques des muscles de T abdomen et de la lace; après Taccès il n'y a ni coma, ni stertor, ni alTaiblissement de T intelligence.
Les accès débutent par une céphalalgie frontale gauche et une douleur dans le flanc gauche qui s'exagère lorsqu'elle veut marcher,
La compression de Tovaire gauche arrête les attaques, 3 juillet 1873. L'œil gauche ne distingue bien les caractères de 0"^,003 qu'à une distance de 0"',20, la vue est normale à droite. La sensibilité de la conjonctive cornéenne est seule conservée.
Ooût. — La coloquinte n'est reconnue ni à droite ni à gauche, que la langue soit dehors ou qu'elle soit rentrée* Elle sent cependant à droite le contact du corps étranger.
Owle. — On peut introduire un papier roulé dans r oreille gauche sans que sa présence soit soupçonnée*
L'ouïe de: ce côté est oflaiblie. A droite elle esl normale.
La sensibililé à la chaleur, au pincement, au' toucher et à la piqûre e^^t abolie à gauche. Elle reparait immédiatement dès qu'on dépasse la ligne^ médiane.
Odorat. — Intact à droite; à gauche, elle recon* naît ressence de térébenthine, mais elle ne reconnaît pas Talcool camphré,
Le bras gauche ne peut pas rester étendu ausd longtemps que le droit. La malade saute plus difficilement sur le pied gauche que sur le droiL Enfin le côté gauche est toujours plus froid que Tautre,
Le 19. L'élat de la sensibilité générale et spéciale est le môme. Seulement la conjonctive oculaire est absolument insensible, même au niveau de la cornée. .
G août. Môme élat que précédemment.
17 février 1874. 11 est survenu une perversion du goût qui lui fait trouver une saveur amère à tous les aliments.
Le membre pelvien gauche présente des contractions passagères; il en est de même des muscles do la partie gauche du cou. La It^te se trouve lléclÙB du côté gauche pendant toute la durée de la contracture qui ne dépasse pas un quart d'heure.
OBSEBVATfaN II.
Joséphine C..., 21 ans, née à Fontainebleau, entrtie, le itî août 1S71, à la Salpètrière, salle
' Snînie-Reinf», Ut n"* 5, service de M. le professeur Cliarcot,
Père livré à ralcoolisme, La maladie a débuté à Vàge de IS ans, à la suite d'une vive frayeur, et les attaques ont continué depuis à i^e produire en moyenne une fois en vingt-quatre heures. Au îuoment de Tal laque, la malade pousse un cri, jiiiis elle tombe sans connaissance et agitée par des convulsions qui durent environ une heure; des pleurs et une miction abondante terminent raccès, pendant lequel il lui arrive souvent d'écumer et de se mordre la langue. Deux mois avant son entrée à Fhôpital, la malade a vu ir^urvenir, à la suite d'une violente attaque^ une contracture telle dans le membre pelvien gauche, que tous les mouvements en furent abolis; celte contracture persiste encore aujourd'hui.
Les mômes phénomènes se sont produits dans le membre thoracique droit, mais ils n'ont eu là qu'une durée fugitive.
La flexion de la jambe sur la cuisse est impossible, le pied reste dans l'extension forcée (pied bot équin), Tout le membre est animé de petites secousses qui persistent quand la malade est assise.
La compression de lovaire droit diminue la violence des attaques.
3 juillet 1873. Il nous est permis, grâce à Toblîgeance de M. le professeur Charcot^ d examiner celte malade.
Vue. — Des caractères de O^'^OOSS sont dis tin-