AVIS
Du testament olographe, en date du 11 février 1866, de M. le marquis d'Ourches, décédé à Paris, le 1" mai 1867, ledit testament déposé en l'étude de M* Baron, notaire à Paris,
Sont extraites les dispositions suivantes :
(i Je veux qu'il soit prélevé sur les valeurs de ma suc-
ARTÉRIOTOMIE.
M cession une somme de vingt-cinq mille francs, deMi^ u néâj dam les condiiioiis ci-après énoncées, à la fonda- (I (ion de deux prix, savoir :
u f " Un prix de vingt mille francs pour la décou- « verte d*un moyen sifnplc et vtilgaire de reconnaître, u d'une manière certaine et indubitable, les signes de la ti mort réelle^ La condition expresse de ce prioo ^l que Cl le moyen puisse être mis en pratiffue même /j«r de n pauvres villageois sans instruction,
• 2" Un prix de cinq mille francs pour la découverte u d\in moyen de reconnaître d'une manière certaine et tt indubitable les signes de la mort réelle à Vaicle de « r électricité^ du galvanisme ou de tout autre procédé " exigeant^ soit rintervention d'un liomme de Vart, soif <» l'application de connaissances, rusage d'iustrumenis ou " l'emploi de substances qui ne sont pas à la portée de tt tout le monde, a ^
L'Académie impériale de Médecine, à ce autorisée par décret du 11 janvier 1868, a, sous la date du 22 avril ^ suivant, accepté la mission de décerner ces deux prix, et la somme sus-énoncée de vingt-cinq mille francs a été, le h mai 1867, versée par rexéculeur testamentaire à la caisse des dépôts et consignations, pour y demeurer en garantie de raccomplissement de la volonté du testateur.
Dans le cas où pendant cinq années, à dater du jour de racceplation du legs par TAcadémie impériale de Médecine, Fun ou Tautre des prix ou aucun d'eux n'aurait
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été décerné, les sommes cfui y sont destinées feraient retour à la succession * .
Vexécxiieur icstameniaire.
Membre du Conseil général de Seine-et-Oise,
De BRElVEtVY,
Nota. — Les notes, mémoires et demandes de renseigtiemeots relatifs au préseDl avis dcvronl être adressés franco à M. le secrétaire perpétuel de rAcadémie de Médecine, au siège de FAcadémie, rue des Saints- Pères, à Paris,
Le 23 décembre 1872, j'adressai la lettre suivante à M. le président de l'Académie de Médecine :
Monsieur le président,
Le 28 janvier 1868, j'ai présenté à T Académie de Médecine un pli cacheté. — L'Académie a bien voulu en accepter le dépôt*
Aujourd'lmi, j'ai Thonneur d'adresser à l'Académie un Mémoire manuscrit dans lequel Tidée exposée dans le pli cacheté a reçu ses développements nécessaires.
Je vous prie, Monsieur le président, d'ouvrir mon pli cacheté, d'en faire connaître le contenu à l'Académie et de la prier, en mon nom, de le renvoyer ainsi que mon
1. Les hôpitaux et hospices civils de Pans> représeotés par l'Admi* nistration de l'assistance publique.
ABTKniUTOMIE,
mémoire manuscrit h la commission des prix du marquis d'Oarches,
Veuillez agréer. Monsieur le président, mes hommages respectueux.
D" Veine-
Îné-W
Les concurrents pour les prix académiques sont gêné ralement des liommes jeunes et qui débutent dans la carrière* C'est un moyen d'y entrer avec honneur et profit. Cependant je n'avais jamais eu la pensée de me mêler à ces luttes. J'ai 60 ans : à quel sentiment ai-je done^ obéi en me lançant si tardivement dans cette arène dont tes habitudes et les mœurs me sont inconnues? — Au sentiment du devoir. Aussi, malgré ma déconvenue, je n'ai rien à regretter.
Depuis près de vingt ans, j'avais acquis la conviction que je possédais le moyen infaillible de distinguer la fl mort apparente de ia mort réelle; l'idée en était si simple, si facile h trouver, que je n'osais me vanter de l'avoir M (rouvée^ et souvent j'avais craint de m'en exagérer la portée. Dans mon incertitude, j'avais consulté des confrères-amis, parmi lesquels plusieurs devenus illustres par les plus éminents travaux dans les sciences biologiques- Tous, et je pouvais compter sur leur sincérité, m'avaient affirmé que mon idée était juste et entièrement vraie» que son extrême simplicité en rehaussait la valeur; tous m'avaient engagé à rendre publique celte décou-
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verte qui rendrait impossible le retour de ces faits dont le seul récit fait frissonner de crainte et dliorreur : les enterremenls de personnes encore vivanles.
Mais comment écrire un mémoire et chercher des raisonnements pour prouver une vérité qu'il suffît d'énoncer pour qu'elle soit immédiatement acceptée comme démon* trée? A-t'On jamais écrit un Mémoire pour démontrer que deux et deux font quatre ? C'était la cause de mon long silence- Il fallait un Mémoire, me disait-on, là où il me semblait que deux lignes étaient suffisantes.
Lorsque le testament de BL le marquis d'Ourches fut livré à la publicité» je sentis que j'étais arrivé aux dernières limites de Tabstention, et que j^avais à remplir un devoir rigoureux. Je déposai à l'Académie de médecine un pli cacheté, et plus tard un Mémoire, me conformant ainsi aux usages des concours officiels*
C'est ce Mémoire que je publie aujourd'hui.
Ce travail a pour base solide deux faits acquis définitivement et depuis longtemps à la science biologique :
1° La cessation de la circulation du sang coïncide avec la cessation de la vie ;
2** Les artères sont vides de sang après la mort.
De ces deux faits, je déduis logiquement ces deux propositions, — elles sont des axiomes en biologie :
!•> Circulation abolie, — artère vide, — mort réelle;
2** Circulation persistante , — artère non vide , — mort apparente.
ARTÉniOTOMIE.
Pour constater matériellement et sûrement Tun ou Pautre de ces faits, le moyen consiste à ouvrir une artère if un individu réputé mort.
tx Je comprends, me dit un ami non médecin, mais homme de grand sens; la maison est fermée, vous voulet voir ce qui se passe dedans; vous pratiquez une fenêtre et vous voyez- « On ne pourrait mieux dire.
Tel est le moyen que j'ai proposé dans mon Mémoire comme signe certain de !a mort :
l'' Ce moyen émane directement de Tanatomie et de la physiologie; il est donc rationnel;
T II est applicable sur tous les corps, quelles que soient les causes de la mort, dans tous les pays, dans toutes les saisons, h tous les âges, sur tous les cadavres, | gras ou maigres, etc. Quel autre signe de mort possède ce caractère de généralité et embrasse ainsi tous les cas?
3' Son application donne des résultats constants.
Elle constate en effet toujours et ne peut constater que l'un ou l'autre de ces faits. La circulation persiste ou a cessé.
La possibilité de son application est permanente depuis le moment où lamorl commence jusqu'à la putréfaction*.
Quel autre signe de mort possède ce caractère de constance et de permanence absolues, si important pour la pratique de la vérification des décès?
4 . Dans mon Mémoir o^ j'ai indiqué les pr^cûittioos utiles à prendre dans k pratique de rariérîotomie ; elli^ sont difTéreate^ dans tes cas de
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ûr II est suffisant pour prouver la vie ou la morl.
L'ouverture de Tarière ne démootre-t-elle pas Farrêt de la circulation cardiaque et de la circulation capillaire, qui n'est autre que la circulation artérielle prolongée? De r abolition de celle-ci, ne faut-il pas forcément conclure que la combustion, la calorificatioo, la nutrilion, etc., sont définitivement arrêtées? Ainsi de Vextré^ mité cardiaque de l'artère ouverte, on a vue sur tout Forganisme.
5** Ce moyen est d'une très-facile application, puisqu'il suffit d'ouvrir Tartère temporale» Quel médecin oserait avouer ne pas savoir pratiquer une opération si simple? Quel est celui qui, ayant perdu complètement riiabitude des petites opérations, n'acquerrait de nouveau riiabileté nécessaire, en une seule séance d'amphithéâtre au plus voisin hôpital?
6" La pratique de ce moyen est sans danger, puisque les anciens médecins pratiquaient la saignée de la temporale dans le traitement de diverses noaladies, et que toutes les observations qu'ils nous ont léguées attestent que ce fut toujours sans le moindre 'accident.
Avec tous ces avantages, mon moyen ^ visant le prix de 5,000 francs, pouvait cependant être insuffisant pour mériler ce prix. Il devait répondre très-exactement au
décès ordîDaire, et dans les cas de mort subite. Réponse est donc faite d'avance à certaines objections : ainsi, la syncope.
ARTÉniOTOMIE,
programme formulé par le testateur et en remplir toutes les conditions.
J*extrais du teslament du marquis d'Ourches les clauses qui cgncernent le prk de 5,000 francs :
« Je veux qu'il soit prélevé sur les valeurs de ma succession : :
« 2" Un prix de 5,U00 francs pour la découverte d'uo (I moyen de reconnaître d'une manière certaine et indu- « bitable tes signes de la mort réelle, à Taîde de Télecu tricîté, du galvanisme ou de tout autre procédé exigeant, « soit rintervcntion de Thomme de Fart, soit rapplication M de coonaissances, Tusage dlnslruraents ou remploi de « substances qui ne sont pas à la portée de tout le <£ monde, m
Ainsi, le marquis d'Ourches avait imposé trois conditions aux concurrents pour le prix de 5,000 francs : ■
1** La découverte d*un moyen de recoîinaUre la tnoTt réelle.
L'ouverture d'une artère pour constater la mort n'a jamais été proposée. La priorité de cette idée ne m'a été contestée par personne. Il y a donc découverte, et ceti décmtverle m'appartient.
2" Le moyen proposé doit être certain et indubitable.
Le moyen que je propose n'est-il pas certain et indubitable? — Pour soutenir le contraire, il faudrait admettre
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que la vie peut persister alors que la circulation du sang est abolie. Et qui donc oserait émettre une telle hérésie biologique?
3** Le moyen indiqué doit exiger l'iîftervention de C homme de l'art et l'emploi d'inslmments ou de sitb- ,î(an€es qtd ne sont pas à la portée de (oui le monde,
La pratique de rartériolomie exige rintervcntion de l'homme de Part» Quant à Tinslrument, la lancette ou le bistouri ne sont-ils pas à l*usage exclusif des médecins et des chirurgiens ?
Ainsi mon moyen répondait complètement au programme et remplissait toutes les conditions imposées par le testateur.
J'avais donc le droit de dire que le but indiqué par le marquis d*Ourches était atteint et que le prix de 5,000 francs serait décerné. Non pas que j'eusse la sotte prétention que ce prix m'était définitivement acquis, alors que cent deux concurrents étaient inscrits pour te concours, et que j'étais complètement ignorant du contenu de leurs Mémoires et de la nature des moyens proposés par eux. Un de mes concurrents, plusieurs même pouvaient, comme moi, avoir atteint le but et même par la découverte de moyens préférables. Dans ce cas, je puis le dire, ne pensant qu'à l'intérêt général, à la grande question humanitaire, objet de ce concours, plus que tout autre el le premier j'aurais applaudi à mon vainqueur. Mais si de tous les concurrents seul j'avais rem-
lu
ARTÉnîOTOMIE.
plî les conditions du programme et atteint le bu(^ n'avais-je pas le droit d'attendre de TAcadémie que le prix de 5,000 francs me serait décerné?
A ta séance du 2 décembre 1873, au nom de la Commission des prix d*Ourches, M* Devergîe, rappor- ^ teur, donna lecture de son rapport à rAcadémie. La | lecture de ce rapport fut terminée à la séance suivante, le 9 décembre. (
Il n'est pas dans mon intention de faire la critique de ce rapport % ce serait en ce moment inopportun. Quelques ■ remarques absolument nécessaires me suffiront.
M, le rapporteur conclut en proposant à F Académie de ne pas décerner le prix de 20y000 francs.
Quant au prix de 5,000 francs, aucun des Mémoires n'ayant mérité le prix, M. le rapporteur propose h FAcademie de diviser cette somme en cinq parts inégales qui seront décernées aux cinq compétiteurs qui tt ont le plus approché du but, »
La Commission accorde en outre trois mentions honorables et un encouragement.
Les termes du testament de M. le marquis d'Ourches permettaient-ils ce partage du prix, et les intentions du testateur ont-elles, par ce partage entre des concur-
i , Bulkiin de V Académie de médecine^ séances des 2, 9 et 16 décembre 1873. — G. Masson, éditeur.
AaTÉRIÛTOMIE.
rents qui n'avaient pas aiieini le bulj été fidèlement respectées? Cesl à ropinion publique à poser à son tour ses conclusions»
Le 12 décembre 1873, j'adressai la lettre suivante à un membre de rAcadémie :
Mon cher confrère,
Étant retenu chez moi depuis plusieurs semaines pour cause de maladie, je n'ai pu assister aux deux dernières séances de TAcadémie, dans lesquelles M. Devergie a donné lecture de son rapport sur le concours des prix d'Onrches.
J'avais prié un confrère de mes amis d'assister à ces deux séances. Il m^affirme que dans le rapport de M. Devergie mon nom n'a pas été prononcé, et mon mémoire sur l'arténotomie, comme signe de mort réelle, ni disculé, ni même mentionné*
Comme membre de la Commission , vous connaissez sans doute les motifs pour lesquels mon travail a été aussi complètement écarté par M* le rapporteur; vous m'obligerez beaucoup en me les communiquant par quelques lignes, puisque je ne puis me rendre chez vous.
J'attends ce service de votre bonne amitié.
Votre tout dévoué, Veyne.
Le membre de l'Académie auquel ma lettre était adressée ne me fit pas de réponse. — J'avais cru cepen-
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dant pouvoir compter sur soo appui dans la Commission, car en 1&G8, lors du dépôt de mon pli cachelé, je lui en avais confié le contenu, et il m'avait dit ces paroles textuelles : Votre moyen est très-simple^ il nen esi que meilleur»
I Quelques jours après, je pus constater par la lecture
du Bulletin de P Académie que mon Blémoîre n'était en effet ni discuté, ni mentionné dans le rapport. J'appris aussi par cette lecture que sur cent deux Mémoires qui avaient été présentés au concours, les Mémoires, au nombre de neuf, plus ou moins récompensés, pour s^éire approchés duhut, étaient les^euJs dont le rapport fît mention- II résulte de ces fdts que T Académie n'a pas été informée qu'il y avait parmi les Mémoires présentés au concours un travail sur rartériotomie. Le jugement qui me concerne émane donc simplement de la Com-
^^ mission '.
W G est pour ce motif que j'ai cru devoir envoyer à chacun des membres de T Académie un exemplaire de mon Mémoire et en appeler ainsi de TAcadémic non informée à r Académie bieti informée,
j^ Je m'explique : il ne s'agit plus pour moi du concours ni du prix d'Ourches; celte question a reçu une
4. On m'assure même que la Commissian et M. îe rapporteur ont accepté sans contrôle le iugcmcni du membre delà Gemraissîon chargé
de rexamen do mon Mémoire. Ainsi, ce serait te seul M. W quî
m'aurait condamné à ôtre enterré... vivant.
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solution dérmitive*. Mais la question scienlîfique, la question d'hygiène générale et d'utilité publique, restent intactes et entières. Que TAcadémie me permette de lui rappeler avec respect qu'en acceptant le mandat que lui avait confié M. le marquis d*Ourchcs, elle s'est associée à sa pensée, et qu'elle a le devoir de continuer la mission du généreux donateur, en donnant lappui de sa grande autorité k la découverte qu'il avait si ardemment désirée, et en s'eflbrçant d'en généraliser les bienfaits.
Paris, le 10 mars i 874.
4 . C'est dans cette pensée que je ne ferai parvenir les exemplaires de mon Méraoire aux membres de rAcadémîe qu'après la séance publique annuelle du 17 mars, dans laquelle les prix seront officielle* ment décernés.
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