PARIS ADKIEN DELAHAYE, LIBRAIRE-EDITEUR
PLACB DB L'KCOLK-DB-inDKCIHB.
if
'^iJ
DE LA VALEUR
DE QUELQUSS
PHÉNOMÈNES COiNGESTIPS
DANS LA DOTHIÉNENTÉRIE
AVANT-PROPOS
Depuis que Trousseau et Bretonneau {!) en 1826 ont déterminé la place que devait occuper la d othiénentérîe à côté des fièvres éruptives, beaucoup de travaux se sont succédé, parmi lesquels un petit nombre d'écrits seulement ont approuvé les opinions de ces deux maîtres illustres de l'école française. Cependant, d'après les plus récentes découvertes sur ce sujet» il demeure établi que la fièvre typhoïde est une maladie totius substantiœ^ qu'elle présente un cycle fébrile qui détermine sa nature de pyrex ie, qu'elle offre une éruption nécessaire qui, pour être placée sur l'intestin, n'en a pas moins une valeur aussi considérable que celles qui caractérisent la variole, \h rougeole, la scarlatine.
(1} Arçh. géfu de méd., 182*5.
Mais le propre de ces fièvres est de présenter, à côté d'une lésion spéciale, une série d'altérations qui peuvent frapper la totalité des organes ou des tissus, altérations variables quant à leur intensité, variables également quant à leur nature, qui n'ont qu'une importance médiocre pour caractériser la fièvre dans le cours de laquelle on les observe, mais qui doivent en avoir une excessive aux yeux du clinicien, car ce sont elles qui amènent le plus souvent la mort des malades. En effet, si nous considérons quelles sont les causes de la mort dans la dothiénentérie^ nous voyons que celles qui agissent le plus fréquemment se rattachent à une altération du sang, à des lésions du cerveau^ des poumons, du cœur, et que^ à part le fait rare de perforation, Tétat de l'intestin ne peut pas, dans la plus grande majorité des cas, expliquer cette terminaison funeste. Il arrive que quelquefois on ne trouve à Tautopsie qu'un gonflement insignifiant des plaques de Pejer. qu'une ulcération à peine marquée de quelques follicules clos. Ce fait est tellement vrai qu*nn a pu affirmer hautement que les lésions intestinales n'étaient pas en rapport avec l'intensité de la maladie.
Si on examine à un point de vue général l'ensemble des lésions qu'on trouve à l'autopsie d*un tjphique, on voit qu*elles peuvent se diviser en deux classes: les unes sont des faits de destruction et de reconstruction i organique; les autres sont des faits de nature congés* ^M tive et quelquefois inflammatoire. Nous allons passer rapidement en revue les principales de ces altérations.
La lésion caractéristique de la dothiénentérie frappe la plus grande partie du système lymphatique de Tin
testin ; elle a tendance à Tulcération, c'est-à-dire à un mode particulier de destructioo des parties qu'elle atteint; décrite au point de vue histologique par un grand nombre d'auteurs, elle n'est cependant complètement connue que depuis le travail de M. Cornil (1), 11 importe de remarquer que cette lésion s'étend aux ganglions mésentériques, aux ganglions bronchiques, aux follicules de Testomac, surtout à ceux de Tœsophage, du phar^^nx, du larj^nx, aux amygdales, où elle est toujours identique à elle-mOme, quoique d'in* tensité différente. On trouve encore, rarement il est vrai, des foyers de néoplasie typhique dans le foie et dans les reins, des lésions des ganglions lymphatiques des membres. Après une période de processus typhique proprement dit, c'est-à-dire d'un processus de destruction, survient une période de réparation* Cette interprétation due à Hamernjk, reprise par M. Jaccoud et étendue par celui-ci à révolution clinique de la maladie» doit donner la clef de ces phénomènes multiples dont Fensemble constitue la dothiénentérie.
Les lésions du système musculaire strié sont peutêtre aussi caractéristiques que celles du système lymphatique intestinal. M, Hayem (2), après plusieurs autres, les a décrites, mais il en a indiqué de plus la signification réelle; elles consistent dans une destruction spéciale des faisceaux musculaires primitifs, plus ou moins étendue dans chaque cas, et est suivie d*une
(I) CoriiiU Arch. de phijf, normale et paih. J87Û, p. 292. (S) Hayem. Dos myoâiteâ Byni[>lomaOque9, Arch. deph}f$. mrm, et paih,^ 1870,
réparation dont les diverses phases sont maintêQant assez bien connues.
A côté de ces deux lésions, et dans le même ordre d'idées, s'en placent d*autres qui sont beaucoup moios bien connues, L*altération du sang est constante; elle est excessivement complexe, et les produits de décomposition d'un grand nombre de tissus et d'organes atteints dans le cours de la dothiénentérie» accumulés dans le sang, pourraient servir à l'expliquer. Cependant la complexité môme des altérations doit faire naître des doutes sur leurs causes et sur leurs effets.
Dans un bon nombre de cas, on observe une dégé* nérescence des éléments cellulaires du foie; M. Chèdevergne{l) a révélé le premier la nature de cette lésioQ dontDelarroque et Beau avaient constaté les effets; la bile perd ses principes, ses qualités; la sécrétion du foie est viciée ou interrompue. Une semblabU dégénérescence s*observe aussi dans les reins. Quant à la rate, si nous en cro3'ons les recherches d'Hoffmann (2), les altérations portent principalement sur le système lymphatique de cet organe.
On doit encore citer parmi les lésions de nature destructive celles d'une partie du système vasculaire et du système nerveux. Le cœur participe à la dégénérescence spéciale aux muscles, ou est atteint de dégénérescence graisseuse. Les capillaires du cœur et des muscles sont bien souvent malades (Hayem) ; ceux de plusieurs organes, notamment des reins et du cerveau,
'1) Chcdevergne. De la flèvr« typlioTde. Tbèfles de Paria, i864, p. 53, (â) HoUmaiiû. Unieri, ùber die palhoL Anat» VtramL der Organe Mm atdûmùmi Tjfphujf lSCt9j p. 195.
sont souvent atteints de dégénérescence graisseuse de leurs parois, surtout de la tunique interne; cette lésion s'observe encore dans les branches de l'artère pulmonaire (1), elle produit nécessairement une fragilité anomale des vaisseaux qui en sont atteints.
Quant aux lésions qu'on peut appeler destructives de l'encéphale^ elles ne sont connues que par quelques faits réunis par M. Jaccoud, que nous avons reproduits dans le chap. IV, et par certaines recherches d'Hoffmann, qui a trouvé quelquefois les éléments actifs du cerveau en dégénération graisseuse ou pigmentaire. Peut-être doit-on retrouver l'indice d'une réparation incomplète du cerveau dans les faits d'aliénation mentale à la suite de la dothiénentérie. En 1872, nous avons observé un fait de rechute de fièvre typhoïde au bout de trois semaines; pendant rintervalle qui a séparé les deux évolutions typhiques, cette femme, qui paraissait jouir de la meilleure santé, était en proie à un délire tranquille, continu, raisonné, qui a disparu avec les autres symptômes delà seconde atteinte de lapyrexie. Il semble permis de penser que le cerveau était resté malade après la première, et que la lésion qui avait persisté n'a pu disparaître qu'à la suite de la seconde. Cette observation fut présentée à la Société médicale des hôpitaux par M. Cornil.
A côté de cet ordre de lésions destructives dont on connaît à peine quelques-unes, et qui sont sans doute plus nombreuses, on en observe un autre dont le caractère le plus remarquable est la congestion vasculaire,
(1) Hoffmann, loc. cit., p. 238.
Ces hyperémies peuvent siéger sur des organes qui présentent aussi des lésions de nature destructive, m elles acquièrent une importance souvent considérabl dans des organes où ce dernier ordre d'altérations n'e pas connu, C*est ainsi que le foie, les reins, rinlesti les muscles présentent assez fréquemment des coog< tionsfort intenses; dans le cerveau, les poumons, ell prennent une intensité bien supérieure encore; enfin, sur la peau» on observe, dans la plupart des dotbiénen»^ té rie s, des phénomènes de nature congestive. (
Cependant, tout en donnantaux lésions du pouxnoûi de la peau, etc., le nom de congestions, il importe une fois pour toutes de faire une remarque i c'est que ces phénomènesde nature congestive s accompagnent souvent de lésions inflammatoires, et moins fréquemment d'hémorrhagies. Mais les auteurs qui ont examiné attentivement, d'une part, les lésions mèmesdonl il est ici question, d'autre pan, leur marche dans le cours de la fièvre typhoïde^ leur ont reconnu surtout le caractère d'hyperémies. Les inflammations réelles sont rares, de nature spéciale, avortées, bâtardes ; ainsi, la pneumonie n*arrîve presque jamais à Thépatisation; la méningite jamais à la suppuration, et se borne à un léger épaississement de la pie-mère et de rarachnoïde. Ceci sera du reste développé dans les m chapitres qui composent cette thèse. Leshémorrhagies ■ peu vent reconnaître plusieurs causes dans la dothiénentérie, mais il nous a semblé que dans une certaine catégorie de faits, on pouvait admettre qu*un mouve- a ment fluxionnaire était pour beaucoup dans la produc-" tion de ces pertes de sang. Il en résulte que ces pro-
cessus divers (cong^estion, inflummation, hémorrhagie) sont souvent réunis les uns aux autres, et que leur étude ne peut être absolument séparée.
Ce travail est le résultat des observations que nous avons pu faire sur la marche et la valeur de ces phénomènes congestifs ; mais, avaot d'entrer dans cette étude, qu'il nous soit permis de remercier ici ceux qui nous ont mis à môme de l'entreprendre. MM. Oulmont, Gueneau de Mussy, Moissenet nous ont prodigué leurs savantes leçons avec une bienveilkmce toute spéciale; qu'ils daignent accepter ici rexpression de la reconnaissance profonde qu'ils ont inspirée à leur élève dévoué. Mais qu'ils lui permettent de dire qu*ù leur influence respectée s'en est jointe une autre d'un ordre plus élevé encore, et que leurs excellents conseils lui étaient d'autant plus chers, qu'ils étaient appuyés de toute Tautorité paternelle de leur ami.
M, Fiselbrand, externe des hôpitaux, nous a prêté son concours bien utile en nous aidant à recueillir certaines observations, en nous traduisant quelques auteurs allemands ; nous le prions de vouloir bien accepter tous nos remerciements.
CH.^VPITRE h