DES CONGESTIONS CUTANÉES
Les signes par lesquels se révèle la congestion de la peau sont, en première ligne, la rongeur, la chaleur et dans bien des cas une sorte de turgescence de cette membrane* Mais il y a des phénomènes qui s'accomplissent à rintérieur ou à la surface du tégument externe et qui ne peuvent exister qu*à la condition d'une hyperémie ; dans l'ordre normal et physiologique, la sueur ne peut avoir lieu qu'a la condition que les vaisseaux qui enveloppent les glandes sudoripares soient gorgés de sang; dans Tordre pathologique, les diverses inflammations cutanées s'accompagnent toujours de rougeur, de chaleur, d'augmentation de volume de la partie malade, et ces phénomènes s'expliquent en partie par Tafflux pi us considérable du sang dans les vaisseaux qui se distribuent dans les points enflammés. Il en résulte que, dans l'étude que nous entreprenons actuellement, nous devrons nous occuper de l'hj^perémie qui se révèle par la rougeur et la chaleur sèche, de la sueur, des inflammations cutanées; nous dirons aussi quelques mots des hémorrhagies de la peau, quoique, pour expliquer celles-ci, il faille invoquer d'autres raisons qu'un simple mouvement fluxionnaire.
Dans la dothiénentérie, on rencontre souvent la sécheresse et la chaleur de la peau; dans la plupart
des cas graves, surtout lorsque les manifestations cérébrales dominent les autres symptômes, la peau présente ces caractères ; la main de l'observateur reconnaît au palper une rudesse insolite, reçoit une sensation souvent acre et désagréable ; on a la perception d*une surface grenue et quelquefois pulvérulente. Les doigts laissent parfois une empreinte rouge, et quand on froisse la peau, qu'on la raie avec l'ongle, il n'est pas rare d'observer les taches méningitiques de Trousseau. Ces observations sont absolument banales, et on verra souvent, dans lesnarrations de fièvre typhoïde rapportées dans le cours de cette thèse, les phénomènes de congestion sèche de la peau disparaître au moment de la convalescence. Nous pouvons donc, dèsàprésentj les considérer comme des symptômes fâcheux.
La sueurqu'on observe chez les malades atteints de fièvre typhoïde s'accompagne de deux ordres de phénomènes qui en changent absolument la signification. En eflFet, nous voyons, dans la plupart des cas, la sueur s'accompagner de chaleur plus ou moins vive, de rougeur de la peau, d'une turgescence qui rappelle celle qu'on observe dans le second et le troisième stade de Taccès de fièvre intermittente. Il s'agit alors d'une sécrétion active, d'une congestion qui doit être rangée parmi les mouvements spontanés que Forganisme exécute pendant la période morbide. Mais, lorsqu'on se trouve en face d'une sueur qui s'accompagne de pâleur ou de coloration bleue de la peau, que les extrémités sont froides ou ont tendance à se^ refroidir, que le pouls est insensible, que le cœur se contracte fréquemment, mais avec peu de force, on doit recon-
naître que le cours du sang est gêné» qu'il s'accumule dans les capillaires veineux de la peau, que c*est là un phénomène purement mécanique, et que la sueur qui raccompagne n'est plus un fait actif, mais bien une sécrétion passive. Par conséquent, la valeur du s\*m«^ ptôme devra être bien différente dans les deux cas, "
Si les sueurs sont l'indice d*une congestion intense de la peau, d'autre part elles modèrent nécessairement cette congestion. En effet, les matériaux de cette sécrétion ne sont autres que les éléments du sang contenu dans les vaisseaux qui entourent les glandes sudoripares(l) ; parconséquent, une transpiration abondante devra diminuer la quantité du sang appelé vers la peau. Si ce mouvement a lieu pendant plusieurs jours et s'accompagne d'une déperdition humorale continue, il aura une grande valeur, puisquMl se fait sur une surface aussi étendueque celle du tégument externe. Una congestion qui occupe un organe aussi considérable doit modérer tous les mouvements fluxionnaires qui se feront en même temps vers les organes internes,* , condition qu'elle ne disparaisse pas sous leur influence, fl On voit donc,àprîon,que l'existence de sueurs actives ' pendant une dothiénentérie peut être considérée comme un phénomène favorable.
A Tappui de cette opinion il est bon d'apporter plusieurs observations ; voici, par exemple, deux faits
{{) Mala^Fcz. T)^U miméralion des globules du sang, i8T3 :• K'est-ce \m$ le plïuinui sati(<utn qui donno sans cesse colto sérosité cellulaire^ véritable milieu iaterieur qui dessert les glandes, fournit à Tévaparation cotanée, et , doûL 1g rcsl€ est i^nsiiilc repria parle système lympbatiquô? > P. 43.
dedothiénentérie très-simples» dans lesquels les sueurs se sont montrées comme un phénomène important et de longue durée.
UûSEiiYATiON 1". -^ Dothiénent^Tie régulière. — Diatriiéej sueur, (Tuptioii d'&cné; pAfl d'épistaxii. — Duri^o : 25 joiira environ.
De S... (Denise), 12 ans ; née à la campagne, à Paria depuis
troisans; apprentie fleuriste. Entre, le 25 février 1870, salle Sainte- Marguerite* n** 23, service de M. Triboulet, hôpital Sainte-Eugénie.
Cette petite fille jouit d*une bonne aanté habituelle, mais a toujours été maigre et peu robuste.
Il y a quinze jours, à la suite d*uite grande fatigue, elle fît un repas copieux et s'expoîia à un froid intense ; à la suite, elle fut prise de céphalalgie, de fièvre avec diarrhée; cependant elle n*est couchée qiie depuis huit jours. On a toujours nourri l'enfant; les nuits se passent sans sommeil, et il y a du délire léger.
Le 26. C'est une enfant de taille moyenne, maigre; la figure est pale, la bouche entr' ouverte ; les lèvres sont sèches et croùteusea, mais la langue et les gencives sont humides. La peau est chaude, moite, le pouls à 108. 11 y a de îa fatigue, du malaise, peu de céphalalgie. Le ventre est plat, douloureux à la pression, syrtout dans la fosse iliaque gauche ; depuis hier, six selles liquides, gluantes, verdâlres. Taches rosées lenticulaires mêlées à une éruption de petites papules rouges, pointues, dont plusieurs suppurent et sont des boutons d*acné. L^enfant tousse un peu, a mal à la gorge. On entend des râles sibilants aux deux sommets.
TraitemejiL — Lavements émoUients ; ouate, sinapismes sur le ventre; julep diacodé; potages.
Soir. Accès de fièvre, chaleur, rougeur de la face, sueur ; pouls à 108. Même diarrhée.
Le 27* Même état ; les boutons accusent de plua en plus leur forme d*acné ; pouls à 108.
Soir. Chaleur de la peau, sueur, pouls à 112 ; moins de diarrhée.
Le 28. Sommeil cette nuit ; il ne reste plus que peu de taches s'effaçant sous le doigt. Sueur; pouls à 116.
Soir* Grande chaleur de la peau, sueur abondante.
l«r mars. Mêmes phénomènes ; Tenfant commence à maigrir^ poul* k 120.
Soir. La figure pÂlit ; pouls à 106.
Le 2. Quatre selles depuis hier ; figure pâle \ pouls k lOi. sueur a disparu ; réruption s'éteint*
Le 3. Appétit; même état. On ordonne 0^10 d'èmétique en i laTage.
Le 4, Diarrhée ; la céphalalgie a disparu ; pouls è 106*
Le 7. Convalescence régulière, lente; Teafant tnange an peu; i pouls à 72*
Le 9. Les selles sont solides; bon appétit.
Le 14. Excat.
Oaa. IL - Dotbièneolèrie bénigne et courte ; pas d'Ipiabuds; m
E... (Jean), 20 ans^ jardiaier, entre, le 20 octobre 1873, ulk Sainte-Jeanne, n* 57, Hôtel-Dîeu, service de M, Moîssenel.
Depuis le 5 octobre, ce jeune homme tousse et a la diarrhée; il fut pris en même temps de courbature, de naalaise, de m4iu de reins; il perdit complètement Tappétit. Il y a eu un peu et céphalalgie, beaucoup de bourdonuements d* oreille, de ta surdité ; pas d'épistaxis.
Etat actueL — Le 21» La face est rouge, très-congestionnèe, l'aspect général annonce une fatigue très-modérée. La langue est blanche, un peu sèche; le ventre, légèrement ballonBéT eit douloureux h droite à la pression; taches rosées nombreuses SUT Tabdomen et la poitrine ; il y a eu , depuis hier, trois selles liquides. Le malade tousse fréquemment, et on trouve quelques râles sonores dans la poitrine. Le cœur bat normalement, le pouls est un peu fort, régulier, à 96, T. 39,2, Il y a de la surdité, des bourdonnements d'oreille. La peau est tnoite et sudora le.
Poudre dMpêca 2 grammes. Bouillons, potages, bordeaux-
Le soir, pouls à 92, T* 38,2 ; selles abondantes, vomissemcnti très-modérés.
Le 22. Sueurs très-abondantes cette nuit ; même état qu*hief. Pouls à 96, T. 38^ Soir, pouls à 88, T. 38,8.
Le 23. La face devient pâle, les bourdonnements ont disparu; ventre ballonné et sensible; les taches tendent à disparaître» Rien dans les poumons ni au coeur. Pouls à 96» T. 38*. Le soir, sueurs abondantes, pouls à 88, T. 38,8.
Le 24. Sueurs abondantes cette nuit ; la diarrhée, ïe ballonnement ont disparu, mais la face, sans maigrir beaucoup, est terreuse; pouls à 96, T. 38". Soir, pouïs 88", T. 38,5.
Le 25. Sueurs ; urines excessivement chargées ; doyleurs dans la fosse iliaque droite; appétit marqué; pouls à 9(5» T. 37^6; le soir, pouls 8U, T* 37, 'i.
Le 26. Les sueurs ont cessé ; même état ; pouls à 72» T. 36,6. Soir, pouls à (18, T. 37".
Le 27. Une côlelette ; pouls M, T. 37/* : soir, pouls 80, T. 37,6*
Les jours suivant?* le malade réclame de plus en plus à man^ ger; il reste un peu de douleur dans la fosse iliaque droite; la convalescence est régulière et n'est troublée, le 8 novembre, que par de vives douleurs dans les muscles des jambes et des cuisses, qui ont pu faire penser à une menace de phlegmon; elles ont disparu rapidement, et le malade est parti, le 14 novembre, à Vincennes.
Ces observations se rapportent à des faits extrêmement bénins ; mais les relations suivantes montrent des sueurs persistant chez des malades qui présentaient des symptùmes sérieux se rapportant à de graves lésions d'organes internes importants.
Oss. ni. — Dotliiànentérie régulière; p5s dVpisljixis ; dtHire ; congestion pulmonaire ; diarrliùe ; auetirs U^s-abondautes. — Duiùe : 25 jaurs environ.
M..., Pierre, 22 ans, batelier, entre, le 22 octobre 1873, salle Sainte-Jeanne, n*» 55, Hôtel-Dieu, service de M, Moissenet,
Il raconte que depuis quin/e jours il est en proie à un malaise général et a perdu rappùtit ; il a eu une diarrhée assez abondante qui a cessé depuis trois jours; étourdisseraents, pas d'épistaxis ; toux assez fréquente; courbature et perte des forces.
Etat oictueL — Le 28. C'est un jeune homme de bonne constitution, d'embonpoint satisfaisant; le faciès .est à peine altéré, mais sa coloration est subictérique. La langue est couverte d'un enduit jaune épais, rouge à la pointe et avec bords humides; pas d'appétit, soif prononcée; une seUe dure cette nuit, La fosse iliaque droite est douloureuse, et on aperçoit quelques taches rosées; le ventre n'est pas ballonné. Toux fréquente, amenant des crachats rauqueui; submatité à la base gauche, raies sonores dans les deux poumons, râles sous-crépitants fins à la base gauche, en arrière. Céphalalgie modérée, rêvasseries cette nuit, étourdisse-
ment S dans la pf>sition assise. Rien au cœur; pouls à 92» T. Ipéca stibiè, bouillons, potages.
Soir. Pouts 100, T. 40*.
Le 29. Cette nuit subdélirium et sueurs modérées; pas de dter rhée, les râles ont beaucoup diminué; pouls à d4, T. 3S3- 1^ *oi pouls à 88, T, 39,4.
Le 30. Même état; pouls k 88, T. 38,9; 2 verres d*eau de Sedlii le soir, délire, face vuUueuse, rouge; pouls à 80, T. 39,7-
Le 3L Délire fort pendant la nuit. Ce matin, le malade est f( abattu, la peau e^t sèche, la langue sèche et noirâtre, le vent ballonné et douloureux; il y a eu trois selles liquides. Lcà poamons présentent des râles sibilants, et, aux. bases^ des rale^ sout^ crépitants; le ptmls bat fortement, est î^ec et irrégalier, à W» T, 38,4. Ventouses sèches dans le dos, vin de quinquina i20grainmes. Le soir, pouls à 88, T. 39,5.
!•' novembre. Il y a eu deux selles liquides, jaunes ; somoii assez tranquille, sueurs abondantes, sudamina. I^e ventre n' plus douloureux, la langue est un peu humide; la face est moitu! fatiguée. Pouls à B^, T. 38". Le sf»ir, pouls 72, T. 38,6.
Le 2. Délire léger, sueurs abondantes cette nuit: même étatd reste; pouls à 84, T. 38,5. Le soir, pouls 96, T. 39,6,
Le 3. Délire cette nuit, sueurs abondantes^ la diarrhée est presque nulle; les râles sont toujours les mêmes; pouls à 84, T. 3Ô»J Le soir, pouls 80, T, 38,5.
Le 4. Délire très-modéré^ sueurs plus fortes qu'hier; la langtie est sale, mais humide; sudamina, abdomen indotent: pas de sel le; appétit: pouls 84, T. 37,8. Deux verres d'eau de Sedlitit. Le' soir, pouls 84, T. 38,5.
Le 5. Pas de délire, sueurs profuses cette nuit; selles trHabondantes; la tangue se nettoie; pouls 84, T. 37,8* On dotitie, sulfate de quinine, 0,50, un œuL Le soir, pouU à €8, T. 38*»
Le 6. Sommeil, sueurs; les râles ont presque disparu ; pouls à 84, T. 30,7. Soir, pouïs 84, T. 37»5*
Le 7. Encore des sueurs; pouls à 84, T. 37"; le soir, pouls 76^; T. 36,7. On supprime îe sulfate de quinine.
La convalescence est régulière, la diarrhée et les râles sont supprimés, les sueurs persistent encore plusieurs jours; le malade part A Vincennes le 14 novembre.