‹ Essai sur les variations de l'uréeChapitre 70 sur 70 · C. Des vaisseaux · texte numérisé non relu

C. Des vaisseaux

(1) Ârch. de physiologie, p 407, 1868.

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dans k cas de pneiimcniie «kératire «dunmiqae, où l'i^ flammation commencée à r^itliflrein s'étendrait an tiaeu cenjoncts^. Les dioscs senûentainm très^-simplifiéfs. Malheiireiisemeiit aa peot faine des objections sérieuses à cette manière de Toir. Letiaso conjonctif de la paroi alTéolaire a*»<pil ded cellnles qui loi appar* tiennent en propre? SJœlltker le nie formellement, et le trouve homogène dans toute son étendue. Je suis très-porté à me ranger à cet avis, car, outre qu'il y a dans la paroi alvéolaire bien d!autres formes de noyaux que Colberg ne décrit pas, ces nuances sont insuffisantes à caractériser un tissu. De plus, quand ou examine vingt-quatre heures après la mort un poumon sain, on trouve, en eflfet, que la membrane alvéolaire est semée de noyaux; mais que sont-ils? Villemin décrit cette membrane, vue sous cet aspect, comme un tissu conjonctif incrusté de noyaux, sans épithélium. Colberg croit aussi que dans ce mode de préparation on ne voit que les noyaux conjonctifs; pour lui, Tépithélium est tombé. Kœlliker pense, au contraire, que ce sont les noyaux mêmes des cellules épithëliales que Ton voit. En face de ces divergences des meilleurs auteurs, on peut donc dire que ce triple pnKcssus des ti*ois espèces de cellules n'est que le représentant perfectionné de cette idée semée par

Virchow et Reinhardt : les deux produits pathologiques, pneumonie caséeuse et tubercule, dérivent de tissus différents.

Loin d'affirmer ainsi les choses et de tracer son origine à chaque néoformation pathologique, je crois que la paroi des alvéoles du poumon est composée de' telle sorte qu'il est très-difficile d'y reconnaître même à l'état normal ce qui appartient à tel ou tel tissu. Malgré mes recherches prolongées, mon opinion n'est pas encore faite sur ce point d'histologie ; cependant voici comment j'accepterais aujourd'hui la structure de la paroi alvéolaire chez l'homme adulte : A. Une membrane épithélique, c'est-à-dire une membrane formée de cellules épithéliales soudées, et très-adhérente aux parties sous-jacentes composées de tissu cojonctif, de fibres élastiqueset de capillaires; B. Le tissu conjonctif, qu'on lui décrive deux couches avec Kœlliker ou une seule couche, me paraît complètement amorphe et très-peu abondant, car il se borne à remplir les vides laissés par les vaisseaux qui le traversent en tous sens, et l'on sait quelle est la richesse du réseau vasculaire des alvéoles du poumon. Je me range donc à l'opinion de Kœlliker, et je crois même que ce tissu mériterait mieux le nom de tissu conjonctivo-élastique. Il me paraît du moins avoir subi des transformations dans ce sens, car il ne se colore pas au carmin comme le tissu conjonctif, et il résiste plus que lui aux acides et aux alcalis. Mandl avait déjà émis cette opinion^ mais on n'a pas tenu assez compte de ses travaux sur ce sujet; C. Les fibres élastiques sont disposées en réseaux bien connus ; D. Enfin, les capillaires dont on ne voit l'importance qu'après injection, mais qui n'en existent pas moins.

quoique vides et invisibles, sur les préparations ordinaires. On arrive ainsi à considérer les noyaux qui se colorent au carmin dans la paroi alvéolai comme appartenant soit à la mennbrane épithéliale' soit aux parois des vaisseaux, soit même à des cellules bloncbes intra-vasculaires; les noyaux musculaires quand on les rencontre, ne se trouvant que dans l confluents des travées alvéolaires.

Quand on étudie les néoformations pathologiques dans cette cloison, et qu'on ne veut accepter que les choses certaines, on reconnaît qu'il peut s'y développer : ou bien des petites cellules qui adhèrent à la paroi, et en s*y agglomérant forment des bourgeons cellulo-embryonnaires; c'est le tubercule; ou bien des cellules qui tombent dans la cavité alvéolaire, et y paraissent alors volumineuses et plus ou moins îrrégulières; ce sont les cellules épithéliales de la pneumonie catarrhale et de la pneumonie caséeuse.

En appliquant à ce fait les interprétations de chacun selon sa conception anatomique de Talvéole, on peut s'assurer que les hypothèses ne manquent pas. Pour Villemin, les deux espèces de cellules sont les produits de tissu conjonctif, tandis que pour les partisans de Kœlliker elles seraient formées par des cellules épithéliales* Nous avons vu Colberg faire la part de chaque tissu; enfin, à toutes ces hypothèses, ji pourrais ajouter la mienne, et dire que tout en faisan! jouer un rôle important aux cellules épithéliales, il faudrait faire intervenir les cellules des parois capillaires, et peut-être même les cellules intra-vasculaires. Pour Billroth, par exemple, le tubercule e; formé par les cellules blanches du sang extra va sées(I

(1) HaQdbuch dcr âllgemeioen unà specielleii chirurgie, Erlangea, 1870, p. 345.

En tout cas, pour en revenir à l'origine du tubercule, ]e ne vois pas trop comment on pourrait prouver que ce tissu cellulo-embryonnaire de la granulation tuberculeuse vient des cellules du tissu conjonctif, quand il est probable qu'elles n'existent pas (J). Ne pourrait-on pas aussi se demander jusqu'à quel point les cellules dites catarrhales qui flottent dans la cavité alvéolaire, ne doivent pas à cette liberté dans un espace plein de liquide, une partie de ce volume, de cette turgescence avec lesquelles elles nous apparaissent? Peut-être encore pourrait-on invoquer la rapidité de formation de ces cellules pour expliquer leurs diflFérences morphologiques. Mais je n'insiste pas sur toutes ces interprétations dont le premier tort est de n'avoir aucun fondement sérieux.

Je crois pouvoir m'arrêter ici et me résumer ainsi :

A. La granulation tuberculeuse est un produit pathologique qui occupe l'intérieur des alvéoles pulmo-

^ naires, aussi bien que la pneumonie caséeuse, car c'est aux dépens de la paroi alvéolaire même que naissent la plus grande partie des tubercules; il n'est donc pas exact d'invoquer les différences de siège de ces deux produits, pour conclure à une différence de nature.

B, S'il est facile de s'assurer que le tubercule prend

naissance dans la cloison alvéolaire, il n'en est pas de

même quand il s'agit de déterminer quelles sont les

cellules de la cloison qui l'engendrent. Nous croyons

que, dans l'état actuel de la science, il est impossible

d'affirmer telle ou telle origine spéciale, et surtout

unique; il est seulement permis de faire des hypo-

.thèses plus ou moins vraisemblables.

(4) On sait que les petites (rayées conjonctives de Tépiploon ne pON lent pas de cellules, or le tissu conjonctif alvéolaire est composé de faisceaux cxlrômcment lîéliéF, cl par conséquent dépourvu de cellules.

— 8g -^ lY . — Nature du tubercule.

n nousoreste à établir la naiure du tubei^eiile. Nous ferions un long chapitre si nous Toulions nous étendre sur ce sujet, qui, du. reste, a été traité, il jr apeu de temps, avec beaucoup de talent, par Lépme, dans sa thèiie de concours d'agrégation.

Yirchow sépare avec soin le tubercule dé Finfiammation : < Ce vrai tubercule n'a, par lui^n&ème, rien à faire avec rinflammation; il peut se présenter sans aucune inflammation ou s'accompagner des phéno* mènes inflammatoires les plus accusés, sans qu'il y ait rien de changé dans Tessence de son mode de développement, comme processus de prolifération » (1).

Et ailleurs : ce Presque tout ce qui se produit

dans le cours de la tuberculose et qui n'a pas la forme d'un nodule , est, suivant moi , un produit inflammatoire, et n'a aucun rapport direct avec le tuber-. cule..., etc. » (2).

D'un autre côté, Virchow, définissant rinflamma**

lion, dit ceci : c Aujourd'hui, on est assez disposé

à penser que , dans l'inflammation , il s'agit d'un trouble de la nutrition, et on considère la nutrition comme comprenant les phénomènes formatifs et nutritifs, » etc. (3).

En eflfet, la définition actuelle de l'inflammation, généralement acceptée d'après Virchow, est celle-ci : d'est une irritation nutritive. Or, la granulation tuberculeuse est non-seulement le résultat d'une irrita-

(4) Pathologie des tumeurs, t. III» p. 74.

(2) Pathologie cellulaire, p. 4i4.

(3) Pathologie cellulaire, p. 335i

tion nutritive, mais encore d'une irritation formative. EUef rentre donc évidemment dans la classe des inflammations, et quand Virchow dit que le tubercule n'a rien à faire avec l'inflammation, il ne parle sans aucun doute que de l'inflammation franche aiguë. Cependant, nous lisons : c Les idées que Ton s'est faites sur les relations causales et génésiques, entre le tubercule et les produits inflammatoires (fibrine , tissu conjonctif, pus)^ ont bien varié avec le temps. Tai^tôt on a admis que les tubercules étaient le phénomène primordial et qu'ils représentaient le corps irritant qui amenait l'inflammation...,'» etc. (1).

On le voit, c'est toujours la même opposition entre l'inflammation et le tubercule. Ailleurs, au contraire, nous trouvons : « Cette production (la granulation tuberculeuse) qui, d'après son développement, se rapproche beaucoup du pus, dont elle possède les petits noyaux et les petites cellules, cette production se distingue du cancer..., > etc. (2).

On pourrait peut-être faire remarquer que, si le nodule tuberculeux a tant de rapport avec le pus, il se rapproche davantage qu'on ne le dit de l'inflammation, dont le pus est un représentant incontestable.

Je ne cède pas au plaisir de mettre Virchow en contradiction avec lui-même, je veux seulement faire remarquer, qu'avec la définition extrêmement large de l'inflammation acceptée aujourd'hui, la granulation tuberculeuse trouve sa place dans cet ordre de processus.

Laënnec, qui avait séparé si nettement la pnepmonie, c'est-à-dire l'inflammation aiguê^ franche

(i) Pathologie des tumeurs, t. III, p. 7l. (2) Pathologie CdUuIaire, p. 422, 3« édit;

du tubercule, n'avait certainement pas le même point de départ de définition. Si, par exemple, il avait ac« cepté, sous le nom de pneumonie, toute néoformatioii intra-alvéolaire» fibrineuse, catarrhale et caséeuse, il eût appelé son infiltration tuberculeuse : pneumonie tuberculeuse, et se fût ainsi évité bien des reproches. Aujourd'hui , le langage scientifique s'est modifié Broussais a fait Virchow qui, s'emparant de Tirritation trop vaguement définie par le médecin français, lui a donné un corps en l'appliquant à la pathologie cellulaire^ et, de nos jours, avec les explications nouvelles sur Tirritation nutritive, Laënnec comprendrait et accepterait les aberrations indéfinies de l'irritation broussaisienne. En réalité, à notre époque, l'inflammation comprend, comme pour les anciens et pour Broussais, toute la série des processus pathologiques, depuis le simple exsudât jusqu'au cancer (Jaccoud, Pathologie interne, p. 63). Nous n'y contredisons pas, et nous croyons que l'inflammation prend sa part de tous ces processus, mais certainement à des degrés et à des titres différents, et il nous paraît superflu de le prouver. Or, dans cette vaste échelle de néoformations pathologiques, qui comprend la plus simple et la plus complexe, la plus bénigne et la plus maligne, se trouve tout un groupe dont le caractère général commun est de se terminer par caséification. C'est ce que Laënnec avait compris, et il avait rangé dans la tuberculose des produits anatomiquement diff'érents, mais dont la destinée est commune. Il indique en efi'ft très-nettement que Tinfi]tration tuberculeuse grise, c'est-à dire la pneumonie caséeuse, peut se développer primitivement dans des poumons qui ne contiennent pas encore de tubercule

pTraiié de Vauscultatiorij édition Andral, p. 30, t. II).

Ce caractère commun de tout un groupe est tellement

|important que Virchow lui-même l'invoque en faveur

l^fta tubercule fibreux, c Les tubercules fibreux se dis-

ItiBguent On serait souvent embarrassé de savoir

^ s'il faut les regarder comme des tubercules, si leur

lÀoncomitance avec des tubercules plus mous, et leur

^tendance à^la dégénérescence caséo-graisseuse ne les

lin rapprochaient singulièrement. » {Pathologie des

(fumeur»^ t. III, p. 8S.) Virchow se relÀche donc un

^peu de sa sévérité de définition du tubercule. Pour-

f. quoi ne ferait*il pas une nouvelle concession, et n'ac-

r^* çepterait-il pas avec nous, et en se basant toujours

T: sur les mêmes motifs : concomitance, dégénères-

'eence caséo-graisseuse, identité de structure cellu-

.. laire, que des formations autres que la granulation

miliaire peuvent être du tubercule?

Pour le pathologiste allemand, toutes les produc- 1^' lions cellulo-embryonnaires qui ne sont pas nodu- ' laires rentrent dans l'inflammation simple, mais il me semble qu*il n'a pas d'autre raison pour les rayer du cadre de la tuberculose, que sa propre définition : le tubercule est toujours nodulaire; ce que ; js ne crois pas devoir accepter.

Pour en revenir à la caséification, nul ne nie son importance comme mode de terminaison d'une infliammation, quand il s*agit de diagnostiquer la nature tuberculeuse d'un processus; mais on accepte aujourd'hui que telle inflammation qui n'est pas caséeuse au début peut le devenir ultérieurement.

Quelques-uns vont plus loin et concluent avec Niemeyer que l'inflammation caséeuse n'existe pas, en tant qu'entité morbide, mais seulement comme stade Grancher. 4

de terminaison de rinflammatîon* 11 ne me répugne nullement d*accepter avec Niemeyerque toute inflam* mation peut devenir caséeuse; je n'excepte même pas la pneumonie fibrineuse, car j'ai trouvé demièremeni au milieu de masses pneumoniques caséeuses, àt% alvéoles pleins de fibrine, comme dans la pneumonii croopale. Je n'en conclus pas moins que quel q^e soit le mode de début d'une inflam nnation pulmonairt, si celui qui la porte la rend caséeuse, il est bien près de devenir tuberculeux, et de fait il Test réellement En un mot, je crois que quand il s'agit de déterminer la nature d'un processus, il faut consulter sa terminaison avant tout(l)» Ledébutn'a qu'une importance médiocre*

Je sais bien qu'on peut reprocher à cette manière de voir, de confondre un produit spécifique comme le tubercule, avec une infîammataon simpU. Uiù

(i) Peut-6tre ne serait-U pas superflu de faire remarqoflf M que j'enleads parler de la termioaisoii naturcUe d'un procesauSi eiooo d'un accident comme celui qui fait une masse caséeuse au sein ifaa cancer. U s'agit là de nécrobiose consécutive à un thrombuB, rèsullil purement accidentel et qui n'a rien k faire avec la termlDaifloa nattt* relie du cancer, qui est le développement et la géaéralisatioD, De même, le pus ne subît rinspissation que grâce à la {circoDstanee tfooe rétention prolongée, et il n'obéit eu cela à aucune loi de boo àéft^ pemenL

Au contraire, les produitg tuberculeux se caséiOent réqulièrmm^ naturellement. Pour eux, la caaéification est un simple stade d'évolotîon plus ou moini rapide, selon le geore de produits : presque imioèdiat pour la granulalioni <|uelquefoïs très* lent pour certaines pneumonies caséeuses, mais fatal* Ainsi comprise, la termînaisoD parl« caséum est vraiment propre aux produits tuberculeux ; la scrofblet H est vrai« aboutit assez souveotau même résultat, mais ces deux affee^ lions sont ei voisines à tant de titres qu'en réalité elies se confondeal en plus d'un point, et la proposilîon de Laônnec reste vraie : la case^* flcatiou est la fin naturelle du tubercule^ c'est le signe par excellence de la tuberculose.

il faudrait définir la spécificité du tubercule, qui diffère, sans nul doute, de celle de la syphilis ; il faudrait se demander s'il n'y a pas de degrés dans cette spécificité du tubercule» où elle commence et où elle finit; car il faut bien reconnaître qu'elle peut s'acquérir, puisque personne ne conteste les phthisies acquises. Pourquoi donc ne pas accepter que l'individu porteur d'une inflammation qui devient caséeuse acquiert le premier degré de^ cette spécificité tuberculeuse, si spécificité il y a? Il est d'observation qu'un foyer caséeux peut devenir l'origine d'une néoformation de tubercules. Virchow et Niemeyer croient à cette source d'infection, et Lépine a démontré le fait. On sait que des inoculations de matière caséeuse ont produit tantôt des tubercules, tantôt des pneumonies caséeuses(H. Rûhle, in Bonn.^ loc. cit., p. 222). Enfin Chauveau a souvent inoculé la matière caséeuse provenant de poumons qui, examinés minutieuse-* ment, ne présentaient pas de granulations; or les inoculations ont été positives, comme celles qui provenaient d'une source authentiquement tuberculeuse (Thèse de Lépine). Ajouterai-je que dans la trèsgrande majorité des cas, on trouve- réunies sur le méipe sujet pneumonie et granulations? Les statistiques de Colberg et de Slavjansky ne peuvent être invoquées, le dernier n'ayant recherché la granulation que dans le poumon, le premier ne voulant reconnaître pour tubercule que la granulation toute petite, encore transparente et siégeant en dehors de l'alvéole, ce qui en est l'exception. Liouville, dont on connaît le soin extrême, m'autorise à dire qu'il n'a jamais rencontré de pneumonie caséeuse sans granulations. Chouppe qui étudie le sujet et prépare sa

thèse sur la pneumonie caséeuse, n'en a pas rencontré iiavantage. Pour mon compte je n*en ai pas vu dans tout mon internat. Sans nier ces faits, an peut donc dire qu'ils sont relativement rares, et Jaccoud qui se décide nettement en faveur du dualisme invoque plus volontiers, pour soutenir son opinion, les statistiques de Colberg que les siennes propres, saos doute parce que le plus souvent il a, lui aussi, rencontré des granulations avec la pneumonie. Parmi les quelques faits de pneumonie caséeuse simple, qu'il cite à l'appui de sa thèse, le médecin de Lariboisièrc insiste sur un de ses malades emporté en pleine pneu* monie caséeuse par une pleurésie diaphragmatique; il se félicite de cette circonstance fortuite, et il ajoute : « Supposez que la survie eût été plus longue, il est fort possible qu'une production de granulations secondaires eût eu lieu, et alors notre observation soulevait toutes les difficultés d'analyse et d'interprétation que présentent les cas à lésion complexe. » (Leçons de cUniqve médica/c, 4873, p. 239.) Nous croyons que Jaccoud est dans le vrai quand il tient ce langage. Il est certain que les granulations arrivent assez souvent après la pneumonie caséeuse^ mais nous con-» naissons mal et Theure de leur développement et le temps qu'elles mettent à se développer (1), Ce qui paraît démontré, c'est que leur éclosion dépend de certaines conditions de terrain que l'hérédité, une longue débilité antérieure, ou une maladie actuelle peut créer» Ces trois causes, ou deux d*entre elles se trouvent ordinairement réunies* Un individu né de parents tuberculeux est préparé à Féruption granuleuse; un

({) Je suh convaincu que, éam ce cdn, no eiamen histûlogique at tcnliredt foit découvrir lé tubercule iiifillré.

autre individu saio pris brutalement de pneumonie qui tourne à l'état caséeux, se prépare par degrés à ce terme le plus élevé de la tuberculisation, le tubercule. Et, dans ce sens, il est juste de dire, comme Niemeyer, que ce qui peut arriver de plus fâcheux à un phthi^^ sique, c'est de devenir tuberculeux. Cette fameuse phrase, selon nous, ne doit avoir qu'une signification banale : à savoir qu'il est fâcheux de devenir de plus en plus tuberculeux.

Je reconnais donc qu'il y a des degrés dans la tuberculisation, mais je la fais commencer à la pneumonie caséeuse la plus simple pour finir â l'éruption miliaire généralisée.

Arrivé au terme de ma tâche, je crois pouvoir me résumer dans les lignes suivantes :

A. La définition que Virchow a donnée du tubercule est trop étroite, puisqu'elle ne comprend que la granulation tuberculeuse adulte. 11 faut ajouter â cette forme-type les jeunes nodules visibles au microscope seulement, et les amas irréguliers de tissu cellulo-embryonnaire qui ont la même structure et la même destinée que le tubercule, et qu'on rencontre soit dans les cas de granulie aiguë, soit dans les pneumonies caséeuses avec granulations tuberculeuses du poumon, soit dans les pneumonies caséeuses sans granulations pulmonaires. Il convient cependant, pour ne pas créer de confusion, de garder la terminologie généralement acceptée aujourd'hui et de continuer à appliquer le nom de tubercule surtout à la granulation tuberculeuse adulte, son représeiitant caractéristique.

B. Si l'on compare aux différents points de vue de leur forme, de leur origine, de leur siège et de leur

natare le tubercule et la poeumonia] caséeuse, oq arrÎTe aux conclasîoos suiTaotes : m

i^ l^ forme n'est point un caractère différentiel" absolu, puisque le tubercule peut sa présanter sous h forme irrégtilière de tubercule infiltré. Elle reste cependant le meilleur mojen de distingtier le tubercule de la pneumonie,

2* Si l'origine épithéliale des cellules catarrhales, du début de la pneumonie caséeuse est probable, î n*efit nullement prouvé que répithélium n'entre pour rien dans la formalion des petites cellules du tubercule ; et je crois, au contraire, qu'il y prend une trbgrande part.

3* Le siège du tubercule nodulaire et infiltre ne diffère pas de celui de la pneumonie caséeuse* Dans les deux cas, les alvéoles pulmonaires sont comblés par des cellules nées de la paroi. Seulement le tuber- ™ cule est formé d'un amas de petites cellules cohé^V rentes, et la pneumonie au début de grandes cellules libres et flottantes dans la cavité alvéolaire.

4^ La différence de nature des deux produits, fondée sur les caractères anatomo-pathologiques, est donc bien loin d'être prouvée. On peut affirmer seulement que, chez les phthisiques, on trouve dans le poumon :

a. Des néoformations cenulo*embryonnaires, nodulaires ou infiltrées; — - b» des formations de grandes cellules catarrhales au début de la pneumonie ca-* séeuse.

Ceci suffit pour faire deux formes anatomo-patho-; logiques, mais ne prouve pas qu il s'agisse de deux maladies différentes. Au contraire, bien des raisons combattent en faveur de Tunité de la phthisie : le

terme commun des deux produits, la caséification, si importante que nous avons vu Virchow lui-même l'invoquer; la coïncidence si ordinaire des deux lésions, leur coïncidence constante si on veut étendre avec moi la définition du tubercule jusqu'au tubercule infiltré; les résultats expérimentaux, etc....

Je proposerais volontiers le tableau suivant pour indiquer comment je comprends les rapports des processus phthisiques :

il Fibrioo-caiéease • Poeumonle caséeose. l Broncho-caséeuse.

tCaséeiue.

Tubercule jï!^^.

Je ferai remarquer ici que l'infiltration tuberculeuse de Laênnec répond à la pneumonie caséeuse et non pas au tubercule infiltré, qui a la même structure que la granulation tuberculeuse. Dans le tableau des pneumonies caséeuses, j'admets trois espèces plutôt cliniques qu'anatomiques, parce que, selon moi, la plus grande partie de ces pneumonies sont mixtes dès le début, ou le deviennent par la suite. Les trois degrés d'infiltration de Laênnec répondent à des âges anatomiques différents, plutôt qu'à des formes différentes de la pneumonie caséeuse, tandis que les trois espèces que je propose me paraissent représenter let types principaux de clinique et d'anatomie patholo* gique.

Ce tableau pourrait aussi s'appliquer aux degrés de la tuberculose, le premier répondant à la pneumonie fibrino-caséeuse, et le dernier au tubercule nodulaire, expression anatomique la plus haute de la maladie»

Toutes les discussions qui se sont élevées sur cette grande question de la tuberculose me paratsseat venir surtout de Tidée différente que les médecins s< sont faite de l'inflammation et de la spécificité.

Laënnec qui avait bien étudié la granulation et linfiltration tuberculeuse, ou pneumonie caséeuse, avait conclu justement à Tidentité de nature des deux produits en les voyant aboutir au même résultat : la caséificàtion ; mais, entraîné par ses idées sur la spéci* ficité, il eut le tort de refuser la plus petite pkcfà Tinflammation dans un processus tuberculeux» et su> tout d^affirmer riocurabilité absolue de la maladie, même à son premier degré* Malgré ces erreurs à'idci, ses travaux resteront la preuve vivante de ce que peui une observation rigoureuse pour la découverte de U vérité. Apr^s soixante ans et avec le microscope, nous n'avons que des détails à ajouter à ses descriptions^

Broussais, qui nous revient aussi avec un regain de gloire, vit un des côtés de la vérité, et précisément celui que Laennec n'avait pas aperçu. Mais il commit Terreur de rapporter le tnbercule à rinflammaticm simple. Le moins que Ton puisse faire aujourd'hui est de reconnaître que, s*il s'agit d'une irritation, cette irritation a quelque chose de spécial dans son déve-i loppement, sa marche, sa fin.

VirchoAV trouvant des caractères anatomiques dtf< férents à la granulation et à la pneumonie, les a séparés malgré leur terme commun : la caséificatioa Son étude et sa définition de la granulation tuber* culeuse sont et resteront vraies, mais on peut lui re» procher sa limitation trop étroite du tubercule, ses distinctions histologiques basées sur Torigine et le siège des processus^ et ses interprétations diverses

de r inflammation, selon les besoins de la cause qu'il défend. Je ne crois pas davantage qu'il soit bon de nommer la pneumonie caséeuse, pneumonie scrofuleuse. Virchow sentait bien qu'il ne s'agissait pas là d'une inflammation simple ; mais, désirant conserver à sa définition du tubercule toute sa rigueur, il évita * de prononcer le nom de pneumonie tuberculeuse et adopta un terme moyen qui n'a guère été accepté.

Niemeyer a fait ressortir la part de l'inflammation dans la pneumonie caséeuse, mais nous croyons qu'il est allé trop loin en niant la pneumonie caséeuse comme type morbide, et en ne voulant pas reconnaître que le tubercule peut être primitif et devenir une cause de pneumonie.

Hérard et Cornil me paraissent avoir le mieux établi la question, et je reconnais avec eux que toute pneumonie caséeuse est mêlée de tubercule et mérite le nom de pneumonie tuberculeuse, mais à condition qu'on acceptera le tubercule infiltré ; car la granulation tuberculeuse n'est pas toujours primitive.

Je me suis efforcé, dans le cours de cette étude, d'établir l'existence de ce tubercule infiltré que l'on considérait avant mon premier travail (Archiv. de Physiologie, septembre 1872) corn. me une simple réaction inflammatoire. J'ai insisté sur ce fait que la granulation tu-berculeuse est presque toujours le résultat d'une alvéolite; et je me suis fait un devoir, tout en laissant au microscope sa grande place, de montrer qu'il ne doit jamais s'isoler de la clinique sous peine de tomber dans des erreurs inévitables.

TABLE DES MATIÈRES

Arant- propos 7

Etat actuel de la question : Unité et dualité 9

§ i. — Forme du tubercule 16

§ 2. — Origine du tubercule 24

§ 3. — Siège du tubercule. 32

§ 4. — Nature du tubercule 38

/ M Parent, imprimeur de la Faculté de Médecine^ me M'-le-Priiice« 31.

LANE MEDICAL UBRARY

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