TOME II
se soumettre à ce qu'il ordonne. Ce sera donc, suivant les principes de Hobbes (i), le particulier qui sera juge pour ce qui le concerne ; et à cet égard même, son jugement sera toujours droit ; ainsi toutes les fois qu'il jugera qu'il lui est avantageux, pour sa conservation de violer les lois du prince , il les violera de plein droit.
Je ne relèverai pas ici toutes les contradictions où Hobbes est tombé par le dernier article que j'ai extrait (2). Il suffit d'observer qu'il y admet des choses déshonnêtes à l'égard de quelques-uns des citoyens , quoique commandées par le souverain , ce qui est contraire à ce qu'il avoit dit plus ha ut (3), que c'est au prince à assigner ce qui est honnête et ce qui ne l'est pas (4). Secondement, il prétend
(i) De cii>,, ch. i, art. 9 , et ch. vi, art. 3. »
(2) Ibid. , ch. VI , art. i3. •
(3) Foy. au même endroit, art. 7 et suiv.
(4) Pour trouver sur le même sujet un autre exemple d'une contradiction aussi formelle, il ne faut que lire les deux passages que nous avons cités dans la note sur le chapitre vi , art. 7 et suiv. Ajoutons ici une réflexion que fait Clarté sut les principes de Hobbes : « Si antécédemment à toute loi positive, il n'y a dans la nature des choses ni bien ni mal , je ne vois pas comment une loi peut être meilleure qu'une autre, ni pourquoi une chose sera prescrite par la loi plutôt que le contraire , ni pourquoi même on a pu faire des lois , puisqu'elles sont toutes ou tyranniques ou inutiles. Si l'on dit que les législateurs y ont eu en vue le bien public , on se
( «47 ) que, dans ces circonstances , le souverain a droit de punir le sujet désobéissant, mais qu'alors, usant de son droit autrement que la droite raison ne le permet , il pèche contre les lois naturelles et contre Dieu : or c'est se contredire ouvertement, car il avoit dit plus haut que le droit est la liberté d'user de ses facultés naturelles conformément à la droite raison. Donc, peut -on conclure justement, le prince ne sauroit faire avec droit ce que Hobbes avoue ici qu'il fait contre la raison.
Poiir tout dire enfin , les principales causes des erreurs de Hobbes, sont, premièrement, d'avoir commencé par établir le droit absolu et illimité de faire tout ce qui est nécessaire pour notre conservation, sans rien dire auparavant de la loi naturelle. 11 déclare dans la suite de son ouvrage, qu'il entend par le droit la liberté que les lois laissent (i), et cependant il suppose dans les homme^^ cette liberté, et il lui donne une étendue sans bornes , avant même que d'avoir expliqué
contredit dans les termes , puisque l'on reconnolt une raison du bien public autérieure à la promulgation des lois. Les lois elles-mêmes supposent donc qu'il y a des choses qui , de leur nature^ sont bonnes on mauvaises ^ tellement que la loi ne fait que conArmer les premières , et ne sauroit rendre les autres bonnes , raisonnables et innocentes. Preuv, de la Rel, nat. , chap. m , prem. propos.
(i) Chap. xiT, art. 3.
les lois naturelles qu'on s'aperçoit aisément qui auroient dû servir à la restreindre.
C'est, en second lieu, d'avoir pris la partie pour le tout , et de n'avoir envisagé à l'égard de chaque homme, que ce qui le concerne lui seul, tandis que nos penchants naturels et la raison nous donnent , de manière ou d'autre , une idée suffisante du bien commun, pour nous faire sentir que l'homme ne doit pas avancer son intérêt particulier , indépendamment de celui d'autx'ui , c'est-àdire qu'il ne faut jamais s'accommoder en incommodant les autres (i), ni même sans avoir aucun égard à leur avantage.
Troisièmement , c'est d'avoir considéré Fhomme comme un ê tre dirigé nécessairemen t par de cert aines lois absolument indépendantes de sa raison, lors même qu'il la lui donne pour règle. Si , comme il en est convenu, cette raison est une partie de notre nature , ne de voit-il pas reconnoître que les passions déraisonnables sont des mouvements déréglés de l'ame qU'on doit regarder comme contraires à cette même nature. Ce n'est , en effet, ni par des enfants, ni par des insensés, ni par des sauvages qu'on doit juger de la nature humaine ( ci-dessus , c. IV, V).
Passons maintenant à l'examen d'un système
(i) Puffend. , Droit de la nat. , etc. , Hv. 2, ch. m, § i3.
( »49 ) encore plus récent , mais qui porte à peu près sur les mêmes fondements (i).
(i) A proprement parler , on ne peut pas dire que Hobbes et Spinosa aient imaginé un nouveau système, mais ils ont donné l'un et l'autre une nouvelle forme au système d'Epicure , qui fondoit le juste et l'injuste sur les conventions , et qui faisoit consister toute leur force dans la crainte où l'on devoit être que les actions injustes que l'on commcttroit ne vinssent à la connoissance de ceux qui sont établis pour les punir. Voy. Diogen. Laerc, ^ liv. x, § i5o, n. 87 et 38, vat. sentent,)
( »^o ) SECTION DEUXIÈME.
Examen du sjrstème de Spinosa.
I, 1. « Par le droit naturel, dit Spinosa (i), je « n'entends autre chose que les règles de la nature « de chaque individu, suivant lesquelles nous con- « cevons que chacun d'eux est déterminé à être et « à agir d'une certaine manière, comme, par exem- « pie , les poissons sont déterminés par la nature cf à nager, et les grands à manger les petits , d'où « il suit que les poissons jouissent de l'eau de di'oit «f naturel et absolu, et que les grands, par ce même «f droit, mangent les petits; car il est certain que « la nature, considérée en général, a un droit absolu «' sur tout ce qu'elle peut , c'est-à-dire que ce droit « s'étend aussi loin que sa puissance : car la puis- « sance de la nature est la puissance même de Dieu, « dont le droit n'est point limité. Or, comme la «w puissance universelle de la nature n'est autre « chose que la puissance de tous les individus pris « ensemble , il s'ensuit que chaque individu a un « droit absolu à tout ce qu'il peut, c'est-à-dire
(i) Tract, theel. polit. , cap. xti.
« que le droit de chaque individu s'étend aussi " loin que sa puissance. »
2. Spinosa avertit que, par rapport au droit, il ne met aucune différence entre les hommes et tous Jes autres individus de la nature. «Car, ajoute-t-il,
chaque chose a droit d'agir selon les lois de sa constitution , c'est-à-dii'e selon qu'elle est déterminée par sa nature à telle ou telle chose , sans qu'elle puisse faire autrement; d'où il conclut que sous la nature les hommes ne sauroient pécher.
3. « Ce n'est point à la raison, dit-il tout de suite, à régler le droit naturel, mais à la convoitise et aux forces de chacun en particulier ; car tant s'en faut que la nature nous ait déterminés à vivre selon les lois et les règles de la raison , qu'au contraire nous naissons tous dans une profonde ignorance; et, nonobstant la bonne éducation , notre vie est fort avancée avant que nous puissions connoître ni raison ni vertu. Cependant, comme nous vivons avec obligation de conserver notre être naturel, ce ne peut être que par les lois de l'appétit, puisque la nature nous refuse l'usage actuel de la raison , et que chacun de nous n'est pas plus obligé de vivre suivant les règles du bon sens, qu'un chat selon les lois de la nature d'un lion. D'où il s'ensuit que dans l'état purement naturel nous avons droit légitime sur toutes choses .sans distinction ,
« et pouvons en user sans crime , si nous les pou- « vons obtenir, soit par force, par ruse ou par « prière, jusqu'à tenir pour ennemi quiconque « nous empêche de contenter notre appétit. Donc, « le droit naturel, sous lequel tous les hommes « naissent et vivent pour la plupart, ne leur dé- " fend que ce qu'aucun d'eux ne désire , et qui M n'est point en leur pouvoir : il n'interdit ni la « discorde , ni la haine, ni la colère , ni la fraude, « ni rien enfin de tout ce que veut l'appétit.
4. « Cependant , ajoute Spinosa , malgi-é ces «< grands avantages et cette vaste liberté que donne « la nature , il n'est pas douteux qu'il ne soit plus « avantageux aux hommes de vivre suivant les lois f( et la raison , qui ne regardent que ce qui est vé- « ri tablement utile. D'ailleurs, il n'est personne « qui ne souhaite de mener une vie paisible et « tranquille, autant qu'il est possible : ce qui ne " peut néanmoins arriver, tant qu'il est pei*mis « à chacun de faire ce qu'il lui plaît , et que la ff haine et la colère l'emportent sur la raison. Car, « niil ne peut vivre en repos et sans inquiétude, fc au milieu des dissensions, des haines, des emft portements , et clos fourberies que chacun tâche '( d'éviter par toutes sortes de moyens. Ajoutez à " cela que , n'y ayant rien de plus triste que notre " vie destituée d'un secours mutuel , il falloit de (' nécessité que les hommes, pour vivre tranquilles t< et heureux , conspirassent unanimement à se dé-
( i53 ) ff faire de leur droit naturel , pour le posséder en t< commun, et à renoncer leur appétit pour le sou- « mettre à la puissance et aux édits de toute une « communauté : ce que l'on eût néanmoins tenté « vainement, si chacun eût voulu demeurer ferme « dans la résolution de tout sacrifier à la convoi- « tise ; car les convoitises ou passions ne sont pas « les mêmes en tous, et c'est pourquoi il falloit « demeurer d'accord de n'écouter que la raison (à « quoi personne n'ose conti'edire ouvertement, de " peur de paroître manquer de sens) , et consentir « en même temps de réprimer l'appétit , en tant « qu'il veut nuire au prochain ; de ne point faire « aux autres ce que nous ne voulons pas qu'ils « nous fassent; enfin, de défendre l'intérêt des « autres comme le nôtre propre. »
Tel est, en peu de mots, le système moral de Spinosa , sur lequel nous ne nous arrêterons qu'un instant.
II. 1. Ne chicanons point ce philosophe sur sa définition; il lui plaît d'appeler droit naturel [cidessus , I, 1 et 2) ce qui ressemble assez bien à un • pouvoir physique ; peu m'importe , examinons seulement si ses idées sont vraies , si ses conséquences sont exactes , et s'il n'y a rien dans ses principes qui se conti*edise.
2. Premièrement, en concevant l'homme comme étant déterminé par sa nature à telle ou telle chose, sans qu'il puisse faire autrement (T, ?. ), comme
( '54 ) par exemple à s'aimer lui-même, à désirer d'être heureux, cette détermination s'étend-elle à tout ce que l'homme peut vouloir ou à ce qu'il peut faire ? Si la nécessité absolue de Spinosa est évidemment fausse , si l'homme est un agent libre , comme nous nous en sommes convaincus, il y a donc des choses sur lesquelles il faut restreindre ce droit qui , selon Spinosa , s'étendroit aussi loin que sa puissance [ci-dessus , I , i ).
3. En second lieu, ce raisonnement {ihid.J : La nature , considérée en général , a un droit absolu sur
tout ce quelle peut car sa puissance est la
puissance même de Dieu, dont le droit n'est point limité. Or, comme la puissance universelle de la nature n'est autre chose que la puissance de tous les individus pris ensemble , il s'ensuit que chaque individu a un droit absolu à tout ce qu^il peut.
Ce raisonnement, dis-je , est -il bien exact et bien conséquent? « Le pouvoir de la nature est le « pouvoir de tous les individus : donc chaque « individu a un droit absolu à toutes choses » : il falloit conclure au contraire que chaque individu a une certaine partie de droit déterminé, et, par conséquent, que nul individu ne sauroit s'attribuer la partie qui est échue à tout autre individu de l'univers.
D'ailleurs , il plaît à Spinosa de confondre Dieu et la nature, qu'il prend pour la collection de tous les êtres, quoique dans son système ils ne forment
C i55 ) cependant qu'un seul être; mais nous avons reconnu, par des preuves évidentes (/zV. III, c. ii, IV et suiv. ) , que Dieu , l'être nécessaire , le créateur, devoit être distingué de tout cet univers qu'il a créé, et où nous n'apercevons, de tous côtés, que des êtres contingents.
4. Troisièmement, lorsque Spinosa veut prouver que l'homme n'est pas tenu de se conduire par la raison , ce qu'il avance à ce sujet [ci-dessus , III, 1 ) ne forme- 1- il pas encore un argument bien singulier ? Dans notre enfance , nous n'avons pas Tusage de la raison*: donc, lorsque nous jouissons de cet usage dans la suite de notre vie , nous ne son^ mes pas obligés d'en suivre les règles (1). On concluroit également que nous ne devons jamais nous servir de nos pieds pour marcher , ni de nos mains pour saisir les corps , parce que ces membres, dans l'enfance, sont trop foibles pour être de service; ou que jamais nous ne devons agir en hommes, ])arce que nous avons été enfants.
Supposons cependant qu'il ne soit question ici que d'un certain âge , ou d'un certain état d'abrutissement ou de folie, dans lesquels on ne puisse faire aucun usage de sa raison , j'avoue qu'alors les jirincipes do Spinosa ne sont pas si dangereux : car, lorsqu'on n'a pas cet usage, la nature dispose les choses de manière , ou qu'on a très peu de moyens
(1) M. L. F. , Pmit'. de , rtc. , totn. i , sect. f\ , ch. 11.
( i56 ) de nuire, ou qu'on se trouve sous la direction d'autrui; mais il me semble que c'est en vain qu'on dispute sur les droits de ceux qui sont dans cetétat, leur condition ne tire pas plus à conséquence pour les personnes raisonnables, que la disposition d'un malade i^e peut servir à juger de la constitution naturelle du genre humain (i).
Pour ce qui concerne le di-oit sur toutes cboses , il n'y* a pas même un seul de ces gens destitués de raison qui ne puisse être conservé d'une autre manière que par un tel droit; et à l'égard de ceux dans qui la raison s'est tant soit peu développée , il «'y a en aucun . comme nous l'avons déjà observé, qui ne puisse concevoir aisément que ce même droit ne peut que lui être extrêmement nuisible par les efforts contraires de tous les a.ulves(ci-dess . , section i", IV, 2).
Il est encore à propos de remarquer que , pour être obligé de vivre conformément à la raison , il n'est pas nécessaire qu'on soit déterminé , -pour me servir des termes de Spinosa, à agir suivant cette règle, de manière qu'on ne puisse Jaire autrement {^ci-dessus y 1,2), mais il suffit qu'il soit en notre pouvoir d'y agir en effet, et que nous puissions reconnoître que nous sommes liés à cet égard par des motifs ou des liens moraux, tels qu'ils conviennent à la nature d'un être libre et raisonnable.
(1) Puff. , Droit de la nal., liv. 2, chap. 11, § 3.
Je ne dirai rien ici de celte obligation de conserver son être naturel , que Spinosa suppose , et dont il est même bien difficile d'apercevoir le fondement dans son système, .l'en ai parlé, en examinant les principes de Hobbes [sect. i" , IV) , et la raison nous dit assez dans quelles bornes le soin de notre conservation et de nos intérêts par rapport à cette vie doit être renfermé.
5 . Quatrièmement, lorsque Spinosa daigne enfin nous donner (^ci-dessus ,1,4) des conseils plus salutaires que son premier principe du droit à toutes choses, s'accorde-t-il avec lui-même (i) ? Il oublie sans doute que dans son système nous serions aussi peu libres que les animaux et les plantes ; il oublie que les passions, la convoitise, sont les lois de notre nature , qui nous déterminent sans que nous puissions faire autrement. Si les avis de Spinosa s'adressoient aux hommes les plus forts et les plus puissants , et qu'il les invitât à soumettre les plus foibles à leur empire, de tels avis s'accommoderoient très bien avec la nature de l'amoui'-propre , qui tend à dominer, et à tout s'assujettir , de même que les grands poissons, pour me servir de la comparaison de Spinosa, cherchent à manger les petits. Mais présenter indistinctement à tous les hommes des maximes de douceur et de paix, n'est-ce pas vouloir que les petits poissons se laissent manger
(i) M. L. F., Preuv. de y etc.
( ^58 ) par les plus gros , et que les gros craignent d'être mangés par les petits ?
D'ailleurs, quand les hommes jouiroient de la liberté la plus parfaite (contre l'hypothèse de Spinosa), le remède qu'il tâche d'appliquer à son principe meurtrier ne fait que pallier le mal au lieu de le guérir. Car si, avant les conventions des hommes et les lois civiles, rien n'est bon , rien n'est mauvais, rien n'est juste, rien n'est injuste , il seroit donc vrai qu'avant l'établissement des lois humaines qui défendent, par exemple, l'homicide, il étoit aussi bon , aussi juste , aussi louable d'ôter la vie à un innocent, que de la lui conserver; que c'étoit une chose absolument indiflei'ente, et que rien ne m'oblige en conscience à suivre les lois que les hommes ont dictées pour défendre l'un plutôt que l'autre. Ce sont des lois purement arbitraires , auxquelles chaque homme en particulier n'est point obligé d'obéir.
Quelle obéissance dois-je aux autres hommes? Quel est le fondement d'une obéissance de cette espèce ? Les hommes qui m'ont précédé avoient-ils quelque droit sur ma liberté ? Ont-ils pris mon avis pour borner ma puissance naturelle ? Quand j'aurois été appelé à leurs délibérations, et que j'aurois ratifié leurs lois par mon consentement volontaire, est-ce un engagement inviolable que celui qui n'a point d'autre appui que ma parole ^ Où est la règle qui me prescrive d'être fidèle à mes engagements T
( '59 ) Il n'y a donc que la crainte seule du châtiment qui puisse m'empêcber de violer les lois civiles. Mais si le spinosisme est vrai , plein de mépris pour ces lois , je suis libre de les suivre ou de ne pas les suivre. Mon uniQiie attention doit être de me soustraire à leur rigueur. Suis -je assez heureux pour me faire un parti puissant dans un état , j'en renverserai tous les établissements, et j'en substituerai d'autres. Suis-je assez malheureux pour être le plus foible, mais assez adroit pour me dérober à la lumièi'e et au supplice , je prendrai mes penchants pour mes lois, et, s'ils me portent à faire couler un poison lent dans les veines de mon père , je n'y résisterai pas; j'userai d'un droit que la natui-e me donne , et que personne n'a pu me ravir.
Ces conséquences font horreur , mais elles suivent nécessairement du système de Spinosa, qui ne peut les nier sans se contredire dans les termes. Car 8*il réplique que le bien de la société demandoit qu'on défendit l'homicide par des lois, c'est avouer qu'il y a des choses bonnes , et qu'il y en a de mauvaises avant l'établissement des lois humaines; qu'il est des choses contraires au bien de la société , et qu'il en est que la raison approuve nécessairement, comme étant propres à notre nature, et convenables à tous les hommes en général.
m. Ce que nous venons de dire suffit pour nous faire reconnoître combien les principes de Spinosa et ceux de Hobbes sont contraires aux plus pures
( »Co ) lumières de la raison, et combien ils se détruisent d'eux-mêmes. Peut-être auroit-on lieu d'être surpris que de pareils systèmes aient pu faire quelque fortune parmi les hommes , si l'expérience ne nous apprenoit avec quelle facilité nous nous laissons prévenir pour tout ce qui flatte nos penchants déréglés , et quel est laveuglement funeste où l'empire des passions précipite ordinairement ceux qui s'en rendent volontairement les esclaves.
Un des plus sûrs moyens de nous armer contre elles et d'éloigner tout ce qui pourroi t s'opposer à noti'e bonheur , c'est de nous pénétrer toujours davantage des véritésque nos dernières réflexions nous ont fait reconnoître ? Après leur avoir donné toute l'étendue que méritoient des objets si importants , ne négligeons pas d'en exposer en peu de mots tout le précis : heureux si désormais je pouvois ne les perdre jamais de vue !