‹ Essai sur les vrais principes, relativement à nos connoissances les plus importantes (volume 2)Chapitre 13 sur 26 · V. 1 . ^l'égard de cet état civil que forme Hob · texte numérisé non relu

V. 1 . ^l'égard de cet état civil que forme Hob

(i) Dans l'état de nature, dit Montesquieu, l'homme ne sentiroit d'abord que sa foiblesse ; sa timidité seroit extrême , et si on avoit là-dessus besoin de l'expérience , l'on a trouvé dans les forêts des hommes sauvages ; tout les fait trembler, tout les fait fuir. ,

Dans cet état , chacun se sent inférieur, à peine chacun se sent-il égal. On ne chercheroit donc point à s'attaquer, et la paix seroit la première loi naturelle.

Le désir que Hobbes donne d'abord aux hommes de se subjuguer les uns les autres , n'est pas raisonnable. L'idée de l'empire et de la domination est si composée , et dépend de tant d'autres idées, que ce ne seroit pas celle qu'il auroit d'abord.

Hobbes demande pourquoi^ si les hommes ne sont pas naturellement en état de guerre , ils vont toujours armés , et pourquoi ils ont des clés pour fermer leurs maisons ? Mais on ne sent pas que l'on attribue aux hommes avant l'établissement des sociétés , ce qui ne peut leur arriver qu'après cet établissement, qui leur fait trouver des motifs pour s'attaquer et pour se défendre.

Au sentiment de sa foiblesse, l'homme joindroit le sentiment

de ses besoins J'ai dit que la crainte porteroit les hommes

à se fuir; mais les marques d'une crainte réciproque les engageroient bientôt à s'approcher; ils y seroi^t portés d'ailleurs parle plaisir qu'un animal sent à l'approche d'un animai de même espèce.

Outre le sentiment que les hommes ont d'abord , ils parviennent encore à avoir des connoissances ; ainsi ils ont un second lien que les autres animaux n'ont pas. Ils ont donc un nouveau motif de s'unir , et le désir de vivre en société est une loi naturelle. Esprit des lois , liv. I , chap. it.

( '44 ) bes , et où il établit un empire absolu , il suffira de remarquer, i» que le droit sur toutes choses, dont on s'accorde à laisser l'exercice dans celui qui représente la société, est une chimère, cwRme nous l'avons déjà prouvé (c'i-dess., IV, 2); en sorte que nous n'avons l'autorité ni de le transférer ni de le permettre à qui que ce soit. En second lieu , il est même contre toute raison de présumer que les hommes aient jamais accordé à aucun souverain le pouvoir de négliger entièrement les causes naturelles du bien public, et d'y en substituer de toutes contraires (1); 3° il faut dire ici la même chose du jugement du prince sur le bon et le mauvais , sur \e juste et V injuste , que ce que nous avons déjà dit (ifei'J. 3) du jugement particulier (2); 4° cet empire souverain se trouve détruit par les principes mêmes de Hobbes ; car on doit retenir

(i) Ce seroit assurément s'imaginer, dit à ce sujet Locke , que les hommes sont assez fous pour prendre grand soin de remédier aux maux que pourroienl leur faire des fouines et des renards, et pour être bien aises et croire même qu'il seroit fort sûr pour eux d'être dévorés par des lions. Le Gouvernement civil ^ chap. VI, § 17.

(2) Les êtres particuliers intelligents , dit encore Montesquieu , peuvent avoir des lois qu'ils ont faites; mais ils en ont aussi qu'ils n'ontpas faites. Avant qu'il y eût des êtres intelligents , ils étoient possibles , ils avaient donc des rapports possibles, et par conséquent des lois possibles. Avant qu'il y eût des lois faites, il y avoit des rapports de justice possibles^ Dire qu'il

( «45 ) selon lui (i) le droit de défendre son corps et de jouir de toutes les choses nécessaires à la vie; il reconnoît ensuite qu'il y a beaucoup de choses dans lesquelles on n'est pas tenu d'obéir. Or, qui est-ce qui sera juge pour tous ces différents cas? Sera-ce le souverain ? Mais alors c'est comme si on ne se réservoit aucun droit, et ce souverain, par cela même qu'il commande, jugera toujours qu'on doit

n'y a rien de juste ni d'injuste, que ce qu'ordonnent ou défendent les lois possibles , c'est dire qu'avant qu'on eût tracé de cercle , tous les rayons n'étoient pas égaux.

Il faut donc avouer des rapports d'équité antérieurs à la loi positive qui les établit , comme par exemple , que supposé qu'il y eût des êtres intelligents qui eussent reçu quelque bienfait d'un être différent , ils devroient en avoir de la reconnoissance; que si un être intelligent avoit créé un être intelligent , le créé devroit rester dans la dépendance qu'il a eue dcs^n origine; qu'un être intelligent quia fait du mal à un«re intelligent, mérite de recevoir le même mal, et ainsi de reste.

Mais il s'en faut bien que le monde intellectuel soit aussi bien gouverné que le monde physique; car quoique celui-là ait aussi des lois qui, par leur nature , sont invariables , il ne les suit pas constamment comme le monde physique suit les siennes. La raison en est que les êtres particuliers intelligents sont bornés par leur nature , et par conséquent sujets à l'erreur ; et , d'un autre côté , il est de leur nature qu'ils agissent par eux-mêmes. Ils ne suivent donc pas constamment leurs lois primitives , et celles mêmes qu'ils se donnent, ils ne les suivent pas toujours. Esprit des lois^ liv. i , ch. i*' .

(i) De civ. , ch. m , art, 14.

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