CHAPITRE CINQUIEME
Réduction des principes du cinquième livre.
!«"■ Principe. « Fait pour glorifier Dieu par « un usage convenable de toutes les facultés qu'il « m'a données (cA. ii, I), mon premiei* soin doit « être d'employer mon entendement à me former « de plus en plus des idées justes de sa grandeur « et de ses perfections.
2* Principe. « Les attributs qu,e j'ai déjà recon- «c nus dans le souverain être ( ihid. YII , et suiv. ) « me conduisent encore à avouer sa providence , « ou, pour mieux dire, sa providence fait essentiel- « lement partie de ces mômes attributs, et s'an- « nonce dès l'instant où nous commençons à les « apercevoir. Nous ne saurions donc être trop « convaincus que Dieu prend soin de nous , qu'il « nous aime, qu'il veille sur nous, et qu'il goucc veme par sa sagesse toutes les parties de l'uni- « vers.
3* Principe. « Une suffit pas que l'entendement " s'occupe de ce qui peut lui donner des idées justes " sur la Divinité : ce ne seroit employer pour sa
« gloire qu'une partie de nos facultés, puisque et notre ame est encore susceptible d'affections , de « sentiments , qui peuvent être comme le résultat « et le fruit de nos connoissances (c. m, I, i)' 4* Principe. « Entre toutes les dispositions na- " turelles qui doivent avoir leur usage par rapport « au souverain être , une des premières est l'admi- « ration : ce sentiment naîtra en nous de la médif< tation de es attributs et de la contemplation de M ses ouvrages [ibid. , II).
5* Principe. « Si Dieu mérite notre admiration r< à titre de souveraine intelligence, il ne mérite « pas moins nos respects et notre adoration à titre 'f de première cause , d'être suprême, infini, et qui " rassemble en lui dans le plus haut degré toutes « les perfections ( ibid. , III ) .
6^ Principe. « Nous ne devons pas nous borner à M considérer le créateur de l'univers comme infinicf ment élevé au-dessus de tous les êtres , et les te- « nant tous sous sa dépendance ; il s'offre encore à « nous sous les traits d'un dieu bienfaisant, et « pour tout ce que nous lui devons il exige notre V reconnoissance (IV).
7 Principe. « Le souverain être, ainsi que « nous nous en étions déjà convaincus (V, et l. IV, '( c. II , 8 princ. ) , n'exige pas moins lout notre ce amour : c'est-à-dire qu'il veut être aimé par-des- '< sus tout , qu'il veut être le centre et le terme de « toutes nos affections , parce qu'il est seul le prin-
( 3:^7 ) (c cipe de tous les biens , que rien n'esl aimable " que pai" lui , que ce n'est qu'en lui que nous « pouvons trouver ce souverain bien , ce bonheur « après lequel nous soupirons. Le vide de toutes « les choses humaines est la voix de la nature , « par laquelle Dieu nous appelle à lui pour nous «f rendre heureux par lui-même.
« Notre amour pour le créateur s'annoncera prin- '« cipalement par le soin que nous prendrons de lui " plaire, par notre fidélité à rechercher en tout sa «< gloire et à fuir tout ce qui pourroit TofTenser. « {^ci'dess. , c. III, V, 7).
8' Principe. « Une connoissance exacte des fc attributs de la Divinité et de son attention sur « toutes les créatures (VI) ne peut qu'ajouter en- " core aux sentiments dont nous venons de parler , « celui d'une confiance entière et inébranlable , en « sorte même que nous ne nous flattions point de «f trouver des secours certains , réels ou suffisants " hors du souverain être.
9* Principe. « La puissance de Dieu, sa sagesse, " et sa bonté(VII)sont autant de titres qui exigent « de nous une parfaite soumission dans les maux « dont il nous afflige , dans les biens dont il nous f prive , dans les lois qu'il nous impose.
10' Principe. « L'amour et la confiance n'ex- « cluent point une juste crainte (VÏII). Nousde- " vons appréhender de déplaire au souverain être «c dans les choses les plus légères. Nous devons
u cralntli'e les châtimenls qu'il prépare à ceux qui ce violent ses lois.
1 j^ Principe. « Eviter autant qu'il est possible «f jusqu'au péril d'offenser Dieu , veiller sur soifc même , fuir les occasions prochaines du péché , (( sont autant de préceptes de la loi naturelle « ( ibid. , 6 ) .
12" Principe. « D'un autre côté aussi , le souve- « rain être , en nous donnant pour règle la raison tr ( 7 ) j veut que nous nous conduisions par la « probabilité , lorsque l'évidence cesse de nous « éclairer, pourvu que d'ailleurs nous soyons cf d'assez bonne foi pour tout sacrifier plutôt que fi de l'offenser, lorsque la probabilité ne favorise « pas nos désirs.
1 3* Principe. « Pour nous faire éviter tout ce « qui seroit contraire à nos devoirs, autant du « moins que la fragilité humaine peut le permettf tre , la raison ne se contente pas de nous preste crire l'attention sur nous-mêmes, et la fuite des 'f occasions prochaines , elle nous offre encore des <c secours très salutaires dans le souvenir de la « présence de Dieu et de la brièveté de notre vie «c- ( 8 et 9 ).
i4* Principe. « Pour réparer les offenses faites « à Dieu, la première loi que sa justice et que M l'amour même nous imposent , c'est le repentir « et ce qui en est une suite naturelle ( i o ). Nous " n'oublierons pas en même temps de recevoir
( 3^0 ) « aVec la soumission la plus parfaiffe, les justes pei- M nés qu'il lui plaira de nous envoyer.
iS' Principe. « Pour bien remplir la volonté du « souverain être et l'objet pour lequel nous avons « été formés (c. iv, I.), nous devons regarder K comme une partie essentielle de nos devoirs l'i- « mitation de ses attributs, c'est-à-dire de ceux « qui peuvent convenir par quelque endroit à une « créature telle que l'homme. De ce nombre sont « la sagesse, la rectitude, la prudence, la bonté, «< la véracité. Que l'amour du vrai serve à enti*e- « tenir l'harmonie la plus exacte entre nos pen- <i sées, nos paroles, et nos actions.
i6« Principe. « Comme nous devons prendre M tous les moyens nécessaires pour nous procurer « les biens qui nous manquent, pour acquérir « tout ce qui peut nous rendre agréables au sou- « verain être, pour nous mettre en état de le glocc rifier, et de parvenir au bonheur qu'il nous a « préparé, nous ne pourrions, sans nous rendre " coupables, refuser d'adresser nos vœux et nos " demandes à celui de qui dépendent toutes les « grâces, toutes les vertus, et tous les biens. La ti nécessité de prier est fondée sur notre dépen- « dance et sur nos besoins (II).
if- Principe. « Les hommes (III, i , 2 et 3) << doivent se témoigner réciproquement les senti- «t menls dont ils seront pénétrés envers le souve- « rain être; ils doivent s'unir entre eux par des
'< marques ext(fî'ieures au moyen desquelles ils " concourent tous ensemble à l'honorer.
1 8* Principe. « Mais il ne faut pas attacher à ces " signes plus de force qu'ils n'en ont en effet, et « ne pas regarder comme l'essentiel du véritahle " culte, ce qui n'est que l'accessoire [ihid., 4 et 5).
19* Principe. « On peut rapporter au culte exff térieur le serment ( ihid. , 6 ) , qui ne renferme " rien en soi que de très proj^re à glorifier le sou- 'f verain être, lorsque nous en faisons un usage f( tel , que par \a nous attestions hautement et « d'une manière constante l'idée que nous avons " de sa providence , et les dispositions où nous c( sommes à son égard.
« Mais pour cet effet il faut, avant de se lier « par un serment , savoir avec la dernière cer- «■ titude que l'action ou l'omission à laquelle <f on s'engage est permise ou innocente ; il faut 'f même examiner si elle ne nous jettera pas dans <' quelque danger tant soit peu considérable d'of- « fenser Dieu , et de violer sa loi ; il faut voir si 't c'est une chose qui dépende de nous , et il faut « considérer enfin s'il y a nécessité de jurer.
M Ce que nous venons de dire du serment {ihid.) " peut suppléer en partie à ce que nous avons f< omis par rapport au vœu proprement dit , le- " quel peut naître d'un motif très louable, et « nous être surtout de quelque utilité dans la «<: pratique des vertus; mais que nous no devons
jamais faire sans de très grandes précautions, et
sans pouvoir nous assurer en quelque sorte qu'il < en naîtra un Lien réel.
20'" Principe. « S'il est quelque culte qui sup- ' pose des dogmes contraires à ceux de la loi na- • tui-elle , nous ne saurions douter que Dieu ne le ' réprouve ; en vain croirions-nous lui obéir en ' nous prêtant à ce qui combat la sainteté de ses I lois , et à ce qui le deshonore ( ibid. , 7 . )
21* Principe. « J'ai dû reconnoître enfin com- ' bien la religion est juste , raisonnable et réelle, ' combien elle est propre en elle-même à contri- ' buer au bien de la société , et à notre propre
bonheur ( ibid. III ) . »
FIN ne TOME SECOND.