Essai sur les vrais principes, relativement à nos connoissances les plus importantes
I. La difficulté dont je viens de pâtT^er; (i) suppose que le système de l'homme est absolument borné à la sphère de la vie présente ; qu'il n'y a point d'état à venir ^ et par conséquent qu'il n'y a rien à attendre de la sagesse divine en ftiveur des lois naturelles^ au-delà de ce qui se manifeste en ce monde.
Si je pouvois donc , en portant plus loin mes regards, me convaincre que l'état de l'homme dans cette vie n'est que le commencement d'un système
(i) Voy. Principes du droit naturel , a<ne part. , cb. xti ,% %• TOME II. 1
plus acccompli ; si je pouvoîs découvrir uu temps où chacun de nous sera mis à sa place (i), où les proportions se retrouveront avec le dernier degré d'exactitude pour ne plus varier , où tout, en un mot, servira à manifester la gloire du créateur , et à procurer le bonheur des créatures, je pourroîs enfin conclure qu'il ne manque rien à la sagesse du svstème moral, et la discordance actuelle cesseroit d'être un défaut dès là qu'elle devroit se terminer et se résoudre dans l'harmonie la plus complète.
II. 1 . A ne considérer que la nature de ce principe intérieur qui m'anime, c'est-à-dire de ce principe qui pense en moi, qui sent, et qui compare ses sensations et ses pensées , en un mot qui s'annonce en chacun de nous par le sentiment intime de ces mêmes opérations (/iV. I, c. XI, 2« pnnc.)y la raison semble déjà m'offrirde fortes conjectures de son immortalité , ou du moins elle me donne lieu de croire que la dissolution du corps n'entraîne pas nécessairement l'anéantissement de l'ame, et que Fune de ces deux substances est réellement distinguée de l'autre par ses propriétés.
2. J'avouerai qu'il y a entre l'ame et le corps qu'elle anime, la liaison la plus étroite : mon esprit semble naître avec mon corps , il croît avec lui , et le plus souvent tous deux vieillissent en
(i^ Le Système du vrai bonheur^ dans les Mélanges physiques de M. Formey.
(3) même temps. Cependant cela ne prouve pas une identité Teelle : je puis perdre un bu plusieurs membres sans que mon ame y qui yivifioit également tout mon eorps ^ perde rien de ses facultés , sans qu'elle éprouve aucune division^ aucune diminution dans sa substance; c'est-à-dire qu'elle demeure toujours semblable à elle-même ^ et suffisante à toutes ses opérations ^ comme elle l'étoit auparavant.
S. Bien plus, mon esprit parott tellement distinct de mon corps y qu'il se dérobe quelquefois aux impressions que font sur mes sens les objets extérieurs; se repliant sur lui-même, il oublie tout ce qui l'environne , et s'abtme souvent dans une rêverie assez profonde pour ne rien voir y ne rieii entendre , et , ce qui arrive même y pour ne rien sentir à l'occasion de ces mêmes objets , (i) à moins d'une^douleur violente qui le rappelle malgré lui.
(i) Nos enim ne nunc quidem oculis cernimus ea quœ videmus : nequeenim est ullus sensus in corpore; sedy ut non solujn phjrsici docent , verum etiam medici , qui ista aperta et patefitcta vidcrunty vice quasi quœdam sunt ad oculoi y adaures, ad naresy à sede animi perjoratœ* Itaque sœpe aut cogiiaUone aut aliquâ vi ntorèi impeditiy apertis atque integris et oculis y et auribus y nec videmusynec audimus y utjàcilè intelUgi possit animum videre, et audircy non eas partes y quœ quasi sunt Jènesirœ animi , quibus tamen sentire nihil queat mens nisi id agaty et adsit* Cic. Tusc. I. , c. ao.
4. D'un auta^ cèté l'expérience m'apprend également que Tame peut sentir autre part que dans le corps : tel est ce sentiment qu'éprouye un homme auquel -on vient de couper la main^ et qui souffre de la douleur, à l'endroit même ou étoient ses doigts qu'on lui a ^etranckés.
5. Quatrièmement , les lois de l'esprit sont toutes différentes de celles du corps ; celui-ci ne. s'attachant qu'aux choses grossières et sensibles^: ne tend en quelque sorte qu'a nous abrutir ( i), et à nous dégrader , lorsque nous lui abandonnons l'empire sur nous-mêmes; l'autre, par sa nature, s'élève au-dessus des sens; il a souvent des joies, des craintes , des espérances , des désirs et des peines qui n'ont rien de commun avec eux (2) ; il se sépare des objets corporels pour se replier sur ses propres idées; il médite sur des vérités tout abstraites , et qui n'ont aucun rapport avec la matière, telles par exemple que l'éternité^ l'infini, la possibilité, la vertu, la différence de la cause et de l'effet , de l'être et de la modification , du terme et des moyens. Ses opéra-
--■■ - !■ If-
(i]Voy« Platon^ dans \e Dialogue de V immortalité de Vante* (a) Quelle volupté ne nous cause pas la découverte des vérités abstraites , volupté entièrement spirituelle ? Pytbagore, pour avoir trouvé les carrés des côtés d'uu triangle y sasacrifia une hécatombe en action de grâces. Platon vante le bonheur de ceux qui peuvent contempler le beau et le bon dans leur principe. Note de M. Hacine , Poème de ïa ReU
tîons mêmes n'ont rien de commun avec les sens. Qaelle prise ont nos oignes sur un doute , sur une persuasion , sur la distijaction de l'un et de l'autre ? L'ame ne se développe pas non plus à la manière des corps y elle ne se nourrit pas par les mets; c'est en méditant, c'est en s'exerçant par une sérieuse attention sur tout ce qui l'environne, qu'elle acquiert des forces , de la justesse , de l'élévation, et qu'elle, devient capable des plus grandes choses.
Si eUe reçoit des impressions à l'occasion de ce qui arrive dans les organes des sens, elle agit sans ces attraits, elle agit même contre ces attraits; elle en juge, elle en afibiblit ou elle en augmente le sentiment , selon qu'elle s'y applique plus ou moins ; elle impose silence à l'ims^ination , elle en corrige les erreurs; elle désavoue les penchants déréglés, elle les condamne, elle en gémit, elle les calme et les apaise; et le corps lui est redevable de la santé, selon quVUe est attentive à éloi* gner de lui ou à modérer ces mouvements tumultueux qui l'agitent et lé déconcertent.
6. Cinquièmement , enfin , ce principe qui pense en moi, qui a une force et un sentiment de réflexion par lequel il se replie sur lui-même , qui est le terme des sensations qu'il éprouve à l'occasion des objets extérieurs, qui ne connoit ni les bornes des lieux, ni celles des temps, en sorte qu'il embrasse tout k la fois tous les temps et tous
qui sediviseroit toujours jusqu'à l'infini de l'infini , si tant est que ce que je dis ici de cet infini puisse signifier quelque cbose (/. III, c. ni , V, 4).
8. Or ^ dans le premier cas (A) que nous ayons indiqué , soient données trois parties , A, B, C-, ^t trois idées ou trois sensations à volonté, X, F, Z.; si la partie j4 ne renferme que la sensation Xy elle ne pourra juger des deux autres Y, Z, ni entre elles , ni par rapport à celle qu'elle contient , puisque pour en juger ^ il faudroit pouvoir les compa-* rer, les connoltre, et par conséquent en être afiecté comme de la sensation X^ Donc , dans cette suppoisition , une an^e matérielle qui entendra une belle musique, qui verra un beau spectacle, et qui souffrira quelque douleur, ne pourra juger la-» quelle de ces trois sensations l'affecte davantage; de même encore elle ne pourra comparer plusieurs • idées entre elles ; donc ce n'est pas là notre ame.
Bien plus , dans l'hypothèse de la divisibilité de la matière, à l'infini , cette ame matérielle , bien loin de pouvoir comparer ses idées, ne jouira même de chaci;Lne d'elles ou du plus grand nombre que par parties , puisque nous avons très peu d'idées qui ne se forment en nous par le concours de quelques autres , et qu'ici tout sçroit séparé, divisé en un nombre infini de parcelles, parmi lesquelles ce qui affecteroit précisément l'une ne seroit pas ce qui affecteroit précisément l'autre , dès là qu'eU les ont une existence distinguée, et qu'en un mot
il ne sauroitse former entre des parties différentes une identité réelle j mais il y a plus encore, à l'égard des perceptions simples, uniques, indivisibles, l'ame matérielle et divisible à l'infini ne pourroit en avoir aucune de cette espèce , elle n*en aura donc en aucune manière.
9. Dans le deuxième cas (B), on suppose une ame telle que nous la prétendons , c'est-4-dire un être simple qui rassemble toutes ses idées et ses sensations comme en un point indivisible , pour les comparer et en juger ; en un mot on suppose une partie qui est elle-même un véritable tout, lequel forme à lui seul cet être que nous cbercbons, et dont l'existence et les propriétés n'ont aucune liaison nécessaire avec les autres parties auxquelles on le prétendroit réuni : ces parties n'ajoutant rien par elle»-mémes à son être ni à ses. perfections , de manière que s'il vient à en être séparé, il peut conserver toujours par sa nature les mêmes facultés , et demeure toujours capable de recevoir ou de se former des idées , comme par exemple de réfiécbir sur lui-même , de penser à l'infini , à l'éternité , à la vérité, de sentir qu'il existe, et d'éprouver même d'autres sentiments , comme la joie, le déplaisir, la crainte , l'espérance , la douleur, quelle que soit d'ailleurs l'occasion qui les excite (1).
(1) L'ame étant distincte et différente du corps , celui-ci ne pourra être que cause occasioneile de ce qu'il parott produire
j o. Dans le troisième cas ( C ) ^ enfin , je retrouve la même supposition que dans le dernier , avec cette différence, qu'on me prête ici un nombre indéfini d'ameS) c'est-à-dire mille, dix milles, un million , selon la diversité du composé dont il est question, et alors il ne s'agira plus, pour lever toute contestation , et pour parler exactement , que de dire : nous aidons fait cela y nous devons espérer ou craindre cela; nous sommes un très grand nombre d'ames simples et indivisibles dont chacune fait toutes ses opérations comme les fait sa voisine, et sans avoir essentiellement aucun besoin d'elle.
Cette courte analyse suffit (si je ne me trompe) pour démontrer qu'il faut toujouips en revenir nécessairement à un être simple qui est ici tout ce que nous cherchons (i).
en elle; d'où il faudra conclure que nos sens ne sont qu'occasionnelleraent la source de nos connoissauces ; mais ce qui se fait à l'occasion d'une chose , peut se faire sans elle , parce qu'un effet ne dépend de sa cause occasionelle que dans une certaine hypothèse. L'ame pourra donc absolument , sans le secours des sens , acquérir des connaissances. Voy. V Estai sur Vorigine des connoissances humaines^ première part. , chap. x« (i) Je ne sais pas comment Locke a pu avancer (1. lY, ch. 3), qu^if nous sera peut-être éternellement impossible de connottre si Dieu n'a pas donné à quelque amas de matière disposée d'une certaine façon , la puissance de penser. Il ne faut pas s'imagiuer que , pour résoudre cette question , il faille connottre l'essence et la nature de la matière. Les raisonnements qu'on fonde sur cette ignorance sont tout-à-fait frivoles; il suffit de rc-
1 1 . Mais y outre la preuve de raisonnement , je puis recourir au sentiment intime pour me convaincre de l'unité du principe qui forme en moi ces opérations par lesquelles je compare mes idées ou mes sensations. J'ai un sentiment intérieur et irrésistible que ce moi qui reçoit l'impression de la lumière (i) , est le moi qui sent en même temps l'action de la chaleur, l'odeur d'une fleur; qui entend la voix de celui qui me parle , et qui , comparant toutes ces sensations entre elles , donne la préférence à l'une sur les autres ; en un mot, je suis intimement convaincu que nous ne sommes pas plusieurs moi^ dont l'un reçoive une impression , l'autre une autre , et qui se les communiquent réciproquement , en sorte qu'il en résulte un mx)i composé; de même que je suis convaincu que je ne me répète pas tout à la fois par mille opérations semblables , et que je ne suis pas plusieurs âmes.
Mais pour appuyer encore davantage sur cette qualité, sur ce sentiment , selon lequel je me trouve absolument individuel (qu'on me permette ces expressions dans de semblables matières), et pour prouver qu'il ne peut se trouver dans un
marquer que le sujet de la pensée doit être un , dans le sens le plus usité. Or , un amas de matière n'est pas un, c'est une multitude. JSssai sur Porigine des connaissances humaines , chap. I , § 7.
(i) Le Système du vrai bonheur, dans M. Formey.
principe qui soit en lui-même un composé^ j'emprunterai à peu près la même forme de raisonnement dont je me suis servi il n'y a qu'un instant.
Ou cette qualité , ce sentiment d'individualité^ d'unité, se trouve précisément le même tout entier dans cliaque partie , A,B,C, dont on suppose que mon ame est composée , ou il résulte de toutes ces parties réunies et prises ensemble , ou il se trouve dans une seule qui est simple , indivisible, etc. (i).
Or la première supposition ne peut s'admettre, puisque la qualité individuelle de la partie j4 ne sauroit être la même qualité individuelle de la partie B , plus que la gravité , le mouvement, l'existence de l'une , ne peuvent être la gravité , le mouvement, l'existence de l'autre; en un mot que l'une ne peut être l'autre , et cependant ne l'être pas (/. I, c. xi, princ» 7). Chaque cbose esi distinguée par ce qui lui est propre, dbuiqueêtre a son individualité et ses qualités particulières, de manière que l'individualité qui est attachée i l'existence de tel grain , n'est pas celle qui est attachée i l'existence de tel autre, et ainsi du reste. La deuxième supposition implique paiement; car le tout est composé de toutes ses parties prises ensemble ( /. in, c. I", I, ojc. 7) , c'est-à-dire que si
(1) V07. Locke, RtL naU et mtor,^ pkUosophiœ principU , tom. 1 , p. i36*
je prends ensemble A y By Cy il se trouve en moi une qualité y une force et un sentiment intime qui repond à ces trois parties dont mon ame est composée. Ce ne sauroit donc être une force et un sentiment individuel. Je ne trouve donc en moi cette qualitç^ ce sentiment^ que parce que mon ame est réellement un être simple. La troisième supposition nous donne ce que nous cherchons.
12. Quant aux e0ets ordinaires que la constitution^ l'état^ l'organisation du ^corps produisent sur Fame^ \^ une seule exceptiAi suffit ici pour confirmer ce que nous avons dit ci-dessus^ n. 2 et suiv* y que cela ne prouve pas une identité réelle ; et combien n'a-t-on pas vu de corps infirmes et paralytiques renfermer une ame saine et douée d'autant de mémoire^ de force d'esprit y de jugement^ qu'elle en avoit fait parottre en tout autre temps ^ Combien de Scarrons (1), par une gaieté naturelle, savent rire et faire rire au milieu de leurs douleurs? (a)Mais^ en second lieu^ quelque pouvoir que
(1) C'est lui, si je ne me trompe, qui, quelques heures ayant sa mort, disoit à ceux qui environnoient son lit et qui
fondoient en larmes autour de lui : c Je ne yous ferai jamais
3»pleurer autant que je yous ai fait rire. » **
(a) Payoue que nos pensées se diyersifient selon les mouye:ments qui se passent dans notre ceryeau , et qu'un peu de matière bouleyersée dans notre tempëramment met une étrange confusion dans nos images. Ceux qui supposent ayec nous qu'il y a un Dieu qui a uui les parties de nous-mêmes pour èl're
le corps ait sur l'ame , est-il nécesaire de comprendre comment deux êtres si diiférents se trouvent dépendants Tun de l'autre ? S'agit-il ici d'une chose qui doive être expliquée par des causes prochaines physiques (i), et ne peut-on pas recourir avec raison à la volonté du créateur ?
S'il a voulu que notre esprit eût des sentiments
dans une dépendance mutuelle , n'en seront pas surpris» Cependant , comme l'expérience nous apprend que les malades 9 au milieu de leurs rmeries , ont bien leurs images extrêmement troublées et confuses dans leur cerveau , ce qui fait qu'ils croient voir des choses qu'ils ne voient pas , et être dans des lieux où ils ne sont pas , mais qu'ils conservent un entendement qui raisonne assez juste sur ces fausses images , de sorte qu'on remarque que c'est la fiuitaisie du onilade qui est troublée f et non pas son entendement , on peut en conclure avec beaucoup de raison , ce me semble , qu'il y- a en nous un principe qui ne relève point du désordre du tempéramment , et qui est différent de la matière. Abadù.
(i) On peut , en effet , rapporter à cet objet la sage réflexion de Voltaire. Après avoir dît que la matière ne pouvant pas avoir le mouvement par elle-même, il falloit donc qu'elle l'eût reçu d'une cause immatérielle^ qui est Dieu , il ajoute : On doit ici bien prendre garde que cet axiome vulgaire çii'i'Z ne faut pat recourir à Dieu en philosophie , n'est bon que dans les choses que l'on doit expliquer parles causes prochaines physiques : par exeo&ple, je veux expliquer pourquoi un poids de quatre livres est contre-pesé par un poids d'une livre; si je dis que Dieu l'a ainsi réglé , je suis un ignorant; mais je satisfais à la question ) si je dis que c'est parce que le poids d'une livre est quatre ibis autant éloigné du point d'appui que le poids de quatre livres. Il n'en est pas de même des premiers principes
( .5 ) et des perceptions à l'occasion de notre corps , et que noti'e corps eût des mouvements à l'occasion des désirs de notre esprit^ pouvons-nous raisonnablement limiter en cela son pouvoir ? apercevonsnous à cet égard une contradiction réelle, et ce que nous éprouvons ne suffit-il pas au contraire pour nous porter à conclure que telle a été en eflet la volonté du créateur) et que c'est pour cela qu'il j a réellement entre le corps et l'ame une union très étroite (i)qui s'entretient par le moyen des organes y des vaisseaux et des fibres (2) ? De manière que si quelqu'un d'eux vient ensuite à s'altérer f il faut nécessairement que ce commerce en souffre , quoique d'ailleurs ces organes soient autant distingués de l'ame que le sont les verres dont se servent ceux qui ont la vue courte. De ce que
des choses ; c'est alors que ue pas recourir à Dieu est d'un ignorant ; car , ou il n'y a point de Dieu , ou il n'y a de premiers principes que dans Dieu. ^
C'est lui qui a imprimé aux planètes la force avec laquelle elles Tont d'Oocideo^t en Orient ; c'est lui qui fait mouyoir les planètes et le soleil sur leurs axes.
Il a imprimé une loi à tous les corps, par laquelle ils tendent tous également à leur centre , etc.
(i) Il ne s'agit pas ici d'une union locale, telle qu'elle se trouve entre deux portions de matières contigiies et attachées l'une à l'autre, il s'agit d'une union qui consiste dans une action réciproque de deux êtres l'un sur l'autre. M. L. F.
(î) f^oy. Lock, tom. 1 , p. 179.
toous cesserions de voir avec un verre que Ton n*auroit pas pris soin d'éclaircir ^ serions^nous en droit de conclure que notre ame n'est pas distinguée de ce verre? Disons-en de même de nos yeux, de nos organes et de tout notre corps y qui ne sont également que comme des instruments dont le créateur a voulu que notre ame fût obligée de se servir pour quelques-unes de ses fonctions. Il est vrai que je ne conçois pas par quel moyen terme un être simple et spirituel peut être lié avec un être composé ; mais ayant des raisons pour regarder l'ame et le corps comme deux êtres différents , et m'étant tout, à la fois bien évident qu'ils sont dans une dépendance mutuelle , je ne i^ierai pas qu'une semblable union soit possible , par cette seule raison que je ne la conçois pas (/. I, c. xi, 4"** princ.)
i3. On regarde la connoissance de la nature de l'esprit comme quelque chose de fort obscur (i), mais on ne prend pas garde que cette obscurité ne vient que d'une fausse supposition dont on nes'aperçoit pas , qui est que l'âme est corporelle. De là vient que si on se sert des idées qu'on a du corps et de ses attributs pour les employer à la recherche de la nature de l'esprit, on s'embarrasse, on s'égare infiniment plus que si on vouloit trouver de la ressemblance et de l'égalité en des choses inégales et dissemblables. Mais si on laisse à part
(i] M. Jacquelot, de l'Existence de Dieu , t. a.
( »7 ) toutes ces idées que nous avons du corps et de ses attributs y nous tiouyerons qu'il n'y a rien de plus facile à connoitre y ni de plus manifeste que la nature de noti% esprit. Nous sentons, nousconnoissons toutes ses opérations (i) , et nous sommes convaincus que nous les sentons et que nous les connoissons; on sent et on connott ses idées, ses pensées y ses délibérations, ses doutes, ses jugements, ses volontés; soit qu'il s'arrête pour réfléchir ou qu'il avance dans ses connoissances , soit qu^il pense ou qu'il ne pense pas , c'est-à-dire qu'il n'ait que des pensées vagues à quoi on ne fait aucune attention , soit qu'il affirme ou qu'il nie , qu'il oonnoisse une vérité ou une fausseté, qu'il veuille quelque chose ou qu'il ne la veuille pas , tout cela est clairement connu : on s'aperçoit de toutes ces opérations, on les distingue les unes des autres; et quand je m'arrête à toutes les réflexions que j'ai faites à ce sujet , pour définir l'esprit un être capable de sentir y de penser , de cont'parer ses sensations et ses idées , et gui est simple et indivisible , cette proposition est de toutes les propositions celle que je sens et que je connois ■^ — ■ • ■ ■ ■ ■ . --- j — . — ■ . — . — -.--»■ .^
(i) Cicéron, dans ses Tusculanes j dit ayec raison, que nous devons connoitre notre ame , que nous ne voyons pas , comme nous connoissons Dieu sans le voir , par ses œuvres : « Mentent hominù 9 quamvis eam non videos , tamen ut Deum ex operihus
ejus , 510 ex memorid rerum et in\>entione , et celteritate motûs omnique pulchritudiiie virtutU mentem agnoscito,