‹ Essai sur les vrais principes, relativement à nos connoissances les plus importantes (volume 3)Chapitre 2 sur 30 · TOME IT · texte numérisé non relu

TOME IT

le plus certainement et avec le plus de distinction» Il n'y a ni doute ^ ni obscurité, ]e connois donc mon esprit de la manière la plus distincte et Ja plus certaine (i).

Lie mal est que nous ne discernons pas assez les bornes de l'imagination et de l'entendement; on imagine des choses sensibles qu'on peut se repré-* senter sous quelque forme corporelle , les choses purement intellectuelles ne font que se concevoir; si je pouvois imaginer ce que c*est que mon ame , )e li'aurois plus lieu de l'appeler un esprit , et j'ai tout dit^ au contraire 9 lorsque je l'ai définie de la manière dont je l'ai fait il n'y a qu'un instant.

Enfin, de tout ce que nous avons dit touchant la simplicité et l'indivisibilité du principe qui pense en nous^ il s'ensuit : i» que l'immatérialité de l'ame n'est pas établie uniquement sur ce que nous ne saurions comprendre comment la matière pense. On n'est pas en droit de nier une chose précisément parce qu'elle est incompréhensible,

(i) La difficulté de concevoir un esprit , prend sa source dans la mauvaise habitude que nous contractons dans noire enfance, de juger de tout par les sens : comme nous passons nos premières années k voir, à entendre, à toucher, à imaginer sans jamais réfléchir sur nous-mêmes , ce n'est plus sans des efforts pénibles que nous nous appliquons dans la suite aux yérités inaccessibles à nos sens , et cette enfance ne finit malheureusement qu^ayec la vie pour la plupart des hommes.

etqn*on ne sauroit dire comment elle «efail; mais ce qui nous oblige de refuser la faculté de penser à la matière , en tant qu'on la considère comme un composé de plusieurs parties , quelque déliées qu'on les suppose, c'est l'impossibilité intrinsèque de la chose même y et les contradictions où l'on s'engage en faisant matériel le principe de nos pensées ; 20 il s'ensuit qu/e la destruction du corps n'entratne pas nécessairement la destruction de l'ame, et que celle-ci ne peut se dissoudre, ni pé» rir par aucune sorte de diyision, puisqu'elle n'a point de parties, c'est*à->dire que de sa nature, elle n'est point corruptible et mortelle, ou du moins sa destruction ne peut arriver que par l'anéantissement (i).

(i) On ne peut abBolament , dit Cicéron, trouver sur la lene l'origine des «mes, car il n'y a rien daas les âmes qui soit mixte et composé , rien qui paroisse venir de la terre , de l'eau , de l'air , ou du feu. Tous ces éléments n'ont rien qui fasse la mémoire, l'intelligence , la réflexion , qui puisse rappeler le passé , prévoir l'avenir, embrasser le présent. Jamais on ne trouvera d'où l'homme reçoit ces divines qualités , k moins de remonter à un Dieu, et par conséquent l'ame est d'une nature singulière, qui n'a rien dfi commun avec les éléments que nous connoissons ; quelle que soit donc la nature d'un être qui a sentiment, intelligence , volonté, principe de vie , cet être là est céleste , il est divin , et dès là , immortei. TuacuL^ liv. i, ch. 27, tr«d«de M. l'abbé d'Olivet.

Cette dernière conclusion est très-juste : car l'ame étant es^ sentiellement distincte du corps , comm0 nous tavons recoanuy

(so)

ni. Mais il est aisé de s'aperœvoir qu*uhe semblable conséqaence ne nous dispense pas d'en revenir à quelque cbose de plus précis; je dis plus encore : que noire esprit n'ait rien de commun avec la matière, ou qu'il n'y ait pas une impossibilité réelle à ce que Dieu rende la matière pensante, et qu'il y place ce sentiment individuel que nous trouvons dans notre ame , je conviendrai de bonne foi que je ne vois pas évidemment que l'un ou l'autre décide la question. Si l'ameest un être immatériel, et qui n'ait point à craindre par sa nature une dissolution de parties, comme le corps, ainsi que nous l'avons reconnu , il reste toujours à savoir si Dieu ne permettra pas son anéantissement, ou si d'ailleurs il ne la privera pas de toute connoissance et de tout sentiment , puisqu'on ne sauroit peut-être affiler qu'il soit de son essence de penser , en sorte qu'elle doive nécessairement penser toujours. D'un autre côté , que je suppose l'ame matérielle, que je la fasse consister dans un certain assemblage de petits corps déliés, subtils et foi;t agités, qui se trouvent dans des parties. organisées d'une certaine manière ^ soit au cœur, soit au cerveau , et qui, en sortant du corps humain , le lais-

la destruction de l'im n'entraine pas nécessairement celle de l'autre ; . et . j usque là , rien n'empêche que l'esprit ne^ subsiste malgré la ruine du bâtiment fragile où il babitoit. Burlaiiiaqui 4 Principes du droit nau

sent inanimé j on demandera également si Dieu ne peut pas conserver ces premiers éléments de matière, cette matière première, de quelque nom qu'on veuille l'appeler, d'autant mieux que nous ne voyons aucun exemple de l'anéantissement pro* prementdit (i). On demandera encore si, en les détachant de la matière grossière, il ne peut pas y laisser subsister aujourd'hui , demain , et toujours,

(i; Dan* let oorpi compotes qu« diaioot l'alchimitie ,

La Carme périt teule et la «ubitance ezÎMe.

L'alchimiste peut bien dissoudre les corps composés et les convertir en substances élémentaires ; mais son dissolvant le plus fort, son feu le plus violent, ne sauroient venir à bout de détruire ce qui forme essentiellement leur nature» Cette destructibilité est aussi impossible que son art est illusoire : les parties sablonneuses des corps dissous sont toujours du sable \ les parties métalliques sont toujours du fer , du cuivre, etc. Voj. V Histoire de V Académie des Sciences ( an. 1784 , p» 55 ], au sujet d'une épreuve opiniâtre et sans succès , que le célèbre Boerhaave fit sur le mercure* Enfin, pour citer une preuve plus simple, et dont les yeux philosophiques sont journellement témoins , le bois que le feu consume n'est point détruit : sa forme périt, mais il existe dans la fumée , qui est la partie spiritueuse, dans la suie, qui est la partie huileuse , dans la cendre, qui est la partie terrestre.

Non-seulement un corps mixte ne peut être anéanti , mais encore il n'y a pas le plus délié rayon de lumière qui puisse l'être physiquement ; à quelqu'épreuve que le prisme s'efibrce de le mettre, il se montre toujours, il existe, et, ce qui ne prouve pas moins l'immutabilité de sa nature , il est toujours rouge , si le rayon est louge ; toujours bleu , si le rayon est bleu, etc. M. Dulard, Poème des menvilles de la nature»

ôette pensée^ ce sentiment ^ cette volonté ^ qui eh sont autant de modifications ou de propriétés; et, jK>ur tout dire enfin y s'il ne peut pas même , dans le cas où cela seroit absolument nécessaire ( ce que nous ayons bien moins lieu de supposer en oonsi-^ dérant Tame comme un être simple) (i) {ci-dessus y n ^ 9^ a^^ec la note,) y réunir de nouveau cette ame, dans quelqu'endroit que ce soit , et de quelque nature qu'elle puisse être , à une forme organisée plus subtileque mon corps, ou, si l'on veut, tout-àfait semblable , et tirée même des particules qui en ont composé successivement les diâ*éren tes parties, et qui , comme la physique nou^ l'apprend, se sont dissipées tour-à-tour^ tandis que d'autres particules venoient les remplacer.

I (i) Le précû de toutes les objections que les anciens épicw- ' riens et quelques athées modernes ont faites contre l'immortalité de l'ame , revient à dire qu'ils ne comprennent pas comment l'ame peut ayoir aucune sensation , ni aucune perception lorsqu'elle est séparée du corps , puisque le corps est évidem. jnent le siège de tous les organes des sens. Mais , comprennent-ils mieux, ou peuyeut-ils mieux expliquer comment Tame , tandis qu'elle est dans le corps , est capable de recevoir les aensatiom et les perceptions , par la voie des organes des sens ? Ajoutez à cela que leur objection est précisément la même que celle qu'un aveugle-né pourroit employer pou^ prouver qu'il n'y a pas d'homme vivant qui puisse avoir aucune perception de la lumière ou des couleurs. Clarke, Preutvs de là Mel, nat, , chap. 8,

lY. Ne craignons pas de l'avouer, la question se borne tout entière à ceci : Dieu veut-il conserver mon ame pour une autre vie , ou veut-il l'anéantir ? Tout dépend ici de la volonté toute puL^ santé de celui qui m'a créé; ce que nous avons lieu d'observer dans cette partie de nous-mêmes , lorsque nous la considérons dans tout le développement dont elle est capable , ne semble- t-il pas déjà devoir nous rassurer.

Ab ! sans doute ^ l'excellence de cette ame qui est capable de connoître l'ordre et de s'y soumet-* tre (i) , de faire tant de découvertes , de raisonner sur une infinité de choses ^ d'en sentir les proportions , les convenances ^ les beautés , de contempler les œuvres du créateur , de remonter jusqu'à lui, d'observer ses desseins, et souvent même d'en pénétrer les causes, de s'élever au-dessus des cboses sensibles, et jusques à la connoissance des cboses spirituelles et divines; qui peut agir avec liberté et avec discernement, qui est capable des plus belles vertus, et, pour renfermer en peu de mots toute sa dignité et toute sa grandeur / qui est capable de s'élever vers son Dieu par les sentiments du plus tendre amour , et qui , toujours avide de félicité et de lumière, renferme en elle un fonds de richesses immenses (2) qui peut la mettre en état

(i) Voy. Principes du droit naU ^ ame part., ch. i3 , § 17. (9} Quoique nos ooniMMisances soient actuelleoient res-

de contribuer pendant l'éternité à la gloire de son créateur, l'eicellence^ dis-je, de cet être con-» sidéré en lui-même et dans son état le plus parfait, forme un préjugé bien fort en sa faveur. Il n'est guère possible de croire que , doué de qualités si supérieures à celles que nous remarquons dans les animaux y il n'ait été fait que pour Je court espace de cette vie (i), ou, pour mieux dire, il n'y a nulle

treÎDtes dans certaines limites, nous ne voyons point de bornes , ni dans celles que nous pouvons acquérir , ni dans les inventions dont nous sommes capables, ni dans les progrès de notre jugement, de notre prudence et de notre vertu. L'homme est à cet égard toujours susceptible de quelque nouveau degré de perfection et de maturité. Il est vrai que la plupart des hommes se ravalent en quelque sorte à une vie animale , et se mettent peu en peine de perfectionner leurs facultés. Mais si ces gens-là se dégradent Volontairement, cela ne sauroit porter aucun préjudice à ceux qui soutiennent mieux la dignité de leur nature ; et ce que nous disons de l'excellence de l'ame n'en est pas moins certain ^ car pour bien juger des choses , il faut les considérer en elles - mêmes et dans leur état le plus parfait. Principes du droit nat. , a™« part. , ch. VII', § 8 et 9.

(1) Les philosophes anciens étoicnt frappés vivement de ces considérations, c Quand je vois, disoit Cicéron, ce qu'il y a < d'activité dans nos esprits, de mémoire du passé, de prête voyance de l'avenir ; quand je vois tant d'arts , de sciences « et de découvertes où ils sont parvenus , je crois et je suis « pleinement persuadé qu'une nature qui a en soi le fonds de c tant de choses ne sauroit être mortelles. Cicéron, </e SenecU cap, ai. f^oy» aussi oe que Platon fait dire à Bocrate sur le

apparence que la sagesse suprême Tayaut orné de facultés que nous concevons en quelque manièi*e susceptibles d'accroissement à l'infini y et qui peuvent également s'exercer lorsque l'ame sera dégagée de ses liens, elle ne lui ait pas donné un terme qui y réponde.

y . 1 . Mais enfin, tant que je ne m'attacherai pas à quelque principe déjà établi, mon esprit ne sera encore ni bien convaincu , ni pleinement satisfait. Reprenons donc ces premières notions que nous avons reconnu qui étoient renfermées nécessairement dans l'idée de l'être souverainement parfait, et voyons si elles ne nous rapprochent pas de l'évidence que iious cherchons. « lo (A) l'être suprême, c< source unique de toute perfection , suit et aime c< souverainement l'ordre (/iV. lU, c. x, princ. 16 « et l'j ).

ce ao ^B) Souverainement intelligent, souveraice nement parfait , et aussi bon qu'il est sage [ibid.^ ce princ. 2 a) , il n'a d'autre objet, par rapport à ses ce créatures , et en particulier par rapport aux êtres ce intelligents et raisonnables, que sa gloire , jointe ce à leur propre perfection et au bonheur dont leur ce nature, leur état, et leur destination par rapc< port au tout les rendent susceptibles.

ce 30 (C) 11 emploie les moyens les plus conve-

mèine sujet, dans le Phédon^ traduct. de Dacier, 1699, tom. a, p, ai8 et suivantes.

fx nables poui>arriyer à la fin qu'il se propose {ibid* , « princ. 16).

« 4® (D) Souverainement saint; tout puissant, « et infiniment vrai {ibid.j princ. 19), il ne con- « duit pas les hommes à son but par l'illusion : ce <c n'est point en leur inspirant de fausses craintes , « de vaines espérances, et en trompant leur raison ç< qu'il les fait entrer dans ses desseins , et qu'il en « assure l'exécution».

2 . Appliquons ces notions à la question que nous voulons résoudre.

Si l'être tout puissant , tout sage , et tout bon , suit et aime souverainement V ordre y s'il a pour objet sa gloire {ci^dessuSy A et B) , c'est-à-dire la manifestation de ses attributs jointe au bonheur du monde y selon la portion de bien qui peut convenir à chaque être, il désire par là même que l'ordre règne parmi les créatures intelligentes et libres (1) , que chacune d'elles travaille à le glorifier autant que le comporte sa destination , c'est-àdire selon la mesure de ses connoissances et de ses forces, qu'en un mot, elles concourent autant qu'il dépend d'elles à procurer le bien et l'ordre de tout le système général , ainsi que leur propre bonheur; c'est pour cela même qu'il leur a donné des lois , comme nous l'avons déjà reconnu (c. iii^ II etjuiV.). Or les mêmes raisons qui l'ont porté à

(1) Voy. Principes du droit naU , chap. xiii , § i3.

(»7 ) établir un ordre moral qui pût convenir à la nature d'un être libre et raisonnable, l'engagent aussi à en procurer l'observation; il est donc de sa grandeur, et de l'amour qu'il a pour toutes ses perfections et pour l'ordre, de faire connottre hautement la différence qu'il met entre ceux qui le troublent et ceux qui le suivent : il ne sauroit être indifférent à cet égard; au contraire, il se trouve porté par cet amour nécessaire de lui-même, de l'ordre et de ses propres attributs, à donner à ses commandements toute l'efficace dont ils ont besoin pour faire respecter son autorité, et procurer, sans cependant contraindre la liberté de l'bomme , l'exécution de ses lois.

Ce qui prouve , dit Glarke , la certitude des récompenses et des châtiments, c'est qu'ils sont nécessaires pour le maintien de la gloire de Dieu, de la majesté de ses lois , et de l'honneur de sou gouvernement. Il est évident que les plus puissants motifs du devoir et de la reconnoissance nous obligent à rendre à Dieu tout Vhonneur dont nous sommes capables. Il est évident aussi que le seul moyen de Vhonorer consiste dans le respect qu'on a pour ses lois, ce qui se manifeste par l'observation qu'on en fait. Or, Dieu accepte l'Aonncur qu'on fait A ses lois comme un honneur qu'on lui rend immédiatement à lui-même, La sagesse et la bonté infinie du maître souverain de l'univers l'engagent donc à honorer ceux qui l'honorent^ c'est-4-dire à leur

( «8) doniier des marques éclatantes de sa faveur. D'un autre côté , le mépris que nous faisons des Ifns de Dieu retombent sur Dieu lui-même; des raisons toutes semblables nous persuadent qu'il doit se ressentir du mépris qu'on a pour ses lois, et punir ceux qui les transgressent ; car, tout législateur qui a droit de faire des Ipis et d'exiger qu'on les pbserye, ne doit pas souffrir qu'on les méprisQ et qu'on les viole , sans donner à ceux qui ont V^Ur dace de le faire , des marques de son ressentiment. la^ majesté de ses lois, la dignité de son caractère, le soin de son autorité, et le bien du gouvernement le demandent ainsi (i).

3. Mais si l'être souverainement sage et tout puissant ( i , C. ) emploie les moy^ens les plus con^ i^enables pour arriver à la fin qu'il s^ proposa; s'ij n'est rien dans cette vie qui donne aux lois natur relies une force proprement dite, et qui suflSse pour nous déterminer dans mille circonstances contre nos propres désirs (c. vi , XI et XII), le souverain législateur a donc voulu que l'homme , qui tend nécessairement au bonheur , trouvât dans l'espoir des récompenses futures ou dans la crainte des pei-i* nés, des motifs assez puissants pour le contenir.

Supposons en effet qu'un grand prince s'avisât de permettre qu'on répandit parmi ses sujets une doctrine contraire à l'immortalité de l'ame et à

(i) Preuves de la Bel, nat. , etc. , chap. vi, troisième propos.

ridée d'une vie à venir. Supposons encore que ses peuples^ flattés par un système si favorable à toutes les passions 9 vinssent enfin à se laisser persuader, dans quelle sûreté seroit-il , tant pour sa personne qufe*pour la forme de son gouvernement ? Pourroitil compter un moment sur leur obéissance, sur leur fidélité , sur leurs serments ? Ses sujets euxmêmes cesseroient-ils de se tromper, de s'assassiner les uns les autres , dès qu'ils pourroîent en dérober la oonnoissance à la justice temporelle ? Ne seroiton pas exposé continuellement aux violences du plus fort , à la rapine , au poison , aux meurtres , et à toutes les suites des passions les plus injustes ? Toutes les vertus, le bonheur de la société , la religion, ne deviendroient-ils pas aux yeux du commun des hommes , autant de chimères , s'ils croyoîent n'avoir plus rien à craindre après leur mort (^Préface sur les réflexions philos. , etc.). Enfin, il est si vrai que l'espérance et la crainte à l'égard d'une autre vie sont absolument nécessaires dans le plan de la sagesse divine, à considérer la nature des hommes en général, que vous n'entendrez presque jamais , sinon dans les écrits , du moins dans la bouche de celui qui nie un état à venir, que cette dangereuse conséquence : P^ous êtes bien dupe de 'VOUS laisser effrayer par toutes ces chimères; mangeons y buvons y li^frons-nous à tous les plaisirs y tandis que nous sommes libres eX que nous en.asfons le temps. En eflet. ils ne regardent lés vertus que

ne peut satisfaire ici-bas? Quoi de plus naturel que cettepente qu'ont eue les hommes^ dans tous les siècles (i) et dans presque tous les pays , à se flatter

est bon d'observer d'ailleurs que le dësir de l'immortalité pn^rement dite , paroft différer en quelque chose du simple désir de sa propre conieryation. Ces deux sentiments , bien loin de se confondre , se trouvent souvent séparés ; les méchants et les impies souhaitent pour la fin de leurs jours une mort éternelle et entière , tandis qu'ils travaillent autant qu'ils le peuvent à prolonger leur vie , et qu'ils désireroient de pouvoir sans cesse en étendre les limites. Au contraire , les hommes vertueux ne craignent pas de sacrifier leur vie dans l'espérance de l'immortalité. £n un mot^ et pour parier en général, rhomme ne craint rien tant que de retomber dans , le néant , parce que rien ne lui parott plus affreux qu'un néant étemel. L'homme vicieux ne craint pas moins de revivre , et de vivre éternellement , parce qu'il ignore quel sera son sort dans l'éternité 5 il voudroit revivre pour ne plus mourir , mais il le voudroit à sa façon. Il a peur d'être plus malheureux qu'il ne Test actuellement, lui qui ne juge de son bonheur et de son malheur présent que selon le plus ou moins de carrière qu'il peut donner à ses passions. Il y en a même qui craignent tant cette incertitude, qu'ils trouveroient plus doux de pouvoir penser qu'ils seront anéantis : mais deux choses les embarrassent; ils comprennent qu'il y a un être suprême , ils sentent qu'il y a en eux-mêmes un être qui les fait penser ; ils voudroient que le premier ne pût pas leur demander raison de leurs actions , et que l'autre fût dispensé d'en rendre compte après leur mort, et ils font tous les efforts imaginables pour se le persuader. De là cette différence d'opinions sur l'existence et la nature de la Divinité, sur la nature et les opérations de l'ame. Voy. Préf, sur les réflex, philosopha , etc. (i) Quoique Pfaérécide de Scyros , au rapport de Cicéron

de l'immortalité de Famé ? quoi de plus réel enfin que ce penchant qu'ont eu presque tous les peu-

[Tuscul., lib. /, cap, 6), ait passe pour le premier qui ait enseigne que l'ame est immortelle , ou que cette gloire ait appartenu, selon d'autres , à Thaïes leMilésien , qui naquit la première année de la 35* olimp. , 64o ans ayant l'ère chrétienne , il ne faut pas croire cependant que cela-doive se prendre dans le sens qui se présente d'abord , puisque Cicéron dit lui-même , avec pres(|ue tous les anciens , que le dogme de l'Immortalité de l'ame avoit été cru de tout temps. Il s'agissoit donc uniquement de ce système selon lequel notre ame devoit n'avoir jamais eu de commencement , comme elle n'auroit jamais de fin. Sans parler de ce que nous trouvons si clairement exprimé dans Homère, qui florissoit plus de neuf cents ans ayant Jésus- Christ , selon les marbres d'Arondel , et dans plusieurs autres, il est prouvé qUe les Egyptiens ( Herodot, , Ub, a } , les Druides ( Ceesar^ de B. 6. , lia. 6 , et Strab.y Ub i5], les Casques (Cascos)^ qu'Ennius appelle des peuples très anciens, les Mages, les Arabes, et beaucoup d'autres ( Gassend, , /iV. XIF , chap. t ) , ont cru bien longtemps avant le siècle de Fhérécide, que Pâme survit au corps , quelque diversité de sentiments qu'il y eût d'ailleurs sur ce qui regarde l'origine et la nature de ce principe qui pense en nous. Parmi les anciens philosophes, et particulièrement les Grecs , qui tirèrent peut-être là plupart de leurs opinions de la doctrine des Egyptiens mal entendue, quelques-uns regardoient l'ame comme une portion de la Divinité , ce qui occasiona le sentiment où ils étoient , qu'elle devoit retourner par réfusion à la substance de Dieu^ dont elle avoit été séparée. Les pythagoriciens supposoient plusieurs transmigrations; les platoniciens ne réunissoient à l'esprit universel , aussitôt après la mort , que les âmes pures et sans tache.

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