Ce que je dis à l'égard de mon père , je dois le
dire également de tous les mattres qui m'ont formés. Quelles vérités ont-ils pu me découvrir^ quelles connoissances ont-ils pu me donner dont je ne doive chercher le principe dans Dieu même? Quelle disposition ai-je pu avoir à étudier ces vérités et à les comprendre^ que je n'aie tenue comme un pur don de la libéralité du souverain être^ puisque mon ame et toutes ses facultés sont son ouvrage. L'ouvrier fouille la mine y le physicien dirige ses opérations; mais ni l'un ni l'autre n'ont fourni l'or qu'elle renferme.
4. Qu'ai-je besoin enfin de rassembler ici tous les bienfaits dont Dieu m'a comblé j et ceux dont il me comble tous les jours. La lumière dont je jouis, l'air que je respire , tout ce qui contribue à ma conservation et à mes plaisirs , les cieux , la terre , et la nature entière^ qui concourent à mon avantage (cidessus^ c. II, IX, 7, 8 et 9) , ne parlent-ils pas assez de ce que je lui dois (1). C'est par lui que l'homme vit , qu'il pense , qu'il goûte les plaisirs , et on oublie celui par qui on fait toutes ces choses ! C'est lui qui donne tout , aux astres leur splendeur, aux fontaines leur eau et leur cours , à la terre les plantes, aux fruits leur saveur , aux fleurs leur éclat et leur parfum , à toute la nature sa richesse et sa beauté , aux hommes la santé , la raison , la vertu ; il donne tout, il fait tout, il règle tout; lui seul
(i) Fënelon, Œuvres spirituelles, tom. I , pag. 37»
existe^ tout le reste disparott comme une ombre aux yeux de celui qui l'a vu une fois, et le monde ne le voit pas! Mais hélas! celui qui ne le voit point n'a jamais rien vu ; il a passé sa vie dans l'illusion d'un songe ; il est comme s'il n'étoit pas , et plus malheureux encore.
Nous plaindrons-nous des maux qui nous affligent ? Mais en cela même , nous avons reconnu la sagesse et la bonté du souverain être (/iV. IV, c, VII , TII , et ci-dessus ,c, ii , XU , 2 ef 3 , XUI et XIV). Ils sont faits pour être à notre égard le germe du plus parfait bonheur. Mon Dieu n'a pas borné mon sort au peu d'instants de cette vie fragile ; en m'inspirant le désir d'être heureux , il m'apprend assez les biens qu'il me réserve, et il veut m'aider à les mériter. Lui-même prend soin de purifier mon ame , de détacher mon cœur des faux objets de sa passion , de m'élever au-dessus des sens , et de me faire triompher de tout ce qui pourroit s'opposer à ma félicité; dans les plaisirs et dans les peines qu'il nous envoie , adorons également sa bonté , son amour, et ne nous refusons plus aux sentiments qu'il exige de nous.
Outre la connoissance qu'il nous a donnée de lui-même dans la nature , il a mis dans notre ame cette vérité , ou , pour m'exprimer dans d'autres termes, il a formé notre esprit de telle manière, qu'il consent naturellement à cette maxime : il faut être reconnoissants envers ceux qui nous font du