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Essai sur les vrais principes, relativement à nos connoissances les plus importantes

I . « J'entends par amour de soi-même , selon « la signification ordinaire qu'on donne à ce terme, « et dont je ne me suis point écarté jusqu'ici, ce et même amour, lorsqu'il est dans l'ordre.

w 2. J'entends par amour-propre l'amour défi réglé de soi-même , c'est-à-dire un amour aveu- (f gle, et qui se recherche plus qu'il ne doit dans « des objets qui ne méritent de notre part qu'une « certaine mesure de confiance , d'estime ou d'al- « tachcment. "

Je ne répéterai point ici la plujjart des défini- TOME m. 1

lions que j'ai posées louchant reritenderaent et la V*onté (/. I eï II ) , et parmi celles mêmes que je n'ai pas encore eu lieu d'établir, je ne vais proposer que les plus importantes; les autres seront mieux placées au commencement de chaque article qu'elles ne le seroient ici.

3. « J'entends par la conscience, prise dans le « sens le plus étendu, le jugement que nous portons « de nos actions, en tant que nous les considérons « relativement à quelque règle, dont elles nous (' paroissent se rapprocher ou s'écarter. »

A l'égard de la volonté, j'ai distingué entre les instincts , les inclinations et les passions.

4. " J'ai défini les instiîicts des penchants pris « dans la nature de l'homme (/. II , c. i , déf. 6, 7 « et 8), et qui nous portent à agir par un senti- « ment qui ne dépend pas du raisonnement et de « la réflexion.

5. « Les inclinations sont une pente de la vo- « Ion té qui la porte vei-s certains objets plutôt que " vers d'autres, mais d'une manière égale, tran- " quille, ettelleraentproportionnéeàtoutessesopée< rations, que, bien loin de les troubler, pour l'or- « dinaire elle les facilite.

6. « Pour les passions , telles que je les ai défi- 5< nies, ce sont bien , comme les inclinations, des «' mouvements de la volonté vers certains objets, «« mais ce sont des mouvements plus impétueux et « plus turbulents, qui tirent l'ame de son assiette

(3) « naturelle, et qui l'empêchent le plus souvent de « bien faire ses opérations.

« En un mot , et pour lever toute équivoque , <f j'entends par les passions nos penchants déré- « glés, ou, ce qui est la même chose, nos penchants " en tant qu'ils sortent des bornes que leur pres- « criroit la raison.

7. n J'ai fait consister la vertu dans la force et l'habitude de se servir de sa liberté conforméce ment aux maximes de la raison, et aux lois que " nous impose la volonté divine (/. IV, ci, déf. «c i5, eic.iii, VII, 2 et 3); c'est-à-dire, par les prince cipes qui ont été établis (/. IV, c. xi , princ. 21), ce que toute habitude en conséquence de laquelle ce nous usons de notre liberté d'une manière conte forme à la règle générale du bien commun , méfc rite le nom de vertu , et que toute habitude conec traire mérite celui de vice. »

L'amour du plaisir, celui de l'estime, le désir d'acquérir des richesses , l'envie de parvenir aux honneurs , le désir de savoir, l'estime de soi-même, peuvent être mis au rang des inclinations ou des penchants naturels.

8. ce Mais l'amour-propre s'attachant au plaisir ce contre la raison , est ce que j'appelle volupté (i).

g. «t L'amour-propre considéré dans l'amour « mal l'églé de l'estime , ou le désir inquiet de se

(i) Voy. Abadic, Arl de se counoitrc, ume part., chap. xii.

(4) « faire valoir et de se distinguer jusque dans les « plus petites choses, est ce que je nomme vanité.

10. « L'amour-propre ayant pour objet les ri- K chesses, et les désirant avec une passion exces- «« sive , est ce que j'appelle avarice.

1 1 . « Enfin , l'amour- propre se portant vers « les dignités avec une passion qui choque la « raison et la justice , est ee que je nomme am- (t bition»

12. « Le même amour se livrant à la recherche « des connoissances inutiles , ou qui sont au-descc sus de notre portée, ou qui ne conviennent pas « à notre situation , est ce que j'appellerai cu- « riosité , que je distingue du simple désir de « savoir.

i3. « V orgueil n'exprime ici autre chose (i) « que l'enivrement de l'amour-propre , qui nous « représente à notre imagination plus gi'ands et « plus parfaits que nous ne sommes.

1 4. « La modestie au contraire , dans le sens « que je prétends y attacher, est une estime de " soi-même exactement proportionnée au mérite « que l'on a , et fondée sur une connoissauce in- M time de ses vertus et de ses vices (2) .

« J'ai déjà déclaré ce que j'entendois par la sa- V gesse , la prudence, Isl justice ou la rectitude.

(1) Abudif.

(3) Van-ElTcii. Misantlu: , 3aine discours.

i5. tf Là Jbrce, "prise pour une qualité morale, « exprime ici cette noblesse de sentiments, qui « élève l'ame au-dessus des foiblesses et des craintes « vulgaires , et lui fait braver, quand il'en est be- « soin, le danger, la peine , la douleur , et l'ad- « versité (i).

« i6. La tempérance y dans un sens très étendu, « est une sage modération qui retient dans de tf justes bornes nos désirs (2), nos sentiments et te nos passions. Mais nous la prendrons ici, dans « une signification plus bornée , pour une vertu « qui met un frein à nos appétits corporels, et « qui, les contenant dans un milieu également « éloigné de deux excès opposés , les rend par là « non-seulement innocents, mais utiles et loua- « blés. »

(1) L. M. , 2ine part. , chap. 11.

(a) Ibid. , chap. iv.

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