CINQUIÈME PRINCIPE
Deuxième corollaire. ,
« Ainsi, lorsqu'une vérité se trouve sufTisam- « ment prouvée par des raisons solides, tout ce « qu'on jieut y opposer ne doit ])as ébranler ni
(i) Co principe a lieu dans plusieurs sciences où souvent une chose se prouve par elle-même, par ses effets ou par quelque autre moyeu semblable, en sorte qu'on ne sauroit hier son existence, quoiqu'on ne puisse pas concevoir la manière dont elle peut être. C'est la remarque que fait Voltaire : Nous sommes obligés , dit-il , d'admettre des choses que nous ne concevons» pas : J'existe , donc e/ueh/iie chose exis/e de toute éternité , est une proposition évidente j cependant comprenons-nous l'éternité ( Remarq. sur les Pensées de Pascal , addit. 4™^ ) ? Donc il est vrai de dire (jue , lorsqu'on n^oppose à une bonne démonstration que des objections fondées sur ce que l'on n^a pas une idée complète de la chose, ces objections ne doivent pas être prises pour des dijjjîculiés réelles ( Clarke , Démonstr. et première proposition). C'est avoir trop bonne opinion de nous-mêmes , dit très bien Locke, que de réduire toutes choses aux bornes étroites de notre capacité , et de conclure que tout ce qui passe notre compréhension est impossible , comme si une chose ne pouvoit être, dés là qvie nous ne saurions concevoir comment elle peut se faire { Essai sur, etc., livt IV, chap. x, § jg.}*
fc aflbiblir notre persuasion, tant que ce sont de (« simples difficultés tjui ne font (ju'embarrasser « l'esprit sans détruire les preuves mêmes. >?
SIXIÈME PRIINCIPE.
Troisième corollaire.
f< Il suit de tout ceci , que rien n'est plus im- « portant que de bien distinguer ce qui est contra- « dictoire d'avec ce qui est simplement obscur. »
L'évidence est une règle infaillible, et la première de toutes les règles de l'esprit humain [chap. II. II.). Donc, ce qui est clairement et distinctement contraire à l'évidence , est nécessairement faux, autrement il s'ensuivroit une absurdité manifeste, qui est qu'une chose pourroit être , comme le prouveroit la règle infaillible de l'évidence d'où se forme cet axiome, ce qui est, est , et que cependant cette chose pourroit n'être pas en même temps, comme on le supposeroit par la proposition contraii-ej qu'enfin elle pourroit être telle , et n'être pas telle , tout à la fois.
Et , comme c'est cette contradiction , cette absurdité qui nous fait connoître évidemment qu'une chose ne sauroit être , nous tii'erons de là cette autre conséquence :