DÉFINITIONS (I
« 1 . Je conçois riioinine comme un être composé « (l'un corps organisé et (l'une ame raisonnable.
« 2. J'entends par /'ame, prise en général, ce « qui est le principe interne de toutes les opérations ce des corps vivants. »
En employant ce tei'me dans un sens déterminé par rapport à l'homme, j'entends par le mot d'âme ou d'esprit, le principe qui pense en lui, qui sent, et qui compare ses sensations et ses pensées.
(( o . J'appelle corps ou matière ce qui est solide, <f étendu, composé de parties, et divisible.
(c 4 • L'organe dans les corps vivants est une part( tie disposée d'une certaine manièi-e , qui la rend « propre aux usages auxquels elle est destinée.
fc 5 . Parles sens, j'entends ses organes corporels, « sur lesquels les objets extérieurs faisant diverses « impressions , produisent dans Famé certaines « émotions.
(i) On ne doit pas s'étonner du grand nombre de définitions qu'on a miïcs à la tète de ce livre; rien n'est peut-être plus nécessaire que de se former des idées nettes de ce qui a rapport à l'entendement : et c'est ici surtout qu'il est essentiel de déterminer !e sens que j'attache aux termes que j'emploie.
te (>. L'ame est considérée dans l'homme comme « susceptible de différentes opérations , et le pou- « voir de produire chacune de ces opérations est ce « qu'on nomme faculté , puissance de lame. La " première facul lé que l'on envisage dans l'homme, « et qui est la seule que je considère dans cet in- « stant, c'est l'entendement (i).
u 7 . On peut définir l entendement, cette faculté « ou cette puissance de l'ame, par laquelle elle M aperçoit les choses et s'en forme des idées pour « parvenir à la connoissance de la vérité.
te 8. La o^énYé se prend ici en deux sens, ou pour « la constitution des choses, leur état et les rapft ports qu'elles ont entre elles, ou pour des idées tt conformes à cette constitution, à cet état et à ces « i-apports.
« g. Connoitre /a o^énïé, c'est donc apercevoir « les choses telles qu'elles sont en elles-mêmes , et t< s'en former des idées conformes à leur nature , et c'est-à-dire à leur constitution , à leurs disposi- « lions primitives, et à tout ce qui en est une suite, u C'est ainsi qu'il est de la nature d'un arbre fruité lier de porter du fruit Ctjuoiguil n'en porte «■ pas toujours) , parce qu'il a en lui-même une ff disposition primitive à fructifier. '
ft lo. On entend icipariWée, la représentation « que reçoit , ou que se forme l'entendement des
II) Voj. Principes du droit naturel ^ c i , § Setsuiv.
( 4 ) '< oJ)nls sensibles et corporels , ou tl(!S oljjels piirc- '( nu'Ul iiiLellectuels , c'est-à-dire que nous neconfc cevons pas comme étendus , figurés, divisibles , ff tels que la ijérilc, la justice, etc. »
Ainsi l'entendement peut être considéré sous dilTérents rapports, c'est-à-dire en tant qu'il forme ou ce qu'on peut nommer V intelligence, ou ce que nous appelons l' imagination.
a 11. L'imagination exprime ici cette partie de ce l'entendement par laquelle l'amc aperçoit les f( objets sous des images corporelles.
te 12. i'i/iie///^e/ice est une jiartie plus pure de (f notre entendement , par laquelle nous apercef( vous les objets sans aucune image. A l'intellifc gence se rapporte encore cette action de l'esjDrit f( par laquelle il s'exerce en quelque sorte lui- mémo « en réfléchissant sur ses idées , en un mot par la- « quelle il parvient à connoître.
« i3. Il suit de là que la pensée, prise dans un (c sens stricte pour le seiatiment que nous avons de « nos idées par la réflexion , pourroit convenir <( plutôt à l'intelligence telle que nous l'avons déf{ finie, qu'à cette partie de l'entendement que « nous avons appelée l'imagination. »
C'est-à-dire que tant que mon ame sera seulement frappée parées rejirésentations des objets sensibles, sans se replier sur elle-même pour considérer avec attention ses idées ou pour les former, ce ne sera alors qu'un état passif, et qui, n'exprimant par con-
séqucnt aiiounr aclioii jjroprcmciit dil»' , aiumiic opération de reuteudcinciiL , ne sauroil ou ce sens îuc faire dire, je pense (i).
<< i.î. J'aj)[>elle jugement celle op(''ralion dv « reuleiidemeiil ])ar la(|uelle il adirnie ou uie la « couveuaiice ou la disconvenauce de plusieurs
(i) Pour rendre ceci encore plus clair , nous allons rapporter en peu de mots ce que dit, à ce sujet, l'auteur d'un ouvrage intitulé : Réjlcxiuns jihilvso/ihitjucs sur V iittmorlalilè de l'uinc raisonnable , § 9.
I Nous appelons iV/ée la représentation que l'amc se fait d'un objet , et pensée la connoissance intime qui accompagne ci'tte représentation. Une [)ensée emporte donc plus qu'une sinqile idée : pour celle-ci il ne faut que la représentation de l'objet , ef , pour ainsi dire.) une simple sensation , (jui pourrait ayoir lieu sans que l'on s'en aperçût: c'est ce que l'on remarque dans le sommeil , dans les songes inquiets, chez les personnes qui parlent ou qui marchent en dormant, et chez les petits enfants ; leurs actions font voir qu'il y a dans leur ame des représentations et des sensations, et néanmoins ces gens n'ont aucune connoissance de ce qui se passe en eux. Au contraire^ il y ^^ dans ce que nous appelons pensée , une double sensation , si je puis m'exprinier ainsi ; on se représente une chose , et l'on sait , ou du moins on peut faire attention, en même temps, qu'on se la représente ; on est ensuite en étal de distinguer de soi-même cet objet représenté dont l'image est aperçue par l'anie. »
J'ai souligné ces mots, et , pour ainsi dire., une simple scnr.ation, et qui pourvoit avoir lieu sans que l'on s'en aperçât., jiarce qu'il ne me paroît pas bien clair qu'on puisse avoir des sensations , sans s'en apercevoir : si d'ailleurs on entend par la un sentiment excité, ou occasioné dans notre ame par l'impression des oljjets extérieurs sur nos organes.
« idées ou de plusieurs choses qu'il compare entre « elles.
« 1 5 . La mémoire est cette faculté de l'ame , par cf laquelle elle retient les idées qu'elle acquiert, et tf se les représente au besoin , avantages qui dé- « pendent principalement du soin que l'on prend « de répéter souvent ces mêmes idées. >>
Il y a diverses sortes d'idées : les unes sont tout-âfait obscures ; d'autres sont claires sans être encore bien distinctes (i) ; il y en a qui poussent la clarté jusqu'à la distinction; il y en a d'universelles , et, sans nous étendre davantage sur cette matière , nous remarquerons enfin qu'il y en a qui sont complètes et adéquates , et que toutes en général sont simjîles ou composées. Éclaii'cissons , l'une après l'autre, toutes ces dénominations.
ff 16. Nous appelons idée obscure celle qui nous « représente une cbose , mais en gros et si confusé- « ment , qu'elle ne fait qu'une très légère impres- « sion sur nous , et que lorsque l'objet reparoît de « nouveau , nous avons peine à reconnoître si c'est « lui ou un autre, jj
Quand l'idée en demeure là , et qu'il n'y sur-
(1) Il ne faut pas s'étonner de la différence qu'on met ici entre clair et distinct : l'usage ordinaire employant divers mots comme s'ils avoient la même signiûcation, c'est le devoir du philosophe de donner d'exactes définitions de ces mots , pour prévenir toute erreur, et toute équivoque. Réflexions phil. etc.
( 7 ) vient lieu de clair ni de dislincl , dit; nous est fort |HU utile , elle s'ellaee bientôt, et l'on ne se suu\itiiL plus i\v l'avoir eue.
Nous épi'ouvons de pareilles représentations dans ces songes confus dont on ne se rappelle autre chose en général sinon qu'on a rêvé.
« 17. J'appelle zW<?e c/rt//'e celle qui est si vive « dans notre esprit, qu'elle nous fait distinguer « un objet des autres, et qu'elle nous met en érat M de le reconnoître lorsqu'il reparoît , quoiqu'on <( ne puisse dire exactement quelle est sa di(Të- « renée propre d'avec les autres objets. Telles sont «< les idées que nous avons des couleurs. >»
Nous remarquons clairement qu'une couleur diffère des autres , et nous savons aussi nous les représenter sous des idées différentes; nous sentons de plus intérieurement que c'est nous qui voyons les couleui's , et nous nous en ressouvenons lorsqu'elles s'ofl"rent de nouveau à nos 3'eux : avec tout cela nous ne sommes pas en état d'exprimer les marques auxquelles uousreconnoissons proprement les couleurs , et qui nous servent à les distinguer entre elles (1).
(1) La même raison nous empêche de les décrire et de les faire comprendre à ceux qui ne les conncissent pas par expérience ; aussi quand nous roulons donner à quelqu'un !:>. connoissance d'une couleur dont il n'a point encore d'idée , et iui exprimer en quoi elle difi'érc des autres , nous n'avons d'autre
« i8. Nous nommons idée distincte celle qui « nous fait non -seulement remarquer la dillé- « ronce entre deux clioses , mais qui de plus nous « apprend à connoUre et à désigner les marques t( qui distinguent une eliose des autres. » Par exemple , on a une idée distincte d'un pommier quand on sait le distinguer des autres sortes d'arbres , non-seulement par son fruit, mais aussi par ses feuilles et par le reste de sa figure (i).
« 1 g. Nous appelons notion universelle celle par ff laquelle nous séparons idéalement ce que certains " individus ont de particulier, par où ils diffèrent « les uns des autres , et ne conservons que ce qu'ils " ont de commun entre eux , pour en faire une cf notion commune sous laquelle nous les ranci geons (2).
Cf 20. Une idée complète demande qu'on ait de " nouveau une idée distincte de cliaque marque à
moyen que de la lui montrer. En un mot, les idées que nous avons des couleurs sont fort claires à la vëritt? ; mais elles conservent beaucoup de confusion , et n'ont point ce qu'il faudrait pour être censées distinctes, inflexions philosophiques^ etc.
(i) L'idée de la sagesse est distincte quand on comprend en quoi elle diffère , non-seulement de la folie, mais aussi de la fourbe et de l'artifice : plus nos idées sont distinctes, plus nous sommes en état de décrire et de rendre compréhensibles aux autres les choses dont nous avons de telles idées. Ibid.
(2) Par exemple nous voyons dans un verger divers arbres contigus ; tout ce que nous apercevons consiste en purs ndi -
« laquelle? on reconnoU un objcl , et qui lo dis- « tingiio (les iiiilrcs (i).
(f 2 1 . Knllii Vidcc simple est celle qui représente « un être ou une manière d'être simple, indivi- « sible , sans aucunes parties réellement distinctes " entre elles. »
viilus : nous remarquons à la vérité que ces arljrcs didërent entre eus : quant au lieu , l'un occupant une place , l'autre une autre ; quant aux dimensions , l'un étant grand , l'autre petit ; quant au nombre de branches, l'un en ayant beaucoup, l'autre peu ; et à divers autres égards de cette nature : mais toutes ces représentai ions ne vont pas au-delà du ra[)port des sens. Si nous allons plus loin, et que nous omettions ces idées que nous avons acquises par les sens sur la diflérence des individus j si ensuite nous comparons un arbre avec d'autres, et que nous trouvions de la conformité dans leurs fruits et dans la Ogure de leurs feuilles et de leurs branches, nous les rapportons tous à une môme notion, et nous disons , par exemple, ce sont des ])ommiers. Or, comme cette notion de pommiers renferme tous les individus de cette espèce qui existent dans l'univers, nous la nommons une notion universelle. Ces sortes de notions comprennent, non-seulement celles que nous avons des geni-cs et des espèces des choses corporelles qui tombent sous nos sens , mais nous devons y langer encore celles qui expriment les propriétés, soit des corps, soit des substances intelligentes, comme seroit, à l'égard des uns , g7-a«c/s , pelits , etc. , et à l'égard des autres, a?nour, haine , et sans parler de quelques autres connoissances qu'on pourroit encore ramener à cette classe. Réflexions philosophiques , etc. , ^ i et suivant. .
(i) On a, par exemple, une idée complète d'une montre qui marque les heures par le cours de son aiguille, quand on pos-
Au contraire, l'idée composée csL celle qui reprcsenLe un être ou une manière d'être composée , divisible , en un mot formée de dilTérentes parties qui sont réellement distinctes enti'e elles.
Telle est l'idée d'un homme , d'un triangle.
«22. JJ évidence , que je considère ici comme le « résultat des opérations seules de l'entendement, ff est cette idée distincte ( Voy. déjinil. 18.) (1) ff des choses et de leurs rapports qui produit en « nous une conviction intérieure , par laquelle
sède une idée distincte des roues et de toutes les autres pièces dont la montre est composée ; de la manière dont elles sont disposées dans leur assemblage , et de la cause de cette disposition ; au lieu qu'on n'a qu'une idée distincte , et non une idée complète et adéquate de cette montre, quand on ne sait autre chose , sinon que c'est une machine qui est à peu près de telle grandeur, qui se meut d'elle-même , et qui, par le cours régulier d'une aiguille, marque les heures. Comme cette notion seroit suffisante pour distinguer la machine d'une montre de tout autre machine mue par elle - même , ce seroit bien une idée distincte , mais comme elle ne fait pas connoître la constitution des roues et des ressorts, ce ne seroit pas une idée adéquate. Réflexions jjliilosophiques^ etc.
(i) Je ne mets pas cette idée claire et distincte, parce que l'idée claire, comme nous l'avons définie, est celle qui nous met en état de rcconnoître un objet sans pouvoir assigner sa différence d'avec un autre, au lieu que l'idée distincte est celle qui nous apprend à assigner cette différence ; de sorte qu'à prendre les termes dans toute leur précision , une idée ne peut être claire cl distincte tout à la fois.
« notre esprit se ti-ouvc comme entraîné iiécessaîff remeut, pour |)eu Je réflexion qu'il s'accoutume n à fali'e sur ses projires idées.
« 93. A cette première évidence, on ]K;ut en " ajouter une autre qui n'u pas nioins de force « pour nous soumettre, c'est celle qui naît du « sentiment intime, comme seroit par exemple le " sentiment de notre pensée , de notre exisf< tence, etc. »
J'entends donc par ce sentiment le témoignage secret que l'ame est forcée en quelque manière de se rendre à elle-même sur son état.
« 24. Selon ces deux définitions, on peutdislin- « gucr l'évidence de la certitude , en disant que la première est le résultat des opérations seules de l'esprit ou l'effet du sentiment intime de ce qui se passe dans notre ame , et la seconde est plus » propre auxobjets dont la connaissance est le fruit t du rapport de nos sens, soutenu des observations < précises et invariables de notre esprit (1). »
Suivant cette distinction , toutes les fois que je sentirai de la douleur, je pourrai dii-e, il m'est évident que je sens de la douleur, parce qu'il y a ici une évidence de sentiment; mais pour que je puisse dire en même temps, il est certain que c'est tel
(i) Encyclopédie, discours préliminaire, ou Mélanges de liuérature d'hisloire et de philosojiJuc.
objet extérieur qui me cause de la douleur, il faudra que mes sens me le rapportent de manière à ne me laisser aucun doute sur l'existence de l'objet extérieur , et sur la connexion qui se trouve entre lui et le mal que je ressens.
25. On peut ramener en quelque sorte à la première espèce de certitude, telle que nous venons de la définir, (c celle qui concerne les faits liisto- " riques , avec cette différence que le rapport des <c sens n'a j:)as ici pour objet immédiat la chose et même dont ils servent à nous instruire, mais « des signes qui sont toul-à-fait extérieurs à cette <c chose, tels que pourroieut être princij)alement « les témoignages des autres hommes dans de cer- " tains cas. »
C'est ce qu'on nomme certitude morale , pour la distinguer de la première , qu'on appelle certitude physique.
« 26. U' expérience proprement dite peut s'en- « tendre en général de toute connoissance acquise " par des observations constantes sur ce qui se « passe à l'extérieur ou dans nous-mêmes.
« 27. Au-dessous de la certitude, nous rencon- « tx'ons la probabilité, qui se forme de présomptions te jAiis ou moins (fortes, et qui nous conduisent tt avec plus ou moins de sûreté aux connoissances « que nous cherchons.
«' :i8. Par le mol de convenance , j'entends un
« rapport tle conforniilé cuire plusieurs choses, f< dont l'imc est propi'e par elle-même à la perfec- « tlou de l'autre , et eoutribue à la maiutenir dans « UH clal bon et avantageux (i).
<c :>(). Ainsi la raison de coiwcnance est une rai- « son tirée de la nécessité d'admettre une chose « comme vraie pour la perfection d'un système (2) « d'ailleurs solide, utile et bienlié, mais qui, sans «■ ce point là, setrouveroit défectueux, quoiqu'il " n'y ait aucune raison de supposer qu'il pèche " par quelque défaut essentiel.
« 3o. Jnalogie signifie le rapport ou la propor- « tion que plusieurs choses ont les unes avec les « autres , quoique d'ailleurs différentes par des « qualités qui leur sont propres (3). «
Ainsi le pied d'une table a quelque chose d'analogue avec celui d'un animal, quoique ce soient deux choses très différentes.
(t 3i. Le raisonnement est un acte de l'enten- <( dément par lequel on dispose dans un ordre <( simple et naturel les princij^es d'évidence , de « certitude ou de probabilité qui peuvent nous « mener à la connoissance d'une vérité, pour tirer <f de ces principes une conséquence légitime. »
(1) PrincifJcsdu droitnat. , 2e part., c. viii, § 4 5 et c. xiv, § 3.
(2) Système se prend ici pour plan , dessein , airangemenl. (3] EncjcL, au moi Analogie.
« 33. \J entendement se trouvant formé à une f< attention suivie, à un discernement juste, à un « raisonnement solide, et considéré comme ayant " actuellement des principes qui lui fontconnoître " le vrai et l'utile, ou qui tendent du moins à l'en « rapprocher, est ce qu'on appelle proprement la " j'aison ( i ) .
" 33. Dans un sens plus stricte, on peut en- « tendre par la raison la connoissance de la vé- « rite.
f( 34. U axiome est une vérité évidente par ellef< même , c'est-à-dire qui n'a besoin que d'un peu n d'attention pour être aperçue.
tt 35. J'entends ici par le mot de principes , nonf( seulement tout ce qui tient de la nature de « l'axiome , c'est-à-dire ce qui est évident par soicc même, mais encore tout ce qui a été suffisamment « établi par des idées distinctes, pour pouvoir être « mis au rang des vérités reconnues, et qui jjeuvent <« servir par la suite à en démontrer d'autres.
« 36. Les corollaires sont comme les fruits que, " par des conséquences nécessaires , on peut retirer « de ce que l'on vient de poser.
ce 37. Définition n'est ici autre chose que l'ex-
(ij Principes du droit naturel^ iie partie.
f< ])licaliou lies ti-rnics ilotit ou se sert: » assignoi-, quel est le sens que j'attache à tels ou tels mots , c'est tlédnir (i).
(ï) Comme on ue dispute pas des termes, si j'appclois injini ce que d'autres appelleront indéfini, ce qui arrive quelquefois parmi les i;éomè(rcs, il sufllroit, qu'après avoir prouvé les choses qui pourroient Hvc contestées, je m'en tinsse par la suite bien exactement au sens de ma déGnition, de manière à n'en point changer, sans nécessité et sans en avertir, pour qu'il ne m'arvivât pas d'appliquer à mon injini, tel que j'en aurois déterminé la signification , ce qui ne pouvroit convenir qu'à l'infini réel. Je fais cette remarque afin qu'on ne soit pas arrêté par l'explication arbitraire des différents termes, ainsi que je l'ai déjà insinué dans une note du discours préliminaire , et que d'un autre côté on ne donne pas aux mots dont je me servirai plus ou moins de force que la définition ne le comporte.
GHMMTRE SECOND.
Sf NOUS AVONS QUELQUE RÈ(;LE POUR CONNOITRE LA VÉRITÉ.
Consiâéralions sur ce (ju'on appelle évidence iclalivcment à nos idées.
1. C'est peu d'avoir analysé quelques idées , ^l'avoir défini quelques termes, si je ne puis conuoître maintenant quel est le fond que je dois faire sur ce qui a été l'objet principal de ces définitions.
Je vois le monde entier partagé par mille opinions différentes : l'un appelle système ce que l'autre donne pour vérité : le même homme condamne aujourd'hui ce qu'il approuvoit hier , et se livre tour-à-tour à des idées tout opposées. N'est-il donc rien qui puisse fixer mon incertitude , et ne suis-je fait que pour être le jouet de l'erreur ? Je l'avouerai cependant , lorsque je viens à rentrer dans moimême, (( j'y trouve quelques idées qui me lais- « sent à peine le temps, et presque jamais la force (( de douter; elles subjuguent mon esprit, mais te cela prouve-t-il qu'elles soient vraies ? »
IJ évidence est la règle primitive que l'on m'offre [définition 2?), c'est-à-dire cette perception , cette idée distincte qu'accompagne une conviction intime , et qui est le résultat des opérations seules de
( «7 ) respiil; mais qui m'assurera que celte perccplion , que celle eouvicllou ne me trompent pas? cl, d'ailleurs, existent-elles bien réellement?
Définition 22.
Fixons - nous cependant pour un moment, et avec le désir sincère d'arriver au vrai , si on peut parvenir à leconnoîtrc, ne laissons jjas échapper une réflexion qui peut nous être ici de quelque usage.
IL Si toute idée a besoin d'être démontrée par une autre, en remontant ainsi à l'infini , 11 est inutile , dès ce moment , que je clierche aucune règle pour distinguer la vérité. Tout demeure alors nécessairement douteux , et cette chaîne de principes incertains ne peut jamais se trouver arrêtée que par des idées si distinctes, et qui par là nous frappent tellement , lorsque nous y faisons une certaine attention , que notre esprit se trouve naturellement porté à se contenter de cette lumlèi*e, et à ne plus chercher d'autres preuves. Il en est de même à l'égard du rapport que les idées peuvent avoir entre elles; il faudra toujours en revenir à une perception si vive et si distincte de leur enchaînement, qu'avec un peu de l'éflexiou , elle force en dernier ressort mon esprit à se rendre. Or c'est là, dès ce moment, retomber dans la nécessité d'une règle telle que l'évidence. Je demande maintenant si cette règle existe à mon égard , s'il y a TOME I. 2
( 'H ) ircllciiu'uL (juclqucs vcrilés qui s'annoncent à moi (runo niiiniih-o biendislinclc , soit par elles-mêmes, soit par leur cncliaîiiement avec de ])remicrs principes, et qui, parla, produisent eu moi cette conviction intime qui force mon assentiment.
Je l'avouerai , c'est Là ce dont je ne saurois absolument douter, dès que je veux faire la jilus légère attention à de certaines idées primitives telles que ceiles-ci : « Il est impossible qu'une te cbose soit et ne soit pas en même temps; soit (c telle et ne soit pas telle tout à la fois ; le tout « esteomposéde toutes ses parties prises ensemble 3>, et de même aussi, dès que je forme ce raisonnement : « Le tout est plus grand que sa partie, la ce moitié est une partie du tout , et par consé- (c quent le tout est plus grand que sa moitié. » La liaison qu'il y a entre la première et la dernière proposition , par le moyen de la seconde , me rend la troisième si sensible; en un mot, j'ai une idée si distincte de ces propositions et de leur enchaînement , en faisant attention au rapport et à la substitution des termes, que je ne saurois refuser d'admettre la conséquence.
,,Mais lorsque je viens ensuite à observer que toutes les fois que j'ai remonté à des principes évidents par eux-mêmes , pour en déduire quelques-unes de mes connoissances par des conséquences également évidentes, les rapports que je cbercbois enti'C les différents objets s'y sont trou-
( »9 ) vés, de manière qu'ils lu'oiit conduit à des opération certaines dans la pratique (i) ; lorsqu'après ])lusieurs recherches je m'aperçois que jamais je n'ai risqué de tomber en contradiction avec moimême que lorsque j'ai jugé de ce que je n'apercevois bien distinctement ni en soi ni dans sa liaison avec des principes dont il dépend évidemment, je suis forcé de conclure de toutes ces réflexions que l'évidence est une règle infaillible pour distinguer le vi'ai (2) , c'est-à-dire , en un mot, que tout ce que je conçois distictement , est précisé-
(i) C'est ainsi que dans la science des nombres , par cet axiome, le tout est égal à toutes ses parties prises ensemble, nous sommes conduits à la règle de Taddition , ([ui , lorqu'elle est faite avec l'attention nécessaire, nous fournit infailliblement la somme que nous cherchions , ou que nous savions même déjà devoir trouver telle nécessairement. Dans la science du raisonnement , cet axiome, deux quantités égales à une troisième^ sont égales entre elles , nous découvre également des rapports certains lorsque nous ne faisons entrer dans la démonstration que des idées bien distinctes. Enfin , dans les mathématiques et toutes les autres sciences , on arrive par les mêmes secours à des vérités soit spéculatives , soit pratiques , dont l'importance et la possibilité étoient déjà reconnues.
(2) N'acquérant de connoissanccs que par le secours des idées, il falloit nécessairement, comme nous l'avons déjà observé ( II ) , que nous pussions nous arrêter à une dernière qui fût sa preuve à elle-même, et il suiîit ensuite, pour nous en tenir à cette dernière dont la lumière nous frappe si vivement , que nous reconnoissions que l'idée distincte ne nous met pas
( 20 ) nient tel ciiK' jt' !<" conçois ; el, ce que je ne puis maintenant nie cacher à moi-même , je me trouve également obligé de convenir que 1(î ])yrrhonisme dans lequel j'ai vécu, n'était qu'un égarement, qu'une illusion volontaire, et d'autant plus aflectée, que je remarque enfin, d'après tout ce que je me suis dit jusqu'ici, qu'il n'y a pas de pyrrliouien qui, pour aj)])uycr son système, ne soit obligé de supposer lui-même une infinité de choses comme autant de principes d'après lesquels il part, quoique par des conséquences dont il ne sent que tro]) souvent toute la fausseté.
<laiis le cas de nous tromper et de revenir sur nos pas, comme le font souvent celles qui n'ont pas ce caractère; mais si nous cherchioiis d'ailleurs pourquoi la marque spéciale delà vérilé (ie nos idées réside dans leur distinction , on on trouva la raison A^ius la propriété qu'elles ont de représenter ou un objet sensible, comme un triangle, ou un objet intellectuel , comme la simplicité , que je conçois distinctement, et que je sépare de t(jut autre idée par une marcjue précise , lorsque je dis qu'elle < onsisle à former un seul tout sans aucunes parties réellement distinguées entie elles. La vérité de ces représentations ne peut se trouver en effet que dans la conformité qu'elles auront avec leur objet; et ce qui assure leur conformité, c'est lorsqu'elles expriment le même objet d'une manière si nette et si précise, (]ue l'image s'identifie en quelque manière avec le sujet , et que je puis, par la raison de cette netteté, de cette précision , en saisir aisément les principaux traits ; il en est de cela à peu près comme d'une estampe , lorsqu'elle sort de dessous la planche dont elle doit retracer les figures ; car alors ce qui fait
Examinons-les cependant ces principes supposes et ces conséquences.
ITT. J'assurois, il n'y a qu'un instant, que les hommes se trouvent divisés enti-e eux par mille opinions difrérentes; bien plus, que le même homme changeoit mille fois de sentiments , et j'en concluois presque, que je n'élois fait que pour être le jouet de l'erreur.
Mais, est-il vrai que l'univers soit partagé sur ces notions qui ont le caractère de l'évidence, ou sur les premièi'es conséquences qui en découlent nécessairement? Est-il vrai , par exemple, que
reconnoître sa conformité avec son original, c'est lorsqu'elle est si nette qu'on peut y distinguer facilement l'objet gravé sur la planche même , et s'il arrive que tout l'objet ne se soit pas imprimé sur le papier, on est du moins certain que ce qu'on a sons les yeux , et dont les traits principaux sont marqués avec tant de force, et si nettement qu'on n'y trouve aucune confusion, est absolument conforme à son modèle.
Ce que nous venons de dire , et qui n'est qu'une comparaisop très imparfaite, parce que nous la tirons des choses purement sensibles , servira nc'anmoins à nous faire concevoir de nouveau pour quelle raison les idées simples sont toujours vraies , c'est que leur objet n'ayant point de parties distinguées les r.nes des autres , la représentation ne peut oifrir ici aucune sorte de confusion ; elle exprime un point indivisible , et qui l'est incomparablement plus que celui qui scroit gravé sur une planche. Or, dans un point tel que nous le disons, il ne sauioil se former de mélange ni de dérangement d'aucunes sortes de parties entre elles.
beaucoup de gens croient dans un certain temps, qu'il n'est pas possible qu'une chose soit et ne soit pas tout à la fois, et qu'ils en doutent sérieusement dans un autre? En voit-on beaucoup changer d'avis sur cette conséquence , que le tout est plus grand que sa moitié, parce que la moitié est une partie du tout, et que le tout est plus grand que sa partie ?
Au reste, ces principes si faux une fois admis, s'ensuit-il que je ne puisse connoître la vérité ? ou plutôt ne s'ensuivroit-il pas seulement que les hommes manquent le plus souvent de faire usage de la première règle que nous venons de recevoir , quoiqu'elle soit par elle-même , ainsi que nous l'avons observé , certaine , invariable et propre à l'homme ?
IV. Il reste cependant une objection plus forte, et dont je me suis prévalu plus d'une fois. Comment arrive-t-il que l'on forme tous les jours mille difficultés , souvent même insolubles, touchant les propositions les mieux établies? car enfin, ces difficultés ne se changent-elles pas, par là même, en preuves légitimes du contraire , et n'a-t-on pas droit d'en conclure que l'entendement humain est absolument fait pour se plier dans tous les sens ?
Une semblable conséquence mérite quelqu attention; et, pour examiner le fondement sur lequel elle est appuyée, je me demande à moi-même:
ces (liliiiiillcs (loiiinMil-cllcs (le leur eùlé une évi- (lenee réelle au seuLiuieal opposé '' tlélruiseut-elles celle qui est attachée au\ ])reniières vérités ou aux conclusions qu'eu en déduit d'une manière exacte, et ni'enipèelieroul-elles , par exemple, de concevoir toujours aussi distinctement que le tout est [dus grand que sa partie , ou que le tout est plus grand que sa moitié. Si rien de tout cela n'est vrai, comme je suis forcé d'en convenir, l'objection qui vient de m'arréter n'a donc aucune force, et elle ne doit pas m'empccher de suivre cette règle précise qui nous conduit à des opérations suites dans la pratique , ni d'admettre par conséquent comme incontestable ce que je serai porté à croire par des preuves directes, encore qu'il y restai quelque difficulté dont je ne connusse pas bien la solution (i).
Au reste, que mes facultés ne soient pas parfaites en elles-mêmes , et que je ne puisse les regarder que comme p'oportiounées à mon état et à mes besoins, c'est ce que j'avouerai sans peine, et ce qui même s'accorde très bien avec ce que je viens d'établir, jniisqu'on ne prouvera jamais que pour cette fin elles doivent être aussi étendues que la nature et les propriétés de toutes les choses dont nous avons quelque idée.
fi) Voyez Barbcyrac , préface sur PuficiKiuii , Droit de, etc.
( ^4 ) n ne me reste donc plus, pour me rendre, qu'ua scrupule à vaincre. Devenu pyiThonien, pourm'accommoder au ton d'un certain monde , pour pouvoir me faire un mérite de ne paroître entêté d'aucun sentiment; en un mot, pour suivre le système qui me paroissoit le plus commode dans la société, on sera surpris de me voir changer de langage ; il y a même quelques personnes aux yeux desquelles cela me donnera un ridicule: mais convenons cependant qu'à tout prendre, leur suffrage ne vaut pas celui des gens sages dont les sentiments plus justes vont me rapprocher. Ajoutons enfin que je ne me trouverai plus si souvent en contradiction avec moi-même ; ma bouche ne sera plus démentie par mon esprit et par mon cœur; je serai vrai , et je sens que j'étois fait pour l'être.