‹ Essai sur les vrais principes, relativement à nos connoissances les plus importantesChapitre 52 sur 76 · TOME I. l · texte numérisé non relu

TOME I. l

VI. Tj.i notion de l'infini nne fois tlélenninée , celle Je l'inliniment parfait s'y joint néccssalrenienl , ou, pour mieux dire, ce n'est exactement que la môme idée , en tant qu'elle l'enfei-me une plénilude absolue , ou , ce qui est la même chose, une plénitude si parfaite qu'il soit impossible d'y rien ajouter, de manière qu'une semblable idée n'exclut de soi que ce qui pourvoit contredire cette perfection infinie en y mêlant quelque cliose d'imparfait et de limité. Par exemple (i ) , je ne pourrois attribuer à l'Etre suprême d'être matière, ou même espi'it dans le simple degi-é ou je le suis , sans lui attribuer des bornes, et par conséquent ce n'est pas lui en donner que d'exclure de lui un être imparfait tel que moi : de même que ce n'est pas attribuer des bornes à son éternité infinie , que de nier qu'elle soit composée de durées finies ; on la détruiroit en la composant ainsi , car on est bien éloigné de concevoir que le fini ajouté au fini puisse jamais devenir infini , puisque ce ne seroit, à proprement pai'ler, que l'addition d'un être limité à d'autres êtres limités , et ainsi de suite.

VII. 1 . Pour conclure enfin, je conçois, d'une manière bien évidente , un être infini, un être infiniment parfait; je distingue nettement de lui tout être d'une perfection bornée , et je ne me laisserois non plus éblouir à une perfection indéfinie, qu'à

(i) M. L. F. , Preuves delà relig. nat., tom. I.

un nombre iudéilni; il osl donc vrai , el je ne me trompe pas en le disant, que je porle au-dedaus de moi , quoique je sois lini , une idée qui me rappcljie à un objet infini (i). '-

On peut dire (s'il est permis cependant de comparer des choses purement intellectuelles à des objets sensibles) qu'il en est de ceci en quelque manière comme d'une glace placée dans un salon , et sur laquelle se forme la représentation d'un jardin très vaste qui lui est oppose , quoique d'ailleurs elle n'ait de proportion réelle qu'avec une très ])elite partie de ce jardin, lorsqu'on le considère en lui-même et non dans son image.

2. Je me demande donc maintenant d'où me vient cette idée qui est réellement en moi , qui est en même temps si fort au-dessus de moi , ([ui me surpasse infiniment, qui m'étonne et me fait disparoître à mes propres yeux (2) . Bien de ce qui est fini ne peut me la donner; car le fini, l'indéfini, tout ce qu'il nous plaira d'imaginer, sous quelque nom qu'on prétende le faire passer , ne représente point l'infini réel et positif dont il est absolument dissemblable, et qui est le seul dont il s'agit ici. Par la même raison , ce ne seia jias mon entendement qui se sera formé l'idée de Finfiniment pai-fait , quelques propriétés qu'il puisse avoir d'ailleurs ; car il est autant impossible que le fini se forme par

(i)Fénelon. — {2) Ibid. ,..j «; ;.(,;. •,:.''; <

jm-inrmc l'i(l('(> de rinfini avec lequel il n'a en luiinriiic aucune sorle de va])poi'l, et n'en peut Irouvei' dans aucun des olDJels finis qui l'environnent, qu'il est impossible que le néant soit pai* lui-même la cause de l'être. Disons-le enfin, tout doit avoir sa raison suffisante, toute cause doit être proportionnée à son effet {ax. 4), d'où il suit qu'il n'y a qu'un être infiniment parfait, c'est-à-dire l'être nécessaire, le premier et l'unique principe de toutes choses, qui ait pu me donnerl'idée de l'infinie perfection , et qu'en un mot, c'est cet êti'e qui se rend lui-même présent à mon esprit, toutes les fois que j'y retrouve ces notions, quelle que puisse être d'ailleurs la cause occasionelle qui me porte à y faire quelque attention (i) .

(i) Onconnoît assez ce fameux argument tle Descartes, (jui éi été traité de sophisme par les uns , dèjendu par les autres ( Voy. Forracy, Mélanges^ etc., tom. i), et dont on jugera peutêtre plus aisément après tout ce que nous avons dit jusqu'ici. Le voici , à peu de chose près , tel que l'expose le Père Mallcbranclie, lîecherclies de la vérité ^ tom. 2, liv. IV, chap. xi. œ On doit attribuer à une chose ce que l'on conçoit distincte- (n ment être renfermé dans l'idée qui la représente {ci-dessus, a chap.i.) II, \^^a.x.); on conçoit distinctement qu'il y a plus « de grandeur dans l'idée qu'on a du tout, que dans l'idée œ qu'on a de sa partie; que l'existence possible est contenue <; dans l'idée d'une montagne de marbre , l'existence impossible a dans l'idée d'une montagne sans vallée , et l'existence néces- « saire dans l'idée qu'on a de Dieu , je veux dire de l'être infi- « nimcut parlait; donc le tout est plus grand que sa partie.

\ ili. 1 . Plus jo lue suis convaincu de l'existence (le rèlrc infinimenl parfait, plus je dois convcnii-

<c donc une montagne de marbre peut exister, donc une mona tagne sans vallôe ne peut exister ; donc Dieu ou l'être « infiniment parfait existe nécessairement. Il est visiljle que « ces conclusions sont également éloignées du premier principe a de toutes les sciences. Elles sont donc également évidentes « en elles-mêmes. Il est donc aussi évident que Dieu existe , « qu'il est évident que le tout est plus grand que sa partie.

« Il y a des gens qui tâchent de persuader qu'ils n'ont point « iridée d'un être infiniment parfait (et cela se peut , s'ils no K se sont pas accoutumés à une certaine réflexion), mais je (t ne sais pourquoi quelques-uns d'entre eux s'avisent de ré- « pondre d'une manière positive, lorsqu'on leur demande si K un être infiniment parfait est rond ou carré, ou quelque « chose de semblable; car ils devroient dire qu'ils n'en savent <t rien , s'il est vrai qu'ils n'en aient pas d'idée. ( Voy. ci-des- « sus, V , avec la note des nos 5^6.)

« Il y en a d'autres qui prétendent que cette preuve de « l'existence de Dieu est un pur sophisme , et que l'argument <t ne conclut que supposé qu'il soit vrai que Dieu existe , « comme si on ne le prouvoit pas; voici la preuve : On doitattri- K huer à une chose ce que l'on conçoit bien distinciement être a renfermé dans l'idée qui la représente; c'est là le j)rincip(; a général de toutes les sciences. L'existence nécessaire est ren- « fermée dans l'idée qui représente un être infiniment parfait. a Ils l'accordent; et par conséquent on doit dire que l'être « infiniment parfait existe. Oui, disent -ils, supposé qu'il a existe. »

Mais on ne pense pas que les deux premières propositions , une fois reçues, la troisième ne dépend pas d'une pure supposition, elle en est une conséquence nécessaire: si l'on faisoit ce raisonnement: oit doit altiil/uer à iiiiccliuse-, etc.: or l'cxis-r..

( ^'4 ) qu(; ce souverain être renferme eu lui-même des mystères inaccessibles à toute la pénéti'ation de l'entendement humain .

Au boni cl<' firifiiii mon cours doit s'arrêter : Là comm<!nce un ahîino, il faut le respecter. Je n'imiterai point ce malheureux savant Qui, des feux de l'Etna scrutateur imprudent , Marchant sur des monceaux de bitume et de cendre , Fut dévoré du feu qu'il cherchoit à comprendre.

Voltaire.

Mais si, avec une intelligence boi*née, je ne dois ])as entreprendre de mesurer, de sonder les profon-

lence actuel le est renfermée dans l'idée d'une horloge qui parle, <lonc une horloge qui jiarle existe actuellement, on auroit raison de répondre: oui, supposé cju%Lle existe; parce que la seconde proposition est équivoque, et qu'en l'expliquant, elle se trouvera fausse dans le sens qu'on veut lui donner.

En effet, l'existence actuelle est renfermée dans une horloge (jui parle, pour le moment ou elle parlera , mais non pas pour le moment où j'énonce cette proposition ; parce que , tout au plus une horloge qui ptirle renferme-t-elle une existence possible^ et qui par conséquent ne s'étend pas à un instant plutôt qu'à l'autre. Ainsi c'est mal conclure, que de dire que cette horloge existe au moment où je forme ce raisonnement ; mais il n'en est jias de même à l'égard de la pro position sur l'être infiniment parfait. L'existence nécessaire est renfermée dans son idée d'une manière si absolue , qu'elle ne renferme aucune sorte d'équivoque , et ne souffre aucune distinction.

En deuxième lieu , qu'on examine tous les raisonnements formt's sur le modèle du dernier que nous venons de citer; il se

( ^i5 ) (leurs dv l;i luilurc divine , je ])uis du moins la considérer d'une manière et sous un jour proporlionné à nioa état et à mes besoins.

trouvera toujours que la deuxième proposition renferme une iilce factice , une idée composée l' Voy. ZtV. ! , chap. i , dt:/'. 2 1 ). En sorte qu'il faudroit, avant tout, prouver qu'elle est vraie selon sa composition; autrement on aura toujours raison de dire : oui, si l'objet existe.

Mais ceci n'a plus lieu par rapport à l'idée de lètre infin iment parfait, que l'on a une fois bien conçue et bien réfléchie , rien n'est plus simple que cette idée [ Voy. ZzV. I , chap. 1 , déy. 21 ). Son objet , c'est l'être plein, absolu , sans lx)mes , sans division, sans parties; le composer c'est le liuiiler, c'est le détruire.

Aussi, quand nous envisageons les attributs de l'être suprême, comme séparés, nous apercevons-nous très bien que c'est uniquement par une foiblesse de notre esprit que nous en agissons ainsi , quoique d'ailleurs il soit vrai de dire que l'unité parfaite qui lui est essentielle , équivaut d'autant mieux à cette multitude d'attributs , ainsi considérés chacun en particulier , que même elle les surpasse encore infiniment. En second lieu , ce n'est pas mon entendement qui forgera cette idée de l'infiniment parfait, comme nous l'avons déjà observé ci-dessus , VII, 2.

Troisièmement , enfin, cette idée nesauroit être composée de tout ce que nous apercevons dans les objets qui nous environnent; car nous concevons tous ces objets et toutes leurs multiplications possibles , comme quelque chose qui sera encore très imparfait en lui-même. Quand j'additionnerois toute ma vie, que j'entasserois, que j'accumuicrois, je sentirois toujours bien que tout cela n'est qu'un indéfini très éloigne de l'idée simple qui est dans mou esprit. Par la même raison , il ne peut

Do ce qu'il restera toujours (i) dans la notion du pi'emier être des mystères impénétrables, inférer de là que nous ne pouvons en rien connoître, ce seroit affirmer (ju'il n'y a pas de difl'érence entre les ténèbres complètes de l'ignorance et les clartés d'une science limitée [ci-dessus , IV).

2. J'observerai donc, avant tout, que si l'idée de l'intinimcnt parfait diffère en quelque cliose de celle d'une absolue perfection, telle qu'elle doit être renfermée dans la premièx'e cause [ci-dessus , 11, 3, et 111), ce n'est que parce que celle-là exprime.

se former de toutes ces choses aucune abstraction qui ait le moindre rapport avec l'idi5c de l'infini réel.

« C'est donc avec raison que le P. Mallebranche conclut K que , comme il n'y a rien de fini qui puisse nous faire conce- « voir l'infini, on ne peut apercevoir Dieu que dans lui-même. K On 3ie peut avoir d'idée d'un être infiniment parfait qu'il (t n'existe ; on ne peut le concevoir simplement comme un être K possible; rien ne le renferme, rien ne peut le représenter a (t notre esprit. Si donc on y pense, il faut qu'il soit. »

Il faut avouer (comme le dit M. Jacquelot, chap. xi de ses Dissertations sur l'existence de Dieu ) que la démonstration de Descartes éljlouit d'abord, et fait, par sa trop grande clarté, qu'elle ne produit pas tout l'effet qu'elle doit produire, parce que le peu d'habitude qu'on a de bieii méditer ces vérités, cjui ne tombent pas sous les sens , nous fait croire que l'existence de Dieu est une de celles qu'on ne peut trouver que par de grands eiibrts d'esprit, quoiqu'elle se présente d'elle-même. ( Voy. encore Féneîon , ame part. , chap. i , 3™e prem'e ).

(i) Mélanges philosophie/ lies de l'ormcy, tom. i.

( ^-«7 ) davantage toute la grandeur et toute l'étendue de eetle admirable pevfeetlon que nous aurions pu eroire susceptible en elle-même de quelques limites , quoique nous ne puissions pas les assigner. Mais d'ailleurs l'une et l'autre idée comparées dans leur véritable sens, n'ont, à proprement parler, que la même signification, c'est-à-dire que l'être infiniment parfait ne renferme en lui rien qui s'étende au-delà de ce qui est possible , puisque l'impossible est ce qui implique contradiction , et qu'il cesseroit même d'être ce qu'il est , si une puissance quelconque pouvoit faire qu'il existât (/iV. I, c. ii, gme et ynie principe). L'être infiniment parfait ne peut, par exemple, dans aucun temps, déroger à sa nature, parce qu'avec une telle possibilité il n'auroit jamais été parfait : disons-en de même de tout ce qui répugneroit aux connoissances éternelles et immuables qu'il renfei-me en lui ; il n'y a donc rien ici qu'on puisse soupçonner de ne pas s'accorder avec les lumières de la plus pure raison , quoiqu'on y rencontre à chaque instant mille choses qui la surpassent.

3. En second lieu, quoiqu'il y ait une distance infinie de ce qui est en moi avec la perfection du souverain être , cependant toutes les qualités qui sont dans ses ouvrages , et que je conçois évidemment qu'il est plus parfait d'avoir que de n'avoir pas, en les prenant dans un degré absolument supérieur au nôtre, je dois recounoîlre que le créateur.

( .i8 ) ([lie l'être suprême les renfei'me en lui , non seulement par le pouvoir infini de les créer hors de lui, mais d'une manière formelle, quoique bien plus excellente que nous ne pouvons nous l'imaginer.

Par cela seul et par l'idée générale de l'infini jointe à celle de l'être nécessaire, la notion que j'aurai de ce qui lui est essentiel , quoique toujours imparfaite, s'étendra nécessaii'ement à tout ce qui peut m'intéresser.

IX. 1. Mais, avant de passer à ces développements , je vais reprendre encore l'idée de l'infini , pour considérer si elle ne découle pas d'une manière directe de la nécessité même d'exister; en un mot, pour connoître sa liaison nécessaire avec l'idée de l'être qui existe par soi-même, c'est-à-dire, comme nous l'avons reconnu ci-dessus, qui existe en vertu d'une nécessité absolue, essentielle, et même unique (c. 2, I, 2, e? c. 3, 1 ) .

2. Je x'emarquerai donc que cette nécessité étant absolue à tous égards , et ne dépendant d'aucune cause extérieure (i), il est dès lors évident qu'elle est d'une manière inaltérable la même partout aussi-bien que toujours ; car une nécessité qui ne seroit pas nécessité partout ne seroit pas une nécessité absolue de sa nature; ce ne seroit qu'une nécessité de conséquence et dans la dépendance de

(i) Clarkc, De VExislence de Dieu , jiroposilion 7^ L'élre qui existe par lui-incinc , doit être infini et présent partout.

( ^'0 ) (|iK'lqiio cause cxlernc. Eu c'<rot, une nécessité absolue eu elle-même n'a de relallou ni au temps , ni au Heu, ni à aucune autre chose que ce soit. Par conséquent , tout ce qui existe en vertu d'une nécessité absolue en elle-même , doit nécessairement être infini aussi-bien qu'éternel (i).

3. Delà je conclus premièrement que l'infinité de l'être existant par lui-même doit être une infinité réelle , une infinité de plénitude et d'immensité, c'est-à-dire que, comme elle n'a point de bornes, elle n'est sujette ni à aucune diversité , ni à aucun défaut , ni à aucune interruption ; et , secondement, que l'être existant par lui-même doit être un être simple {2) , immuable, comme nous

(1) Je conçois dans Dieu une première chose, qui est luijnème tout entier, si j'ose le dire , et dont toutes les autres résultent. Posez ce premier point, tout le reste s'ensuit clairement et immédiatement

Être par soi-même, c'est la source de tout ce que je trouve

en Dieu Ce qui a l'être par soi existe au suprême degré,

cl par conséquent possède la plénitude de l'être. On ne peut atteindre au suprême degré et à la plénitude de l'être que par l'infini ; car aucun fini n'est jamais ni plein , ni suprême , ]>nisqu'il y a toujours quelque chose de possible au-dessus. Donc il faut que 1 être par soi-même soit un être infini. Fénelon , dans son ouvrage De l'Existence de Dieu, partie ame^ chap. II , au mot éternité,

(2) Ce qui est comj osé consiste en des parties dont l'une léellcment n'est pas l'autre, dont l'une seroit nécessairement la borne de l'autre , ])ar le bout où elles se toucheraient. Fénelon , au mot d'vsiTÉ et à celui d'ÉT£KKUÉ,

l'avons déjà reconnu, incorruptible, sans parties, sans figure , sans mouvement , Ut] (juc nous le concevons dans les corps, sans divisibilité , et, pour tout dire en un mot , un être dans lequel il ne se rencontre aucun^ des ]n'Oj>riétés connues dans la matière. Car toutes ces propriétés nous donneuL clairement et nécessairement l'idée de quelque chose ait Jini , et se trouvent entièrement incompatibles avec l'infinité parfaite (i).

4. S'agit^il ce])endaut de déterminer la manière de cette infinité, et comment cet être peut être présent partout? c'est ce que nos entendements bornés ne sauroient ni expliquer ni comprendre. La chose est cependant très véritable ; il est actuellement présent partout , et la certitude que nous avons de sa toute présence, va de pair avec celle de son infinité, qui ne peut être niée par ceux qui font usage de leur raison et qui ont médité sur ces choses.

X. 1. Mais s'il est évident que l'être infini est simple , indivisible , comme je viens de m'en convaincre il n'y a qu'un instant , comment se fait-il

(i) La figure , la divisibilité , le passage d'un lieu à un autre, etc. , ne sont pas dans la matière des puissance réelles , mais seulement des qualités négatives et des imperfections. Or, quoiqu'aucune cause ne puisse communiquer à son e//et une perfection réelle qu'elle n'a pas elle-même , il est pourtant vrai qu'il peut y avoir dans l'cjlJeL des iinpcrjcclions et des (jualilcs. iiéi^ativcs , (jui ne sont pas dans la cause. Cîarke , 8^' f>roi>.

<[uo »outc.s les pcrfeclions qui soûl dans ses ouvi'ai^os, et qu'il est plus avantageux cl'avoiv qu'il no le seroit d'en être privé , se trouvent en lui , dans quelque degré éminent que je les y suppose ; car l'uiin ces perfections se distinguent entre elles; l'une n'est pas l'autre; ce sont en un mot des attributs tout différents ?

Sans doute que dans l'être suprême elles n'ont point cette distinction que les bornes des uns et des autres me forcent d'y reconnoître, lorsqu'elles se rencontrent dans les créatures. La simplicité de ce souverain être m'apprend dans cet instant, qu'à pi'oprement parler, toutes ses perfections ne sont qu'une; c'est le même attribut, c'est la même essence qui fait en lui l'office de toutes ces qualités, qui se montrent en nous séparées, divisées, parcequ'elles n'y sont , s'il m'est permis de m'exprimer ainsi , que comme des émanations , des rayons de cette divine essence qui se communique en créant , qui se répand dans ses ouvrages , comme par différentes nuances , par une légère imitation , et sans jamais rien perdre de soi-même (i). S'il arrive

(i) Il faut avouer que les termes manquent ici pour rendre les idées imparfaites que nous croyons saisir et que nous ne pouvons exprimer. On conçoit et on se démontre que la perfection souveraine , absolue , infinie , existe dans l'être suprême , qu'elle y renferme dans leur plus haut degré toutes les perfections possibles et réelles , et que néanmoins elle y est une , simple, indivisible. On se démontre, dis-jc, toutes ces vérités ,

donc que jo multiplie ses allribuls , c'est par la foi- Liesse de mon esprit, qui est bien éloigné de pouvoir tout embrasser d'une seule vue dans ce qui concerne la manière dont l'être infini possède sa souveraine perfection (i).

2. Il faut convenir néanmoins que, malgré cette unité suprême dont je viens de parler, j'ai quelque fondement de distinguer ainsi dans la Divinité divers attributs que je considère l'un sans l'autre ; c'est que l'unité dans Dieu est équivalente , et bien au-delà, à cette multitude que j'envisage en quelque sorte, par ces difféi-entes abstractions, et que je ne fais en cela que mettre de l'ordre et de la métbode dans les opérations bornées et successives démon esprit (2).

En un mot , il sera toujours vrai de dire que si , d'après les lumières d'une raison droite , c'est une perfection que d'être intelligent , d'être sage, d'être bon , Dieu possède une souveraine intelligence . une souveraine sagesse , une souveraine bonté , quoique tout cela se réunisse dans une simple et

mais on ne sauroit concevoir que bien imparfaitement la manière dont cela se fait , et on ne pourroit même , comme nous l'avons déjà observé, se trop avancer sur les bords d'un tel abîme sans témérité.

(i) Voyez Fénelon , de Y Existence de Dieu, 2e partie , au mot

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