‹ Essai sur les vrais principes, relativement à nos connoissances les plus importantesChapitre 76 sur 76 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

( Syo )

Ne cherchons plus de proportions , ni d'harmonie , tout se perd, tout se confond ici : l'ordre dégénère en confusion ; la perfection perd tous ses cai'actèi-es , la beauté tous ses traits.

Non, il n'est pas possible que le gouvernement ;ictuel des choses doive demeurer éternellement sur le même pied, (i) Si Dieu a prescrit à l'homme

(i) (X Tel est, au vrai, IV-tat des clioses, tlit Burlaniaqui : d'un « côte' , l'on voit qu'en général l'observation des luis naturelles «peut seule mettre quelqu'ordre dans la société, et faire le « bonheur des hommes j mais, dun autre côté, il paroît que «la vertu et le vice ne sont pas toujours distingués suffisam- « nient par leurs effets et par leurs suites communes et natu- « relies , pour faire prévaloir l'ordre en toute rencontre.

« De là naît une difficulté très forte contre le système moral K que nous avons posé. Toute loi , dira-t-on , doit avoir une « sanction suffisante pour déterminer une créature raisonnable « à obéir par la vue de son propre bien et de son intérêt, qui «est toujours le grand mol)ile de ses actions; et quoique le « système moral dont vous avez parlé donne en général un a grand avantage à ceux qui le suivent, sur ceux qui ne le «suivent pas, cet avantage n'est pourtant ni si grand , ni si a sûr qu'on puisse en chaque cas particulier être par là suffi- K samment dédommage des sacrifices que l'on doit faire pour « remplir son devoir. Ce système n'est donc pas encore muni « de toute l'autorité et de toute la force nécessaire pour le but ï que Dieu se propose, et le caractère de loi, surtout d'une « loi qui émane d'un être tout sage , demande encore une sanca tion plus marquée, plus sûre et plus clenduc.

K Les législateurs et les politiques l'ont bien compris, en lA- .( chant, comme ils le font, d'y suppléer autant qu'il est en B leur pouvoir. Ils ont publié un droit civil qui tend à fortifier

( -37. ) une Wi^le [ci-dcss. , c. m), comme je ne puis en douter , si le caraclère de loi , et. surtout d'une loi qui émane d'un eti'e tout sajje , d'un être qui tend à sa fin j)ar des moyens qui y soient proportionnés , demande encore une sanction (/fV. III ^ c. x, princ. i6, et 20) plus marquée, plus sûi'e, plus étendue, sans doute cette sanction doit exister.

ttioilroit naturel; ils y ont dénoncé des peines au crime , et « prorais des récompenses à la vertu ; ils ont institué des tribut naux ; c'est là, sans doute, un nouvel appui pour la justice , ft et c'est le meilleur moyen que l'on puisse employer humaio nement pour remédier aux inconvénients dont nous avons <t parlé. Cependant ce moyen ne pourvoit pas à tout , et laisse a encore un grand vide dans le système moral.

«Car 1" il y a plusieurs maux, tant naturels que provea nant de l'injustice des hommes , dont le pouvoir humain ne a sauroit garantir les plus honnêtes gens; 20 les lois humaines a ne sont pas toujours dressées conformément à la justice et à « l'équité ; 3° quelque justes qu'on les suppose , elles ne sau- <r roient s'étendre à tout ; 4° l'exécution en est quelquefois cora- K luiseàdes hommes foibles, peu éclairés ou corruptibles»: D'un autre côlè , ceux cjui sont élevés aux plus hautes dignités , et dont dépend en grande partie le sort des plus grands états , ont besoin eux-mêmes d'un Jrein qui les retienne; « 5" quelque intégrité «qu'ait un magistrat, ou tout Iiomme en place, il échappe bien « des choses à sa vigilance 3 il ne sauroit ni tout voir , ni tout « entendre ; 6° enfin , il n'est pas sans exemple que la vertu , B au lieu de trouver un protecteur dans son juge, n'y rencontre « qu'un ennemi puissant. Quelle ressource restera-t il alors à it l'innocence, et à qui aura-t-elle recours, si le bras même « qui doit la protéger et la défendre se trouve armé contre «elle»? Principes du droit naturel , a*" partie, chap. xii, § i3et 14.

( 37^ ) Voyons donc si de nouvelles réflexions sur \d nature et sur la destination de l'homme , ne nous feroient pas trouver ailleurs que dans la vie présente, de quoi répondre à une difficulté qui est en effet d'une très grande conséquence, puisque, d'un côté, elle porte directement contre le plan de la sagesse divine , et que , de l'autre, elle peut beaucoup ajOToiblir ce que nous dirions de l'empire que doit avoir la vertu , et de sa liaison nécessaire avec la félicité de l'homme. Une objection si grave, et qui a été élevée de tout temps , mérite bien qu'on s'applique à la résoudre ; mais plus elle est grande et réelle , plus il est pi'obable qu'elle doit avoir sa solution.

Examinons encoi'e une fois, si nous ne ti'ouverions pas une sanction entière et proprement dite, dont l'espèce, le degré, le temps et la manière dépendent du bon plaisir du législateur, une sanction , dis-je , qui s'étende à tous les cas particuliers , et qui suffise pour fournir toutes les compensations que demande l'exacte justice , et pour mettre à cet égard , comme h tout autre , le système des lois divines fort au-dessus des lois humaines.

(i) Voy. Principes du droit naturel, 2* partie , ch. xm , § i-

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